Commercialisée à partir de 2005, la Bugatti Veyron 16.4 concrétise un programme automobile dont les objectifs semblaient difficilement conciliables : dépasser 400 km/h, développer plus de 1 000 ch et conserver le confort ainsi que la facilité d’utilisation attendus d’une grande routière. Son W16 de 8 litres à quatre turbocompresseurs, sa transmission intégrale et son aérodynamique active en font alors une automobile sans véritable équivalent en production de série.
La Veyron 16.4 désigne ici le coupé originel de 1 001 ch. Elle doit être distinguée des déclinaisons apparues ultérieurement, notamment les versions découvrables et les modèles de 1 200 ch. Cette distinction est essentielle, car plusieurs records et caractéristiques souvent associés à la Veyron concernent en réalité des versions plus tardives.
Du retour de Bugatti au projet Veyron
Volkswagen acquiert les droits de la marque Bugatti en 1998. Le groupe multiplie alors les études destinées à définir la renaissance du constructeur, avec les EB 118, EB 218 et EB 18/3 Chiron. L’EB 18/4 Veyron, dévoilée en 1999, constitue une étape déterminante. Elle porte déjà le nom Veyron, mais son moteur à 18 cylindres la distingue nettement de la future voiture de série.
Le projet s’inscrit dans une histoire des voitures à très hautes performances dont la Bugatti EB110 avait constitué le précédent moderne au début des années 1990. Sous l’impulsion de Ferdinand Piëch, la nouvelle Bugatti doit toutefois changer d’échelle. Les objectifs retenus comprennent une puissance supérieure à 1 000 ch, une vitesse dépassant 400 km/h et un 0 à 100 km/h inférieur à trois secondes, sans transformer la voiture en prototype inconfortable réservé au circuit.
La Veyron 16.4 apparaît sous une forme plus proche du projet définitif en 2000. À Francfort en 2001, Bugatti présente la configuration technique reposant sur un W16 de 8 litres, quatre turbocompresseurs, une transmission intégrale et une puissance de 1 001 ch. Transformer cette démonstration technologique en voiture industrialisable demande encore plusieurs années.
À partir de 2003, le programme est profondément réorganisé. Thomas Bscher prend la direction de Bugatti tandis que Wolfgang Schreiber joue un rôle central dans la mise au point technique et l’industrialisation. Les difficultés ne concernent pas seulement la puissance du moteur : refroidissement, pneumatiques, stabilité à très haute vitesse, freinage, transmission et aérodynamique doivent fonctionner comme un ensemble. La production commence finalement en 2005 à Molsheim, en Alsace.
Un W16 quadriturbo conçu pour dépasser 1 000 ch
Le coeur de la Veyron est son moteur W16 de 7 993 cm3. Cette architecture extrêmement compacte permet de réunir seize cylindres derrière l’habitacle sans imposer la longueur d’un V16 traditionnel. Quatre turbocompresseurs alimentent le moteur, qui atteint 1 001 ch à 6 000 tr/min et délivre 1 250 Nm sur une plage comprise entre 2 200 et 5 500 tr/min.
Une telle mécanique exige une chaîne cinématique inhabituelle. La boîte à double embrayage comporte sept rapports et réalise ses changements de vitesse en moins de 150 millisecondes. La puissance est transmise aux quatre roues, solution indispensable pour exploiter le couple considérable du W16 dès les basses vitesses. Le moteur reste pourtant utilisable dans un cadre routier normal, caractéristique fondamentale du cahier des charges de la voiture.
La gestion thermique constitue une autre partie essentielle du développement. Le W16, ses quatre turbocompresseurs, la transmission et les différents circuits auxiliaires produisent une quantité de chaleur considérable. Les larges ouvertures de la carrosserie et les prises d’air situées derrière l’habitacle répondent donc autant à une nécessité fonctionnelle qu’à une recherche stylistique.
Fiche technique de la Bugatti Veyron 16.4
| Caractéristique | Bugatti Veyron 16.4 |
|---|---|
| Production | À partir de 2005, coupés Veyron produits jusqu’en 2011 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 2 places |
| Architecture moteur | W16 essence, 64 soupapes, quatre turbocompresseurs |
| Cylindrée | 7 993 cm3 |
| Alésage x course | 86 x 86 mm |
| Puissance maximale | 1 001 ch, 736 kW, à 6 000 tr/min |
| Couple maximal | 1 250 Nm de 2 200 à 5 500 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal en position centrale arrière |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Double embrayage à 7 rapports |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone, structures auxiliaires métalliques |
| Rigidité torsionnelle annoncée | 60 000 Nm/degré |
| Suspension avant | Doubles triangles, barre stabilisatrice |
| Suspension arrière | Doubles triangles, barre stabilisatrice |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins | Disques carbone-céramique ventilés |
| Diamètre des freins | Environ 400 mm à l’avant, 380 mm à l’arrière |
| Pneus avant | 265/690 ZR 500 A |
| Pneus arrière | 365/710 ZR 540 A |
| Longueur | 4 462 mm |
| Largeur | 1 998 mm |
| Hauteur | 1 204 mm |
| Empattement | 2 710 mm |
| Poids à vide | 1 888 kg |
| 0 à 100 km/h | 2,5 s |
| 0 à 200 km/h | 7,3 s |
| 0 à 300 km/h | 16,7 s |
| Vitesse maximale | 407 km/h |
| Consommation mixte | Environ 24,1 l/100 km selon le cycle d’homologation cité à l’époque |
| CO2 | Environ 574 g/km selon le cycle d’homologation cité à l’époque |
| Assemblage | Molsheim, Alsace, France |
Aérodynamique active et vitesse de 407 km/h
La recherche de vitesse ne se résume pas aux 1 001 ch du W16. À plus de 400 km/h, la stabilité et la traînée aérodynamique deviennent déterminantes. La Veyron adapte donc sa hauteur de caisse et la position de son aileron arrière en fonction des conditions d’utilisation. Pour atteindre sa vitesse maximale, le conducteur doit sélectionner un mode spécifique à l’aide d’une seconde clé, souvent appelée Speed Key.
Dans cette configuration, la voiture s’abaisse et réduit sa traînée tout en conservant la stabilité nécessaire. L’aileron arrière participe également au freinage en se redressant pour former un aérofrein. Cette interaction entre mécanique, électronique et aérodynamique illustre la complexité du programme : les performances de la Veyron ne reposent pas sur un moteur exceptionnel installé dans un châssis conventionnel, mais sur un système entièrement développé autour de la très haute vitesse.
Le 29 avril 2005, la Veyron franchit les 400 km/h sur la piste d’Ehra-Lessien. Bugatti retient une vitesse maximale de 407 km/h pour la voiture de série. Le chiffre de 431,072 km/h parfois attribué indistinctement à la Veyron ne concerne pas cette version : il sera obtenu en 2010 par la Bugatti Veyron Super Sport, portée à 1 200 ch.
Le freinage est dimensionné en conséquence. Les disques carbone-céramique travaillent avec l’aérofrein et les pneumatiques Michelin ont été spécifiquement développés pour supporter les contraintes générées à des vitesses inconnues des voitures de série ordinaires. Cette mise au point des pneus a constitué l’un des obstacles majeurs avant l’industrialisation du modèle.
Un dessin dicté autant par la technique que par le style
La Veyron conserve plusieurs thèmes visuels apparus sur les prototypes de la renaissance de Bugatti. Sa calandre en fer à cheval affirme immédiatement l’identité de la marque, tandis que son pavillon forme une arche très nette au-dessus de l’habitacle. Avec moins de 4,5 mètres de longueur, près de deux mètres de largeur et seulement 1,20 mètre de hauteur, elle possède des proportions particulièrement ramassées.
Jozef Kabaň est généralement crédité du dessin extérieur de la Veyron, développé dans l’environnement stylistique du groupe Volkswagen alors dirigé par Hartmut Warkuss. La carrosserie bicolore fréquemment choisie pour les premiers exemplaires souligne les volumes avant et arrière. Les prises d’air placées derrière le toit, les importantes ouvertures latérales et l’aileron mobile traduisent directement les besoins de refroidissement et d’aérodynamique.
La Veyron reste pourtant conçue comme une automobile de grand tourisme extrêmement luxueuse. L’habitacle fait largement appel au cuir et à l’aluminium, tandis que la présentation évite l’aspect dépouillé d’une voiture de compétition. Cette volonté explique aussi son poids de 1 888 kg : Bugatti n’a pas recherché la légèreté absolue, mais un compromis entre performances extrêmes, rigidité, transmission intégrale, équipements et qualité de finition.
Production et développement de la famille Veyron
Le prix de départ communiqué pour la Veyron 16.4 en 2005 atteint environ 1,16 million d’euros net. La production est volontairement limitée et l’assemblage est effectué à Molsheim. Pour les coupés, Bugatti annonce finalement 300 exemplaires en comptant la Veyron 16.4 et la Super Sport. La ventilation souvent publiée de 252 Veyron standard et 48 Super Sport n’est pas détaillée avec la même précision dans les communications officielles de l’époque ; le total de 300 coupés constitue donc la donnée la plus solide.
La Bugatti Veyron devient progressivement une famille plutôt qu’un modèle unique. La première transformation majeure est la Bugatti Veyron Grand Sport, version ouverte à toit amovible qui conserve les 1 001 ch du W16. Elle impose notamment des modifications structurelles destinées à compenser la disparition du toit fixe.
La Super Sport pousse ensuite le W16 à 1 200 ch et adopte une aérodynamique remaniée. La Bugatti Veyron Grand Sport Vitesse combine à son tour la carrosserie ouverte avec cette évolution de 1 200 ch. Au total, la famille Veyron atteint 450 voitures, réparties entre 300 coupés et 150 roadsters.
De la Veyron à la Chiron
La Veyron impose une nouvelle référence dans le domaine des automobiles de très haute performance : il ne suffit plus d’atteindre une puissance ou une vitesse spectaculaire, il faut pouvoir les intégrer dans une voiture homologuée, raffinée et utilisable sur route. Sa transmission intégrale, sa boîte à double embrayage, son aérodynamique active et son W16 forment une architecture que Bugatti fera ensuite évoluer plutôt que d’abandonner immédiatement.
Après l’arrêt de la famille Veyron en 2015, la Bugatti Chiron reprend ce principe lors de sa présentation en 2016 avec un W16 quadriturbo profondément remanié, une transmission intégrale et une puissance portée à 1 500 ch. La Veyron 16.4 reste ainsi le point de départ de cette lignée moderne : le modèle qui a transformé l’objectif théorique des 1 000 ch et 400 km/h en une automobile produite en série à Molsheim.




