La Maserati Mc12 Corsa apparaît en 2006 comme la déclinaison la plus radicale de la famille MC12. Son appellation officielle est MC12 Versione Corse. Contrairement à la Maserati MC12 homologuée pour la route, cette version est conçue exclusivement pour une utilisation sur circuit. Elle n’est pourtant pas une voiture de compétition au sens réglementaire : Maserati ne l’a homologuée ni pour la circulation routière, ni pour participer à un championnat.
Cette position particulière explique une bonne partie de son intérêt. La Versione Corse reprend directement l’expérience acquise avec la MC12 GT1 de compétition, mais sans devoir respecter toutes les contraintes techniques imposées à cette dernière par le règlement FIA GT. Son V12 atmosphérique développe ainsi 755 ch, pour seulement 1 150 kg à sec. Produite à une poignée d’exemplaires et proposée à l’origine pour un million d’euros hors taxes, elle constitue l’une des Maserati modernes les plus exclusives.
Une MC12 de circuit née de la GT1
L’histoire de la Corsa est indissociable du retour de Maserati au plus haut niveau des courses de Grand Tourisme. La MC12 GT1 fait ses débuts en compétition en 2004 et obtient rapidement des résultats majeurs. Au moment où Maserati développe la Versione Corse, le programme GT a notamment déjà apporté à la marque la Coupe des Constructeurs FIA GT 2005 et une victoire aux 24 Heures de Spa la même année. La saison 2006 ajoute de nouveaux titres et une deuxième victoire consécutive à Spa.
Maserati transpose alors cette expérience dans une automobile destinée à des clients privés souhaitant piloter une machine très proche d’une GT de course. Le projet est annoncé en 2006 et la Versione Corse est présentée au public à la fin de l’année, notamment au Motor Show de Bologne. Les archives de la marque situent sa production sur la période 2006-2007.
La démarche diffère de celle d’une simple version sportive de la MC12 routière. La Corsa reprend la philosophie et une grande partie de la technologie de la GT1, tout en s’affranchissant de certaines limitations réglementaires. Elle appartient ainsi à la catégorie très particulière des voitures de piste réservées à une clientèle privée, une formule que Maserati retrouvera beaucoup plus tard avec la Maserati MCXtrema.
Un V12 atmosphérique de 755 ch
Le moteur reste l’une des caractéristiques essentielles de la MC12 Corsa. Installé longitudinalement en position centrale arrière, le V12 atmosphérique à 65 degrés affiche 5 998 cm³. Il possède 48 soupapes, une distribution à double arbre à cames en tête et une lubrification par carter sec, adaptée aux fortes accélérations latérales rencontrées sur circuit.
La différence fondamentale avec la MC12 GT1 tient notamment à l’admission. La voiture de compétition devait utiliser des restricteurs imposés par son règlement technique. Libérée de cette contrainte, la Versione Corse atteint 755 ch à 8 000 tr/min, accompagnés de 710 Nm à 6 000 tr/min. Elle est donc sensiblement plus puissante que la véritable GT1 dont elle dérive.
La puissance est transmise aux seules roues arrière par une boîte Cambiocorsa électro-actionnée à six rapports. Cette solution constitue une autre différence avec la MC12 GT1, équipée d’une transmission séquentielle à commande manuelle. Avec 1 150 kg à sec, Maserati annonçait pour la Corsa un rapport poids-puissance de seulement 1,52 kg/ch.
Les performances reflètent cette combinaison : la marque communiquait une vitesse maximale de 326 km/h et un passage de 0 à 200 km/h en 6,4 secondes. Plusieurs chiffres circulent concernant le 0 à 100 km/h, mais l’absence d’une valeur officielle suffisamment établie conduit à ne pas retenir cette donnée.
Fiche technique de la Maserati Mc12 Corsa
| Caractéristique | Maserati MC12 Corsa |
|---|---|
| Appellation officielle | MC12 Versione Corse |
| Année de présentation | 2006 |
| Période de production | 2006-2007 |
| Configuration | 2 places, usage sur circuit |
| Moteur | V12 atmosphérique à 65 degrés |
| Cylindrée | 5 998 cm³ |
| Distribution | 48 soupapes, double arbre à cames en tête |
| Lubrification | Carter sec |
| Puissance | 755 ch à 8 000 tr/min |
| Couple maximal | 710 Nm à 6 000 tr/min |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Cambiocorsa électro-actionnée à 6 rapports |
| Structure | Monocoque sandwich en fibre de carbone et nid-d’abeilles Nomex |
| Structures auxiliaires | Sous-châssis avant et arrière en aluminium, cage de sécurité intégrée |
| Suspensions | Doubles triangles avec ressorts et amortisseurs commandés par poussoirs |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins | Brembo, acier et carbone, sans ABS |
| Jantes avant | 12 x 18 pouces |
| Jantes arrière | 13 x 18 pouces |
| Pneumatiques avant | 650/325/18 |
| Pneumatiques arrière | 705/325/18 |
| Longueur | 5 143 mm |
| Largeur | 2 096 mm |
| Hauteur | 1 205 mm |
| Empattement | 2 800 mm |
| Voie avant | 1 660 mm |
| Voie arrière | 1 660 mm |
| Poids à sec | 1 150 kg |
| Rapport poids-puissance | 1,52 kg/ch |
| 0 à 200 km/h | 6,4 s |
| Vitesse maximale | 326 km/h |
| Homologation routière | Non |
| Homologation compétition | Non |
Un châssis et une aérodynamique proches de la course
La mécanique n’est qu’une partie de la transformation. La MC12 Corsa repose sur une structure porteuse de type sandwich associant fibre de carbone et nid-d’abeilles Nomex, complétée par des structures auxiliaires en aluminium. Une cage de sécurité est intégrée à l’ensemble. Les suspensions à doubles triangles et commande par poussoirs témoignent également de sa proximité avec une véritable voiture de course.
Le freinage Brembo utilise des composants en acier et carbone et fonctionne sans ABS. Maserati proposait également des amortisseurs dont le réglage pouvait être adapté manuellement, ainsi qu’un système d’acquisition de données. L’objectif n’était donc pas de créer une supercar routière simplement allégée, mais un outil destiné à être exploité sur circuit dans un environnement encadré.
Visuellement, la filiation avec la MC12 GT1 est immédiate. La carrosserie extrêmement longue et basse privilégie l’efficacité aérodynamique, avec un imposant aileron arrière fixe et des appendices conçus pour générer de l’appui. Les roues de 18 pouces chaussées de pneumatiques de compétition renforcent encore cette apparence. Le cockpit accueille néanmoins deux sièges racing, alors que la configuration de course de la GT1 était centrée sur son seul pilote.
Le Blue Victory est étroitement associé à la Versione Corse et reste sa présentation la plus identifiable. Maserati permettait cependant aux acheteurs de personnaliser la couleur et la livrée de leur voiture. Cette liberté explique l’existence d’exemplaires dans des configurations visuelles différentes sans qu’il s’agisse pour autant de versions distinctes du modèle.
MC12 Corsa, MC12 routière et MC12 GT1 : trois rôles différents
La proximité des trois voitures entretient une confusion fréquente. La MC12 de route est l’automobile homologuée dont la production a notamment permis à Maserati de disposer de la base nécessaire à son programme GT. Elle conserve les équipements indispensables à une utilisation routière. La MC12 GT1 est au contraire la véritable voiture de compétition engagée en FIA GT, construite selon les contraintes du règlement de la catégorie.
La Versione Corse occupe un troisième espace. Elle reprend une technologie et une présentation beaucoup plus proches de la GT1 que de la voiture routière, mais n’a pas été conçue pour prendre le départ de courses officielles. L’absence des restrictions réglementaires appliquées à la GT1 permet notamment au V12 de délivrer ses 755 ch. Elle combine donc des performances de voiture de course avec la liberté technique d’un modèle destiné à des séances privées sur circuit.
Cette distinction évite également d’attribuer à la Corsa le palmarès de la GT1. Les titres FIA GT et les victoires aux 24 Heures de Spa appartiennent à la MC12 de compétition, pas à la Versione Corse. Celle-ci bénéficie directement du savoir-faire acquis pendant ce programme, mais sa fonction est de permettre à des clients de découvrir une expérience très proche de celle d’une GT de haut niveau.
Une production minuscule et un prix d’un million d’euros
Maserati réservait la MC12 Versione Corse à une clientèle particulièrement sélectionnée. Son prix neuf était fixé à 1 000 000 d’euros hors taxes, avec une commercialisation annoncée à l’échelle mondiale. Ce tarif considérable s’accompagnait d’une production sans commune mesure avec celle d’une automobile de série.
Les archives actuelles de Maserati Classiche indiquent 13 exemplaires au total, dont un prototype et 12 voitures destinées aux clients. Des publications contemporaines ou spécialisées mentionnent parfois une production de 12 voitures plus trois unités supplémentaires. La documentation patrimoniale actuelle du constructeur constitue la référence la plus solide pour retenir le total de 13, tout en expliquant pourquoi le chiffre de 15 apparaît encore régulièrement dans l’histoire du modèle.
Cette rareté a fait de la Corsa une pièce particulièrement recherchée lorsqu’un exemplaire réapparaît sur le marché. Des ventes publiques ont dépassé deux millions d’euros, avec notamment une adjudication à plus de trois millions d’euros en 2024. Ces montants correspondent à des voitures particulières et ne constituent pas une cote uniforme, mais illustrent le changement de statut d’un modèle initialement vendu comme outil de piste.
De la tradition Maserati de compétition aux machines de piste modernes
La MC12 Corsa s’inscrit dans une histoire sportive qui précède largement l’époque des supercars. Des machines comme la Maserati Tipo 61 Birdcage avaient déjà associé légèreté, solutions techniques radicales et recherche de performances sur circuit. La Corsa transpose cette logique dans l’univers des GT à moteur central et des structures composites du XXIe siècle.
Après la fin du programme MC12, Maserati explore d’autres interprétations de la sportivité. La Maserati GranTurismo MC Stradale adopte une orientation plus radicale tout en restant une automobile homologuée pour la route, donc fondamentalement différente de la Versione Corse.
La Maserati MC20 marque ensuite le retour d’une grande sportive Maserati à moteur central. Sa déclinaison Maserati MC20 GT2 accompagne le retour de la marque dans les compétitions GT, sans constituer pour autant un successeur technique direct de la MC12 Corsa. Cette dernière demeure liée à une période très précise de l’histoire de Maserati, lorsque le constructeur a transformé sa redoutable GT1 en une machine de piste encore plus puissante, produite à seulement quelques unités pour des clients privés.




