Lancée en 1969, l’Aston Martin DBS V8 est la version pour laquelle la DBS avait en grande partie été pensée dès sa conception. Sous sa carrosserie dessinée par William Towns prend enfin place le nouveau V8 de 5,3 litres développé par Tadek Marek. Avec environ 310 à 320 ch selon les estimations retenues, une vitesse maximale proche de 260 km/h et quatre véritables places, elle fait entrer Aston Martin dans une nouvelle période technique tout en conservant l’élégance d’une grande GT britannique.
La DBS V8 occupe aussi une position particulière dans l’histoire de la marque. Produite à seulement environ 400 exemplaires jusqu’en 1972, elle constitue à la fois l’aboutissement de la DBS et le point de départ de la longue famille des Aston Martin à moteur V8 qui dominera le catalogue durant les décennies suivantes.
La DBS reçoit enfin le V8 de Tadek Marek
À la fin des années 1960, Aston Martin doit renouveler une gamme encore étroitement associée aux lignes classiques des DB4, DB5 et DB6. La Aston Martin DB6 reste une évolution de cette famille alors que son remplacement doit offrir davantage d’espace et surtout préparer l’arrivée d’une nouvelle mécanique. Après des études réalisées par Touring, William Towns dessine une GT beaucoup plus large et anguleuse, dévoilée sous le nom DBS en 1967.
Le nouveau V8 n’est cependant pas prêt. Tadek Marek, déjà responsable du six-cylindres Aston Martin, développe un huit-cylindres en V à 90 degrés entièrement en alliage léger. Les difficultés rencontrées pendant sa mise au point, notamment dans le cadre du programme de compétition de 1967, retardent son installation dans une voiture de série. La Aston Martin DBS est donc initialement commercialisée avec le six-cylindres 4,0 litres hérité de la génération précédente.
La situation change en septembre 1969. Une première DBS V8 est donnée comme achevée à Newport Pagnell le 19 septembre, avant l’annonce de la nouvelle version le 27 septembre. La production régulière monte ensuite en cadence en 1970. La carrosserie prévue pour cette mécanique peut enfin exploiter le moteur qui devait initialement l’accompagner.
Un V8 5,3 litres à injection mécanique Bosch
Le moteur de 5 340 cm3 représente une rupture majeure pour Aston Martin. Son architecture à quatre arbres à cames en tête, deux par rangée de cylindres, est sophistiquée pour une GT de cette époque. L’alimentation repose sur une injection mécanique Bosch et non sur les carburateurs que l’on associera à certaines Aston Martin V8 ultérieures. Le moteur comporte également des chemises humides et une distribution commandée par chaînes.
Aston Martin ne publiait pas initialement une valeur de puissance aussi clairement normalisée qu’aujourd’hui, ce qui explique les chiffres très différents repris au fil des décennies. Environ 310 à 320 bhp à 5 000 tr/min constitue la plage la plus cohérente avec la documentation historique et les données rétrospectives de la marque. Des valeurs nettement supérieures, parfois jusqu’à 375 bhp, apparaissent également dans la littérature mais ne doivent pas être considérées comme une mesure officielle incontestable.
Deux transmissions sont proposées. La boîte manuelle ZF compte cinq rapports entièrement synchronisés, tandis qu’une automatique Chrysler Torqueflite à trois rapports répond davantage à la vocation de grande routière de la DBS V8. Dans les deux cas, la puissance est envoyée aux roues arrière.
Les performances placent alors la voiture parmi les GT les plus rapides disponibles. Les données historiques font état d’environ 160 à 162 mph, soit approximativement 257 à 261 km/h, avec un 0 à 60 mph proche de six secondes. Aston Martin la présentait comme la voiture de série à quatre places la plus rapide du monde lors de son lancement.
Fiche technique de l’Aston Martin Dbs V8
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Production | 1969 à mai 1972 |
| Carrosserie | Coupé GT 2 portes, 4 places |
| Site de production | Newport Pagnell, Royaume-Uni |
| Moteur | V8 essence atmosphérique à 90 degrés, alliage léger |
| Cylindrée | 5 340 cm3 |
| Alésage x course | 100 x 85 mm |
| Distribution | 4 arbres à cames en tête, 2 soupapes par cylindre |
| Alimentation | Injection mécanique Bosch |
| Taux de compression | 9,0:1 |
| Puissance | Environ 310 à 320 bhp à 5 000 tr/min selon les références |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte manuelle | ZF à 5 rapports synchronisés |
| Boîte automatique | Chrysler Torqueflite à 3 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Essieu De Dion, ressorts hélicoïdaux, parallélogramme de Watt |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques Girling ventilés aux quatre roues, assistance |
| Jantes | GKN en alliage léger, 15 pouces |
| Pneumatiques | GR70 VR15 selon la documentation d’époque |
| Longueur | Environ 4 580 mm |
| Largeur | Environ 1 830 mm |
| Hauteur | Environ 1 330 mm |
| Empattement | Environ 2 610 mm |
| Voies | Environ 1 500 mm avant et arrière |
| Poids à sec | Environ 1 727 kg |
| Vitesse maximale | Environ 257 à 261 km/h |
| 0 à 60 mph | Environ 5,9 à 6,0 s |
| 0 à 100 mph | Environ 13,9 s |
Une DBS reconnaissable à ses attributs spécifiques
La silhouette demeure celle dessinée par William Towns pour la DBS, avec un long capot, un habitacle capable d’accueillir quatre occupants et une poupe fastback. Le changement est pourtant considérable par rapport à l’Aston Martin DB5 et aux autres créations issues de la tradition stylistique Touring. Les surfaces sont plus tendues, la voiture plus large et la face avant utilise quatre projecteurs ronds.
La DBS V8 se reconnaît notamment à ses jantes GKN en alliage léger de 15 pouces et à ses pneumatiques plus généreux. Ces roues remplacent les traditionnelles roues à rayons, qui n’étaient plus adaptées aux contraintes imposées par le couple et les performances du V8. Des badges spécifiques et une partie inférieure avant plus prononcée complètent les signes distinctifs. Les jantes ne constituent toutefois pas à elles seules une preuve d’identification, certaines DBS six-cylindres tardives ayant également reçu des roues en alliage.
Le châssis est adapté aux performances disponibles. À l’avant, la suspension indépendante emploie des doubles triangles, tandis que l’arrière conserve une architecture De Dion guidée notamment par un parallélogramme de Watt. Les quatre freins à disque ventilés constituent une nouveauté importante pour une Aston Martin de série. Cette combinaison permet à la DBS V8 de rester une grande GT rapide plutôt qu’une simple DBS dotée d’un moteur plus puissant.
Une production d’environ 400 exemplaires
Le nombre exact de DBS V8 varie légèrement suivant la manière dont les archives sont comptabilisées. Les chiffres publiés vont d’environ 399 à 405 voitures, tandis que des recherches fondées sur les registres de l’Aston Martin Heritage Trust font état de 404 exemplaires vendus. La série de numéros de châssis s’étend jusqu’à DBSV8/10405, ce qui explique en partie la valeur de 405 fréquemment citée. Retenir environ 404 à 405 exemplaires permet de refléter cette incertitude documentaire sans créer une précision artificielle.
Cette production comprend des voitures à conduite à droite et à gauche ainsi que les deux transmissions. Une répartition issue des registres fait état de 311 exemplaires à conduite à droite, de 182 voitures équipées de la boîte manuelle et de 221 automatiques, avec une transmission non déterminée dans le décompte correspondant à 404 voitures.
La DBS V8 était une automobile extrêmement coûteuse. Les références historiques de prix ne sont pas directement comparables en raison des différences de date et de fiscalité, mais Aston Martin mentionne un tarif neuf de 5 281 livres, tandis qu’une documentation de 1970 atteint 7 501 livres en intégrant la Purchase Tax. Sa rareté actuelle découle donc autant de son positionnement initial que de sa courte période de fabrication.
De la DBS V8 à la grande famille des Aston Martin V8
En 1972, le changement de propriétaire d’Aston Martin s’accompagne d’une évolution de la nomenclature. La DBS V8 disparaît en mai et sa descendante poursuit sa carrière sous le nom plus simple d’Aston Martin V8. La continuité technique est telle que la DBS V8 est rétrospectivement appelée V8 Series 1, même si cette appellation ne correspond pas à son nom commercial initial.
Le V8 conçu par Tadek Marek devient surtout l’une des mécaniques emblématiques de Newport Pagnell. Son architecture sert de base aux Aston Martin V8 suivantes, jusqu’aux versions beaucoup plus performantes dont l’Aston Martin V8 Vantage. Il est également étroitement associé à l’histoire de l’Aston Martin Lagonda, prolongeant bien au-delà de la DBS V8 le programme mécanique engagé dans les années 1960.
Cette filiation ne doit pas conduire à confondre la voiture de 1969 avec les DBS contemporaines. Le nom sera réutilisé plusieurs décennies plus tard sur de nouvelles GT sans continuité technique directe, notamment l’Aston Martin DBS Superleggera. La DBS V8 originelle reste identifiable comme la DBS de William Towns équipée du V8 5,3 litres à injection Bosch et produite à Newport Pagnell jusqu’en 1972.
La DBS V8 et Amicalement vôtre
L’association entre la DBS de cette époque et la culture populaire doit enfin être précisée. Dans la série télévisée Amicalement vôtre, le personnage de Brett Sinclair interprété par Roger Moore conduit une Aston Martin qui présente plusieurs attributs visuels de la DBS V8. Cette apparition a contribué à fixer l’image du modèle auprès du grand public.
La voiture utilisée pour la série n’était pourtant pas une authentique DBS V8. Il s’agissait d’une DBS à moteur six-cylindres modifiée pour ressembler à la version V8, notamment grâce à des jantes et à des badges correspondants. Ce détail explique pourquoi des photographies de la célèbre voiture de Roger Moore sont régulièrement, mais incorrectement, utilisées pour illustrer la DBS V8 de série.




