Lancée en 1977, l’Aston Martin V8 Vantage transforme la grande GT de Newport Pagnell en une automobile capable de rivaliser avec les voitures les plus rapides de son époque. Son V8 de 5,3 litres profondément retravaillé, son châssis raffermi et son aérodynamique spécifique lui permettent d’approcher 270 km/h. Cette première V8 Vantage doit être distinguée des modèles modernes qui reprendront la même appellation plusieurs décennies plus tard.
Une Aston Martin V8 devenue beaucoup plus radicale
La V8 Vantage apparaît dans une période délicate pour Aston Martin. Après les difficultés financières du milieu des années 1970, le constructeur dispose de moyens limités pour développer une automobile entièrement nouvelle. Il choisit donc d’exploiter le potentiel de sa grande GT V8 existante et surtout celui de son moteur conçu à l’origine sous la direction de Tadek Marek.
Cette famille possède des racines plus anciennes. La carrosserie anguleuse dessinée par William Towns apparaît avec l’Aston Martin DBS, avant que le modèle adopte le huit cylindres maison. L’Aston Martin DBS V8 constitue ainsi une étape essentielle dans la lignée technique menant à l’AM V8 puis à la V8 Vantage.
Le 18 février 1977, Aston Martin annonce officiellement sa nouvelle version à hautes performances. La production commence au printemps. Le principe du badge n’est pourtant pas nouveau : des modèles comme l’Aston Martin DB5 Vantage avaient déjà utilisé cette appellation pour identifier une exécution plus puissante. Avec le modèle de 1977, Vantage prend toutefois une dimension nouvelle en désignant une automobile dont les modifications dépassent largement une simple préparation moteur.
Aston Martin annonce alors environ 40 % de puissance supplémentaire et 10 % de couple en plus par rapport au V8 standard correspondant. L’objectif est clair : conserver le confort, les quatre places et la présentation luxueuse d’une GT britannique tout en atteignant les performances d’une supercar.
Un V8 5,3 litres poussé à environ 380 bhp
Le moteur reste le V8 à 90 degrés de 5 340 cm3, avec un alésage de 100 mm et une course de 85 mm, mais sa préparation devient beaucoup plus poussée. Les modifications concernent notamment l’admission, les arbres à cames, les soupapes, les carburateurs et les collecteurs. Pour la voiture originelle, Aston Martin retient aujourd’hui une puissance historique d’environ 380 bhp. Certaines publications d’époque ou spécialisées donnent des valeurs légèrement différentes, notamment en raison des normes de mesure et des évolutions apportées pendant la carrière du modèle.
La transmission aux roues arrière est assurée principalement par une boîte mécanique ZF à cinq rapports. Une boîte automatique Chrysler Torqueflite à trois rapports est également proposée. Cette architecture traditionnelle, moteur longitudinal avant et propulsion, reste fidèle à celle de la grande GT dont la Vantage est issue.
Le travail ne se limite pas au moteur. Les ressorts sont plus courts et plus fermes, les amortisseurs Koni participent à un tarage plus sportif et la barre antiroulis avant est renforcée. À l’arrière, Aston Martin conserve l’essieu De Dion caractéristique de cette génération. Les larges pneumatiques Pirelli CN12 en 255/60 VR15 contribuent également à donner à la Vantage une empreinte au sol très différente de celle d’une V8 ordinaire.
Ces transformations produisent des performances remarquables à la fin des années 1970. Aston Martin communique sur environ 170 mph, soit 274 km/h, et un 0 à 60 mph proche de 5,2 secondes. Un essai indépendant réalisé quelques années plus tard atteint environ 168 mph, soit 270 km/h. La V8 Vantage pouvait donc réellement évoluer dans le territoire des supercars contemporaines tout en conservant quatre places et un habitacle de grande routière.
Fiche technique de l’Aston Martin V8 Vantage
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Production | 1977 à 1989, dernières livraisons autour de 1990 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 4 places |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | V8 essence à 90 degrés, double arbre à cames en tête par rangée |
| Cylindrée | 5 340 cm3 |
| Alésage x course | 100 x 85 mm |
| Alimentation | 4 carburateurs Weber double corps sur les premières versions |
| Puissance | Environ 380 bhp pour la version originelle, davantage sur les évolutions ultérieures |
| Boîte mécanique | ZF à 5 rapports |
| Boîte automatique | Chrysler Torqueflite à 3 rapports disponible |
| Suspension avant | Indépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs Koni, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Essieu De Dion, ressorts hélicoïdaux, bras longitudinaux, parallélogramme de Watt |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins | Disques Girling assistés |
| Pneus des premières versions | Pirelli CN12 255/60 VR15 |
| Empattement | Environ 2 610 mm |
| Longueur | Environ 4 674 à 4 745 mm selon version |
| Largeur | Environ 1 830 à 1 944 mm selon version et méthode de mesure |
| Hauteur | Environ 1 320 à 1 330 mm |
| Poids | Variable selon version et norme de mesure, environ 1 727 kg à sec pour certaines spécifications historiques |
| Vitesse maximale | Environ 270 à 274 km/h pour les versions de référence |
| 0 à 60 mph | Environ 5,2 à 5,3 s |
| Site de production | Newport Pagnell, Angleterre |
Une silhouette conçue pour la haute vitesse
La V8 Vantage se reconnaît immédiatement à son traitement frontal. La calandre traditionnelle est largement obturée et deux projecteurs longue portée prennent place dans cette zone. L’air nécessaire au refroidissement arrive principalement par l’ouverture située sous le pare-chocs, intégrée à un profond spoiler avant. Le capot et l’arrière reçoivent également des traitements spécifiques.
Ces éléments ne sont pas de simples artifices esthétiques. Les vitesses désormais accessibles imposent de travailler la stabilité et de limiter la portance. La Vantage adopte ainsi un spoiler arrière, tandis que ses pneus nettement plus larges et son assiette plus sportive renforcent son allure. Les premières voitures se distinguent notamment par un spoiler arrière rapporté, souvent désigné par les spécialistes comme le “bolt-on fliptail”.
À partir de 1978, la carrosserie dite Oscar India apporte un traitement arrière plus intégré, avec un spoiler incorporé à la poupe. L’apparence évolue encore au fil des années, notamment avec de nouvelles roues. Les jantes BBS apparaissent au cours des années 1980 et les dernières versions X-Pack passent aux roues de 16 pouces.
De la V540 à la puissante X-Pack
La carrière de la V8 Vantage s’étend sur plus d’une décennie et sa définition technique n’est donc pas figée. Les spécialistes utilisent notamment les références V540 et V580 pour différencier plusieurs étapes de développement. Les appellations de type Series 1, Series 2 ou Series 3 que l’on rencontre aujourd’hui sont pratiques pour classer les voitures, mais elles ne correspondent pas toujours à des dénominations commerciales officiellement mises en avant à l’époque.
La première V540 de 1977 établit la formule. L’arrivée de la carrosserie Oscar India modifie ensuite l’aspect de la voiture, tandis que le moteur continue d’évoluer. Au cours des années 1980, les V580 bénéficient d’améliorations successives qui préparent l’ultime développement de la mécanique atmosphérique de 5,3 litres.
Cette évolution culmine avec le moteur 580 X, associé à la Vantage communément appelée X-Pack. Sa préparation comprend des modifications internes importantes et porte la puissance nettement au-dessus de celle des premières voitures. Les documents et publications historiques donnent environ 400 bhp pour certaines configurations et jusqu’à 432 bhp pour d’autres spécifications. Il serait donc trompeur d’attribuer une puissance unique à toutes les X-Pack.
La rareté varie également selon les séries. Le décompte le plus souvent repris fait état d’environ 342 coupés V8 Vantage, auxquels s’ajoutent les déclinaisons ouvertes pour parvenir à environ 534 Vantage au sens large. Les totaux diffèrent toutefois lorsque sont intégrées certaines voitures à présentation Vantage ou des commandes particulières. Les X-Pack représentent une fraction seulement de cette production et comptent aujourd’hui parmi les variantes les plus recherchées.
Une supercar britannique sous les traits d’une grande GT
La singularité de la V8 Vantage tient au contraste entre ses performances et sa conception générale. Elle reste une imposante quatre places assemblée selon les méthodes traditionnelles de Newport Pagnell, avec une structure en acier habillée de panneaux extérieurs en aluminium. Son habitacle conserve l’atmosphère luxueuse attendue d’une Aston Martin, loin du dépouillement d’une sportive conçue exclusivement autour des performances.
Pourtant, ses capacités la placent parmi les automobiles les plus rapides de sa génération. Aston Martin la décrit rétrospectivement comme la première véritable supercar britannique et la présentait comme une quatre places de série exceptionnellement rapide. Au-delà de la formule promotionnelle, les mesures indépendantes proches de 270 km/h confirment que la Vantage appartenait bien au cercle très restreint des voitures routières capables d’atteindre de telles vitesses au tournant des années 1980.
Son prix reflétait cette position. Lors de son lancement, il avoisinait 20 000 livres sterling, avant d’augmenter fortement au cours de sa carrière à mesure que les coûts de fabrication, les équipements et les spécifications progressaient. La production demeurait artisanale, très éloignée des volumes des grandes marques de voitures de sport.
La fin de la V8 Vantage classique et la continuité du nom
À la fin des années 1980, cette architecture issue des années 1960 arrive au terme d’une carrière exceptionnellement longue. L’Aston Martin Virage, présentée en 1988, ouvre une nouvelle génération de grandes GT V8 et prend progressivement la relève. La fabrication de la V8 Vantage s’achève en 1989, même si les dernières livraisons s’étendent autour de 1990.
Le nom Vantage survivra largement à cette première supercar britannique. Aston Martin l’emploiera de nouveau sur des modèles très différents, jusqu’à en faire une famille à part entière. La génération moderne donnera notamment naissance à l’Aston Martin V8 Vantage S, tandis que l’Aston Martin V12 Vantage poussera plus loin encore le principe d’une sportive compacte à moteur avant.
Cette réutilisation du nom explique une confusion fréquente : une recherche portant sur “V8 Vantage” peut désigner aussi bien la voiture de Newport Pagnell apparue en 1977 que la sportive moderne commercialisée plusieurs décennies plus tard. La première se distingue par son imposant coupé quatre places dérivé de l’AM V8, son V8 5,3 litres à carburateurs sur les versions originelles, sa construction artisanale et son dessin hérité de la DBS. Ce sont précisément ces caractéristiques qui définissent l’Aston Martin V8 Vantage historique.




