Présentée au Salon de Genève en 1993 puis produite à partir de 1994, l’Aston Martin DB7 ouvre une nouvelle période dans l’histoire du constructeur britannique. Plus compacte et industrialisée que les Aston Martin traditionnelles de l’époque, elle doit permettre à la marque d’augmenter fortement ses volumes sans renoncer à son positionnement de grand tourisme. La première DB7 repose sur un six cylindres en ligne de 3,2 litres associé à un compresseur, avant l’arrivée du V12 en 1999.
La DB7 marque aussi le retour de la nomenclature DB, intimement liée à l’histoire d’Aston Martin. Après des modèles comme l’Aston Martin DB6 et la DBS, cette appellation avait disparu des voitures de série pendant plusieurs décennies. Son retour accompagne une transformation industrielle bien plus profonde que ne le laisse supposer la silhouette classique de la voiture.
Une Aston Martin conçue pour changer d’échelle
Au début des années 1990, Aston Martin reste un constructeur aux volumes extrêmement faibles. Ses grandes GT sont coûteuses à fabriquer et reposent encore largement sur des méthodes artisanales. L’Aston Martin Virage, alors au coeur de la gamme, illustre cette approche traditionnelle. Pour assurer son développement, la marque a besoin d’un modèle plus accessible et susceptible d’être produit en quantités sensiblement supérieures.
Le projet bénéficie de l’environnement industriel créé par Ford, devenu propriétaire d’Aston Martin. Victor Gauntlett avait défendu l’idée d’une Aston plus petite et moins chère, tandis que Walter Hayes joue ensuite un rôle majeur dans la concrétisation du programme. Tom Walkinshaw Racing, ou TWR, apporte pour sa part des ressources techniques et industrielles déterminantes.
La genèse de la DB7 entretient des liens étroits avec Jaguar. Une partie de ses origines remonte aux projets XJ41 et XJ42, étudiés par Jaguar puis abandonnés. TWR exploite cette base de travail pour développer une automobile profondément remaniée destinée à Aston Martin. Il serait toutefois réducteur de présenter la DB7 comme une simple Jaguar recarrossée : structure, mise au point, motorisation, présentation et positionnement sont adaptés aux exigences de la nouvelle GT.
La production est installée à Wykham Mill, à Bloxham dans l’Oxfordshire, un site précédemment associé à la Jaguar XJ220. Cette organisation tranche avec la fabrication traditionnelle de Newport Pagnell. Les carrosseries sont réalisées à Coventry et, durant les premières années, leur peinture fait également intervenir les installations de Rolls-Royce à Crewe. Bloxham reçoit ensuite sa propre installation de peinture.
Le dessin d’Ian Callum et les références aux anciennes DB
Le style définitif est principalement l’oeuvre d’Ian Callum, alors chez TWR Design. La généalogie du projet inclut également le travail réalisé auparavant par Keith Helfet sur les projets Jaguar dont dérive le programme. Callum donne cependant à la voiture une identité Aston Martin immédiatement reconnaissable et nettement différente de celle de ses parentes techniques.
La carrosserie adopte des proportions de grande GT classique : capot long, habitacle rejeté vers l’arrière, pavillon bas et poupe arrondie. La calandre reprend l’une des signatures historiques d’Aston Martin, tandis que les ouvertures derrière les roues avant et le traitement général des volumes évoquent subtilement les DB des années 1950 et 1960. L’ensemble évite néanmoins le pastiche et reste caractéristique du design automobile des années 1990.
La DB7 est un coupé 2+2 à moteur avant et propulsion. Sa structure semi-monocoque utilise principalement l’acier, complété par plusieurs panneaux en matériaux composites. Cette construction et son processus d’assemblage permettent une production beaucoup plus rationnelle que celle des grandes Aston Martin fabriquées traditionnellement à la main.
Une version découvrable, la DB7 Volante, complète ensuite la gamme à partir de 1996. Malgré sa parenté esthétique évidente avec le coupé, ses contraintes structurelles et son poids imposent de ne pas transposer automatiquement toutes les données techniques d’une carrosserie à l’autre.
Un six cylindres 3,2 litres suralimenté
La DB7 originelle se distingue surtout par son six cylindres en ligne de 3 228 cm3. Installé longitudinalement à l’avant, ce moteur à double arbre à cames et 24 soupapes reçoit une injection électronique et un compresseur volumétrique Eaton. Il développe 335 bhp dans la documentation technique historique, soit environ 340 ch selon la présentation habituellement retenue en Europe, avec un couple proche de 500 Nm.
Deux transmissions sont proposées. La boîte manuelle Getrag comporte cinq rapports, tandis qu’une automatique à quatre rapports est disponible en option. Dans les deux cas, la puissance est transmise aux roues arrière. La combinaison du six cylindres et du compresseur donne ainsi à la première DB7 une identité mécanique très différente des Aston Martin V8 contemporaines et du V12 qui équipera les versions suivantes.
La documentation historique annonce 157 mph, soit environ 253 km/h, ainsi qu’un 0 à 60 mph en 5,8 secondes. Certaines publications Aston Martin plus récentes mentionnent des chiffres supérieurs, notamment 165 mph et une puissance de 355 bhp. Pour caractériser la DB7 3.2 de série, les données techniques historiques contemporaines de sa production constituent la référence la plus cohérente.
Fiche technique de l’Aston Martin Db7
| Caractéristique | Aston Martin DB7 3.2 Coupé |
|---|---|
| Présentation | 1993 |
| Début de production | 1994 |
| Carrosserie | Coupé 2+2, 2 portes |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | 6 cylindres en ligne essence |
| Cylindrée | 3 228 cm3 |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 24 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique multipoint séquentielle Zytec |
| Suralimentation | Compresseur volumétrique Eaton |
| Alésage x course | 91 x 83 mm |
| Rapport volumétrique | 8,3:1 |
| Puissance | 335 bhp à 5 600 tr/min, environ 340 ch |
| Couple | Environ 500 Nm à 3 000 tr/min |
| Boîte manuelle | Getrag, 5 rapports |
| Boîte automatique | 4 rapports |
| Structure | Semi-monocoque en acier avec éléments de carrosserie composites |
| Suspension avant | Indépendante, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Indépendante, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins | Disques, ABS Teves |
| Disques avant | 285 mm |
| Disques arrière | 295 mm |
| Longueur | 4 631 mm |
| Largeur | 1 820 mm |
| Hauteur | 1 268 mm |
| Empattement | 2 591 mm |
| Voie avant | 1 524 mm |
| Voie arrière | 1 530 mm |
| Poids à sec | 1 725 kg |
| Vitesse maximale | 157 mph, environ 253 km/h |
| 0 à 60 mph | 5,8 s |
| 0 à 100 mph | 14,4 s |
De la DB7 six cylindres à la Vantage V12
La carrière du six cylindres se poursuit jusqu’en 1999, avec quelques variations de datation selon que l’on considère la production, les années-modèles ou les commercialisations nationales. Cette distinction est importante, car le nom DB7 désigne aussi couramment l’ensemble de la famille produite jusqu’en 2004, alors que ses caractéristiques mécaniques changent profondément en cours de carrière.
En 1999 apparaît l’Aston Martin DB7 Vantage. Elle abandonne le six cylindres suralimenté au profit d’un V12 de 5,9 litres développant 420 ch et bénéficie de nombreuses adaptations techniques. La Vantage ne doit donc pas être considérée comme une simple évolution de puissance : elle constitue une phase nettement distincte de la DB7.
La famille s’enrichit ensuite de variantes plus rares, notamment les DB7 GT et GTA, ainsi que les DB7 Zagato et DB AR1. Ces versions de fin de carrière reposent sur la génération V12 et ne doivent pas être utilisées pour décrire les caractéristiques de la DB7 3.2 dévoilée en 1993.
Production et place de la DB7 dans le renouveau d’Aston Martin
La DB7 atteint un niveau de diffusion sans précédent pour Aston Martin. Environ 7 000 exemplaires sont fabriqués en comptant l’ensemble de la famille et de ses motorisations. Les décomptes publiés varient légèrement, avec notamment 7 091 ou 7 092 voitures selon les sources. Pour les seules DB7 à six cylindres, les données disponibles conduisent à un total d’environ 2 400 à 2 500 exemplaires, coupés et Volante réunis.
Cette réussite modifie l’échelle industrielle de la marque. La DB7 cohabite ensuite avec l’Aston Martin Vanquish, lancée au début des années 2000 comme nouvelle GT phare. Aston Martin dispose alors d’une gamme et de volumes très différents de ceux du début de la décennie précédente.
La production de la famille DB7 s’achève en 2004. Elle est remplacée par l’Aston Martin DB9, développée sur une architecture entièrement nouvelle. La fermeture du chapitre DB7 correspond également à la fin de la période de production à Bloxham, après une décennie durant laquelle ce site aura permis à Aston Martin de passer d’une fabrication confidentielle à une production en série nettement plus importante.




