Dévoilée le 18 octobre 1988 au British International Motor Show de Birmingham, l’Aston Martin Virage ouvre un nouveau chapitre pour la marque britannique. Ce grand coupé 2+2 à moteur V8 doit remplacer une famille de GT dont les origines remontent aux années 1960. Sa production débute à Newport Pagnell en 1989 et se poursuit jusqu’au milieu des années 1990. Malgré une architecture fidèle aux traditions d’Aston Martin, la Virage introduit une carrosserie entièrement renouvelée, un V8 profondément modernisé et une présentation adaptée aux exigences d’une GT des années 1990.
Cette première Virage ne doit pas être confondue avec le modèle V12 portant le même nom commercialisé en 2011. La voiture historique est une GT à moteur V8 atmosphérique de 5,3 litres, fabriquée artisanalement à Newport Pagnell. Elle donnera naissance à plusieurs dérivés et servira de base à une nouvelle génération de grandes Aston Martin.
Une nouvelle Aston Martin pour la fin des années 1980
Lorsque le programme Virage est lancé, Aston Martin doit renouveler une automobile dont la conception fondamentale est devenue ancienne. La lignée précédente avait notamment donné naissance à l’Aston Martin DBS V8 puis aux différentes Aston Martin V8. Ces voitures avaient évolué pendant près de deux décennies, mais leurs lignes et leur architecture ne pouvaient indéfiniment accompagner la marque face aux GT plus modernes.
Le projet de la Virage est développé dans une période financièrement délicate pour Aston Martin. Sous la direction de Victor Gauntlett, le constructeur conserve une production extrêmement limitée et des méthodes largement artisanales. Il doit donc créer une nouvelle automobile sans disposer des moyens industriels des grands groupes. Le développement, mené dans la discrétion pendant environ trois ans, est notamment connu sous la désignation DP2034.
Cette modernisation intervient également après l’expérience très particulière de l’Aston Martin Lagonda. Alors que cette dernière avait misé sur un style spectaculaire et une électronique très ambitieuse, la Virage revient à la formule plus traditionnelle du grand coupé britannique tout en abandonnant l’apparence massive de l’ancienne V8.
Sa présentation publique a lieu au NEC de Birmingham en octobre 1988. Le modèle doit alors incarner l’Aston Martin des années 1990. La fabrication commence en 1989 dans l’usine historique de Newport Pagnell, où les panneaux de carrosserie en aluminium restent travaillés selon des méthodes nécessitant une importante intervention manuelle.
Le dessin de John Heffernan et Ken Greenley
Le style est confié à John Heffernan et Ken Greenley, dont la proposition est retenue à l’issue du processus de sélection organisé par Aston Martin. Leur dessin rompt clairement avec les volumes anguleux de la génération précédente. La Virage conserve les proportions d’une grande GT à moteur avant, mais ses surfaces deviennent plus fluides, son pare-brise davantage incliné et ses extrémités mieux intégrées à la carrosserie.
Le projet initial envisageait des phares escamotables, finalement abandonnés. La voiture de série reçoit des blocs optiques rectangulaires encadrant une calandre Aston Martin relativement fine. Le long capot, les flancs sobres et la poupe large donnent à la Virage une silhouette plus discrète que celle des V8 Vantage qui l’avaient précédée. Pour maîtriser les coûts d’un modèle produit en très petite quantité, Aston Martin utilise aussi certains composants provenant de constructeurs de grande série, notamment pour l’éclairage.
L’habitacle reste fidèle à l’univers des GT de Newport Pagnell. Bois, cuir et fabrication artisanale cohabitent avec une ergonomie plus contemporaine. La configuration 2+2 permet de préserver la vocation de grand tourisme plutôt que de transformer la Virage en stricte sportive biplace.
Un V8 5,3 litres entièrement modernisé
Aston Martin conserve le principe du V8 à 90 degrés qui caractérise ses grandes GT, mais le moteur reçoit une évolution majeure. Sa cylindrée est de 5 341 cm3 et ses nouvelles culasses utilisent quatre soupapes par cylindre, soit 32 soupapes au total. Le développement de ces culasses est associé à Callaway Engineering. L’alimentation et la gestion électronique sont confiées à un système Weber-Marelli.
Dans sa spécification de référence, le V8 développe 330 bhp à 6 000 tr/min et 350 lb-ft de couple à 3 700 tr/min. Les chiffres rencontrés pour la Virage varient toutefois avec les normes de mesure, les marchés et l’installation éventuelle de dispositifs antipollution. Cette nouvelle distribution à 32 soupapes permet notamment à Aston Martin de préserver les performances du moteur tout en répondant à des contraintes d’émissions plus sévères.
La puissance est envoyée aux roues arrière. Au lancement, l’acheteur peut choisir une boîte manuelle ZF à cinq rapports ou une transmission automatique Chrysler TorqueFlite à trois rapports. Une boîte automatique à quatre rapports apparaît plus tard dans la carrière de la famille. Malgré un poids proche de 1,8 tonne, la Virage atteint environ 250 km/h dans sa configuration initiale et réalise le 0 à 60 mph en 6 secondes.
Fiche technique de l’Aston Martin Virage
| Caractéristique | Aston Martin Virage 5.3 |
|---|---|
| Présentation | 18 octobre 1988 |
| Production | 1989-1995 pour la Virage originelle |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 2+2 |
| Production | Newport Pagnell, Royaume-Uni |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | V8 essence à 90 degrés |
| Cylindrée | 5 341 cm3 |
| Alésage x course | 100 x 85 mm |
| Distribution | 32 soupapes, quatre arbres à cames en tête |
| Alimentation | Injection électronique Weber-Marelli |
| Puissance de référence | 330 bhp à 6 000 tr/min |
| Couple | 350 lb-ft à 3 700 tr/min |
| Boîte manuelle | ZF à 5 rapports |
| Boîte automatique au lancement | Chrysler TorqueFlite à 3 rapports |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles |
| Suspension arrière | Essieu De Dion |
| Freins | Disques ventilés à l’avant, disques à l’arrière |
| Direction | Assistée |
| Longueur | 4 737 mm |
| Largeur | 1 854 mm |
| Hauteur | 1 321 mm |
| Empattement | 2 610 mm |
| Poids | 1 790 kg |
| Vitesse maximale | 155 mph, environ 249 km/h dans la spécification initiale |
| 0 à 60 mph | 6,0 s dans la spécification initiale |
Virage Volante, 6.3 et naissance de la Vantage
La Virage devient rapidement le point de départ d’une famille plus étendue. La déclinaison découvrable, l’Aston Martin Virage Volante, est présentée en 1990. Elle reprend les principes techniques du coupé dans une carrosserie ouverte et illustre la tradition des cabriolets de grand tourisme de la marque.
Le département Works Service pousse beaucoup plus loin l’évolution mécanique avec la transformation 6.3. Présentée au début des années 1990, celle-ci porte la cylindrée du V8 à environ 6,3 litres et s’accompagne d’importantes modifications des freins, des roues et des suspensions. Certaines voitures reçoivent également une présentation extérieure beaucoup plus agressive. L’ABS fait son apparition dans ce contexte en 1992. Une Virage 6.3 ne doit donc pas être assimilée à une simple configuration du coupé 5.3 de lancement.
La transformation la plus radicale intervient avec l’Aston Martin V8 Vantage des années 1990. Bien qu’elle dérive de l’architecture de la Virage, sa carrosserie considérablement remaniée et son V8 équipé de deux compresseurs en font une automobile distincte. Elle illustre surtout le potentiel d’évolution d’une base conçue initialement pour une GT atmosphérique.
Quelques réalisations spéciales complètent cette famille, dont des Shooting Brake produits en très faibles quantités. Ces variantes, transformations Works et commandes particulières expliquent en partie pourquoi les caractéristiques attribuées à la Virage sont parfois mélangées dans les fiches consacrées au modèle. La Virage de 1988 reste avant tout le coupé atmosphérique 5.3 litres à 32 soupapes.
Une production artisanale particulièrement limitée
La Virage reste une automobile de très petite série. Le chiffre de 365 coupés 5.3 est couramment retenu pour la version originelle, même si certains décomptes plus larges aboutissent à des totaux différents en intégrant d’autres périodes ou dérivés de la famille. L’essentiel de la production du coupé se concentre au début des années 1990, ce qui reflète à la fois son prix très élevé et les capacités réduites de Newport Pagnell.
Cette faible diffusion intervient au moment où Aston Martin commence à transformer son offre. L’Aston Martin DB7, lancée dans les années 1990, occupe un positionnement plus accessible et repose sur une logique industrielle différente. La Virage et ses dérivés conservent pour leur part le caractère exclusif des automobiles construites artisanalement à Newport Pagnell.
La Virage atmosphérique quitte progressivement la scène au milieu de la décennie. Son architecture survit cependant à travers les Vantage et la V8 Coupé apparue en 1996, qui reprend la formule du grand coupé atmosphérique dans une présentation actualisée. Cette continuité montre que la plate-forme introduite avec la Virage disposait encore d’un potentiel important plusieurs années après son lancement.
De la Virage aux dernières grandes GT de Newport Pagnell
La Virage occupe une position particulière dans l’histoire d’Aston Martin parce qu’elle appartient à une période située entre deux mondes. Elle conserve une carrosserie en aluminium travaillée artisanalement, un imposant V8 conçu dans la tradition maison et une production minuscule, tout en introduisant un style, une gestion moteur et des contraintes de développement nettement plus modernes que ceux de la génération précédente.
La réutilisation du nom Virage en 2011 peut entretenir la confusion, mais les deux automobiles sont techniquement indépendantes. La Virage moderne appartient à l’ère de Gaydon, utilise l’architecture VH et reçoit un V12, alors que le modèle de 1988 est une création de l’époque Newport Pagnell autour du V8 maison.
Après les dernières évolutions issues de cette génération, l’Aston Martin Vanquish ouvrira au début des années 2000 une nouvelle phase pour les grandes GT de la marque tout en restant initialement produite à Newport Pagnell. La Virage constitue ainsi l’un des principaux jalons techniques reliant les Aston Martin V8 classiques aux GT beaucoup plus modernes qui accompagneront le renouveau du constructeur.




