Présentée en 1984, la Maserati Biturbo Spyder transpose la mécanique suralimentée de la Maserati Biturbo dans un cabriolet compact dessiné avec Zagato. L’opération ne consiste pas simplement à supprimer le toit du coupé : Maserati adopte un empattement raccourci à 2 400 mm, contre 2 514 mm pour la Biturbo, donnant au Spyder des proportions plus ramassées et une personnalité propre.
La première version italienne reçoit le V6 2,0 litres à carburateur et deux turbocompresseurs, annoncé à 180 ch. Maserati n’en produit que 276 exemplaires entre 1984 et 1986 avant l’arrivée du Spyder i à injection. Cette première série constitue donc une version bien précise au sein d’une famille de cabriolets Biturbo qui continuera d’évoluer pendant plusieurs années.
De la Biturbo au cabriolet Zagato
Au début des années 1980, Maserati cherche à élargir sa clientèle sous l’impulsion d’Alejandro De Tomaso. La Biturbo devient le pilier de cette stratégie avec un format plus compact que celui des grandes GT historiques de la marque et un V6 utilisant deux turbocompresseurs. Le développement d’un cabriolet permet rapidement d’étendre cette nouvelle gamme tout en renouant avec une carrosserie absente du catalogue Maserati depuis la précédente Maserati Ghibli et sa rare déclinaison Spyder.
Une première tentative apparaît dès 1982. Le carrossier Embo présente au Salon de Turin un cabriolet dérivé de la Biturbo, conservant les proportions et l’empattement du coupé. Cette proposition ne devient pas le modèle de série. Maserati travaille ensuite avec Zagato sur une automobile plus profondément remaniée, présentée au Salon de Turin en 1984.
Zagato ne cherche pas à transformer la Biturbo en roadster strict. La voiture reste une 2+2, mais la réduction de 114 mm de l’empattement diminue fortement l’espace disponible à l’arrière. Cette architecture privilégie les proportions du cabriolet et la rigidité d’un ensemble beaucoup plus court que celui du coupé. Les carrosseries passent par le dispositif industriel de Zagato avant que les voitures soient achevées mécaniquement chez Maserati à Modène.
Un dessin spécifique sans renier la Biturbo
La filiation avec la Biturbo demeure immédiatement visible. La Spyder conserve les formes anguleuses caractéristiques des Maserati de cette période, une face avant verticale, des projecteurs rectangulaires et une calandre centrale portant le Trident. Zagato adapte toutefois cet ensemble à une carrosserie ouverte plus courte, dont les porte-à-faux et l’empattement donnent une silhouette sensiblement différente du coupé.
La capote textile se replie derrière l’habitacle et reçoit un habillage intérieur soigné, cohérent avec le positionnement de la voiture. Malgré ses dimensions relativement compactes, la Spyder reste une Maserati luxueuse. Cuir, matériaux valorisants et instrumentation typique de la famille Biturbo accompagnent notamment la traditionnelle horloge installée au centre de la planche de bord.
Cette combinaison est caractéristique de la période De Tomaso : une présentation raffinée associée à une mécanique très performante pour une cylindrée réduite. La Biturbo Spyder n’a donc ni les dimensions ni l’allure des grandes Maserati découvrables des décennies précédentes. Elle traduit plutôt leur principe de grand tourisme dans le format compact voulu pour la nouvelle gamme des années 1980.
Le V6 2,0 litres biturbo de 180 ch
Sur le marché italien, la première Biturbo Spyder utilise un V6 à 90 degrés de 1 996 cm³. La cylindrée inférieure à deux litres répond directement au contexte fiscal italien de l’époque, particulièrement défavorable aux automobiles dépassant ce seuil. Pour les marchés étrangers, Maserati propose parallèlement des variantes de plus forte cylindrée, notamment un 2,5 litres. Ces voitures ne doivent pas être confondues avec la Spyder 2,0 de 180 ch décrite ici.
Le V6 possède trois soupapes par cylindre, deux à l’admission et une à l’échappement, et deux turbocompresseurs. Dans cette première configuration, l’alimentation repose encore sur un carburateur Weber. La puissance atteint 180 ch à 6 000 tr/min et Maserati annonce une vitesse maximale de 215 km/h. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et transmet sa puissance aux roues arrière par une boîte manuelle à cinq rapports.
Cette architecture rapproche naturellement la Spyder des autres modèles sportifs de la première famille Biturbo, dont la Maserati Biturbo S. La difficulté technique réside notamment dans l’association d’une forte puissance spécifique, de deux turbocompresseurs et d’un carburateur, avant que l’injection électronique ne simplifie progressivement la gestion du moteur sur les évolutions suivantes.
Fiche technique de la Maserati Biturbo Spyder
| Caractéristique | Maserati Biturbo Spyder 2.0 |
|---|---|
| Type constructeur | AM333 |
| Production | 1984-1986 |
| Carrosserie | Spyder 2 portes, 2+2 |
| Structure | Monocoque en acier |
| Architecture moteur | V6 essence à 90 degrés, longitudinal avant |
| Cylindrée | 1 996 cm³ |
| Distribution | 3 soupapes par cylindre, 18 soupapes |
| Suralimentation | 2 turbocompresseurs |
| Alimentation | Carburateur Weber |
| Puissance maximale | 180 ch à 6 000 tr/min |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante à bras obliques |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Longueur | 4 043 mm |
| Largeur | 1 714 mm |
| Hauteur | Environ 1 310 mm |
| Empattement | 2 400 mm |
| Poids annoncé | 1 251 kg |
| Vitesse maximale | 215 km/h |
| Production de la version 2.0 initiale | 276 exemplaires |
Un châssis court réutilisé par la Karif
L’empattement de 2 400 mm constitue l’une des particularités techniques les plus importantes de la Spyder. Il permet de distinguer structurellement la voiture d’une simple Biturbo décapotable et participe à ses proportions caractéristiques. Maserati conserve une suspension indépendante aux quatre roues, avec une architecture avant de type MacPherson et un train arrière à bras obliques, tandis que quatre freins à disque assurent le ralentissement.
Cette base courte ne restera pas réservée au cabriolet. Elle sera reprise pour la Maserati Karif, qui associera le châssis compact du Spyder à une carrosserie fermée et à une orientation encore plus sportive. Ce lien technique montre l’importance du projet AM333 dans la multiplication des dérivés de la Biturbo.
Avec 4,043 m de long pour 1,714 m de large, la Spyder reste compacte pour une GT. Son poids annoncé de 1 251 kg et son V6 de 180 ch lui permettent d’atteindre 215 km/h. Plus que la seule puissance, c’est toutefois l’association du faible empattement, de la propulsion et d’un moteur biturbo qui définit cette première version.
De la Spyder à carburateur aux versions à injection
La première Biturbo Spyder connaît une carrière courte sous sa forme 2,0 litres à carburateur. Maserati indique 276 exemplaires produits entre 1984 et 1986. Ce nombre concerne cette version précise et ne doit pas être confondu avec la production totale de la famille Spyder AM333, qui comprend plusieurs motorisations, marchés et évolutions.
À partir de 1986, le Spyder i marque une étape technique importante avec l’adoption de l’injection électronique. Le 2,0 litres développe alors 185 ch et Maserati recense 297 exemplaires de cette déclinaison entre 1986 et 1988. Des versions de cylindrée supérieure sont parallèlement destinées à certains marchés étrangers, conformément à la stratégie déjà appliquée au reste de la gamme Biturbo.
Une nouvelle évolution apparaît à la fin des années 1980. Le Spyder ’90 reçoit plusieurs modifications esthétiques et techniques, avec notamment des roues de 15 pouces et, selon les marchés, des moteurs différents. Les versions export peuvent alors disposer du V6 2,8 litres. La succession de ces variantes explique pourquoi les caractéristiques des Spyder Biturbo sont parfois mélangées : une 2,0 à carburateur de 1984, une Spyder i et une 2,8 litres ultérieure ne possèdent ni la même alimentation, ni la même puissance, ni exactement la même présentation.
Une découvrable singulière dans l’ère Biturbo
La Biturbo Spyder occupe une position particulière dans l’histoire de Maserati parce qu’elle applique la formule du cabriolet de grand tourisme à la stratégie industrielle beaucoup plus ambitieuse des années De Tomaso. Sa production initiale limitée à 276 unités contraste avec la diffusion plus importante de la famille Biturbo, tout en ouvrant une lignée de dérivés qui accompagnera une bonne partie de cette génération.
Le châssis court développé pour la Spyder, la collaboration avec Zagato et le V6 biturbo en font davantage qu’une variante de carrosserie. Dans les années suivantes, la famille technique Biturbo donnera naissance à de nombreuses évolutions, jusqu’à des modèles beaucoup plus radicaux comme la Maserati Shamal, tandis que la Spyder poursuivra son propre développement avec l’injection et les motorisations de plus forte cylindrée.
Après la disparition de cette génération, Maserati attendra le début des années 2000 pour proposer une nouvelle découvrable de série portant simplement le nom de Maserati Spyder. Cette dernière appartient à une tout autre époque technique, avec un V8 atmosphérique et une conception sans rapport direct avec l’AM333, ce qui permet de distinguer clairement les deux lignées malgré leur appellation commune.




