Présentée au Salon de Genève en 1988, la Maserati Karif est l’une des déclinaisons les plus rares et les plus radicales de la famille Maserati Biturbo. Ce petit coupé associe un empattement de seulement 2,40 m à un V6 2,8 litres biturbo particulièrement puissant. Produit à 221 exemplaires selon Maserati, il occupe une place singulière dans la gamme de la fin des années 1980.
La Karif ne correspond pas simplement à une Biturbo raccourcie. Maserati reprend la plateforme courte et renforcée du cabriolet, la ferme avec un pavillon et lui associe son gros V6 biturbo. Le résultat privilégie les performances et le caractère à la polyvalence, tout en conservant l’habitacle luxueux caractéristique des Maserati de cette période.
Une Maserati née de la famille Biturbo
La Karif apparaît dans une période où Maserati multiplie les déclinaisons autour de l’architecture Biturbo. Sous la direction d’Alejandro De Tomaso, le constructeur dispose de berlines, de coupés et d’un cabriolet partageant une grande partie de leur technique. Cette stratégie permet aussi de créer des modèles à faible diffusion en combinant des éléments déjà développés.
Pour la Karif, Maserati choisit la base du Maserati Biturbo Spyder. Son empattement de 2 400 mm est sensiblement plus court que celui du coupé Biturbo standard. Surtout, la structure du cabriolet avait dû être renforcée pour compenser la disparition du toit. L’installation d’un pavillon fixe sur cette base donne à la Karif une coque particulièrement rigide pour une automobile issue de cette famille.
La mécanique suit la même logique d’assemblage. Le V6 de 2 790 cm3 rapproche notamment la Karif de la Maserati 228, mais le moteur se retrouve ici dans une automobile nettement plus courte et plus légère. Cette combinaison constitue l’essentiel de la personnalité du modèle.
Maserati dévoile la Karif à Genève en 1988. Une production d’environ 250 voitures aurait initialement été envisagée, mais le constructeur recense finalement 221 exemplaires fabriqués entre 1988 et 1991. Certaines sources prolongent sa carrière commerciale jusqu’en 1992, ce qui peut correspondre à l’écoulement tardif de voitures déjà produites.
Un V6 2,8 litres biturbo dans un coupé très court
Le moteur est un V6 à 90 degrés de 2 790 cm3 installé longitudinalement à l’avant. Il conserve l’architecture à trois soupapes par cylindre caractéristique de ces Maserati et reçoit deux turbocompresseurs ainsi que deux échangeurs. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle ZF à cinq rapports, avec une première placée en bas à gauche, et par un différentiel autobloquant.
La puissance de la Karif demande une distinction entre versions. Maserati indique jusqu’à 285 CV à 6 000 tr/min pour la configuration la plus puissante et 225 CV à 5 500 tr/min pour la version catalysée. Des documentations et fiches contemporaines ou spécialisées mentionnent également 250 ch, voire d’autres valeurs intermédiaires. Ces chiffres ne doivent donc pas être fusionnés en une puissance unique applicable à tous les marchés et à toutes les années.
Cette variation explique aussi les écarts importants entre les performances publiées. Maserati annonce plus de 255 km/h pour la version la plus puissante et 230 km/h pour la variante catalysée de 225 CV. Un 0 à 100 km/h de 4,8 secondes a été associé aux performances annoncées à l’époque, tandis que certaines fiches concernant des voitures de 250 ch donnent environ 5,7 secondes.
Au-delà des chiffres, la recette est inhabituelle pour la fin des années 1980 : moteur avant très coupleux, propulsion, empattement court et suralimentation à deux turbocompresseurs. La Karif concentre ainsi les qualités mais aussi le tempérament exigeant des Maserati Biturbo les plus performantes dans un format particulièrement compact.
Fiche technique de la Maserati Karif
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Type | Coupé sportif 2 portes |
| Code modèle | AM339 |
| Période de production | 1988-1991 |
| Architecture moteur | V6 à 90 degrés, longitudinal avant |
| Cylindrée | 2 790 cm3 |
| Alésage x course | 94 x 67 mm |
| Distribution | 3 soupapes par cylindre, 18 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique, 2 turbocompresseurs et 2 échangeurs |
| Puissance | Jusqu’à 285 CV à 6 000 tr/min, 225 CV à 5 500 tr/min pour la version catalysée |
| Couple | Jusqu’à 432 Nm selon la configuration documentée à 285 CV |
| Transmission | Propulsion, différentiel autobloquant |
| Boîte de vitesses | Manuelle ZF à 5 rapports |
| Structure | Monocoque en acier, base courte renforcée dérivée du Spyder |
| Suspension avant | Jambes de force type MacPherson, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Demi-bras, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins | 4 disques, ventilés à l’avant |
| Jantes | 15 pouces |
| Pneus avant | 205/50 VR15 |
| Pneus arrière | 225/50 VR15 |
| Longueur | 4 043 mm |
| Largeur | 1 714 mm |
| Hauteur | 1 310 mm environ |
| Empattement | 2 400 mm |
| Voie avant | Environ 1 500 mm |
| Voie arrière | Environ 1 475 mm |
| Poids à sec | 1 281 kg |
| Vitesse maximale | Plus de 255 km/h annoncés pour la version la plus puissante, 230 km/h pour la version catalysée de 225 CV |
| Production | 221 exemplaires |
Un dessin discret pour des performances inhabituelles
La carrosserie de la Karif tranche avec la démonstration mécanique. Ses lignes restent très proches de l’esthétique géométrique de la famille Biturbo : surfaces planes, pavillon anguleux, montants relativement fins et face avant à quatre projecteurs rectangulaires. Le dessin est officiellement attribué par Maserati à Pierangelo Andreani.
Le nom de Zagato est parfois directement associé au dessin de la Karif, mais cette présentation simplifie son histoire. Zagato est étroitement lié au Spyder dont dérive sa plateforme courte, alors que Maserati crédite Andreani pour la Karif elle-même. La parenté avec le cabriolet demeure néanmoins visible dans les proportions très ramassées de la voiture.
À bord, Maserati ne transforme pas la Karif en sportive dépouillée. Bois, cuir ou Alcantara et instrumentation abondante maintiennent l’atmosphère d’une petite grand tourisme italienne. L’espace arrière est fortement sacrifié par rapport aux coupés plus longs, ce qui correspond à la vocation essentiellement biplace de cette déclinaison.
Cette silhouette relativement sage distingue aussi la Karif de la Maserati Shamal, dévoilée peu après. Cette dernière affiche des ailes élargies, une carrosserie profondément remaniée et surtout un V8 3,2 litres biturbo. La Karif reste, elle, beaucoup plus directement reconnaissable comme un membre de la famille Biturbo.
Une production limitée à 221 exemplaires
Avec 221 voitures recensées officiellement, la Karif figure parmi les dérivés de série les moins diffusés de cette génération. Le chiffre de 222 exemplaires apparaît régulièrement dans la littérature automobile, mais le total de 221 fourni par Maserati constitue la référence la plus solide. Cette production réduite est sans commune mesure avec celle des principales Biturbo.
Sa rareté ne provient pourtant pas d’une transformation artisanale indépendante. La Karif possède sa propre désignation de type AM339 et a été commercialisée comme un modèle Maserati à part entière. En France, un tarif de 385 000 francs est rapporté pour 1989, ce qui la plaçait dans une catégorie nettement plus exclusive que celle suggérée par ses dimensions compactes.
La faible diffusion rend aujourd’hui les comparaisons de valeur délicates : les transactions publiques sont peu nombreuses et l’état des voitures peut fortement varier. Un exemplaire de 1989 affichant environ 3 000 km a notamment été adjugé 19 062 euros par Artcurial, mais une vente isolée ne suffit pas à établir une cote générale pour le modèle.
La Karif parmi les Maserati sportives des années 1990
La Karif n’a pas reçu de successeur officiel direct. Elle annonce cependant une période durant laquelle Maserati continue d’exploiter intensivement ses moteurs suralimentés et cherche à donner davantage de caractère aux versions les plus sportives. La Maserati Racing suivra une approche différente en conservant un coupé de la famille Biturbo tout en poussant plus loin les performances du V6 2 litres destiné au marché italien.
Au cours de la décennie suivante, la Maserati Ghibli II prolongera cette lignée technique avec une évolution considérable de la plateforme et des V6 biturbo. La Karif demeure toutefois un cas à part : son empattement de cabriolet, son toit fixe, son V6 2,8 litres et ses 221 exemplaires résultent d’une combinaison qui ne sera pas reconduite telle quelle sur une autre Maserati de série.




