Apparue en juillet 1929, la Salmson S4 marque une nouvelle étape dans l’histoire du constructeur français. Cette automobile de tourisme de 7 CV fiscaux associe un moteur quatre cylindres de 1 301 cm³ à double arbre à cames en tête à un châssis traditionnel. Une combinaison originale à une époque où les voitures de cette catégorie utilisent encore fréquemment des mécaniques beaucoup plus simples.
Produite principalement jusqu’en 1932, la S4 inaugure une famille de modèles qui accompagnera la transformation de Salmson en constructeur de voitures de tourisme raffinées. Proposée avec plusieurs carrosseries, dont des conduites intérieures, des faux cabriolets et des roadsters, elle conserve une partie du savoir-faire sportif de la marque tout en privilégiant le confort, la polyvalence et les qualités routières.
Fiche technique de la Salmson S4
| Caractéristique | Salmson S4 (1929) |
|---|---|
| Constructeur | Salmson, Société des Moteurs Salmson |
| Pays d’origine | France |
| Lieu de production | Billancourt, région parisienne |
| Première apparition | Juillet 1929 |
| Période de production principale | 1929 à 1932 |
| Catégorie | Automobile de tourisme, 7 CV fiscaux |
| Carrosseries | Conduite intérieure, faux cabriolet, roadster et autres réalisations |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | 4 cylindres en ligne, essence, quatre temps |
| Cylindrée | 1 301 cm³ |
| Alésage x course | 65 x 98 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête |
| Commande de distribution | Arbre vertical et renvois d’angle |
| Vilebrequin | 3 paliers |
| Alimentation | Carburateur, Solex ou Zénith selon équipement |
| Refroidissement | Liquide, avec pompe à eau |
| Puissance fiscale | 7 CV |
| Puissance maximale publiée | 30 à 35 ch selon les sources et configurations |
| Transmission | Roues arrière motrices |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 3 rapports, puis 4 rapports |
| Embrayage | Monodisque à sec |
| Structure | Châssis séparé à longerons |
| Suspension avant | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts cantilever |
| Amortisseurs | À friction sur les exemplaires documentés |
| Direction | Vis et secteur |
| Freins | Tambours aux quatre roues, commande mécanique |
| Roues | Jantes à rayons métalliques |
| Longueur | Environ 4 100 mm pour le roadster documenté |
| Largeur | Environ 1 400 mm pour le roadster documenté |
| Empattement | 2 670 mm pour le roadster documenté |
| Voies avant et arrière | Environ 1 200 mm pour le roadster documenté |
| Poids | Environ 1 000 kg pour le roadster documenté |
| Vitesse maximale publiée | 90 à 115 km/h suivant les publications et configurations |
Une nouvelle orientation pour Salmson en 1929
Avant de devenir un constructeur automobile reconnu, Salmson s’est illustré dans l’industrie aéronautique. Après la Première Guerre mondiale, l’entreprise développe des cyclecars et des voitures légères dont les performances et la sophistication mécanique contribuent rapidement à sa réputation.
Des modèles comme la Salmson Type AL témoignent de cette première période, durant laquelle le constructeur privilégie des automobiles compactes et relativement légères. Salmson acquiert parallèlement une solide expérience en compétition, notamment grâce à ses moteurs à distribution sophistiquée.
À la fin des années 1920, le marché automobile évolue. Les clients recherchent davantage de confort, de protection contre les intempéries et de facilité d’utilisation. Pour Salmson, dont les volumes restent modestes face aux grands constructeurs français, il devient nécessaire de proposer une automobile susceptible de séduire une clientèle plus large sans abandonner les particularités techniques de la marque.
La S4 répond à cette ambition. Présentée en juillet 1929, elle abandonne l’esprit des petits véhicules essentiellement sportifs au profit d’une véritable voiture de tourisme. Son moteur de 1,3 litre lui permet de rester dans la catégorie fiscale des 7 CV, tandis que ses carrosseries plus élaborées répondent aux attentes d’une clientèle recherchant une automobile élégante et bien construite.
Son lancement intervient toutefois dans une période économique difficile. La crise de 1929 fragilise progressivement le marché automobile et pénalise particulièrement les constructeurs indépendants. Salmson poursuit néanmoins le développement de sa gamme, en misant sur une identité mécanique distinctive plutôt que sur une production de masse.
Un moteur à double arbre à cames en tête particulièrement élaboré
La principale originalité de la Salmson S4 se trouve sous son capot. Son quatre cylindres en ligne de 1 301 cm³ utilise une distribution à deux arbres à cames en tête, une architecture encore peu répandue sur les automobiles de tourisme de cette cylindrée à la fin des années 1920.
Avec un alésage de 65 mm et une course de 98 mm, ce moteur présente une configuration longue course, caractéristique de nombreuses mécaniques de son époque. Sa distribution constitue cependant un élément nettement plus sophistiqué. Les arbres à cames sont entraînés par un arbre vertical et des renvois d’angle, une solution qui demande une fabrication précise et un entretien rigoureux.
Cette conception s’inscrit dans la continuité des moteurs développés par Salmson pour ses automobiles sportives. La Salmson 2A2 illustre notamment la tradition de performances et d’ingénierie qui a contribué à construire la réputation du constructeur avant l’apparition de la S4.
La puissance de la S4 est généralement annoncée entre 30 et 35 chevaux, suivant les publications et les configurations décrites. Un essai historique mentionne notamment 35 ch à 3 500 tr/min, tandis que d’autres fiches retiennent 30 ch. Cette différence ne permet pas d’établir avec certitude une puissance identique pour tous les millésimes.
L’alimentation est assurée par un carburateur, avec des équipements Solex ou Zénith mentionnés dans la documentation. Le refroidissement liquide et la lubrification conventionnelle complètent une mécanique dont l’intérêt réside davantage dans sa conception que dans la recherche d’une puissance spectaculaire.
La transmission reste classique. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’un arbre de transmission. Les premières voitures reçoivent une boîte manuelle à trois rapports. Une boîte à quatre vitesses apparaît ensuite, d’abord proposée en option avant d’être généralisée.
Cette évolution améliore l’exploitation du moteur sur route, même si la conduite demande une certaine habitude. Les boîtes anciennes nécessitent notamment de maîtriser les changements de rapport et, selon leur configuration, les techniques de double débrayage.
Un châssis traditionnel et plusieurs carrosseries
Si le moteur de la S4 se distingue par son raffinement, le reste de l’automobile conserve une architecture largement traditionnelle. Le châssis séparé repose sur des longerons caissonnés et des traverses, tandis que les suspensions utilisent des essieux rigides à l’avant comme à l’arrière.
À l’avant, des ressorts à lames semi-elliptiques assurent la suspension. Le pont arrière rigide est associé à des ressorts longitudinaux de type cantilever. Les amortisseurs à friction, présents sur les exemplaires documentés, correspondent aux pratiques techniques de cette période.
La direction à vis et secteur ne bénéficie d’aucune assistance. Le freinage est confié à quatre tambours à commande mécanique. Cet ensemble impose une conduite anticipative, particulièrement sur les routes sinueuses ou lors des ralentissements importants.
La S4 se reconnaît à sa silhouette typique des automobiles françaises de la fin des années 1920. Sa calandre haute et presque verticale, ses phares ronds indépendants, ses ailes détachées de la carrosserie et ses roues à rayons métalliques composent une présentation classique. Le capot relativement long souligne la disposition longitudinale du moteur.
La gamme ne se limite pas à une carrosserie unique. Les conduites intérieures privilégient la protection et le confort des occupants, tandis que les faux cabriolets associent une ligne évoquant les voitures ouvertes à une structure fermée. Les roadsters adoptent une silhouette plus légère et sportive, avec une capote repliable et, sur certaines réalisations, un siège d’appoint arrière de type spider.
La construction des carrosseries fait encore largement appel aux méthodes artisanales. Certaines versions possèdent une ossature en bois recouverte d’éléments de carrosserie métalliques. Cette technique permet une certaine diversité de silhouettes, mais exige aujourd’hui une attention particulière lors des restaurations.
Les dimensions varient selon les carrosseries. Un roadster étudié dans la presse automobile ancienne mesure environ 4,10 m de long pour 1,40 m de large, avec un empattement de 2,67 m. Ces proportions traduisent une automobile relativement étroite, dotée d’un habitacle compact et d’une implantation mécanique classique.
Comportement routier et performances
La Salmson S4 n’a pas été conçue comme une voiture de compétition, même si son moteur possède une architecture directement liée au savoir-faire sportif du constructeur. Son objectif est de proposer une automobile de tourisme capable de parcourir de longues distances avec davantage de souplesse et de confort que les petites Salmson antérieures.
Les performances publiées varient sensiblement. Un essai consacré à un roadster ancien évoque une vitesse maximale d’environ 90 km/h, tandis qu’une autre fiche spécialisée annonce 115 km/h. Ces chiffres peuvent refléter des différences de carrosserie, de configuration mécanique ou de conditions de mesure, sans qu’une correspondance précise soit établie.
En pratique, le comportement de la S4 reste celui d’une automobile d’avant-guerre. Le moteur quatre cylindres offre une mécanique relativement élaborée, mais les suspensions à essieux rigides limitent la précision de conduite sur les chaussées irrégulières. La direction demande un effort supérieur à celui des automobiles plus récentes, tandis que les freins mécaniques exigent d’anticiper les ralentissements.
Un essai rétrospectif publié dans le magazine Rétroviseur en mars 1997 décrit une voiture dont l’utilisation reste agréable à une allure de croisière voisine de 70 à 80 km/h. Cette appréciation concerne un exemplaire particulier et ne constitue pas une mesure normalisée de l’ensemble de la production.
La conduite dépend également du type de boîte installé. Les premières transmissions à trois rapports offrent moins de possibilités pour adapter le régime moteur aux variations du relief. L’arrivée de la boîte à quatre vitesses apporte davantage de polyvalence, particulièrement sur les parcours vallonnés.
La S4 se distingue ainsi moins par des accélérations exceptionnelles que par son équilibre entre sophistication mécanique, performances adaptées à son époque et aptitude au tourisme. Son intérêt technique réside surtout dans le contraste entre un moteur avancé et une architecture de châssis encore traditionnelle.
Évolutions de la gamme et naissance de la S4C
La carrière de la S4 originelle est relativement courte, mais son architecture mécanique et son positionnement commercial servent de point de départ à une famille de voitures qui évoluera pendant les années 1930.
La première grande transformation intervient en 1932 avec l’apparition de la Salmson S4C, présentée au Salon de l’automobile. Cette nouvelle version reçoit un quatre cylindres de 1 465 cm³ et passe dans la catégorie fiscale des 8 CV. Elle ne constitue pas simplement une variante de carrosserie : ses dimensions et sa mécanique évoluent sensiblement.
En 1934 apparaît la S4D, équipée d’un moteur de 1 596 cm³. Cette génération apporte des transformations techniques majeures, notamment des roues avant indépendantes et une direction à crémaillère. Elle introduit également des solutions de transmission plus modernes, dont la boîte électromagnétique Cotal.
Ces caractéristiques ne doivent pas être attribuées à la S4 de 1929, qui conserve un essieu avant rigide et une transmission manuelle classique. Visuellement, la S4D se différencie aussi par une présentation modernisée et une calandre davantage inclinée.
La gamme poursuit ensuite son développement avec la S4DA, dotée d’une motorisation d’environ 1,7 litre, puis avec les S4-61 et S4E, qui témoignent d’une évolution vers des automobiles plus grandes et plus confortables.
Cette progression accompagne la transformation de Salmson en constructeur spécialisé dans les voitures de tourisme de qualité. Après la Seconde Guerre mondiale, la marque poursuit cette orientation avant de revenir à une proposition plus sportive avec la Salmson 2300 S, apparue dans les années 1950.
Production, rareté et identification des exemplaires
La Salmson S4 appartient à une production relativement confidentielle par rapport aux grandes automobiles françaises de son époque. Les archives historiques indiquent que Salmson a produit 488 automobiles en 1929, puis 1 280 en 1930 et 1 203 en 1931. Ces chiffres concernent toutefois l’ensemble de la production automobile du constructeur et non exclusivement la S4.
Un total de 3 453 exemplaires est parfois avancé pour ce modèle, mais les périodes de fabrication associées à ce chiffre ne concordent pas parfaitement avec les dates retenues par l’Amicale Salmson. Cette dernière situe la production principale de la S4 entre juillet 1929 et la fin de 1932, alors que certaines publications mentionnent 1933 ou 1934. Le nombre exact de voitures construites pour chaque carrosserie reste donc difficile à établir.
Les roadsters présentent aujourd’hui un intérêt particulier pour les collectionneurs en raison de leur silhouette sportive et de leur caractère plus exclusif. Les conduites intérieures et les faux cabriolets permettent cependant de mieux comprendre la vocation initiale de la S4, conçue avant tout comme une automobile de tourisme.
L’authenticité d’un exemplaire repose sur plusieurs éléments. Le numéro de châssis, le type de moteur, la configuration de la boîte de vitesses et les caractéristiques de la carrosserie doivent correspondre à la période de fabrication annoncée. Les transformations réalisées au fil des décennies peuvent compliquer cette identification.
La présence d’une carrosserie ouverte ne suffit notamment pas à prouver qu’il s’agit d’un roadster d’origine. Certaines voitures anciennes ont été recarrossées, parfois longtemps après leur sortie d’usine. Les archives de l’Amicale Salmson et les documents historiques accompagnant le véhicule constituent donc des références importantes pour établir sa configuration initiale.
La restauration demande également des compétences spécifiques. Le moteur à double arbre à cames nécessite une bonne connaissance de son système de distribution, tandis que les carrosseries à ossature bois imposent de contrôler soigneusement les assemblages, les fixations et les éventuelles déformations structurelles.
Les organes de freinage mécanique, les articulations de suspension et la direction doivent faire l’objet d’un examen attentif. Leur état conditionne directement le comportement routier et la sécurité d’utilisation. Pour une S4 destinée à reprendre la route, la qualité des travaux mécaniques et la conformité des pièces employées comptent autant que l’aspect extérieur de la restauration.
