Présentée au Salon de l’automobile de Paris en 1938, la Salmson S4-61 est une voiture française de tourisme haut de gamme produite jusqu’en 1952. Héritière de la S4DA, elle associe un moteur quatre cylindres à double arbre à cames en tête, une transmission électromagnétique Cotal et un châssis surbaissé. Proposée en berline, coupé et cabriolet, elle traverse la Seconde Guerre mondiale avant de connaître plusieurs évolutions esthétiques et techniques.
Construite à Boulogne-Billancourt, la S4-61 appartient à une catégorie de voitures privilégiant la qualité mécanique et le raffinement plutôt que la production de masse. Sa carrière se distingue par trois grandes périodes : les modèles d’avant-guerre à phares séparés, les versions modernisées de 1949 et l’ultime S4-61L, commercialisée à partir de 1951.
Fiche technique de la Salmson S4-61
| Caractéristique | Salmson S4-61 |
|---|---|
| Constructeur | Salmson |
| Pays d’origine | France |
| Présentation | Salon de Paris 1938 |
| Production | 1938 à 1952, avec interruption pendant la Seconde Guerre mondiale |
| Usine | Boulogne-Billancourt |
| Catégorie | Voiture de tourisme haut de gamme |
| Carrosseries | Berline quatre portes, coupé deux portes, cabriolet |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne |
| Cylindrée | Environ 1 730 cm³ |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 2 soupapes par cylindre |
| Alimentation | Carburateur |
| Carburant | Essence |
| Refroidissement | Liquide |
| Puissance fiscale | 10 CV |
| Puissance moteur | 51 à 55 ch selon les données historiques publiées |
| Implantation | Longitudinale avant |
| Roues motrices | Arrière |
| Transmission | Boîte électromagnétique Cotal à 4 rapports |
| Structure | Châssis séparé surbaissé |
| Construction de carrosserie | Panneaux métalliques et ossature en bois |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressort transversal |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames de type cantilever |
| Direction | À crémaillère |
| Freinage | Bendix mécanique à câbles ; hydraulique sur S4-61L |
| Longueur indicative | 4 510 mm |
| Largeur indicative | 1 650 mm |
| Hauteur indicative | 1 570 mm |
| Empattement indicatif | 2 850 mm |
| Masse indicative | Environ 1 190 kg |
| Vitesse maximale publiée | Environ 110 à 125 km/h selon les versions et les publications |
| Nombre de places | Jusqu’à 5 en berline, généralement 4 en cabriolet |
| Production totale généralement recensée | 2 178 exemplaires |
Histoire de la Salmson S4-61 : une nouvelle génération en 1938
À la fin des années 1930, Salmson possède déjà une solide expérience dans la fabrication de moteurs automobiles sophistiqués. Issue de l’industrie aéronautique, la marque française s’est progressivement spécialisée dans les voitures de tourisme dotées de mécaniques à double arbre à cames en tête, une architecture encore peu courante sur les automobiles de série de cette époque.
La S4-61 s’inscrit dans une évolution commencée avec la première S4 de 1929. La Salmson S4C, apparue en 1932, avait notamment contribué au développement de cette famille en adoptant un moteur d’environ 1,5 litre. Les versions suivantes, S4D puis S4DA, poursuivent cette progression avec une cylindrée accrue et l’introduction de solutions techniques plus élaborées.
Lorsque la S4-61 apparaît en 1938, elle reprend l’essentiel de la mécanique de la S4DA, mais bénéficie d’une présentation renouvelée. Son châssis abaissé permet d’obtenir une silhouette plus moderne, tandis que la carrosserie conserve les proportions caractéristiques des automobiles françaises de prestige : long capot, calandre verticale inclinée, ailes indépendantes et habitacle relativement spacieux.
La nouvelle venue occupe le segment des 10 CV fiscaux. Elle se distingue de la Salmson S4E, présentée en 1937, qui appartient à une catégorie supérieure avec son moteur de 2,3 litres et son gabarit plus imposant. Malgré une parenté stylistique évidente, les deux modèles possèdent des caractéristiques mécaniques et des dimensions différentes.
La commercialisation de la S4-61 débute dans un contexte rapidement bouleversé par la guerre. La production d’avant 1940 reste limitée, puis la fabrication automobile est interrompue. Après le conflit, Salmson reprend progressivement ses activités et relance la S4-61, dont la production devient plus régulière à partir de 1947.
Cette reprise prolonge la carrière d’une automobile conçue avant-guerre dans un marché profondément transformé. Les pénuries de matières premières, les difficultés industrielles et l’évolution de la demande compliquent la situation des constructeurs français spécialisés. Salmson conserve néanmoins la S4-61 au catalogue, en faisant évoluer son apparence et certains équipements plutôt qu’en développant immédiatement une voiture entièrement nouvelle.
Un moteur quatre cylindres sophistiqué et une transmission Cotal
La principale particularité mécanique de la Salmson S4-61 réside dans son moteur quatre cylindres en ligne d’environ 1 730 cm³. Installé longitudinalement à l’avant, il possède deux arbres à cames en tête commandant les soupapes. Cette distribution permet un contrôle précis de leur ouverture et témoigne de l’expérience du constructeur dans la conception de moteurs à haut rendement pour leur époque.
La puissance généralement indiquée se situe entre 51 et 55 ch, les publications historiques ne donnant pas toutes la même valeur. Ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme deux motorisations distinctes sans confirmation d’une fiche technique correspondant au millésime concerné. Le moteur conserve une alimentation par carburateur et un refroidissement liquide.
La transmission constitue une autre caractéristique essentielle. La S4-61 utilise une boîte électromagnétique Cotal à quatre rapports, associée à une propulsion arrière. Contrairement à une boîte manuelle conventionnelle, la sélection des rapports repose sur un système électromagnétique commandant des trains d’engrenages épicycloïdaux.
Pour le conducteur, cette architecture facilite les changements de rapport et évite les manipulations habituelles d’une boîte mécanique classique. Elle représente un équipement particulièrement élaboré pour une automobile de la fin des années 1930. Son fonctionnement dépend toutefois du bon état de l’installation électrique et des composants de commande, ce qui constitue aujourd’hui un point important lors de l’entretien ou de la restauration.
La conduite à droite, présente sur les exemplaires français documentés, correspond à une pratique encore répandue chez plusieurs constructeurs de prestige de l’époque. Elle peut surprendre sur une automobile française destinée à circuler à droite, mais ne signifie pas nécessairement que le véhicule était prévu pour l’exportation britannique.
Le châssis séparé conserve une conception traditionnelle, avec une suspension avant à roues indépendantes et un essieu arrière rigide. La direction à crémaillère, déjà utilisée dans la famille S4, participe à l’originalité technique de cette lignée. L’association de ces éléments donne à la S4-61 une architecture plus élaborée que ne le laisse supposer son apparence classique.
Berline, coupé et cabriolet : les différentes carrosseries
La Salmson S4-61 est commercialisée sous plusieurs carrosseries afin de répondre aux attentes d’une clientèle recherchant une automobile élégante et techniquement raffinée. La berline quatre portes constitue la proposition la plus polyvalente, tandis que les coupés et cabriolets privilégient davantage la présentation et le caractère de voiture de loisirs.
La berline se reconnaît notamment à son habitacle fermé, à ses quatre portes et à ses proportions relativement équilibrées. Certaines versions présentent une carrosserie sans montant central, une disposition appréciée pour l’accès à bord et la sensation d’ouverture lorsque les vitres sont abaissées. La construction associant métal et ossature en bois reste caractéristique des méthodes employées par Salmson.
Le coupé possède deux portes et une ligne de toit plus compacte. Sa silhouette met davantage en valeur le long capot et les ailes avant, tout en conservant les principaux éléments mécaniques de la berline. Il ne faut donc pas considérer cette carrosserie comme une version sportive bénéficiant automatiquement d’un moteur plus puissant.
Le cabriolet propose une configuration ouverte avec capote repliable et quatre places selon les versions documentées. Il conserve les caractéristiques stylistiques de la gamme, mais sa structure et les aménagements nécessaires à la carrosserie découvrable peuvent modifier sa masse et son comportement par rapport à la berline.
Les performances publiées pour les différentes carrosseries ne sont pas toujours homogènes. Une vitesse maximale de 125 km/h est notamment avancée pour certains coupés, alors que d’autres descriptions historiques évoquent environ 110 km/h pour des berlines. La masse, les rapports de transmission, les conditions de mesure et le millésime peuvent expliquer une partie des écarts. Il serait donc trompeur d’attribuer une vitesse unique à toutes les S4-61.
Cette diversité de carrosseries complique également l’identification des voitures restaurées. Des éléments de présentation peuvent avoir été remplacés au cours de leur existence. Pour déterminer précisément la version d’un exemplaire, l’année supposée et la forme générale de la carrosserie doivent être confrontées à son numéro de châssis et à ses caractéristiques techniques.
Les évolutions de 1949 et la dernière S4-61L
La première Salmson S4-61, présentée en 1938, conserve les codes stylistiques des automobiles d’avant-guerre. Ses phares sont montés séparément des ailes, sa calandre est haute et inclinée, et ses marchepieds restent bien visibles. Cette configuration se retrouve également sur les premiers exemplaires produits après la reprise de fabrication.
Une transformation importante intervient au milieu de l’année 1949. Les ailes avant deviennent plus enveloppantes et intègrent désormais les projecteurs. Les pare-chocs sont redessinés et les marchepieds sont fortement réduits. Ces modifications rapprochent visuellement la S4-61 des automobiles contemporaines sans bouleverser son architecture mécanique.
Cette modernisation présente un intérêt particulier pour identifier les millésimes. Une S4-61 à phares intégrés n’appartient pas à la présentation initiale de 1938, même si elle conserve la même appellation commerciale. Inversement, les voitures produites après la guerre mais avant la modification de 1949 peuvent encore posséder des phares séparés. La seule présence d’une carrosserie ancienne ne permet donc pas de conclure à une fabrication d’avant-guerre.
En 1951 apparaît la S4-61L, dernière évolution de la famille. Cette version se distingue notamment par l’adoption d’un freinage hydraulique, en remplacement de la commande mécanique à câbles utilisée auparavant. Le changement concerne directement le fonctionnement du système de freinage et les opérations d’entretien : circuits hydrauliques, cylindres et joints nécessitent une approche différente de celle des mécanismes Bendix antérieurs.
La S4-61L reçoit également des modifications de carrosserie. Sur la berline, la partie arrière adopte une malle plus intégrée, sans roue de secours extérieure apparente. Les dernières voitures se distinguent ainsi des premières S4-61 par leur présentation générale, mais aussi par certains équipements techniques.
La production de cette série finale est généralement évaluée à environ 200 exemplaires, essentiellement répartis entre berlines et cabriolets. Cette quantité limitée contribue à la rareté des S4-61L, mais ne doit pas être confondue avec le nombre total de voitures produites sous l’appellation S4-61.
La succession de ces évolutions illustre la stratégie de Salmson après-guerre : maintenir une automobile mécaniquement éprouvée en améliorant progressivement son apparence et certains organes. Cette approche permet de prolonger la carrière du modèle, mais ne suffit pas à masquer entièrement l’ancienneté de sa conception face aux voitures entièrement nouvelles apparues au début des années 1950.
Production, fin de carrière et place sur le marché de collection
La production totale de la Salmson S4-61 est généralement estimée à 2 178 exemplaires sur l’ensemble de sa carrière. Ce chiffre englobe plusieurs périodes de fabrication et différentes carrosseries. Il ne correspond donc ni au seul nombre de berlines, ni à celui des cabriolets, ni aux exemplaires encore existants aujourd’hui.
La fabrication est restée artisanale à bien des égards. L’association d’un moteur sophistiqué, d’une transmission particulière et d’une carrosserie faisant appel à une ossature en bois exigeait des compétences spécialisées. Dans la France de l’après-guerre, cette organisation industrielle devenait difficile à maintenir face à la progression des constructeurs de grande série.
La carrière de la S4-61 s’achève en 1952. Salmson poursuit alors son activité automobile avec d’autres modèles, notamment la Salmson Randonnée, grande voiture de tourisme d’après-guerre. Celle-ci ne constitue toutefois pas une remplaçante directe de la S4-61 dans toutes ses caractéristiques et ses carrosseries.
Sur le marché de collection, la S4-61 attire principalement les amateurs de voitures françaises d’avant-guerre et de mécaniques originales. Les cabriolets et les dernières versions bénéficient d’un intérêt particulier en raison de leur présentation et de leur diffusion limitée. La rareté ne suffit cependant pas à déterminer la valeur d’un exemplaire : l’état de conservation, la conformité mécanique, la qualité des restaurations et l’historique du véhicule restent déterminants.
La construction mixte impose une attention particulière à la structure de carrosserie. Une peinture extérieure satisfaisante ne garantit pas nécessairement la bonne conservation de l’ossature en bois, dont les déformations ou les dégradations peuvent affecter l’ajustement des portes et des panneaux. Une restauration importante exige donc des compétences qui dépassent la carrosserie métallique traditionnelle.
Le moteur à double arbre à cames demande également une connaissance précise de sa distribution et de ses réglages. La boîte Cotal nécessite de vérifier aussi bien ses organes mécaniques que son alimentation électrique et ses commandes. Pour un véhicule immobilisé depuis longtemps, ces deux ensembles représentent des points d’examen essentiels avant toute remise en circulation.
Enfin, les différences entre S4-61 initiale, version modernisée de 1949 et S4-61L rendent indispensable l’identification exacte des composants avant de commander des pièces. Les catalogues techniques d’époque et les numéros de châssis permettent de vérifier la correspondance des organes, notamment pour les freins, les équipements électriques et certains éléments de carrosserie.
