Hispano Suiza K6

Hispano Suiza K6

Présentée au Salon de l’automobile de Paris en 1934, l’Hispano Suiza K6 est une automobile française de grand luxe produite à environ 200 exemplaires. Dotée d’un moteur six cylindres en ligne de 5,2 litres développant approximativement 120 chevaux, elle reprend une partie de l’architecture de la prestigieuse J12 tout en proposant une mécanique moins imposante. Construite sur un châssis séparé, elle reçoit des carrosseries réalisées sur mesure par les grands ateliers français de l’entre-deux-guerres.

La K6 appartient à la dernière génération des automobiles de prestige fabriquées par Hispano-Suiza à Bois-Colombes. Son intérêt historique repose autant sur sa conception mécanique que sur la diversité de ses carrosseries, depuis les limousines avec chauffeur jusqu’aux cabriolets et roadsters de grand tourisme. Chaque exemplaire reflète les choix de son commanditaire et le savoir-faire du carrossier chargé de son habillage.

Fiche technique de l’Hispano Suiza K6

CaractéristiqueHispano Suiza K6
Année de présentation1934
Période de production1934 à 1937, parfois indiquée jusqu’en 1938
CatégorieAutomobile de grand luxe
CarrosseriesLimousine, berline, coupé de ville, cabriolet, roadster et réalisations spéciales
Architecture moteur6 cylindres en ligne, essence, atmosphérique
CylindréeEnviron 5 180 cm³
Alésage x course100 x 110 mm, valeur issue de documentation technique secondaire
DistributionSoupapes en tête commandées par culbuteurs
Nombre de soupapes12
AlimentationCarburateur
AllumageDouble allumage, deux bougies par cylindre
RefroidissementLiquide
Puissance maximale120 ch à 3 200 tr/min, également donnée pour 125 ch dans certaines fiches
ImplantationMoteur longitudinal avant
Roues motricesArrière, propulsion
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports et marche arrière
EmbrayageBidisque à sec selon documentation technique secondaire
StructureChâssis séparé à longerons et traverses
Suspension avantEssieu rigide, ressorts à lames
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames
AmortisseursÀ levier, hydrauliques selon documentation secondaire
DirectionMécanique, à vis et écrou selon documentation secondaire
FreinsTambours aux quatre roues, commande mécanique assistée
EmpattementEnviron 3 400 ou 3 720 mm selon le châssis
LongueurVariable selon carrosserie, environ 4,90 m pour certaines configurations répertoriées
LargeurVariable selon carrosserie, environ 1,87 m dans certaines fiches
Voies avant et arrièreEnviron 1 450 mm selon documentation secondaire
Poids du châssis nuEnviron 1 250 kg selon documentation secondaire
Poids d’une voiture carrosséeEnviron 2 000 kg pour certaines carrosseries
Vitesse maximaleEnviron 140 à 145 km/h selon les exemplaires documentés
ProductionEnviron 200 exemplaires
Lieu de fabrication des châssisBois-Colombes, France

Histoire de l’Hispano Suiza K6 : une nouvelle six cylindres de prestige

Au début des années 1930, Hispano-Suiza occupe une place particulière parmi les constructeurs de voitures de luxe. La marque, fondée à Barcelone en 1904, s’est imposée grâce à ses moteurs sophistiqués, à la qualité de ses châssis et à ses réalisations destinées à une clientèle internationale fortunée. Son implantation française de Bois-Colombes joue un rôle central dans la fabrication de ses grandes automobiles.

La crise économique mondiale modifie cependant les conditions du marché. Les automobiles les plus coûteuses deviennent plus difficiles à commercialiser, tandis que les clients continuent de rechercher le confort, la distinction et la fiabilité mécanique. La K6 apparaît dans ce contexte comme une proposition complémentaire au sommet de gamme Hispano-Suiza.

Elle prend place sous l’Hispano Suiza J12, équipée d’un puissant moteur V12. La K6 reprend le principe d’un grand châssis de prestige, mais utilise un six cylindres de cylindrée nettement inférieure. Cette différence ne se limite pas à la puissance : elle permet de proposer une mécanique moins volumineuse, adaptée à une automobile luxueuse dont les performances absolues ne constituent pas l’unique priorité.

La K6 s’inscrit également dans la continuité des précédentes Hispano-Suiza à six cylindres, notamment l’Hispano Suiza H6B. Elle ne constitue pourtant pas une simple évolution de cette dernière. Son moteur adopte une distribution à soupapes en tête commandées par culbuteurs, alors que la famille H6 utilisait un arbre à cames en tête. Le changement traduit une conception mécanique différente, intégrée à une nouvelle génération de châssis.

La présentation parisienne de 1934 marque le lancement officiel du modèle. Les châssis sont ensuite confiés à des carrossiers spécialisés, qui réalisent les automobiles selon les commandes. Cette organisation explique pourquoi deux K6 contemporaines peuvent présenter des silhouettes, des aménagements et des dimensions sensiblement différents.

La fabrication se poursuit pendant la seconde moitié des années 1930. L’année 1937 est généralement retenue pour la fin de production, bien que certaines chronologies prolongent la période jusqu’en 1938. Cette divergence peut notamment tenir à la distinction entre la construction d’un châssis et l’achèvement de sa carrosserie, sans qu’il soit possible d’établir cette explication pour chaque exemplaire.

Motorisation et conception mécanique

Le moteur de l’Hispano Suiza K6 est un six cylindres en ligne atmosphérique d’environ 5 180 cm³. Installé longitudinalement à l’avant, il développe 120 chevaux à 3 200 tr/min dans les caractéristiques historiques les mieux documentées. Certaines fiches mentionnent 125 chevaux, une différence qui ne correspond pas à une évolution de version clairement établie.

La cylindrée importante permet d’obtenir la puissance annoncée à un régime relativement modéré. Le moteur n’a donc pas besoin de fonctionner à très haut régime pour fournir les performances attendues d’une grande automobile de tourisme. Cette orientation convient à la vocation de la K6, destinée à transporter confortablement ses occupants sur de longues distances.

La distribution utilise des soupapes en tête actionnées par culbuteurs. Le moteur conserve également le double allumage, avec deux bougies par cylindre, une solution déjà associée au savoir-faire technique d’Hispano-Suiza. L’alimentation repose sur un carburateur et le refroidissement est assuré par circulation de liquide.

La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à trois rapports, complétée par une marche arrière. Cette transmission correspond aux pratiques des grandes automobiles de prestige de l’époque. Le conducteur doit gérer les changements de vitesse en tenant compte des caractéristiques mécaniques de la boîte, sensiblement différentes de celles d’une transmission manuelle contemporaine.

Le châssis séparé repose sur des longerons et des traverses. Les suspensions utilisent des essieux rigides associés à des ressorts à lames semi-elliptiques et à des amortisseurs. Cette architecture privilégie la robustesse et permet de recevoir des carrosseries relativement lourdes, sans rechercher la sophistication des suspensions indépendantes.

Le freinage est assuré par quatre tambours à commande mécanique assistée. Ce dispositif s’inscrit dans la tradition technique Hispano-Suiza, qui avait développé très tôt des systèmes de freinage assisté particulièrement élaborés. Il ne doit pas être confondu avec un circuit hydraulique moderne : la transmission de l’effort de freinage repose ici sur des éléments mécaniques.

La vitesse maximale annoncée se situe autour de 140 à 145 km/h. Cette valeur doit être replacée dans le contexte des carrosseries disponibles. Une limousine fermée, dotée d’un habitacle spacieux et d’équipements nombreux, ne présente ni la masse ni les caractéristiques aérodynamiques d’un roadster plus léger. Une performance unique ne peut donc pas représenter exactement toutes les K6 construites.

Carrosseries, dimensions et particularités esthétiques

L’Hispano Suiza K6 n’existe pas sous une seule forme de carrosserie. Le constructeur fournit une base mécanique et un châssis que des ateliers spécialisés habillent selon les souhaits des acheteurs. Cette pratique, caractéristique du marché du grand luxe avant la Seconde Guerre mondiale, permet de personnaliser la silhouette, les proportions et les aménagements intérieurs.

Les deux empattements répertoriés jouent un rôle important dans cette diversité. Le châssis normal convient à différentes carrosseries fermées ou découvrables, tandis que le châssis long facilite la réalisation d’habitacles particulièrement spacieux. Les dimensions hors tout dépendent ensuite de la forme des ailes, des pare-chocs, du coffre et de la partie arrière dessinée par le carrossier.

La distinction entre poids du châssis et poids du véhicule terminé est tout aussi importante. Une valeur voisine de 1 250 kg peut être rencontrée pour le châssis nu, alors qu’une grande K6 carrossée approche deux tonnes. La différence correspond notamment à la structure de carrosserie, aux vitrages, aux garnitures, aux sièges et aux équipements. Elle influence directement les accélérations, le freinage et le comportement routier.

Plusieurs grands noms de la carrosserie française ont travaillé sur la K6, notamment Kellner, Franay, Saoutchik, Vanvooren, Binder, Brandone et Letourneur & Marchand. Leurs réalisations montrent combien une même base mécanique pouvait donner naissance à des automobiles visuellement distinctes.

La limousine Kellner privilégie une carrosserie fermée imposante, adaptée aux déplacements avec chauffeur. Le coupé de ville Franay adopte une organisation différente, séparant visuellement l’espace de conduite de l’habitacle réservé aux passagers. Les cabriolets et roadsters mettent davantage en valeur la longueur du capot et la ligne des ailes, avec une silhouette plus basse et découvrable.

Malgré ces différences, plusieurs éléments permettent de reconnaître l’identité Hispano-Suiza : la calandre verticale, les phares séparés, les grandes ailes enveloppantes et la cigogne ornant traditionnellement le radiateur. Ces détails appartiennent cependant aussi à d’autres modèles de la marque. L’identification certaine d’une K6 exige donc de prendre en compte son châssis et son historique, et pas seulement sa photographie.

Cette précaution est particulièrement importante face à la J12. Certaines carrosseries de ces deux modèles présentent des proportions comparables, car elles appartiennent à la même période et utilisent des principes de construction proches. La présence d’un long capot ou d’une carrosserie Saoutchik ne suffit pas à déterminer si l’automobile possède un six cylindres K6 ou un V12 J12.

Production et exemplaires historiques remarquables

La production de l’Hispano Suiza K6 reste très limitée. Les inventaires historiques ne concordent pas parfaitement : certaines collections indiquent 204 exemplaires, d’autres 206. La formulation d’environ 200 voitures construites permet de restituer correctement l’ordre de grandeur sans présenter comme définitivement établi un total encore discuté.

Cette rareté s’explique par le positionnement du modèle et par son mode de fabrication. Une K6 ne correspond pas à une automobile assemblée en grande série avec une carrosserie uniformisée. Le châssis mécanique est complété par un travail de carrosserie souvent spécifique, impliquant des délais de réalisation et un coût importants.

Parmi les exemplaires les mieux identifiés figure une limousine Kellner de 1935, conservée à la Cité de l’Automobile de Mulhouse. Elle porte le numéro de châssis 15034 et le numéro de moteur 333073. Son existence permet de documenter concrètement la configuration d’une K6 fermée, destinée au transport confortable de plusieurs occupants.

Le musée Henri Malartre conserve pour sa part une K6 à carrosserie Franay, présentée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1936. Ce coupé de ville illustre la manière dont un carrossier pouvait transformer le châssis en une automobile de représentation, avec une séparation marquée entre l’espace du conducteur et celui des passagers.

Un autre exemplaire remarquable est le cabriolet réalisé en 1935 par Étienne Brandone, carrossier installé à Cannes. Son châssis, numéroté 16035, a été livré au carrossier le 4 mai 1935. Cette automobile possède une carrosserie particulière, associée à l’univers des concours d’élégance de la Côte d’Azur.

Ces voitures montrent pourquoi la documentation d’une K6 doit toujours associer le numéro de châssis, le carrossier et, lorsque cela est possible, l’historique de propriété. Deux exemplaires produits la même année peuvent différer profondément, tandis qu’une restauration ancienne peut avoir modifié certains éléments de carrosserie ou d’équipement.

Prix d’époque, collection et authenticité

L’Hispano Suiza K6 était destinée à une clientèle disposant de moyens financiers considérables. Son coût ne se résumait pas nécessairement au prix d’un véhicule complet fixé en catalogue : la réalisation d’une carrosserie particulière pouvait représenter une part importante de la dépense. Le choix du carrossier, des matériaux et des aménagements influençait le prix final.

Sur le marché de la collection, la rareté mécanique ne suffit pas à expliquer les différences de valeur entre exemplaires. L’identité du carrossier, la conservation de la carrosserie d’origine, la concordance des numéros mécaniques et la continuité de l’historique sont des critères déterminants. Une voiture documentée depuis sa livraison présente un intérêt patrimonial différent de celui d’un châssis dont la carrosserie a été remplacée.

Le cabriolet Brandone de 1935 illustre les niveaux de valorisation que peuvent atteindre certaines réalisations exceptionnelles. Présenté lors d’une vente à Paris en 2019, il bénéficiait d’une estimation comprise entre 1,3 et 1,5 million d’euros, mais n’a pas trouvé preneur à cette occasion. Cette estimation ne constitue donc pas un prix de vente constaté ni une valeur applicable à toutes les K6.

Pour identifier et évaluer une Hispano-Suiza K6, l’examen de la seule présentation extérieure reste insuffisant. Les archives de construction, les documents de carrosserie, les photographies anciennes et les numéros de châssis permettent de déterminer si les caractéristiques actuelles correspondent à la configuration historique de l’exemplaire. Cette démarche est particulièrement importante pour les automobiles de prestige construites sur mesure, dont la carrosserie représente une partie essentielle de l’identité.

Marque Hispano Suiza Cars

Année de sortie 1934

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