L’appellation Alpine V6 GT Turbo entretient une ambiguïté avec les noms employés lors de la commercialisation de la GTA. La version turbocompressée apparue en 1985 est principalement connue sous le nom d’Alpine V6 Turbo, tandis que V6 GT désigne la variante atmosphérique. La V6 GT Turbo recherchée correspond donc à la GTA équipée du V6 PRV 2,5 litres turbocompressé de 200 ch, et non à une troisième motorisation située entre ces deux versions.
Cette précision permet de replacer correctement la voiture dans la gamme. Avec son moteur en porte-à-faux arrière, sa carrosserie très aérodynamique en matériaux composites et ses quatre places, elle représente la déclinaison la plus performante de la nouvelle génération de GT conçue à Dieppe au milieu des années 1980. Sa vitesse maximale voisine de 250 km/h la place alors parmi les automobiles françaises de série les plus rapides.
Une GTA conçue pour renouveler la sportive de Dieppe
La nouvelle Alpine GTA doit succéder à une architecture devenue familière chez le constructeur tout en faisant entrer la marque dans une époque différente. Le projet est développé sous l’autorité de Renault avec le Berex de Dieppe. Il conserve plusieurs principes historiques d’Alpine, notamment le moteur arrière, le châssis-poutre et le recours aux matériaux composites, mais les associe à un coupé plus spacieux, confortable et aérodynamique.
Cette génération prend la relève de l’Alpine A310, dont la carrière avait commencé en 1971. La rupture visuelle est nette. La GTA adopte une silhouette particulièrement fluide, un pare-brise très incliné, de vastes surfaces vitrées et une carrosserie dont les volumes sont travaillés pour limiter la traînée. Elle reste pourtant fidèle à la formule du coupé 2+2 à moteur arrière qui caractérisait déjà sa devancière.
La gamme repose d’abord sur deux interprétations du V6 PRV. L’Alpine V6 GT utilise un moteur atmosphérique de 2 849 cm3 alimenté par carburateurs et développant 160 ch. La Turbo prend une direction sensiblement différente avec une cylindrée ramenée à 2 458 cm3, une injection, un turbocompresseur et un échangeur. Sa puissance atteint 200 ch.
Un V6 PRV turbo de 200 ch en porte-à-faux arrière
Le V6 PRV de la version Turbo est un six cylindres à 90 degrés de 2 458 cm3 installé longitudinalement derrière l’essieu arrière. Il reçoit un turbocompresseur Garrett T3 associé à un échangeur air-air. La puissance maximale de la version non catalysée atteint 200 ch DIN à 5 750 tr/min, tandis que le couple est voisin de 296 Nm à 2 500 tr/min. Certaines documentations arrondissent cette dernière valeur à 290 Nm.
La puissance est transmise uniquement aux roues arrière par une boîte manuelle à cinq rapports. Cette disposition conserve le caractère particulier des Alpine à moteur arrière tout en donnant à la GTA des performances d’un autre niveau que celles de la V6 GT. Le 0 à 100 km/h est documenté autour de 7 secondes et la vitesse maximale atteint environ 250 km/h, certaines fiches indiquant 252 km/h.
Le faible poids contribue directement à ces résultats. Les valeurs publiées oscillent entre 1 180 et 1 210 kg suivant la norme de mesure et la documentation considérée. Même en retenant la valeur haute, le rapport poids-puissance demeure favorable pour une GT 2+2 de cette période. L’aérodynamique joue également un rôle important, avec un Cx généralement donné pour 0,30 sur la Turbo.
Châssis-poutre et carrosserie en matériaux composites
Sous sa silhouette moderne, la V6 Turbo reste fidèle à une construction typiquement Alpine. Elle s’appuie sur un châssis-poutre en acier auquel est associée une carrosserie en matériaux composites. Cette solution permet de contenir la masse tout en offrant à la GTA des dimensions plus généreuses et un niveau d’équipement supérieur à celui des anciennes berlinettes.
Les quatre roues sont indépendantes, avec des triangles superposés à l’avant comme à l’arrière et des ressorts hélicoïdaux. Le freinage repose sur quatre disques ventilés. L’ABS apparaît au cours de la carrière et ne doit donc pas être considéré comme un équipement systématique des premières V6 Turbo de 1985.
La répartition des masses inhérente au moteur en porte-à-faux arrière reste une caractéristique fondamentale de la voiture. Alpine l’associe à des pneumatiques plus larges sur le train arrière, avec des dimensions couramment documentées de 195/50 VR15 à l’avant et 225/50 VR15 à l’arrière. Les jantes de 15 pouces au dessin caractéristique participent aussi à l’identification de la Turbo.
Fiche technique de l’Alpine V6 GT Turbo
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Type | Coupé sportif 2 portes, 2+2 |
| Période de production | 1985 à 1990 selon Alpine |
| Production | 4 660 exemplaires selon Alpine |
| Type interne | D501 |
| Moteur | V6 PRV essence à 90 degrés, 12 soupapes |
| Cylindrée | 2 458 cm3 |
| Alésage x course | 91 x 63 mm |
| Alimentation | Injection, turbocompresseur Garrett T3, échangeur air-air |
| Puissance | 200 ch DIN à 5 750 tr/min, version non catalysée |
| Couple | Environ 290 à 296 Nm à 2 500 tr/min |
| Implantation | Longitudinale, en porte-à-faux arrière |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Châssis-poutre en acier, carrosserie en matériaux composites |
| Suspension avant | Roues indépendantes, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Roues indépendantes, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques ventilés aux quatre roues |
| Pneus avant | 195/50 VR15 |
| Pneus arrière | 225/50 VR15 |
| Longueur | 4 330 mm |
| Largeur | 1 754 mm |
| Hauteur | 1 197 mm |
| Empattement | 2 339 mm |
| Poids | Environ 1 180 à 1 210 kg suivant norme et source |
| Vitesse maximale | Environ 250 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,0 à 7,3 s |
| 400 m départ arrêté | Environ 14,6 s |
| 1 000 m départ arrêté | Environ 26,7 s |
| Coefficient aérodynamique | Cx 0,30 |
| Réservoir | 72 litres |
| Site de production | Dieppe, France |
Comment reconnaître une V6 Turbo
La GTA se reconnaît immédiatement à sa silhouette basse et effilée. Ses projecteurs rectangulaires sont placés derrière de grandes surfaces transparentes intégrées à la face avant, tandis que le pare-brise fortement incliné prolonge visuellement le capot. À l’arrière, le dessin combine une grande lunette, un becquet intégré et les ouvertures nécessaires au refroidissement de la mécanique.
La Turbo possède plusieurs détails qui la séparent de la GT atmosphérique. Le marquage V6 Turbo, ses jantes spécifiques au dessin évoquant une turbine et les différences liées au refroidissement du moteur permettent de l’identifier. Son aérodynamique est légèrement moins favorable que celle de la GT, créditée d’un Cx de 0,28, conséquence notamment des contraintes supplémentaires de refroidissement imposées par la mécanique suralimentée.
L’habitacle illustre également la volonté de transformer Alpine en véritable constructeur de GT. La voiture offre quatre places et davantage d’équipements que les sportives plus dépouillées qui ont bâti la réputation de la marque. La planche de bord, très typée années 1980, accompagne une présentation plus ambitieuse, progressivement retouchée pendant la carrière du modèle.
Des évolutions jusqu’aux séries de fin de carrière
La V6 Turbo évolue sans remettre en cause son architecture fondamentale. Des modifications d’équipement, de présentation et d’électricité apparaissent au fil des millésimes. Les contraintes antipollution conduisent également à l’adoption de versions catalysées sur certains marchés, puis à une puissance de 185 ch sur certaines variantes de fin de carrière. Il est donc important de ne pas appliquer automatiquement les 200 ch de la première V6 Turbo à toutes les GTA turbocompressées.
En 1989, la Alpine Mille Miles constitue l’une des séries limitées les plus notables de cette période. Produite à 100 exemplaires, elle célèbre l’histoire de la marque tout en accompagnant le retour plus affirmé de l’identité Alpine sur les voitures de Dieppe.
La fin de carrière donne naissance à l’Alpine V6 Turbo Le Mans. Apparue en 1990, elle se distingue nettement de la V6 Turbo standard par une carrosserie élargie, une présentation spécifique et un moteur catalysé de 185 ch. Son apparence plus spectaculaire explique qu’elle soit parfois utilisée à tort pour illustrer toute la gamme GTA Turbo.
De la route à l’Europa Cup puis à l’A610
La GTA Turbo possède aussi une déclinaison destinée à la compétition, l’Europa Cup. Cette version allégée, développant environ 250 ch, est engagée dans une coupe monotype organisée de 1985 à 1988 et disputée notamment en lever de rideau de Grands Prix de Formule 1. Elle reste une voiture de course spécifique et ses caractéristiques ne doivent pas être confondues avec celles de la V6 Turbo routière de 200 ch.
Pour la version de série, Alpine annonce une production de 4 660 V6 Turbo entre 1985 et 1990. D’autres décomptes historiques donnent des nombres légèrement différents en fonction des préséries, voitures de compétition ou variantes incluses, mais le chiffre de 4 660 constitue la référence issue des archives de la marque.
Au début des années 1990, l’Alpine A610 prend la relève. Elle conserve le principe du coupé 2+2 à moteur V6 turbo installé à l’arrière, mais reçoit une évolution profonde de la formule avec notamment un V6 porté à 2 963 cm3. La GTA V6 Turbo cesse ainsi sa carrière après avoir installé le moteur suralimenté au coeur de l’offre routière Alpine pendant la seconde moitié des années 1980.




