L’Aston Martin Db1 occupe une place particulière dans l’histoire de la marque britannique. Présentée en 1948, elle est la première Aston Martin commercialisée sous l’ère de l’industriel David Brown. Pourtant, elle ne portait pas encore ce nom à son lancement. Le constructeur la présentait comme l’Aston Martin Two Litre Sports. L’appellation DB1 lui a été attribuée rétrospectivement, après l’apparition des modèles DB suivants.
Produite à une quinzaine d’exemplaires seulement, cette sportive ouverte constitue la transition entre les Aston Martin conçues avant la Seconde Guerre mondiale et la future famille DB. Son quatre cylindres de 1,97 litre et son châssis dérivé du prototype Atom appartiennent encore à la période précédente, tandis que son développement sous David Brown annonce la transformation industrielle et sportive de la marque.
De l’Aston Martin Atom à la première voiture de David Brown
Les origines de la DB1 précèdent l’arrivée de David Brown. Avant la guerre, Aston Martin travaille sous la direction de Gordon Sutherland sur l’Atom, un prototype expérimental destiné à explorer une conception plus moderne de l’automobile. L’ingénieur Claude Hill joue un rôle essentiel dans ce programme, notamment dans le développement du châssis et du moteur quatre cylindres qui serviront ensuite de base à la Two Litre Sports.
David Brown rachète Aston Martin en 1947, puis acquiert les activités automobiles de Lagonda. Ce rapprochement aura des conséquences déterminantes pour les modèles suivants, mais la première Aston Martin de cette nouvelle période reste largement fondée sur les travaux antérieurs de la marque. La Two Litre Sports reprend ainsi une structure tubulaire inspirée de l’Atom et le quatre cylindres conçu sous la responsabilité de Claude Hill.
La carrosserie ouverte est dessinée par Frank Feeley, styliste associé à Lagonda avant de travailler sur les nouvelles Aston Martin. Le résultat conserve des proportions typiques de l’immédiat après-guerre, avec de longues ailes avant séparées du capot et une silhouette basse à deux places. Sa calandre en trois parties participe déjà à l’évolution de l’identité visuelle d’Aston Martin.
La voiture est dévoilée au London Motor Show en 1948 sous le nom Two Litre Sports. Le sigle DB, correspondant aux initiales de David Brown, ne fait alors pas partie de sa désignation commerciale. Le nom DB1 s’imposera plus tard afin de la replacer logiquement avant la Aston Martin DB2, lancée en 1950.
Une sportive britannique produite en quantité infime
La Two Litre Sports est une automobile artisanale et coûteuse, loin d’un modèle destiné à une production importante. Sa fabrication s’étend essentiellement de 1948 à 1950. Les décomptes historiques ne sont pas parfaitement uniformes, notamment parce que certaines sources distinguent différemment voitures routières, châssis particuliers et voitures liées au programme sportif. Les registres font apparaître une série allant jusqu’à AMC/50/15, tandis que d’autres références retiennent quatorze voitures. La formulation la plus fidèle reste donc une production d’environ quinze exemplaires.
Cette rareté n’était pas seulement le résultat d’une volonté d’exclusivité. La voiture était extrêmement chère. Son tarif annoncé en 1948 atteignait 1 498 livres avant taxes, puis 2 331 livres 14 shillings et 6 pence avec la Purchase Tax. Pour une sportive britannique de l’immédiat après-guerre, cette somme limitait considérablement le nombre d’acheteurs potentiels.
La majorité des voitures adopte une carrosserie ouverte à deux places. Leur allure se reconnaît notamment à leurs ailes avant très marquées, aux phares ronds indépendants et au traitement encore classique de la poupe. Certains exemplaires présentent toutefois des particularités de carrosserie, ce qui impose de ne pas considérer chaque DB1 survivante comme strictement identique aux autres.
Cette fabrication confidentielle explique également pourquoi la DB1 reste aujourd’hui beaucoup moins connue que ses descendantes. La lignée s’élargit rapidement avec la DB2 puis l’Aston Martin DB2/4, tandis que la première Two Litre Sports demeure un modèle de transition produit à une échelle presque expérimentale.
Fiche technique de l’Aston Martin Db1
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Appellation d’origine | Aston Martin Two Litre Sports |
| Période de production | 1948 à 1950 |
| Carrosserie principale | Sportive ouverte 2 places |
| Moteur | 4 cylindres en ligne essence |
| Cylindrée | 1 970 cm3 |
| Alésage x course | 82,55 x 92 mm |
| Alimentation | 2 carburateurs SU |
| Taux de compression | 7,25:1 |
| Puissance | 90 bhp à 4 750 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle David Brown à 4 rapports |
| Embrayage | Monodisque Borg & Beck |
| Structure | Châssis tubulaire dérivé du programme Atom |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux et barre Panhard |
| Freins | Tambours Girling de 12 pouces à l’avant et à l’arrière |
| Longueur | 4 470 mm |
| Largeur | Environ 1 710 mm |
| Hauteur | 1 410 mm |
| Empattement | 2 740 mm |
| Voies | Environ 1 370 mm |
| Poids à sec | 1 143 kg |
| Capacité du réservoir | Environ 66 litres |
| Vitesse maximale | Environ 150 km/h |
Le quatre cylindres Claude Hill et le châssis issu de l’Atom
Le moteur constitue l’une des différences fondamentales entre la DB1 et la génération suivante. Le quatre cylindres en ligne de Claude Hill affiche 1 970 cm3 et développe 90 bhp à 4 750 tr/min dans la documentation historique. Certaines fiches modernes arrondissent sa cylindrée à deux litres et indiquent des puissances légèrement différentes, ce qui explique les valeurs contradictoires parfois associées au modèle.
Installé longitudinalement à l’avant, ce moteur entraîne les roues arrière par une boîte manuelle David Brown à quatre rapports. La DB1 reste donc une sportive à l’architecture très traditionnelle dans son implantation générale, mais son châssis est plus original. La structure tubulaire dérivée des recherches menées avec l’Atom vise notamment à obtenir une base rigide sans recourir à un lourd châssis conventionnel.
Le train avant utilise une suspension indépendante avec ressorts hélicoïdaux, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide également suspendu par ressorts hélicoïdaux et guidé transversalement par une barre Panhard. Le freinage repose sur quatre tambours Girling de 12 pouces. Avec environ 1 143 kg à sec et une vitesse maximale voisine de 150 km/h, la Two Litre Sports présente des performances cohérentes avec une sportive britannique de haut niveau de la fin des années 1940.
La rupture intervient avec la DB2. Celle-ci abandonne le quatre cylindres de Claude Hill au profit du six cylindres Lagonda de 2,6 litres dont les origines remontent aux travaux menés sous la direction de W. O. Bentley. Ce changement mécanique, accompagné d’une carrosserie fermée beaucoup plus moderne, fait de la DB2 davantage qu’une simple évolution de la DB1.
La victoire à Spa avant la présentation de la DB1
L’histoire sportive du modèle demande de distinguer la voiture de route de la machine engagée par l’usine. Avant même la présentation de la Two Litre Sports au public, Aston Martin prépare une voiture légère portant le châssis LMA/48/1. Elle utilise la nouvelle base mécanique mais ne doit pas être assimilée sans nuance à l’une des DB1 routières de série.
Cette voiture est engagée aux 24 Heures de Spa le 11 juillet 1948. Jock Horsfall et Leslie Johnson remportent l’épreuve, donnant à Aston Martin un succès majeur au moment où David Brown cherche précisément à relancer la marque. La victoire offre une démonstration spectaculaire de la robustesse de la nouvelle architecture quelques mois avant la présentation publique de la Two Litre Sports.
La compétition accompagne ensuite le développement d’Aston Martin. En 1949, Robert Lawrie engage au Mans la Two Litre Sports portant le châssis AMC/49/5, préparée pour l’épreuve. Associé à Richard Parker, il termine onzième au classement général. Aston Martin développera bientôt des machines beaucoup plus spécialisées, à commencer par l’Aston Martin DB3, puis la Aston Martin DB3S.
Cette politique sportive atteindra un autre niveau avec l’Aston Martin DBR1 dans la seconde moitié des années 1950. La DB1 n’est donc pas directement l’ancêtre technique de toutes ces voitures de course, mais sa période correspond au moment où David Brown fait de la compétition un élément central du développement et de l’image d’Aston Martin.
Pourquoi le nom DB1 est rétrospectif
L’appellation DB1 peut donner l’impression que David Brown avait planifié dès 1948 une succession numérotée de modèles DB. Ce n’est pas le cas. La voiture était annoncée et vendue comme Aston Martin Two Litre Sports. C’est l’arrivée de la DB2 et le développement ultérieur de la nomenclature DB qui conduisent à désigner rétrospectivement la Two Litre Sports comme DB1.
Cette distinction permet aussi de comprendre sa position singulière. Techniquement, la DB1 reste étroitement liée à l’Aston Martin d’avant David Brown par son moteur Claude Hill et par le programme Atom. Historiquement, elle appartient déjà pleinement à la nouvelle époque puisqu’elle est développée, produite et commercialisée après le rachat de 1947.
Les générations suivantes vont progressivement transformer les initiales de David Brown en l’une des signatures les plus célèbres d’Aston Martin. L’Aston Martin DB4 introduira à la fin des années 1950 une nouvelle génération de grandes GT, avant que l’Aston Martin DB5 ne donne à ces deux lettres une notoriété mondiale. La Two Litre Sports de 1948 reste, elle, le discret point de départ de cette histoire.




