Bugatti Chiron

Bugatti Chiron

Présentée au Salon de Genève en 2016, la Bugatti Chiron ouvre le deuxième grand chapitre de l’ère moderne de la marque de Molsheim. Son objectif est particulièrement ambitieux : dépasser la Bugatti Veyron sans renoncer au confort, au raffinement et à la facilité d’utilisation qui distinguaient déjà cette dernière des supercars plus radicales. La Chiron conserve ainsi le principe du moteur W16 à quatre turbocompresseurs et de la transmission intégrale, mais porte la puissance à 1 500 ch et le couple à 1 600 Nm.

Le nom Chiron rend hommage à Louis Chiron, pilote monégasque étroitement associé à Bugatti durant l’entre-deux-guerres. La marque annonce officiellement cette appellation en novembre 2015, avant la première mondiale du modèle le 29 février 2016. Il ne faut pas confondre cette voiture de série avec la Bugatti EB18/3 Chiron de 1999, concept équipé d’un moteur W18 qui appartient à une phase bien antérieure de la renaissance de Bugatti.

De la Veyron à la Chiron

La Chiron ne consiste pas simplement à ajouter de la puissance à la formule de la Veyron. Bugatti retravaille le groupe motopropulseur, le refroidissement, l’aérodynamique, la structure et les liaisons au sol afin de supporter des performances encore supérieures. Le W16 de 7 993 cm3 reçoit notamment des turbocompresseurs plus importants et une suralimentation séquentielle : à bas régime, deux turbos sont principalement sollicités, les deux autres entrant progressivement en action lorsque le régime augmente.

Cette architecture permet d’obtenir 1 500 ch à 6 700 tr/min et surtout 1 600 Nm disponibles de 2 000 à 6 000 tr/min. Une telle plage de couple impose une transmission spécifique. La boîte à double embrayage compte sept rapports et transmet la puissance aux quatre roues, avec des dispositifs de blocage intégrés aux réducteurs avant et arrière.

Le refroidissement devient lui aussi un élément déterminant de la conception. Le moteur et ses périphériques génèrent des contraintes thermiques considérables, ce qui explique la taille des entrées d’air et l’importance donnée à la circulation des flux dans la carrosserie. L’aérodynamique n’est donc pas seulement destinée à réduire la traînée : elle participe directement au refroidissement, à la stabilité et au freinage.

Un design dicté par la performance

Sous la direction d’Achim Anscheidt, le design applique une logique que Bugatti résume par l’idée de la forme au service de la performance. La calandre en fer à cheval reste immédiatement identifiable, tandis que chaque côté de la voiture est dominé par une immense courbe en C. Cette signature graphique encadre l’habitacle tout en participant à l’alimentation en air du moteur.

L’autre référence historique majeure est la Bugatti Type 57 Atlantic. L’arête qui parcourt longitudinalement la Chiron rappelle la ligne dorsale caractéristique de l’Atlantic. À l’arrière, la carrosserie très ouverte facilite l’évacuation de l’air chaud et reçoit un bandeau lumineux continu d’environ 1,60 m de largeur.

L’aileron arrière mobile adapte sa position aux conditions de conduite. Il contribue à l’appui à haute vitesse et peut également servir d’aérofrein lors des fortes décélérations. L’ensemble illustre une particularité essentielle de la Chiron : plusieurs de ses éléments visuels les plus spectaculaires répondent directement à des contraintes mécaniques ou aérodynamiques.

L’habitacle adopte une approche volontairement différente de celle d’une automobile dominée par de grands écrans. Les commandes physiques, l’instrumentation et les matériaux comme le cuir, l’aluminium et la fibre de carbone sont conçus pour conserver une apparence durable. La courbe en C extérieure trouve également son prolongement dans l’architecture intérieure.

Fiche technique de la Bugatti Chiron

CaractéristiqueBugatti Chiron
Présentation2016
CarrosserieCoupé 2 portes, 2 places
MoteurW16 essence, 4 turbocompresseurs
Cylindrée7 993 cm3
Puissance maximale1 500 ch (1 103 kW) à 6 700 tr/min
Couple maximal1 600 Nm de 2 000 à 6 000 tr/min
ImplantationMoteur central arrière longitudinal
TransmissionIntégrale permanente
Boîte de vitessesDouble embrayage, 7 rapports
StructureMonocoque en fibre de carbone
SuspensionDoubles bras transversaux avant et arrière, amortissement adaptatif
FreinsDisques carbone-céramique, 420 mm avant et 400 mm arrière
Étriers8 pistons avant, 6 pistons arrière
Pneus avant285/30 ZR20
Pneus arrière355/25 ZR21
Longueur4 544 mm
Largeur2 038 mm
Hauteur1 212 mm en position normale
Empattement2 711 mm
Voie avant1 749 mm
Voie arrière1 661 mm
Poids à vide1 995 kg DIN
0 à 100 km/h2,4 s
0 à 200 km/h6,1 s
0 à 300 km/h13,1 s
Vitesse maximale420 km/h, limitée électroniquement
Réservoir100 litres
Consommation combinée WLTP25,2 l/100 km
Émissions de CO2 WLTP572 g/km
AssemblageMolsheim, France

1 500 ch utilisables et 420 km/h

La particularité de la Chiron réside moins dans un chiffre isolé que dans l’association de performances extrêmes à une automobile homologuée pour la route. Le passage de 0 à 100 km/h est annoncé en 2,4 secondes, mais la poussée reste considérable bien au-delà : 200 km/h sont atteints en 6,1 secondes et 300 km/h en 13,1 secondes. Sur la Chiron originelle, la vitesse maximale est électroniquement limitée à 420 km/h.

La monocoque en fibre de carbone constitue la base de cette maîtrise. Bugatti annonçait pour sa rigidité des valeurs comparables à celles d’un prototype de compétition de type LMP1. Les énormes freins carbone-céramique, les pneus Michelin développés pour les contraintes spécifiques de la voiture et l’aérodynamique active doivent permettre d’exploiter les performances sans transformer la Chiron en machine exclusivement destinée au circuit.

En 2017, Juan Pablo Montoya réalise avec une Chiron l’exercice du 0-400-0 km/h en 41,96 secondes sur 3,112 km. La voiture atteint 400 km/h en 32,6 secondes puis s’immobilise 9,3 secondes plus tard, après 491 mètres de freinage. Cette performance constitue alors un record pour une voiture de série et démontre autant les capacités de décélération de la Chiron que celles de son W16.

Le chiffre de 490,484 km/h parfois associé à la Chiron demande en revanche une distinction importante. Cette vitesse, enregistrée en 2019, n’a pas été réalisée par la Chiron standard de 2016 mais par un prototype spécifique à carrosserie allongée qui donnera naissance à la Bugatti Chiron Super Sport 300+. La Chiron originelle conserve pour sa part ses 1 500 ch et sa limitation à 420 km/h.

Une production artisanale limitée

Chaque Chiron est assemblée à Molsheim dans l’Atelier Bugatti. Au lancement, son prix est annoncé à 2,4 millions d’euros hors taxes, avant options et personnalisations. Le rythme de fabrication reste volontairement faible : en 2018, lorsque le centième exemplaire sort de l’atelier, Bugatti évoque une cadence d’environ 70 voitures par an.

La limite de 500 exemplaires concerne l’ensemble de la famille Chiron et non 500 voitures strictement identiques à la version présentée en 2016. Cette nuance devient essentielle à mesure que la gamme se diversifie. La Bugatti Chiron Sport, dévoilée en 2018, conserve notamment les 1 500 ch du modèle d’origine tout en réduisant sa masse et en privilégiant davantage l’agilité.

La famille s’oriente ensuite dans des directions plus spécialisées. La Bugatti Chiron Pur Sport reçoit notamment des rapports de transmission raccourcis et un imposant aileron fixe afin de privilégier l’accélération, l’appui et le comportement en virage. À l’opposé, la Bugatti Chiron Super Sport adopte une carrosserie arrière allongée et un W16 porté à 1 600 ch pour favoriser la stabilité et l’efficacité à très haute vitesse.

Ces dérivés expliquent pourquoi certaines fiches techniques attribuent à tort 1 600 ch, 440 km/h ou d’autres caractéristiques à toutes les Chiron. Pour le modèle lancé en 2016, les valeurs de référence restent 1 500 ch, 1 600 Nm, 1 995 kg DIN et 420 km/h avec limitation électronique.

La fin de l’ère du W16

La Chiron marque l’apogée d’une architecture mécanique inaugurée chez Bugatti avec la Veyron. Son W16 quadriturbo est progressivement décliné dans des modèles et séries dérivés, mais le principe fondamental reste celui d’un moteur thermique de huit litres associé à une transmission intégrale, capable de fournir des performances hors normes sans abandonner le caractère de grand tourisme recherché par la marque.

En 2021, Bugatti annonce que la production entre dans sa dernière phase, avec moins de quarante créneaux encore disponibles. La série complète atteint finalement les 500 voitures prévues. La dernière, achevée en 2024 et baptisée L’Ultime, est une Chiron Super Sport, ce qui clôt huit années de fabrication de la famille à Molsheim.

La relève prend une direction mécanique profondément différente avec la Bugatti Tourbillon, dévoilée en 2024. Le W16 et ses quatre turbocompresseurs disparaissent au profit d’un V16 atmosphérique associé à une motorisation hybride. La fin de la Chiron correspond ainsi également à la fin du W16 qui avait défini les Bugatti de série depuis le début de l’ère Veyron.