Présentée en 2013 pour célébrer les 50 ans de Lamborghini, la Veneno est l’une des créations les plus radicales de la marque de Sant’Agata Bolognese. Construite autour de l’architecture de l’Aventador, cette supercar à moteur V12 ne se contente pas d’une carrosserie spectaculaire : son dessin privilégie la gestion des flux d’air, l’appui aérodynamique et le refroidissement. Sa production exceptionnellement limitée en fait aussi l’une des Lamborghini routières les plus rares de son époque.
Une Lamborghini créée pour le cinquantième anniversaire
La Lamborghini Veneno fait sa première apparition publique au Salon de Genève en mars 2013. Le constructeur célèbre alors son cinquantième anniversaire et choisit de marquer l’événement avec une automobile beaucoup plus exclusive qu’une simple série commémorative. La Veneno doit rapprocher autant que possible l’apparence et les principes aérodynamiques d’un prototype de compétition d’une voiture homologuée pour la route.
Son nom respecte la tradition de Lamborghini consistant à puiser dans l’univers de la tauromachie. Veneno désigne un taureau de combat présenté par la marque comme particulièrement puissant et agressif. Cette appellation correspond à une voiture dont le style rompt fortement avec celui des modèles de grande série, malgré une parenté technique directe avec la Lamborghini Aventador.
La base est plus précisément celle de la Lamborghini Aventador LP700-4. La Veneno en conserve les principes fondamentaux, notamment le V12 atmosphérique de 6,5 litres en position centrale arrière longitudinale, la transmission intégrale et la boîte robotisée ISR à sept rapports. Lamborghini augmente toutefois la puissance à 750 ch et associe cette mécanique à une carrosserie spécifique en matériaux composites.
La Veneno appartient ainsi à la catégorie des modèles Lamborghini aujourd’hui regroupés sous l’appellation Few-Off. Elle poursuit une démarche déjà illustrée quelques années auparavant par la Lamborghini Reventón : utiliser les organes mécaniques d’une Lamborghini V12 de série comme point de départ pour créer une automobile beaucoup plus rare et stylistiquement indépendante.
Un V12 de 750 ch et une architecture issue de l’Aventador
Le V12 atmosphérique à 60 degrés affiche une cylindrée de 6 498 cm3. Pour la Veneno, sa puissance atteint 750 ch, soit 552 kW. Cette évolution passe notamment par un travail sur l’admission, la thermodynamique du moteur, le régime de fonctionnement et la réduction de la contre-pression de l’échappement. Il reste associé à la transmission intégrale et à la boîte ISR à sept rapports développée pour permettre des changements de rapport très rapides.
La recherche de légèreté est tout aussi importante. La structure repose sur une monocoque en polymère renforcé de fibre de carbone, complétée par des structures avant et arrière en aluminium. Le carbone occupe également une place majeure dans la carrosserie et l’habitacle. Avec environ 1 450 kg à sec, la Veneno affiche un rapport poids-puissance annoncé de 1,93 kg/ch.
Les suspensions adoptent une architecture à doubles triangles avec ressorts et amortisseurs commandés par poussoirs, une disposition directement inspirée de la compétition. Les freins carbone-céramique doivent contenir les performances d’une voiture annoncée à 355 km/h. Les jantes à fixation centrale mesurent 20 pouces à l’avant et 21 pouces à l’arrière. Leur dessin n’est pas seulement décoratif : il participe à la circulation de l’air autour des freins.
Dans ces conditions, Lamborghini annonce un 0 à 100 km/h en 2,8 secondes. La Veneno n’est donc pas uniquement une étude de style commémorative. Son architecture, sa puissance et son rapport poids-puissance la placent parmi les voitures routières les plus performantes produites par Lamborghini au début des années 2010.
Fiche technique de la Lamborghini Veneno
| Caractéristique | Lamborghini Veneno |
|---|---|
| Année de présentation | 2013 |
| Carrosserie | Coupé 2 places |
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 6 498 cm3 |
| Alésage x course | 95 x 76,4 mm |
| Alimentation | Injection multipoint |
| Puissance maximale | 750 ch (552 kW) à environ 8 400 tr/min |
| Couple maximal | 690 Nm à environ 5 500 tr/min |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Intégrale |
| Boîte de vitesses | ISR robotisée à 7 rapports |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone, structures avant et arrière en aluminium |
| Suspensions | Doubles triangles, système à poussoirs |
| Freins | Carbone-céramique |
| Roues | 20 pouces à l’avant, 21 pouces à l’arrière |
| Pneumatiques | 255/30 ZR20 à l’avant, 355/25 ZR21 à l’arrière |
| Longueur | Environ 5 020 mm |
| Largeur | Environ 2 075 mm |
| Hauteur | Environ 1 165 mm |
| Empattement | 2 700 mm |
| Poids à sec | Environ 1 450 kg |
| Rapport poids-puissance | 1,93 kg/ch |
| 0 à 100 km/h | 2,8 s |
| Vitesse maximale | 355 km/h |
Un dessin dicté par l’aérodynamique
La silhouette de la Veneno est développée par le Centro Stile Lamborghini. Si son apparence semble volontairement théâtrale, une grande partie de ses formes répond à des impératifs aérodynamiques. Le nez forme une pointe centrale très marquée, encadrée de larges ouvertures destinées à canaliser l’air. Les ailes avant sont visuellement séparées de la partie centrale du capot, ce qui donne à la voiture une physionomie proche de certains prototypes de course.
Les flancs multiplient prises d’air, arêtes et canaux. À l’arrière, une imposante dérive centrale prolonge le pavillon jusqu’à l’aileron, tandis qu’un diffuseur particulièrement développé occupe la partie basse. L’aileron arrière est réglable afin d’adapter l’équilibre aérodynamique. Cette recherche d’appui et de stabilité à haute vitesse explique une grande partie des différences visuelles entre la Veneno et l’Aventador dont elle dérive.
La voiture s’inscrit néanmoins dans une tradition esthétique ancienne chez Lamborghini. Comme la Lamborghini Countach plusieurs décennies auparavant, elle utilise une silhouette extrêmement basse, des proportions spectaculaires et des ruptures de surfaces très prononcées pour rendre immédiatement identifiable une supercar V12 à moteur central.
L’habitacle reprend certains principes d’architecture de l’Aventador mais pousse beaucoup plus loin l’utilisation des composites. La fibre de carbone reste visible sur différentes parties de la monocoque et du tunnel central. Lamborghini emploie également son Forged Composite pour les sièges baquets et du CarbonSkin, un matériau souple à base de fibres de carbone, pour plusieurs éléments de finition.
Trois voitures clients et un exemplaire Lamborghini
La rareté de la Veneno demande une distinction précise. Lamborghini a vendu seulement trois coupés à des clients. À ceux-ci s’ajoute la voiture de présentation et de développement conservée par le constructeur. Selon que cet exemplaire usine est inclus ou non, on rencontre donc les chiffres de trois ou quatre Veneno coupé. Les deux formulations décrivent des périmètres différents : trois exemplaires clients, quatre voitures physiques en comptant celle de Lamborghini.
Le prix annoncé au lancement était de 3 millions d’euros hors taxes par voiture. Les trois exemplaires destinés aux clients étaient déjà attribués au moment de la présentation publique à Genève, ce qui souligne le caractère particulier du programme : la Veneno n’était pas destinée à constituer une petite série disponible dans le réseau traditionnel.
Cette stratégie sera poursuivie avec d’autres Lamborghini très exclusives. La Lamborghini Centenario, dévoilée en 2016, reprendra le principe d’une série V12 extrêmement limitée développée autour de la plateforme de l’Aventador, mais avec une carrosserie et une identité propres.
Veneno coupé et Veneno Roadster, deux versions à distinguer
La Veneno de Genève ne doit pas être confondue avec la Lamborghini Veneno Roadster, annoncée quelques mois plus tard en 2013. La déclinaison ouverte reprend le V12 6,5 litres de 750 ch et conserve une vitesse maximale annoncée de 355 km/h, mais sa production et certaines caractéristiques diffèrent de celles du coupé.
Le Roadster est prévu à neuf exemplaires et affiche environ 1 490 kg à sec, contre 1 450 kg pour le coupé. Son 0 à 100 km/h est annoncé en 2,9 secondes, soit un dixième de plus. Son prix de lancement, environ 3,3 millions d’euros hors taxes, explique également pourquoi plusieurs fiches consacrées à la Veneno mélangent aujourd’hui les tarifs des deux versions.
Après la Veneno et la Centenario, Lamborghini continuera d’exploiter le principe des Few-Off avec des technologies nouvelles. La Lamborghini Sián FKP 37 associera ainsi le V12 à une assistance électrique, tout en conservant cette logique de production très limitée et de design distinct des modèles de grande série.
Une supercar routière aux codes de prototype de course
Malgré son immense aileron, sa dérive centrale et son traitement aérodynamique spectaculaire, la Veneno n’a pas été développée pour participer à un championnat. Aucun programme officiel de compétition ne lui est associé. Lamborghini l’a conçue comme une automobile routière capable de transposer certaines solutions et certains codes visuels des prototypes de course dans une machine homologuée.
Cette orientation explique pourquoi son identité ne repose pas uniquement sur sa puissance. Le V12 provient d’une architecture déjà connue, mais la combinaison d’une monocoque en carbone, d’une carrosserie spécifique, d’une masse contenue, de suspensions à poussoirs et d’un travail aérodynamique particulièrement visible transforme profondément le caractère du modèle donneur.
La Veneno reste ainsi un cas à part dans la production Lamborghini de 2013 : ni remplaçante de l’Aventador, ni voiture de compétition, elle constitue une réalisation commémorative autonome produite à quelques unités. Sa carrosserie fermée, ses trois exemplaires clients et son apparition au Salon de Genève permettent aussi de l’identifier sans ambiguïté face au Roadster qui lui succède quelques mois plus tard.




