Présentée en décembre 1990, la Maserati Racing représente l’une des évolutions les plus radicales de la famille Maserati Biturbo. Sous une carrosserie encore directement apparentée au coupé lancé au début des années 1980, elle associe un V6 biturbo de seulement 1 996 cm3 à 24 soupapes développant 283 ch. Produite à 230 exemplaires, cette version très rare se situe à la charnière entre les dernières Biturbo et la génération suivante des coupés Maserati.
Son nom peut prêter à confusion. La Racing n’est pas une voiture de compétition ni une série d’homologation destinée à la course. Il s’agit d’un modèle routier, conçu pour porter le V6 2 litres Maserati à un niveau de performances particulièrement élevé tout en restant dans une cylindrée fiscalement avantageuse sur le marché italien.
Une ultime évolution sportive de la famille Biturbo
Au tournant des années 1990, Maserati a déjà multiplié les développements autour de l’architecture Biturbo. Les premières déclinaisons sportives, parmi lesquelles la Maserati Biturbo S, ont progressivement laissé place à des moteurs plus puissants, à l’injection électronique puis aux culasses à quatre soupapes par cylindre. La Racing s’inscrit au sommet de cette évolution technique.
Sa base mécanique est étroitement liée à celle de la 2.24v, qui avait introduit le V6 2 litres à 24 soupapes. Maserati ne se contente cependant pas d’augmenter la pression de suralimentation. Le moteur reçoit notamment un vilebrequin revu, des bielles allégées, un taux de compression augmenté et des turbocompresseurs modifiés. Le résultat atteint 283 ch pour moins de deux litres de cylindrée, soit environ 142 ch par litre.
Cette cylindrée n’est pas fortuite. En Italie, les automobiles dépassant deux litres étaient alors lourdement pénalisées fiscalement. Maserati avait donc tout intérêt à développer une mécanique capable d’offrir les performances d’un moteur beaucoup plus gros sans franchir cette limite. La Racing pousse cette logique à son extrême et Maserati la présentait à son lancement comme la voiture de série de deux litres la plus puissante au monde.
Le modèle apparaît également dans une gamme en pleine transition. Les coupés tels que la Maserati 222 montrent encore clairement leur filiation avec la Biturbo originelle, tandis que la Racing introduit des évolutions mécaniques et stylistiques qui préparent déjà la génération suivante.
Un V6 2 litres biturbo porté à 283 ch
Le moteur conserve l’architecture caractéristique de cette famille Maserati : un V6 à 90 degrés monté longitudinalement à l’avant et entraînant les roues arrière. Sa cylindrée exacte est de 1 996 cm3. Les deux turbocompresseurs alimentent une mécanique à 24 soupapes et double arbre à cames en tête, associée à une injection électronique.
La puissance officielle atteint 283 ch, soit 208 kW. Les documents disponibles divergent légèrement sur le régime correspondant, indiqué à 6 000 tr/min par la documentation historique actuelle de Maserati et à 6 250 tr/min dans plusieurs catalogues techniques. Le couple est généralement donné pour 374 Nm à 4 250 tr/min. Au-delà des chiffres, la Racing se distingue surtout par la puissance spécifique exceptionnelle de son moteur pour une automobile de série du début des années 1990.
La transmission évolue elle aussi. Une boîte manuelle Getrag à cinq rapports accompagne le V6, toujours dans une architecture à propulsion. Maserati complète ces transformations par un système d’amortissement Koni commandé électroniquement, permettant d’adapter le comportement de la voiture. Il ne s’agit pas d’une suspension active au sens actuel, mais d’un amortissement piloté particulièrement sophistiqué pour l’époque.
Avec 1 323 kg annoncés par Maserati et 283 ch, les performances placent la Racing parmi les coupés les plus rapides de sa catégorie. La vitesse maximale officielle atteint 256 km/h et le kilomètre départ arrêté est annoncé en 25,9 secondes. Un 0 à 100 km/h en 5,9 secondes apparaît également dans les données techniques d’époque couramment consacrées au modèle.
Fiche technique de la Maserati Racing
| Caractéristique | Maserati Racing |
|---|---|
| Type | AM331 |
| Période | 1990-1992 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 5 places |
| Structure | Monocoque en acier |
| Moteur | V6 essence à 90 degrés, biturbo |
| Implantation | Longitudinale avant |
| Cylindrée | 1 996 cm3 |
| Distribution | 24 soupapes, double arbre à cames en tête |
| Alimentation | Injection électronique, deux turbocompresseurs |
| Puissance maximale | 283 ch (208 kW) |
| Régime de puissance maximale | 6 000 tr/min selon Maserati, 6 250 tr/min dans certains catalogues techniques |
| Couple maximal | 374 Nm à 4 250 tr/min |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle Getrag à 5 rapports |
| Suspension | Roues indépendantes, amortisseurs Koni à réglage électronique |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Longueur | Environ 4 195 à 4 200 mm |
| Largeur | 1 714 mm |
| Hauteur | 1 305 mm |
| Empattement | 2 514 mm |
| Poids annoncé | 1 323 kg |
| Vitesse maximale | 256 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 5,9 s |
| 1 000 m départ arrêté | 25,9 s |
| Production | 230 exemplaires |
Une carrosserie Biturbo transformée par Gandini
La Racing ne cache pas son appartenance à la famille Biturbo. Elle en conserve les proportions générales, avec une silhouette compacte à trois volumes, un capot relativement long et un habitacle aux lignes anguleuses. Son traitement extérieur est toutefois nettement plus agressif que celui des premiers coupés de la famille.
Marcello Gandini intervient sur cette évolution et rapproche visuellement la Racing de la Maserati Shamal. La partie avant constitue l’un des meilleurs moyens de reconnaître le modèle : le museau est redessiné, la calandre adopte des formes plus arrondies et le traitement des projecteurs modernise sensiblement la silhouette. Le capot, les appendices aérodynamiques, les bas de caisse et le spoiler arrière renforcent également son caractère sportif.
La proximité visuelle avec la Shamal ne doit pourtant pas masquer des différences fondamentales. La Shamal est animée par un V8 biturbo de 3,2 litres et possède une identité mécanique propre, tandis que la Racing reste fidèle au V6 2 litres de la lignée Biturbo. Cette dernière apparaît ainsi comme une évolution extrême d’une architecture existante plutôt que comme une déclinaison de la Shamal.
L’habitacle demeure dans la tradition Maserati de cette période, mêlant présentation luxueuse et instrumentation abondante. La Racing reste une voiture de route offrant cinq places selon la documentation du constructeur, malgré un positionnement nettement plus sportif que celui des Biturbo ordinaires.
Un châssis adapté aux performances
L’augmentation considérable de puissance impose une évolution du comportement routier. Maserati associe ainsi la Racing à des amortisseurs Koni pilotés électroniquement. Le conducteur peut faire varier leur tarage afin de privilégier davantage le confort ou le maintien de caisse. Cette technologie contribue à distinguer la Racing des premières générations de Biturbo, dont le châssis avait été conçu pour des niveaux de puissance sensiblement inférieurs.
La voiture conserve néanmoins les grands principes de cette architecture : moteur avant, propulsion, empattement relativement court et suspensions indépendantes. Avec plus de 280 ch transmis aux seules roues arrière et sans la gestion électronique sophistiquée des sportives modernes, la Racing appartient encore à une génération où les performances reposent largement sur la mécanique, les pneumatiques et le réglage du châssis.
Son positionnement peut être rapproché de celui de la Maserati Karif, autre déclinaison rare et particulièrement performante issue de l’univers Biturbo. Les deux modèles suivent cependant des recettes différentes : la Karif privilégie notamment un empattement très court, alors que la Racing constitue surtout l’aboutissement du coupé 2 litres à 24 soupapes.
230 exemplaires et une carrière très courte
Maserati indique une production totale de seulement 230 exemplaires. Ce volume extrêmement réduit suffit à distinguer la Racing au sein d’une famille Biturbo pourtant riche en variantes. Le constructeur situe sa période de production entre 1990 et 1992, la présentation ayant eu lieu en décembre 1990 et la commercialisation effective se concentrant essentiellement sur les années suivantes.
Cette diffusion limitée s’explique aussi par la position particulière du modèle. La Racing arrive à la toute fin du cycle de développement de la Biturbo et ne constitue pas le point de départ d’une nouvelle gamme. Elle sert plutôt de sommet technique au V6 deux litres avant que Maserati ne renouvelle plus profondément son coupé.
La Maserati Ghibli II, apparue ensuite, poursuit cette évolution avec une carrosserie profondément remaniée et de nouveaux développements du V6 biturbo. La Racing occupe ainsi une place très précise dans la chronologie de la marque : celle de la dernière expression particulièrement poussée du coupé Biturbo avant son passage à la génération Ghibli.
Une Maserati routière malgré son nom
L’appellation Racing pourrait laisser penser à une série créée pour l’homologation en compétition. Ce n’est pas le cas. Aucun programme d’usine majeur spécifique à ce modèle ne justifie son nom par un palmarès sportif propre. Le terme traduit avant tout son positionnement au sommet des coupés V6 de la marque et les performances inhabituelles obtenues à partir d’un moteur de moins de deux litres.
Son intérêt historique tient donc davantage à sa mécanique qu’à une carrière sur circuit. Avec 283 ch issus de 1 996 cm3, une vitesse maximale officielle de 256 km/h et seulement 230 voitures produites, la Racing concentre les développements accumulés pendant près d’une décennie autour de la Biturbo. Sa présentation en 1990 intervient précisément au moment où Maserati commence à transformer cette base technique pour préparer les coupés qui prendront le relais au début des années 1990.




