La McLaren MCL36 est la monoplace de Formule 1 engagée par McLaren Racing lors du championnat du monde 2022. Pilotée par Lando Norris et Daniel Ricciardo, elle marque l’entrée de l’écurie britannique dans une nouvelle ère technique, caractérisée par le retour de l’effet de sol, l’adoption de roues de 18 pouces et une refonte profonde de l’aérodynamique. Équipée d’un groupe propulseur hybride Mercedes-AMG, elle se distingue notamment par sa suspension avant à tirants, une solution relativement inhabituelle sur la grille de départ.
Présentée le 11 février 2022 au McLaren Technology Centre de Woking, la MCL36 dispute 22 Grands Prix et permet à McLaren de terminer cinquième du championnat des constructeurs avec 159 points. Son meilleur résultat est la troisième place de Lando Norris au Grand Prix d’Émilie-Romagne, à Imola. Malgré une saison irrégulière, cette monoplace illustre les défis rencontrés par McLaren pour maîtriser une réglementation entièrement renouvelée.
Une nouvelle McLaren pour la révolution réglementaire de 2022
La conception de la MCL36 débute dans un contexte de transformation majeure de la Formule 1. Après plusieurs saisons dominées par des monoplaces produisant une grande partie de leur appui aérodynamique grâce aux ailerons et aux appendices extérieurs, la Fédération internationale de l’automobile introduit en 2022 un règlement privilégiant l’effet de sol. Les tunnels Venturi aménagés sous les voitures doivent générer une dépression permettant d’accroître l’appui tout en réduisant les turbulences qui pénalisent les monoplaces suiveuses.
Pour McLaren, ce changement impose de repenser presque intégralement la voiture. La précédente McLaren MCL35, apparue en 2020 puis adaptée à la motorisation Mercedes sous l’appellation MCL35M en 2021, appartient à une génération aérodynamique différente. La MCL36 ne constitue donc pas une simple évolution de son architecture. Son châssis, ses suspensions, son plancher et sa carrosserie sont développés pour répondre aux nouvelles contraintes.
Le projet est supervisé par James Key, directeur technique de McLaren, sous la direction opérationnelle d’Andreas Seidl. Zak Brown assure alors la direction générale de McLaren Racing. La conception mobilise les départements aérodynamique, mécanique, simulation et fabrication de l’écurie, installés principalement à Woking, dans le Surrey.
La présentation officielle intervient le 11 février 2022, lors d’un événement organisé au McLaren Technology Centre. La nouvelle monoplace arbore une décoration orange papaye et bleue, associée à des éléments noirs. Elle conserve ainsi l’identité visuelle moderne de McLaren tout en adoptant une silhouette sensiblement différente de celle de sa devancière.
Les premiers essais à Barcelone permettent de découvrir le comportement de cette nouvelle architecture. La préparation se complique toutefois lors des essais de Bahreïn, où McLaren rencontre des problèmes de refroidissement des freins avant. Ces difficultés limitent le roulage et obligent l’équipe à modifier certains composants avant l’ouverture du championnat.
La MCL36 fait ses débuts officiels au Grand Prix de Bahreïn, le 20 mars 2022. Daniel Ricciardo termine quatorzième et Lando Norris quinzième, un résultat éloigné des ambitions de l’écurie. Cette première course révèle les difficultés de mise au point d’une monoplace dont le potentiel dépend fortement du fonctionnement du plancher, des réglages de suspension et de la gestion des pneumatiques.
Design, aérodynamique et suspensions : les particularités de la MCL36
La McLaren MCL36 possède une carrosserie entièrement développée autour du règlement technique 2022. Son museau étroit rejoint un aileron avant aux formes simplifiées, tandis que les roues de 18 pouces reçoivent des enjoliveurs destinés à mieux contrôler les turbulences. Les petits déflecteurs placés au-dessus des roues avant participent également à la gestion des écoulements aérodynamiques.
Les pontons latéraux constituent un élément important de son identité. Leur géométrie guide l’air autour de la carrosserie et vers la partie arrière de la voiture. Les entrées de refroidissement doivent répondre aux besoins du moteur thermique, des composants hybrides et des différents circuits de lubrification, sans compromettre excessivement l’efficacité aérodynamique.
Le plancher représente cependant la principale source d’appui de cette génération. L’air accéléré dans les tunnels situés sous la monoplace crée une dépression qui plaque la voiture au sol. Cette solution permet de produire un appui important, mais rend le comportement particulièrement sensible à la hauteur de caisse, aux mouvements de suspension et aux variations de vitesse.
La MCL36 se distingue également par sa suspension avant à tirants, appelée pull-rod, associée à une suspension arrière à poussoirs, ou push-rod. Cette configuration influence la position des éléments mécaniques à l’intérieur du châssis et permet aux ingénieurs de rechercher un compromis entre aérodynamique, répartition des masses, rigidité et accessibilité mécanique.
À l’avant, les tirants transmettent les mouvements des roues vers les éléments élastiques et les amortisseurs installés dans la structure. Leur disposition participe au dégagement de certaines zones aérodynamiques. À l’arrière, les poussoirs répondent à d’autres contraintes liées à l’implantation de la transmission, du diffuseur et de la carrosserie.
La structure repose sur une monocoque en composite de fibre de carbone, intégrant la cellule de survie du pilote et les dispositifs de sécurité réglementaires. McLaren possède une longue expérience de cette technologie depuis la McLaren MP4/1 de 1981, première Formule 1 à utiliser une monocoque entièrement réalisée en composite de fibre de carbone.
La MCL36 dispose également d’un Halo protégeant le cockpit, de structures absorbant les impacts et d’un aileron arrière équipé du DRS. Ce dispositif permet de réduire temporairement la traînée en ouvrant une partie de l’aileron dans les conditions autorisées par le règlement sportif.
Visuellement, la voiture se reconnaît à son orange papaye dominant, à ses surfaces bleues, à ses pontons sculptés et à son aileron avant caractéristique des monoplaces 2022. Sa décoration évolue ponctuellement durant la saison, notamment lors des Grands Prix de Singapour et du Japon, où McLaren utilise une livrée spéciale baptisée Future Mode, intégrant des accents rose néon.
Fiche technique de la McLaren MCL36
| Caractéristique | McLaren MCL36 (2022) |
|---|---|
| Constructeur | McLaren Racing |
| Catégorie | Formule 1 |
| Année | 2022 |
| Présentation | 11 février 2022 |
| Conception | McLaren Technology Centre, Woking, Royaume-Uni |
| Directeur technique | James Key |
| Châssis | Monocoque composite en fibre de carbone |
| Carrosserie | Composite carbone, aérodynamique à effet de sol |
| Moteur | Mercedes-AMG F1 M13 E Performance |
| Architecture moteur | V6 à 90° turbocompressé |
| Cylindrée | 1 600 cm³ environ |
| Distribution | 24 soupapes |
| Alimentation | Injection directe et turbocompresseur |
| Hybridation | Système ERS avec MGU-K et MGU-H |
| Puissance maximale réglementaire du MGU-K | 120 kW, environ 163 ch |
| Régime maximal réglementaire du moteur | 15 000 tr/min |
| Implantation | Centrale arrière longitudinale |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Séquentielle semi-automatique, 8 rapports avant et marche arrière |
| Commande de boîte | Électrohydraulique, passages de rapports seamless |
| Embrayage | Multidisque carbone |
| Différentiel | À glissement limité |
| Suspension avant | Triangles superposés, tirants pull-rod, barres de torsion et amortisseurs internes |
| Suspension arrière | Triangles superposés, poussoirs push-rod, barres de torsion et amortisseurs internes |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins | Disques carbone-carbone ventilés, étriers à six pistons |
| Freinage arrière | Système brake-by-wire |
| Jantes | BBS en magnésium, 18 pouces |
| Pneumatiques | Pirelli P Zero et Cinturato |
| Largeur maximale réglementaire | 2 000 mm |
| Empattement maximal réglementaire | 3 600 mm |
| Masse de référence annoncée | 795 kg, pilote compris et carburant exclu |
| Carburant | Essence de compétition E10 conforme au règlement FIA 2022 |
| Électronique | McLaren Applied |
| Pilotes | Lando Norris et Daniel Ricciardo |
| Numéros de course | 4 et 3 |
| Grands Prix disputés | 22 |
| Podiums | 1 |
| Points constructeurs | 159 |
| Classement constructeurs | 5e en 2022 |
Un moteur Mercedes hybride au service de la performance
La MCL36 utilise le groupe propulseur Mercedes-AMG F1 M13 E Performance, fourni par Mercedes-AMG High Performance Powertrains, dont les installations se trouvent à Brixworth, au Royaume-Uni. McLaren retrouve ainsi une motorisation Mercedes pour la deuxième saison consécutive après son retour chez le motoriste allemand en 2021.
Le système associe un V6 turbocompressé de 1,6 litre à deux machines électriques. Le MGU-K récupère une partie de l’énergie cinétique au freinage et peut la restituer pour assister le moteur thermique. Le MGU-H intervient sur l’ensemble turbocompresseur, en récupérant ou en fournissant de l’énergie selon les besoins de fonctionnement.
Cette architecture permet d’améliorer le rendement énergétique et de gérer la puissance disponible pendant un tour. Le MGU-K peut délivrer jusqu’à 120 kW, dans la limite des règles de déploiement et de récupération fixées par la FIA. La puissance totale exacte du groupe propulseur installé dans la MCL36 n’a pas été communiquée officiellement.
Le système hybride de Formule 1 fonctionne selon une logique différente de celle d’une voiture routière rechargeable comme la McLaren Artura. La MCL36 ne possède pas de mode de conduite électrique destiné à circuler sur route : la récupération et la restitution d’énergie sont entièrement orientées vers la performance en compétition.
La boîte séquentielle à huit rapports transmet la puissance aux roues arrière. Son intégration est particulièrement importante, car la structure de transmission participe à l’architecture arrière de la monoplace. Les ingénieurs doivent préserver la rigidité mécanique tout en laissant suffisamment d’espace aux écoulements aérodynamiques du diffuseur.
Le freinage constitue un autre domaine essentiel. Les disques carbone-carbone fonctionnent à des températures élevées et nécessitent un refroidissement précisément contrôlé. Le système électronique de freinage arrière permet de coordonner l’action hydraulique et la récupération d’énergie du MGU-K. Les difficultés rencontrées à Bahreïn illustrent l’importance de cet équilibre entre efficacité aérodynamique et contraintes thermiques.
La saison 2022 : un podium à Imola et une cinquième place finale
Après des débuts compliqués à Bahreïn, McLaren progresse au fil des premières courses. En Australie, Lando Norris termine cinquième et Daniel Ricciardo sixième, offrant à l’équipe un résultat collectif encourageant. La voiture montre alors qu’elle peut rivaliser avec les meilleures équipes du milieu de grille lorsque les conditions de piste et les réglages lui conviennent.
Le moment fort de la saison intervient le 24 avril 2022, lors du Grand Prix d’Émilie-Romagne à Imola. Norris profite d’une course solide et des difficultés rencontrées par certains adversaires pour terminer troisième derrière Max Verstappen et Sergio Pérez. Ce podium est le seul obtenu par McLaren durant l’année et confirme la capacité de la MCL36 à saisir les opportunités.
La suite du championnat reste irrégulière. Norris marque régulièrement des points, tandis que Ricciardo éprouve davantage de difficultés à exploiter le comportement de la monoplace. Les différences de résultats entre les deux pilotes deviennent l’un des éléments marquants de la saison McLaren.
À Monaco, Norris termine sixième et réalise le meilleur tour en course en 1 min 14 s 693. Cette performance lui permet de décrocher le point supplémentaire attribué au pilote auteur du meilleur tour lorsqu’il figure parmi les dix premiers à l’arrivée.
McLaren introduit également plusieurs évolutions techniques importantes, notamment au Grand Prix d’Espagne. Elles concernent le plancher, les pontons, les conduits de freins et différents éléments aérodynamiques. L’objectif est d’améliorer l’efficacité de la voiture et de mieux exploiter son potentiel sur des circuits présentant des caractéristiques variées.
Le Grand Prix de Singapour constitue un autre temps fort. Dans des conditions difficiles, Norris termine quatrième et Ricciardo cinquième. Les 22 points obtenus permettent à McLaren de renforcer temporairement sa position dans la lutte contre Alpine pour la quatrième place du championnat des constructeurs.
Cette confrontation se poursuit jusqu’à la fin de la saison. Alpine prend finalement l’avantage avec 173 points, contre 159 pour McLaren. L’écurie britannique termine donc cinquième du championnat, après avoir occupé la quatrième place l’année précédente.
Au classement des pilotes, Norris se classe septième avec 122 points. Ricciardo termine onzième avec 37 points. Le Britannique se distingue par sa régularité et sa capacité à obtenir des résultats solides en qualifications comme en course, alors que l’Australien ne parvient pas à retrouver durablement le niveau de performance qui lui avait permis de remporter le Grand Prix d’Italie 2021.
La MCL36 achève sa carrière en championnat lors du Grand Prix d’Abou Dhabi, le 20 novembre 2022. Norris y termine sixième et Ricciardo neuvième, permettant à McLaren de conclure la saison avec ses deux voitures dans les points.
Évolutions techniques, identité McLaren et succession
La MCL36 connaît plusieurs transformations visibles entre sa présentation et les dernières courses de 2022. Les évolutions du plancher sont particulièrement importantes dans cette génération de Formule 1, car elles influencent directement la production d’appui et la stabilité aérodynamique. McLaren adapte également ses pontons et ses ouvertures de refroidissement pour améliorer le compromis entre performance et fiabilité.
Ces modifications témoignent de la difficulté à développer une voiture dans un environnement réglementaire nouveau. Une évolution aérodynamique ne produit pas nécessairement le même bénéfice sur tous les circuits. La hauteur de caisse, les caractéristiques de l’asphalte, les températures et les charges imposées aux pneumatiques peuvent modifier sensiblement son efficacité.
La saison 2022 est également marquée par un hommage durable à Ayrton Senna. À partir du Grand Prix de Monaco, McLaren fait apparaître le nom du triple champion du monde sur ses monoplaces. Cet hommage rappelle notamment les succès du pilote brésilien avec l’écurie et sa dernière saison chez McLaren au volant de la McLaren MP4/8 en 1993.
La MCL36 s’inscrit dans une histoire sportive riche, dont fait également partie la McLaren MP4/2, championne du monde des constructeurs en 1984 et 1985. Contrairement à cette dernière, la monoplace de 2022 ne remporte aucune victoire, mais elle permet à McLaren d’acquérir une première année complète d’expérience avec les nouvelles voitures à effet de sol.
La succession intervient dès 2023 avec la McLaren MCL60. Cette nouvelle monoplace conserve les principes fondamentaux de la réglementation introduite en 2022, tout en bénéficiant de solutions aérodynamiques et mécaniques retravaillées. Son nom célèbre le soixantième anniversaire de la fondation de McLaren en 1963.
Le passage de la MCL36 à la MCL60 s’accompagne également d’un changement dans l’effectif des pilotes. Daniel Ricciardo quitte McLaren à l’issue de la saison 2022 et Oscar Piastri rejoint Lando Norris pour 2023. La MCL36 demeure ainsi la dernière monoplace de Formule 1 engagée par McLaren avec le duo Norris-Ricciardo.




