Présentée le 16 décembre 2020, la Pagani Huayra Tricolore est une hypercar italienne produite en série limitée à seulement trois exemplaires. Conçue pour célébrer le 60e anniversaire des Frecce Tricolori, la patrouille acrobatique de l’armée de l’air italienne, elle associe un moteur V12 biturbo de 840 ch, une carrosserie en matériaux composites et un design directement inspiré de l’aviation. Affichée à 5,5 millions d’euros hors taxes lors de sa présentation, elle figure parmi les créations les plus exclusives de Pagani.
Cette version découverte ne se distingue pas uniquement par sa décoration tricolore. Elle bénéficie d’une aérodynamique spécifique, d’une prise d’air supérieure redessinée et d’une instrumentation inhabituelle comprenant un véritable anémomètre. Son développement illustre la volonté d’Horacio Pagani d’associer performances mécaniques, construction artisanale et références aéronautiques.
Une série spéciale pour les 60 ans des Frecce Tricolori
La Huayra Tricolore trouve son origine dans une collaboration symbolique entre Pagani Automobili et les Frecce Tricolori, officiellement constituées le 1er mars 1961. Basée à Rivolto, dans le nord de l’Italie, cette formation militaire est connue pour ses démonstrations aériennes et ses figures accompagnées de fumées aux couleurs du drapeau italien.
En 2010, Pagani avait déjà célébré le cinquantième anniversaire de la patrouille avec la Pagani Zonda Tricolore. Dix ans plus tard, le constructeur reprend cette démarche avec une nouvelle création commémorative. Les deux voitures partagent une inspiration esthétique et une production limitée à trois unités, mais reposent sur des générations mécaniques différentes.
La Huayra Tricolore appartient à la famille de la Pagani Huayra, dévoilée en 2011. Elle conserve le principe d’un moteur V12 Mercedes-AMG installé en position centrale arrière et entraînant les roues postérieures. Cependant, sa carrosserie, son aérodynamique et plusieurs composants mécaniques ont été adaptés à cette édition particulière.
Son lancement intervient à la fin de l’année 2020, quelques mois avant les célébrations du soixantième anniversaire de la patrouille en 2021. Cette chronologie explique pourquoi la voiture porte une référence commémorative à 2021 alors que son année de présentation reste 2020.
Chaque exemplaire reçoit une numérotation inspirée de l’organisation des Frecce Tricolori. Le numéro 0 représente le commandant de la formation, le numéro 1 son chef de patrouille et le numéro 10 le pilote soliste. Ces chiffres, visibles sur les supports de l’aileron arrière, constituent une partie intégrante de l’identité de chaque véhicule. Ils ne correspondent donc pas à une numérotation de production classique allant de un à trois.
Un design inspiré des avions de voltige italiens
La silhouette de la Huayra Tricolore reprend les proportions d’une hypercar à moteur central, avec un habitacle avancé, des ailes sculptées et une partie arrière particulièrement développée. Sa carrosserie ouverte s’inscrit dans la continuité de la Pagani Huayra Roadster, présentée en 2017, tout en adoptant des éléments exclusifs.
Sa livrée constitue son signe distinctif le plus immédiatement reconnaissable. Le carbone apparent teinté de bleu foncé évoque les appareils de la patrouille italienne. Des bandes vertes, blanches et rouges parcourent les flancs, tandis que les jantes associent des finitions bleues et argentées. Cette décoration rappelle celle des avions Aermacchi MB-339A P.A.N. utilisés par les Frecce Tricolori à l’époque de la présentation.
La face avant conserve les quatre projecteurs caractéristiques de la famille Huayra, mais reçoit un bouclier retravaillé et une lame aérodynamique plus prononcée. Les ouvertures de refroidissement ont été adaptées pour améliorer la circulation de l’air vers les échangeurs thermiques. Ces modifications répondent à des besoins mécaniques autant qu’esthétiques.
Sur la partie supérieure de la carrosserie, une importante prise d’air centrale apparaît derrière l’habitacle. Son dessin évoque les admissions d’air des avions à réaction. Elle participe également à l’alimentation en air frais du moteur, dont les performances imposent des besoins élevés en refroidissement et en circulation des gaz.
À l’arrière, un imposant aileron fixe repose sur des supports intégrant les numéros commémoratifs. Le diffuseur inférieur et les formes de la carrosserie ont été développés pour mieux gérer les flux aérodynamiques. L’ensemble se distingue nettement des configurations habituelles de la Huayra Roadster.
L’une des particularités les plus étonnantes se trouve sur le capot avant : un tube de Pitot relié à un anémomètre fonctionnel. Ce dispositif, couramment utilisé en aviation, permet de mesurer la vitesse de l’air par rapport au véhicule. Il ne remplace pas le compteur de vitesse routier, car la vitesse de l’air dépend notamment du vent rencontré. Sur une voiture circulant face à un vent important, les deux indications peuvent donc être différentes.
Cette instrumentation illustre une approche particulière du design : l’inspiration aéronautique ne se limite pas à une décoration. Elle se retrouve dans un équipement technique réel, intégré à une automobile destinée à la route.
Un V12 Mercedes-AMG de 840 ch et une transmission spécifique
La Huayra Tricolore utilise un moteur V12 biturbo de 5 980 cm³ développé par Mercedes-AMG pour Pagani. Il délivre 840 ch à 5 900 tr/min et un couple maximal de 1 100 Nm disponible de 2 000 à 5 600 tr/min. Cette plage de couple particulièrement étendue permet au moteur de fournir une force motrice importante sur une grande partie de sa zone d’utilisation.
La puissance est transmise exclusivement aux roues arrière par une boîte robotisée Xtrac à sept rapports. Pagani privilégie cette architecture à simple embrayage plutôt qu’une transmission à double embrayage, notamment pour limiter la masse et préserver une implantation compacte.
Le constructeur annonce un embrayage tridisque allégé de 4 kg par rapport aux précédents ensembles bidisques. Il indique également que sa solution de transmission est environ 35 % plus légère qu’une architecture à double embrayage prise comme référence. Ces chiffres décrivent les comparaisons techniques effectuées lors du développement, et non une différence mesurée avec toutes les transmissions concurrentes.
La structure repose sur une monocoque associant des composites Carbo-Titanium HP62 G2 et Carbo-Triax HP62. Ces matériaux combinent fibres de carbone et architectures de renforcement destinées à obtenir une grande rigidité pour une masse contenue. Des structures tubulaires métalliques complètent l’ensemble à l’avant et à l’arrière.
La suspension indépendante à doubles triangles utilise des composants en aluminium forgé et des amortisseurs à gestion électronique. Le fonctionnement de ces derniers est coordonné avec les dispositifs aérodynamiques actifs afin d’adapter le comportement dynamique aux conditions de conduite.
Le freinage est confié à Brembo, avec des disques carbone-céramique ventilés et des étriers monoblocs. Les roues de 20 pouces à l’avant et 21 pouces à l’arrière reçoivent des pneumatiques Pirelli P Zero Trofeo R, conçus pour offrir une adhérence élevée sur chaussée sèche.
La Tricolore se rapproche par sa philosophie de la Pagani Huayra Roadster BC, autre version découverte particulièrement performante. Les deux voitures possèdent un V12 biturbo et une transmission robotisée, mais leurs puissances, leurs réglages et leurs éléments aérodynamiques ne sont pas identiques. La Tricolore constitue une configuration technique spécifique plutôt qu’une simple Roadster BC dotée d’une décoration commémorative.
Fiche technique de la Pagani Huayra Tricolore
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Constructeur | Pagani Automobili |
| Modèle | Huayra Tricolore |
| Année de présentation | 2020 |
| Production annoncée | 3 exemplaires |
| Carrosserie | Roadster biplace |
| Motorisation | Mercedes-AMG V12 biturbo à 60° |
| Cylindrée | 5 980 cm³ |
| Distribution | 36 soupapes |
| Puissance maximale | 840 ch (618 kW) à 5 900 tr/min |
| Couple maximal | 1 100 Nm de 2 000 à 5 600 tr/min |
| Position du moteur | Centrale arrière longitudinale |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Xtrac robotisée à 7 rapports |
| Différentiel | Électromécanique |
| Châssis | Monocoque Carbo-Titanium HP62 G2 et Carbo-Triax HP62 |
| Structures complémentaires | Berceaux tubulaires en acier |
| Suspensions | Doubles triangles indépendants en aluminium forgé |
| Amortisseurs | À gestion électronique |
| Direction | À assistance hydraulique |
| Freins avant | Disques carbone-céramique Brembo 398 × 36 mm, étriers 6 pistons |
| Freins arrière | Disques carbone-céramique Brembo 380 × 34 mm, étriers 4 pistons |
| Jantes avant | 20 pouces, aluminium forgé |
| Jantes arrière | 21 pouces, aluminium forgé |
| Pneumatiques avant | Pirelli P Zero Trofeo R 265/30 R20 |
| Pneumatiques arrière | Pirelli P Zero Trofeo R 355/25 R21 |
| Poids à sec | 1 270 kg |
| Rapport poids/puissance à sec | Environ 1,51 kg/ch |
| Instrumentation spécifique | Tube de Pitot et anémomètre |
| Prix de lancement | 5 500 000 € hors taxes |
| Lieu de fabrication | San Cesario sul Panaro, Italie |
Performances et comportement : ce que révèlent les chiffres
Avec 840 ch pour 1 270 kg à sec, la Huayra Tricolore affiche un rapport poids/puissance théorique d’environ 661 ch par tonne. Ce résultat la place parmi les automobiles de route les plus performantes de son époque sur ce critère. Il faut toutefois distinguer le poids à sec de la masse réellement déplacée lorsque la voiture contient ses fluides, son carburant et ses occupants.
Le rapport poids/puissance donne une indication du potentiel d’accélération, mais ne suffit pas à établir un temps de passage de 0 à 100 km/h. Sur une propulsion aussi puissante, les performances au démarrage dépendent notamment de l’adhérence des pneumatiques, de la gestion électronique du couple et des rapports de boîte. Pagani n’a pas publié de mesure officielle de référence permettant d’attribuer un chronomètre précis à cette version.
La répartition des dimensions des pneumatiques illustre les contraintes mécaniques de la voiture. Les enveloppes arrière de 355 mm de largeur nominale offrent une surface de contact adaptée à la transmission d’un couple très élevé, tandis que les pneus avant de 265 mm participent au guidage et à la précision directionnelle.
Le choix des P Zero Trofeo R traduit également une orientation vers les performances sur chaussée sèche. Ces pneumatiques sportifs demandent davantage d’attention lorsque la température baisse ou que la route est fortement mouillée. Leur présence ne signifie pas que la Huayra Tricolore soit une voiture de compétition : elle demeure une hypercar routière, avec des contraintes d’utilisation différentes de celles d’un prototype réservé aux circuits.
Les freins carbone-céramique répondent à un autre impératif : absorber une énergie importante lors des ralentissements répétés à grande vitesse, tout en limitant la masse des composants. Leur fonctionnement et leur entretien diffèrent de ceux des disques conventionnels, notamment en matière de température et de coût de remplacement.
L’aérodynamique joue enfin un rôle déterminant. Le bouclier avant, le diffuseur arrière et l’aileron fixe cherchent à améliorer la stabilité lorsque la vitesse augmente. Les dispositifs actifs et l’amortissement piloté permettent d’adapter certains paramètres dynamiques. Il serait cependant incorrect d’attribuer à la Tricolore les valeurs d’appui aérodynamique ou de vitesse maximale publiées pour d’autres Huayra.
Habitacle, fabrication et exclusivité
L’habitacle reprend l’univers artisanal de Pagani, caractérisé par des pièces métalliques usinées, du carbone apparent et une instrumentation détaillée. Sur la Tricolore, les couleurs dominantes sont le blanc et le bleu, avec des touches vertes, blanches et rouges rappelant le drapeau italien.
Les sièges présentent une sellerie spécifique et des appuie-tête portant les emblèmes des Frecce Tricolori. Les harnais, les surpiqûres et plusieurs éléments décoratifs prolongent cette identité. Les composants en aluminium anodisé bleu participent à l’harmonie avec la carrosserie extérieure.
L’anémomètre occupe une place particulière dans cette présentation. Alors que les instruments automobiles habituels renseignent sur le régime moteur, la vitesse routière ou les températures mécaniques, cet équipement affiche une information issue de l’aéronautique. Il constitue ainsi un lien direct entre le poste de conduite et l’inspiration de la voiture.
La fabrication à San Cesario sul Panaro fait appel aux techniques de construction composite et d’assemblage artisanal développées par Pagani. La faible production permet une attention particulière portée aux finitions, aux ajustements de carrosserie et aux composants propres à cette édition.
Le tarif annoncé de 5,5 millions d’euros hors taxes correspond au prix de base communiqué lors de la présentation. À titre de simple calcul, l’application d’une TVA française de 20 % porterait ce montant à 6,6 millions d’euros, sans tenir compte d’éventuelles personnalisations ni des autres frais liés à l’acquisition. Il ne s’agit pas d’un prix officiel français toutes taxes comprises.
La limitation à trois exemplaires distingue radicalement la Tricolore des versions régulières de la gamme. Sa rareté est établie par le programme de production annoncé, mais elle ne suffit pas à déterminer une valeur de collection actuelle. Un prix de transaction dépend notamment de l’historique du véhicule, de son état, de son kilométrage et des conditions particulières de vente.
La place de la Tricolore dans l’histoire de Pagani
La Huayra Tricolore apparaît à une période où Pagani multiplie les interprétations spécialisées de son hypercar. Après la Huayra originelle, la Pagani Huayra BC de 2016 avait notamment renforcé l’orientation vers la légèreté et les performances. La Tricolore reprend cette recherche technique tout en privilégiant un thème commémoratif clairement identifié.
Elle ne doit pas être confondue avec la Pagani Huayra R, dévoilée en 2021. Cette dernière est destinée à un usage sur circuit et reçoit un V12 atmosphérique, contrairement au moteur biturbo de la Tricolore. Les deux modèles illustrent des orientations différentes du développement de la famille Huayra.
La présentation de la Pagani Utopia en 2022 marque ensuite l’arrivée d’une nouvelle famille d’hypercars dans le catalogue du constructeur. Elle succède à la génération Huayra dans l’évolution générale de la marque, sans constituer une remplaçante directe de la Tricolore, dont la production était limitée dès l’origine à trois exemplaires commémoratifs.
