Simca-Fiat 11 CV

Simca-Fiat 11 CV

La Simca-Fiat 11 CV apparaît en France en 1934, à un moment décisif de l’histoire de Simca. Grande berline dérivée de la Fiat 518 Ardita italienne, elle est d’abord produite dans le cadre de la SAFAF, la Société Anonyme pour la Fabrication en France des Automobiles Fiat. Avec son moteur quatre cylindres de 1 944 cm3 et son empattement de 3 mètres, elle occupe le haut de la gamme française, au-dessus de la Simca-Fiat 6 CV, plus compacte et moins puissante.

Sa carrière est brève, de 1934 à 1937, mais elle accompagne la transformation de l’activité française de Fiat en véritable constructeur national. Son identité évolue en conséquence : Fiat française à ses débuts, elle adopte progressivement l’appellation Simca-Fiat après la création de Simca. Cette transition explique pourquoi une même automobile peut être désignée sous plusieurs noms dans les documents d’époque.

De la Fiat 518 Ardita à la 11 CV française

La 11 CV trouve son origine dans la Fiat 518 Ardita, lancée en Italie en 1933. Fiat dispose alors en France de la SAFAF, dirigée par Henri Théodore Pigozzi. L’objectif ne consiste plus seulement à importer des automobiles italiennes : face notamment aux contraintes douanières, l’entreprise développe une fabrication française de modèles issus de la gamme Fiat.

La 11 CV est réceptionnée par le service des Mines le 11 juin 1934, avec le châssis numéro 20011. Elle apparaît commercialement autour du Salon de Paris de 1934, où la gamme française la présente notamment sous l’appellation « 2 Litres ». La voiture appartient donc bien à l’histoire industrielle française de Fiat, même si sa conception dérive directement d’un modèle turinois.

Cette distinction est importante. La Simca-Fiat 11 CV ne doit pas être assimilée sans réserve à n’importe quelle Fiat 518. La famille italienne comprend plusieurs variantes, tandis que la voiture française reçoit progressivement ses propres équipements et références. Les caractéristiques d’une 518 italienne ne peuvent donc pas être transposées automatiquement à une 11 CV construite en France.

En novembre 1934 est créée la Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile, plus connue sous le nom de Simca. La reprise de l’ancienne usine Donnet de Nanterre donne à la nouvelle entreprise un outil industriel majeur. En 1935, l’identité Simca devient visible sur les automobiles : le nom apparaît notamment en diagonale sur l’insigne Fiat. Cette période donnera également naissance à des modèles plus petits, dont la Simca 5, étroitement liée à la stratégie française de Fiat.

Une grande routière au sommet de la gamme

La 11 CV se distingue nettement des petites Simca-Fiat par ses proportions. Son empattement atteint 3 mètres et la berline pèse environ 1 250 kg à vide. Sa construction reste classique pour le début des années 1930 : moteur longitudinal avant, propulsion, châssis séparé, essieux rigides et ressorts à lames semi-elliptiques.

Le quatre cylindres à soupapes latérales affiche 1 944 cm3, avec un alésage de 82 mm et une course de 92 mm. La première configuration développe environ 45 ch à 3 600 tr/min. Une évolution équipée notamment d’une culasse en aluminium atteint 54 ch à 3 800 tr/min. Cette différence explique une partie des valeurs contradictoires parfois attribuées au modèle : la puissance de 54 ch ne correspond pas à toutes les 11 CV produites.

La transmission fait appel à une boîte mécanique à quatre rapports, avec troisième et quatrième vitesses synchronisées. Le freinage hydraulique sur quatre tambours constitue un équipement notable pour cette catégorie et cette époque. Les voitures françaises sont également associées à une alimentation Solex, alors que certaines descriptions de la Fiat 518 italienne mentionnent des équipements différents.

Les performances évoluent avec la puissance. Les premières versions sont données pour environ 110 km/h, tandis que les voitures les plus puissantes peuvent atteindre approximativement 120 km/h. Un essai publié par La Vie Automobile en septembre 1935 avait relevé une consommation de 8,63 l/100 km sur un parcours de 172 km. Il s’agit d’une mesure réalisée dans les conditions de cet essai et non d’une consommation normalisée comparable aux chiffres automobiles modernes.

Fiche technique de la Simca-Fiat 11 CV

CaractéristiqueSimca-Fiat 11 CV
Production1934 à 1937
CarrosseriesBerline 4 portes, cabriolet 2 portes, berline 7 places documentée à diffusion très limitée
Architecture moteur4 cylindres en ligne essence, soupapes latérales
Cylindrée1 944 cm3
Alésage x course82 x 92 mm
Vilebrequin3 paliers
AlimentationCarburateur Solex sur les versions françaises documentées
Puissance45 ch à 3 600 tr/min, puis 54 ch à 3 800 tr/min selon évolution
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports, 3e et 4e synchronisées
EmbrayageMonodisque à sec
StructureChâssis séparé à longerons
Suspension avantEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques, amortisseurs hydrauliques à leviers
Suspension arrièrePont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques, amortisseurs hydrauliques à leviers
Freins4 tambours à commande hydraulique Lockheed
Pneumatiques5,25 x 17 puis 5,50 x 17 selon évolution
LongueurEnviron 4 335 mm
LargeurEnviron 1 670 mm
HauteurEnviron 1 680 mm
Empattement3 000 mm
Voie avant1 410 mm
Voie arrière1 430 mm
Poids à videEnviron 1 250 kg pour la berline 5 places
Vitesse maximaleEnviron 110 à 120 km/h selon version
Puissance fiscale11 CV
Installation électrique12 V

Des évolutions visibles entre 1934 et 1937

Les premières 11 CV conservent une présentation très typique du début des années 1930, avec une calandre verticale, des ailes séparées et des roues à rayons. Dès 1935, les jantes à voile ajouré participent à l’évolution de son apparence. L’identification d’un exemplaire demande néanmoins de tenir compte à la fois du millésime, de la carrosserie et de son niveau d’équipement.

Le millésime 1936 apporte les changements les plus significatifs. La berline Grand Luxe reçoit une carrosserie modernisée, avec des ailes et des pare-chocs remaniés. Une véritable malle ouvrante apparaît à l’arrière et accueille la roue de secours. Cette évolution accompagne la montée de la puissance à 54 ch sur les versions concernées. Le cabriolet bénéficie lui aussi d’une modernisation.

La gamme comprend principalement une berline cinq places et un cabriolet. Une berline sept places figure également dans la documentation commerciale et dans des recensements d’exemplaires. Sa diffusion semble avoir été extrêmement faible, ce qui invite à ne pas la présenter comme une variante de grande série.

Pour 1937, les modifications sont plus discrètes. Les voitures reçoivent notamment des phares à verre convexe et des pare-chocs dotés de sabots en caoutchouc. La 11 CV arrive alors au terme de sa carrière et ne figure plus dans la gamme 1938, tandis que Simca concentre davantage ses efforts sur des automobiles de dimensions inférieures. La Simca 8 illustrera bientôt ce renouvellement de l’offre.

Production et rareté de la Simca-Fiat 11 CV

La production totale est généralement estimée à environ 2 200 voitures. Ce chiffre correspond assez bien aux séries de châssis connues, qui débutent autour du numéro 20001 et atteignent approximativement 22200 en 1937. Il ne peut toutefois pas être considéré comme un total d’usine définitivement établi, les archives de production disponibles étant incomplètes.

Les séries connues permettent de situer approximativement les voitures : 20001 à 20467 pour 1934, 20468 à 20990 pour 1935, 20991 à environ 21610 pour 1936 et 21611 à 22200 pour 1937. De légères divergences existent entre les relevés historiques. Le numéro de châssis est frappé sur le longeron droit. Sur les exemplaires français recensés, le numéro du moteur est normalement inférieur de 10 000 unités à celui du châssis, un détail précieux pour examiner l’authenticité mécanique d’une voiture survivante.

Les tarifs montrent la position élevée du modèle. En avril 1936, la berline cinq places est affichée à 29 900 francs et le cabriolet à 31 000 francs, contre 19 800 francs pour le châssis nu. La berline sept places apparaît à 33 500 francs. Ces montants varient naturellement au cours de la carrière et suivant la carrosserie.

La 11 CV est aujourd’hui une automobile rare. Un recensement du Club Simca France ne comptait que 28 exemplaires connus en 2007. Ce nombre ancien ne constitue pas un inventaire actuel de toutes les survivantes, mais il illustre la faible représentation du modèle parmi les Simca de collection.

Une Simca encore profondément liée à Fiat

La 11 CV appartient à une période particulière où la frontière entre Fiat française et Simca est encore en construction. Sa base technique est italienne, tandis que sa fabrication, certains de ses équipements et son identité commerciale deviennent français. Elle permet ainsi de comprendre comment Simca s’est constituée à partir de l’organisation industrielle mise en place par Fiat et Pigozzi plutôt que par l’apparition soudaine d’une gamme entièrement nouvelle.

Cette filiation explique aussi pourquoi il serait trompeur de considérer la 11 CV comme l’ancêtre direct de toutes les grandes Simca ultérieures. Après 1937, aucun modèle ne lui succède immédiatement selon une continuité comparable à celle d’une génération automobile moderne. La marque privilégie alors des voitures plus compactes et destinées à une clientèle plus large.

Il faudra attendre bien plus tard pour que Simca revienne franchement sur le terrain des grandes berlines avec la Simca Vedette. Cette dernière, lancée dans un tout autre contexte industriel, ne constitue pas le successeur direct de la 11 CV. Le rapprochement sert surtout à mesurer la singularité de cette grande Simca-Fiat de l’avant-guerre, produite pendant seulement quelques années au moment précis où Simca acquiert son identité propre.

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