Simca 6

Simca 6

Présentée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1947, la Simca 6 est une petite voiture française conçue pour prolonger la formule économique qui avait fait le succès de la Simca 5. Elle en conserve les dimensions réduites et le moteur de 569 cm³, mais bénéficie d’une carrosserie modernisée, d’une mécanique plus performante et de plusieurs évolutions de châssis. Sa réception par le service des Mines intervient en mai 1948 et les premières livraisons sont signalées à partir de septembre de la même année.

Cette chronologie explique pourquoi la Simca 6 est parfois présentée comme un modèle de 1947 et parfois comme une automobile produite à partir de 1948. L’année 1947 correspond bien à sa première apparition publique, tandis que sa carrière commerciale débute réellement l’année suivante. Très courte, elle s’achève dès 1950 après une production généralement établie à 16 508 exemplaires.

Une petite Simca née dans l’après-guerre

La Simca 6 apparaît dans une période particulière pour l’industrie automobile française. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les matières premières restent contraintes et le marché demande des voitures simples, légères et peu coûteuses à utiliser. Simca dispose alors d’une base particulièrement adaptée avec la Simca 5, mais celle-ci est issue d’une conception remontant au milieu des années 1930. La marque doit donc moderniser sa petite voiture sans renoncer à l’économie qui constitue son principal argument.

Les origines techniques de cette famille sont indissociables de Fiat. Avant-guerre, Simca fabrique en France des automobiles étroitement dérivées des modèles italiens, et la Simca 5 est apparentée à la Fiat 500 Topolino. La Simca 6 poursuit cette filiation, notamment par son moteur de 569 cm³, mais son développement témoigne d’une autonomie croissante du bureau d’études de Nanterre.

Cette nuance est importante pour comprendre sa relation avec la Fiat 500 C. La Simca 6 ne doit pas être simplement décrite comme une 500 C construite sous licence en France. Le modèle français est dévoilé dès octobre 1947, avant l’apparition de la 500 C, et Simca réalise à Nanterre un travail spécifique sur sa carrosserie et son châssis. Les deux automobiles restent très proches par leurs origines et leur architecture, mais leur chronologie interdit de réduire la Simca à une copie tardive du modèle italien.

Son nom peut également provoquer une confusion avec la Simca-Fiat 6 CV d’avant-guerre. Malgré la présence du chiffre 6 dans les deux appellations, il s’agit de modèles différents. La Simca 6 de 1947 est une petite 3 CV fiscaux à moteur de 569 cm³, tandis que la Simca-Fiat 6 CV appartient à une autre famille et reçoit une mécanique de cylindrée nettement supérieure.

Une évolution profonde de la Simca 5

La continuité avec la Simca 5 est particulièrement visible dans les proportions générales. L’empattement reste fixé à 2 mètres et la Simca 6 demeure une automobile extrêmement compacte. Le travail réalisé à Nanterre transforme cependant son apparence. La partie arrière du châssis est allongée et la carrosserie adopte des formes plus modernes, avec une face avant qui s’éloigne nettement du dessin de sa devancière.

La calandre devient large et basse, avec davantage d’éléments chromés, tandis que les projecteurs prennent place dans des ailes avant plus enveloppantes. Cette présentation donne à la voiture un aspect plus contemporain à la fin des années 1940, parfois qualifié d’inspiration américaine. À l’arrière, l’allongement permet d’améliorer l’espace disponible, même si les dimensions minuscules de la voiture et l’implantation de ses organes limitent naturellement sa capacité à transporter des bagages.

La carrosserie de tourisme reste fidèle à la vocation minimaliste du modèle avec deux portes et deux places. La grande partie découvrable du pavillon constitue l’un de ses signes caractéristiques. Une fourgonnette tôlée complète également la gamme avec une charge utile annoncée de 250 kg, permettant à cette mécanique économique de servir aux petits professionnels et aux livraisons urbaines.

La transformation la plus importante se trouve néanmoins sous le capot. Le quatre cylindres de 569 cm³ adopte des soupapes en tête et développe 16,5 ch à 4 400 tr/min dans la documentation technique d’époque, valeur parfois arrondie à 17 ch. L’augmentation reste modeste en valeur absolue, mais elle est significative face aux quelque 13 ch de la Simca 5. La vitesse maximale se situe ainsi autour de 90 à 95 km/h suivant les données publiées.

Fiche technique de la Simca 6

CaractéristiqueSimca 6
Type600
PrésentationSalon de Paris, octobre 1947
Production commerciale1948 à 1950
CarrosseriesDeux portes découvrable, deux places ; fourgonnette tôlée
Moteur4 cylindres en ligne essence
Cylindrée569 cm³
Alésage x course52 x 67 mm
DistributionSoupapes en tête commandées par culbuteurs
Puissance16,5 ch à 4 400 tr/min, parfois donnée pour 17 ch par arrondi
Puissance fiscale3 CV
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports et marche arrière
Couple conique8 x 39 sur tourisme ; 8 x 41 sur utilitaire
Suspension avantRessort à lames transversal
Suspension arrièreDeux ressorts à lames semi-elliptiques
AmortisseursHydrauliques aux quatre roues
DirectionÀ vis sans fin et pignon hélicoïdal
FreinsCommande hydraulique, tambours aux quatre roues
LongueurEnviron 3 215 mm
LargeurEnviron 1 275 mm
HauteurEnviron 1 377 mm
Empattement2 000 mm
PoidsEnviron 560 kg ; certaines données indiquent 575 kg
Vitesse maximaleEnviron 90 à 95 km/h suivant les sources
Charge utile de la fourgonnette250 kg
Production totale16 508 exemplaires, chiffre généralement admis
Site de productionNanterre, France

Une mécanique simple mais modernisée

La Simca 6 conserve une architecture conventionnelle avec moteur longitudinal à l’avant et roues arrière motrices. La boîte manuelle compte quatre rapports avant. L’ensemble reste volontairement simple et léger, en accord avec une voiture dont le poids tourne autour de 560 kg. Les évolutions apportées au moteur permettent surtout d’exploiter plus efficacement la petite cylindrée sans remettre en cause cette philosophie.

Le châssis reprend les principes de celui de la Simca 5 tout en recevant une partie arrière modifiée. La suspension avant utilise un ressort à lames transversal, alors que l’arrière repose sur deux ressorts semi-elliptiques. Des amortisseurs hydrauliques équipent les quatre roues. Le freinage est hydraulique et agit sur quatre tambours, une solution cohérente avec les performances et le poids de la voiture.

Simca exploite naturellement la sobriété comme argument commercial. Une démonstration restée associée au modèle consiste à parcourir 108,052 km avec cinq litres d’essence sous contrôle d’huissier, soit l’équivalent calculé de 4,62 l/100 km. Ce chiffre correspond à une opération promotionnelle réalisée avec une voiture préparée et réglée pour l’exercice : il ne constitue donc pas une consommation normalisée représentative de tous les usages.

Une carrière commerciale très courte

La Simca 6 arrive réellement sur le marché en 1948, malgré sa présentation l’année précédente. La montée en cadence intervient surtout en 1949. Les données historiques disponibles indiquent environ 200 voitures pour 1948, un peu plus de 10 000 en 1949 et un peu plus de 5 000 en 1950. Le total de 16 508 exemplaires est généralement retenu, même si le classement de quelques véhicules de présérie entre 1947 et 1948 explique des différences de détail entre les décomptes.

Cette production limitée contraste avec la place que Simca va rapidement prendre sur le marché français. La Simca 6 reste une automobile de transition, commercialisée parallèlement à des modèles plus importants comme la Simca 8. Sa carrière s’arrête dès 1950, sans qu’une remplaçante directe de même format lui succède immédiatement.

La stratégie du constructeur change en effet au tournant des années 1950. Simca prépare une automobile beaucoup plus ambitieuse et adaptée à un marché français qui évolue rapidement : la Simca 9 Aronde. Avec elle, la marque s’éloigne de ses modèles directement issus de la coopération technique avec Fiat et affirme davantage sa propre identité industrielle.

Il faudra attendre 1961 pour que Simca revienne avec force vers une automobile populaire particulièrement compacte grâce à la Simca 1000. Celle-ci ne constitue pas le successeur direct de la Simca 6 : onze années les séparent et leur conception diffère profondément. Leur rapprochement permet plutôt de mesurer l’évolution de la petite voiture populaire, de la minuscule deux-places à moteur avant de l’immédiat après-guerre à une véritable quatre-places à moteur arrière destinée à une diffusion de masse.

La Simca 6 aux 24 Heures du Mans

Malgré sa vocation économique et sa puissance très réduite, la Simca 6 possède aussi une page en compétition. Une voiture de l’Écurie Verte prend le départ des 24 Heures du Mans 1949 avec Emmanuel Baboin et Pierre Gay. Engagée avec son moteur Simca de 569 cm³ dans la catégorie des 501 à 750 cm³, elle porte le numéro 60.

La petite Simca termine l’épreuve, ce qui représente déjà une performance notable pour une mécanique de cette catégorie. Elle couvre 156 tours, soit environ 2 111 km, à une moyenne proche de 88 km/h. Baboin et Gay se classent 18es au classement général et deuxièmes de leur catégorie. Ce résultat illustre moins une quelconque ambition sportive de la Simca 6 qu’une qualité essentielle recherchée sur ce type de voiture : maintenir durablement une mécanique de très faible cylindrée à un rythme élevé.

Cette participation mancelle contraste avec la discrétion de la carrière commerciale du modèle. Produite pendant seulement quelques années à Nanterre, la Simca 6 se situe à un moment précis de l’histoire de la marque : encore profondément liée à l’héritage technique Fiat, mais déjà suffisamment transformée en France pour annoncer l’autonomie croissante du constructeur au début des années 1950.