Présentée au Salon de Paris en octobre 1937, la Simca 8 est l’une des automobiles qui installent durablement la jeune marque de Nanterre sur le marché français. Cette familiale à propulsion naît encore sous une forte influence de Fiat, mais elle accompagne progressivement l’affirmation de Simca comme constructeur à part entière. Produite jusqu’en 1951, malgré l’interruption et les restrictions liées à la Seconde Guerre mondiale, elle évolue d’un moteur de 1 089,5 cm³ à un 1 221,45 cm³ et précède directement l’arrivée de l’Aronde.
Une Simca française aux origines Fiat
À la fin des années 1930, Simca est encore étroitement liée au constructeur turinois. La Simca 8 dérive ainsi de la Fiat 508 C, également connue dans la famille de la Fiat 1100. Elle est fabriquée en France, dans l’usine de Nanterre dirigée par Henri-Théodore Pigozzi, et adaptée à la gamme commerciale de Simca.
Le nouveau modèle succède à la Simca-Fiat 6 CV dans cette catégorie. Sa conception apparaît moderne pour une automobile française de milieu de gamme de la fin des années 1930 : moteur quatre cylindres à soupapes en tête, boîte à quatre rapports, roues avant indépendantes et freins à commande hydraulique. La propulsion reste classique, avec moteur longitudinal à l’avant et pont arrière rigide.
La première apparition publique intervient au Salon de Paris d’octobre 1937. C’est cette date qui marque le lancement du modèle, même si 1938 est parfois retenue comme première année commerciale ou première année pleine de fabrication. Dès ses débuts, la Simca 8 est proposée autour d’une berline quatre portes, bientôt complétée par d’autres carrosseries, notamment cabriolet et coupé.
De la Simca 8 1100 à la 1200
La première Simca 8 reçoit un quatre cylindres de 1 089,5 cm³, obtenu avec un alésage de 68 mm et une course de 75 mm. La puissance généralement documentée est de 32 ch à 4 000 tr/min, même si certaines fiches d’époque ou consacrées à des carrosseries particulières indiquent 35 ch. Avec une masse d’environ 850 à 860 kg suivant la version, la voiture peut dépasser 110 km/h, une vitesse notable dans sa catégorie avant la guerre.
Le conflit bouleverse rapidement cette carrière. Après une production encore significative au début des années 1940, les volumes deviennent extrêmement faibles pendant les dernières années de guerre. L’activité reprend véritablement après 1945. Simca fait alors évoluer sa voiture plutôt que de la remplacer immédiatement : jantes et enjoliveurs changent, une berline découvrable rejoint notamment l’offre et la suspension avant reçoit des modifications en 1948.
Une évolution esthétique plus importante intervient à la fin de la décennie. La carrosserie reçoit notamment un capot, une calandre et une partie arrière remaniés. Surtout, le Salon de 1949 voit apparaître le moteur de 1 221,45 cm³ qui caractérise la Simca 8 1200. L’alésage passe à 72 mm tandis que la course reste de 75 mm. Avec environ 40 ch à 4 400 tr/min, cette version atteint approximativement 115 km/h.
Cette évolution ne doit pas être confondue avec la Simca Sport. Les coupés et cabriolets sportifs qui apparaissent à la charnière des années 1940 et 1950 utilisent une mécanique apparentée, mais disposent d’une carrosserie basse spécifique et d’un moteur plus puissant. Leurs performances et leurs caractéristiques ne sont donc pas celles d’une Simca 8 1100 ou 1200 de tourisme.
Fiche technique de la Simca 8
| Caractéristique | Simca 8 1100 | Simca 8 1200 |
|---|---|---|
| Période | À partir de 1937 | À partir du Salon 1949 |
| Moteur | 4 cylindres en ligne essence, soupapes en tête | 4 cylindres en ligne essence, soupapes en tête |
| Implantation | Longitudinale avant | Longitudinale avant |
| Cylindrée | 1 089,5 cm³ | 1 221,45 cm³ |
| Alésage x course | 68 x 75 mm | 72 x 75 mm |
| Puissance | 32 ch à 4 000 tr/min, 35 ch documentés pour certaines versions | 40 ch à 4 400 tr/min, parfois indiqués à 41 ch |
| Rapport volumétrique | 6,3:1 sur une version 1100 documentée | 6,5:1 |
| Alimentation | Carburateur inversé | Carburateur |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports et marche arrière | Manuelle à 4 rapports et marche arrière |
| Embrayage | Monodisque à sec | Monodisque à sec |
| Structure | Caisse en acier montée sur châssis | Caisse en acier montée sur châssis |
| Suspension avant | Roues indépendantes, amortisseurs hydrauliques | Roues indépendantes |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts semi-elliptiques longitudinaux | Essieu rigide, ressorts semi-elliptiques longitudinaux |
| Freins | 4 tambours à commande hydraulique | 4 tambours à commande hydraulique |
| Direction | Mécanique | Mécanique |
| Empattement | 2 420 mm | 2 420 mm |
| Longueur | Environ 4,00 à 4,03 m selon carrosserie | Variable selon carrosserie et millésime |
| Largeur | Environ 1,48 à 1,49 m selon carrosserie | Variable selon carrosserie et millésime |
| Hauteur | Environ 1,53 m pour la berline documentée | Variable selon carrosserie |
| Voies | Environ 1,23 m avant et 1,22 à 1,23 m arrière | Variable selon version |
| Poids | Environ 850 à 860 kg selon carrosserie documentée | Environ 890 kg selon certaines configurations |
| Vitesse maximale | Environ 110 km/h | Environ 115 km/h |
| Réservoir | 32 litres sur une configuration 1100 documentée | Variable selon documentation |
| Roues et pneus | Dimensions variables selon carrosserie et millésime, notamment 5,00 x 15 et 5,25 x 15 | Variables selon version |
Une silhouette qui évolue avec l’après-guerre
Les premières Simca 8 restent visuellement très proches de leur cousine italienne. La silhouette est encore typique de l’avant-guerre, avec ailes nettement séparées de la caisse, calandre verticale et projecteurs indépendants. Sur la berline, l’ouverture des quatre portes facilite l’accès à l’habitacle. L’identité Simca s’affirme progressivement par les emblèmes et par la disparition de la mention rappelant la licence Fiat.
La gamme ne se limite pas à une seule carrosserie. Berline et cabriolet sont accompagnés d’un coupé à partir du millésime 1939, tandis que l’après-guerre apporte notamment une découvrable et des déclinaisons à vocation plus utilitaire. Certaines carrosseries spéciales, dont des variantes à habillage bois, rendent la famille Simca 8 beaucoup plus diverse que ne le laisse penser la seule berline.
Les modèles tardifs sont les plus faciles à différencier des premières 1100. Les modifications de 1949 et l’arrivée de la 1200 donnent à la voiture une calandre plus bombée, un avant remanié et une partie arrière modernisée avec un coffre davantage intégré à la silhouette. L’instrumentation évolue également, les cadrans quittant notamment la position centrale pour se rapprocher directement du conducteur.
Endurance et compétition avec Amédée Gordini
La Simca 8 acquiert très tôt une réputation qui dépasse son rôle de familiale. Au printemps 1938, une opération menée sous contrôle de l’Automobile Club de France lui fait parcourir successivement de longues distances sur circuit, sur route et dans Paris. Sur la piste de Montlhéry, la voiture couvre 10 000 km à plus de 115 km/h de moyenne, avec une consommation annoncée de 7,89 l/100 km. Les parcours routiers réalisés dans la même opération mettent surtout en avant l’endurance et la sobriété de la mécanique.
Amédée Gordini exploite également le potentiel du quatre cylindres en compétition. En 1938, il remporte le Bol d’Or au volant d’une Simca 8 préparée. La même année, plusieurs Simca 8 participent aux 24 Heures du Mans. En 1939, Gordini et José Scaron terminent dixièmes au classement général du Mans et remportent leur catégorie de cylindrée, tandis qu’un autre équipage Simca se classe deuxième de cette même classe.
Ces voitures de course ne doivent toutefois pas servir de référence pour les performances du modèle routier. Les Simca-Gordini évoluent profondément au fil de leur carrière, avec des moteurs préparés et, pour certains exemplaires, des carrosseries ou structures très éloignées de la voiture de série. Leur succès reste néanmoins déterminant dans la construction de l’image sportive de Simca avant et après la guerre.
Production et remplacement par l’Aronde
Le volume total de fabrication fait l’objet d’une petite divergence entre les sources historiques. Un décompte annuel détaillé aboutit à 112 363 exemplaires, tandis que d’autres références donnent 112 390 ou 113 165 voitures. La différence est suffisamment faible pour situer sans ambiguïté la production totale autour de 112 000 à 113 000 unités, toutes périodes et carrosseries concernées.
La répartition annuelle illustre surtout le parcours atypique du modèle. Lancée juste avant la guerre, la Simca 8 voit sa production tomber à quelques centaines puis quelques dizaines d’exemplaires certaines années. Elle connaît ensuite une véritable seconde carrière : les volumes remontent rapidement après 1945 et culminent autour de 26 000 voitures en 1950, alors que la 1200 modernisée est au catalogue.
En 1951, Simca dispose cependant d’une remplaçante conçue pour une nouvelle époque. La Simca 9 Aronde prend progressivement le relais et marque une étape décisive dans l’émancipation industrielle de la marque vis-à-vis des modèles Fiat produits sous licence. La famille Simca Aronde poursuivra cette évolution pendant les années 1950, tandis que la production de la Simca 8 s’achève après quatorze années traversant deux périodes très différentes de l’industrie automobile française.




