Renault Type A

Renault Type A

La Renault Type A est la voiture qui marque les débuts de Renault comme constructeur automobile. Conçue par Louis Renault à la fin de 1898 à Billancourt, cette petite voiturette biplace se distingue moins par sa puissance que par son architecture mécanique. Elle adopte un moteur placé à l’avant, entraîne les roues arrière par arbre et utilise une boîte à trois rapports dont le dernier fonctionne en prise directe. À une époque où chaînes et courroies sont encore très répandues, cette solution constitue l’un des traits fondateurs de la première Renault.

La chronologie exige toutefois une distinction importante. Le prototype construit en 1898 n’est pas strictement identique aux voitures commercialisées en 1899. Le premier aurait utilisé un monocylindre De Dion-Bouton d’environ 198 cm³, tandis que la Type A de production est associée à un moteur de 273 cm³ développant environ 1,75 ch. Cette différence explique une partie des chiffres contradictoires que l’on rencontre lorsqu’un même nom sert à désigner indistinctement le prototype et les premiers exemplaires de série.

De l’atelier de Billancourt à la naissance de Renault

Louis Renault travaille dans les années 1890 sur une automobile légère destinée à être plus simple et plus efficace que nombre de véhicules contemporains. Le premier prototype est assemblé dans un petit atelier installé sur la propriété familiale de Billancourt. À la fin de 1898, la voiture est suffisamment aboutie pour être conduite dans Paris.

L’épisode le plus célèbre se déroule pendant les fêtes de Noël 1898. Louis Renault effectue une démonstration dans la rue Lepic, à Montmartre, une voie dont la forte pente permet de mettre en évidence les qualités de sa transmission. La démonstration provoque plusieurs commandes, traditionnellement chiffrées à douze. Ce succès transforme rapidement l’expérience personnelle en projet industriel.

Louis s’associe avec ses frères Marcel et Fernand. Renault Frères est constituée au début de 1899 et la petite voiturette devient le premier produit de la nouvelle entreprise. La Type A est ensuite présentée publiquement au cours de l’année 1899, alors que la production commence à prendre une dimension commerciale.

Cette période est encore celle d’une fabrication artisanale. Le véhicule est petit, léger, techniquement simple et construit en faibles quantités. Le Musée national de la voiture de Compiègne indique 71 Type A produites en 1899, tandis que Renault évoque approximativement 80 voitures entre 1898 et 1899. Ces deux chiffres sont compatibles si l’on distingue les premiers véhicules construits en 1898 de la production réalisée l’année suivante.

Une mécanique simple mais déterminante

La Type A commerciale reçoit un monocylindre quatre temps De Dion-Bouton de 273 cm³ refroidi par air. Sa puissance d’environ 1,75 ch paraît minuscule aujourd’hui, mais elle suffit à déplacer une voiture extrêmement légère. Renault annonce aujourd’hui une vitesse de l’ordre de 35 km/h, même si certaines sources historiques attribuent à certains exemplaires des pointes pouvant approcher 45 km/h.

L’innovation la plus importante se situe dans la transmission. Louis Renault met au point une boîte mécanique à trois rapports avant complétée par une marche arrière. Le troisième rapport assure une prise directe, ce qui limite les pertes mécaniques lorsque la voiture roule à son allure la plus élevée. La transmission est ensuite envoyée vers les roues arrière par un arbre, un pont et un différentiel plutôt que par les chaînes alors courantes sur les voitures légères.

Le principe fait l’objet d’un brevet déposé par Louis Renault en février 1899. Il serait excessif de présenter la Type A comme la première automobile au monde à avoir employé un arbre de transmission, mais l’association de cette solution à une boîte à prise directe joue un rôle important dans les débuts commerciaux de Renault. La montée de la rue Lepic a justement contribué à démontrer l’efficacité pratique de cet ensemble.

Le reste de la voiture reflète les standards de la fin du XIXe siècle. Les roues sont hautes et étroites, la carrosserie reste très proche dans son dessin des voitures hippomobiles et la direction est commandée par une colonne presque verticale. Le démarrage s’effectue manuellement à la manivelle, tandis que le freinage agit principalement sur la transmission et les roues arrière.

Fiche technique de la Renault Type A

CaractéristiqueDonnée
Année d’apparition1898
Production principale1899
TypeVoiturette ouverte biplace, carrosserie de type tilbury
Moteur de la version commercialeDe Dion-Bouton monocylindre, quatre temps
Cylindrée273 cm³
AlimentationEssence
RefroidissementAir
PuissanceEnviron 1,75 ch
Implantation du moteurAvant
TransmissionPropulsion, roues arrière motrices
Boîte de vitesses3 rapports avant et marche arrière
Transmission finaleArbre, pont et différentiel
Particularité de boîteTroisième rapport en prise directe
StructureChâssis séparé, construction mêlant métal et bois
SuspensionEssieux rigides et ressorts à lames
DirectionColonne presque verticale avec commande à deux poignées
FreinageAction sur la transmission et les roues arrière
RouesRoues à rayons, pneumatiques étroits
LongueurEnviron 1,85 m
LargeurEnviron 1,10 m
HauteurEnviron 1,36 m
EmpattementEnviron 1,10 m
PoidsEnviron 200 à 280 kg suivant la configuration et la source
Vitesse maximaleEnviron 35 km/h selon Renault, certaines sources historiques indiquant jusqu’à 45 km/h
DémarrageManuel par manivelle
Lieu de fabricationBillancourt, France
Production documentée71 exemplaires en 1899 selon le Musée national de la voiture de Compiègne, environ 80 entre 1898 et 1899 selon Renault
Prix neuf d’époqueEnviron 3 500 francs

Comment reconnaître une véritable Type A

La silhouette de la Type A reste directement héritée des voitures hippomobiles. La carrosserie ouverte accueille deux occupants sur un siège haut placé, derrière un petit capot moteur à l’avant. Les roues à rayons sont particulièrement grandes par rapport aux dimensions générales de la voiture. L’ensemble mesure moins de deux mètres de long, ce qui explique l’appellation de voiturette alors employée.

Le petit capot avant constitue un repère important pour distinguer les exemplaires de série du prototype initial. La commande de direction est également très caractéristique, avec une colonne presque verticale terminée par deux poignées plutôt que par un volant circulaire moderne. La Type A ne porte évidemment pas le losange Renault tel qu’il sera connu plusieurs décennies plus tard.

Il faut aussi éviter de confondre la Type A avec les Renault qui apparaissent immédiatement après elle. Les lettres utilisées par le constructeur désignent rapidement des modèles distincts et non de simples niveaux de finition. La Type B de 1900, notamment, ne doit pas être intégrée aux chiffres de production de la Type A. Quelques années plus tard, la Renault Type AG illustre déjà l’ampleur du développement technique et commercial accompli par la marque depuis la première voiturette.

Les débuts de Renault en compétition

Louis et Marcel Renault comprennent très tôt que la compétition peut servir de démonstration technique. Dès 1899, les petites Renault participent à des épreuves routières qui permettent de confronter directement les automobiles à des distances, des pentes et des vitesses qu’un simple usage urbain ne met pas toujours en évidence.

L’un des résultats les mieux établis intervient lors de Paris-Trouville en 1899. Louis et Marcel Renault y obtiennent les deux premières places de leur catégorie, renforçant la réputation de la jeune marque. Ces engagements contribuent à faire connaître la voiturette et surtout sa transmission, dont la robustesse et l’efficacité deviennent des arguments commerciaux.

Les résultats sportifs prennent rapidement une importance centrale chez Renault, mais toutes les victoires obtenues à la charnière des XIXe et XXe siècles ne doivent pas être attribuées automatiquement à la Type A. La gamme évolue très vite et les voitures engagées sont modifiées ou remplacées par de nouveaux types. Pour la Type A elle-même, Paris-Trouville reste le jalon compétitif le plus directement associé au modèle.

Une production minuscule à l’échelle de l’histoire Renault

Avec quelques dizaines d’exemplaires, la Type A appartient davantage à l’époque des pionniers qu’à celle de la production automobile de masse. Son importance ne vient donc pas de son volume mais du fait qu’elle transforme les travaux personnels de Louis Renault en activité industrielle. Billancourt devient progressivement le coeur d’une entreprise qui changera complètement d’échelle au cours des décennies suivantes.

Les survivantes authentiques sont aujourd’hui extrêmement rares. Le Musée national de la voiture de Compiègne conserve notamment une Type A de 1899 entrée dans les collections en 1929. Son moteur De Dion-Bouton porte le numéro 22, un détail intéressant qui ne doit toutefois pas être confondu avec un numéro de châssis Renault.

Des répliques ont par ailleurs été construites pour le centenaire de Renault en 1998. Elles permettent de montrer le fonctionnement et l’apparence de la première voiture de la marque, mais leur existence complique parfois l’identification des photographies modernes. L’une de ces reconstructions a même été réalisée avec une motorisation électrique. Une réplique du centenaire ne peut donc pas servir à définir automatiquement la configuration mécanique d’un exemplaire de 1898 ou 1899.

De la première voiturette aux Renault populaires

La Type A inaugure une longue histoire de voitures compactes et accessibles, même si comparer directement une automobile de 1898 aux modèles du XXe siècle aurait peu de sens technique. Son rôle est surtout celui d’un point de départ. Après la période pionnière des modèles désignés par des lettres, Renault devient un constructeur industriel capable de développer des voitures destinées à des publics de plus en plus larges.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Renault 4CV ouvre une nouvelle étape avec une production de masse sans commune mesure avec celle de la Type A. Cette logique de démocratisation se poursuit ensuite avec la Renault 4, puis la Renault 5, chacune traduisant les besoins et les techniques de son époque.

Plus d’un siècle après la voiturette de Louis Renault, la Renault Clio occupe dans la gamme un univers radicalement différent en matière de performances, de sécurité et de production industrielle. Entre les deux, le principe reste pourtant révélateur de l’histoire du constructeur : partir d’une automobile compacte pensée pour un usage concret et chercher à la rendre suffisamment convaincante pour rencontrer son public.