La Nissan Skyline désigne une lignée japonaise née en 1957, avant même que son histoire ne soit directement liée à Nissan. La première Skyline est en effet une Prince, conçue par Fuji Precision Industries, entreprise qui prendra ensuite le nom de Prince Motor Company. À l’origine, il ne s’agit ni d’une voiture de sport radicale ni d’une GT-R, mais d’une berline haut de gamme destinée à démontrer le niveau technique atteint par l’industrie automobile japonaise. L’intégration de Prince à Nissan en 1966 fait ensuite entrer la Skyline dans la gamme du constructeur de Yokohama, où elle évoluera pendant plusieurs décennies.
Cette origine explique pourquoi réduire la Skyline aux célèbres R32, R33 et R34 donne une vision incomplète du modèle. Berlines familiales, coupés, versions six cylindres, variantes sportives et GT-R se sont succédé sous ce nom. La Skyline est ainsi passée d’une élégante berline des années 1950 à une famille de grandes routières sportives, avant d’adopter au XXIe siècle une orientation plus proche des berlines premium.
Une histoire qui commence chez Prince en 1957
La première Skyline est lancée en avril 1957 pour prendre la relève de la Prince Sedan. Référencée dans sa première génération par le code ALSI, elle adopte une architecture classique à moteur avant et propulsion. Sa carrosserie trois volumes à quatre portes suit les influences américaines de l’époque, avec de nombreux éléments chromés et de petits ailerons arrière. La version Deluxe ALSID-1 mesure 4,28 m de long et dispose d’un quatre cylindres de 1 484 cm3 développant 60 ch.
La technique est pourtant plus ambitieuse que cette silhouette traditionnelle pourrait le laisser penser. La suspension avant utilise des doubles triangles tandis que l’arrière repose sur un essieu De Dion. La boîte manuelle à quatre rapports est commandée depuis la colonne de direction, une disposition permettant notamment d’installer une banquette avant et d’accueillir six occupants. En février 1960, une évolution esthétique apporte notamment quatre projecteurs.
Prince cherche parallèlement à donner une image plus prestigieuse à sa gamme. La Skyline Sport, dessinée par Giovanni Michelotti et présentée au Salon de Turin en 1960, traduit cette ambition avec une carrosserie beaucoup plus exclusive, proposée ensuite en coupé et en cabriolet. Elle ne doit toutefois pas être confondue avec la berline Skyline originelle, dont elle constitue une dérivation très particulière.
De la berline familiale à la sportive japonaise
La deuxième génération S50 apparaît en 1963. Un événement va rapidement modifier l’image de la Skyline. Pour participer au deuxième Grand Prix du Japon en 1964, Prince allonge l’empattement de sa berline de 200 mm afin d’installer le six cylindres G7 de 1 988 cm3 provenant de la Gloria. Cette Skyline GT S54 est construite en nombre suffisant pour satisfaire les exigences d’homologation et affronte notamment la Porsche 904.
La victoire absolue échappe à Prince, mais les Skyline terminent de la deuxième à la sixième place. L’épisode contribue fortement à associer le nom Skyline aux performances et au sport automobile. Une 2000GT destinée à la route prolonge cette formule et installe durablement le six cylindres parmi les caractéristiques des Skyline les plus ambitieuses.
Après l’intégration de Prince à Nissan en 1966, la troisième génération C10 arrive en 1968. C’est elle qui accueille en 1969 la première Nissan Skyline GT-R. Son moteur S20, directement lié à l’expérience de Nissan et Prince en compétition, transforme la Skyline en une référence sportive. La génération C110 lui succède en 1972, mais la GT-R disparaît rapidement dans un contexte devenu défavorable aux automobiles très performantes.
Les C210 de 1977 puis les générations des années 1980 maintiennent la Skyline dans le catalogue avec une offre particulièrement variée. La Nissan Skyline R30, lancée en 1981, marque l’entrée dans la période des codes R devenue aujourd’hui la plus familière des amateurs. Elle est suivie en 1985 par la Nissan Skyline R31, qui introduit notamment des technologies appelées à jouer un rôle important dans les générations suivantes.
R32, R33 et R34, les générations qui ont forgé le mythe
En 1989, la Nissan Skyline R32 ouvre une période déterminante. La gamme ne se limite toujours pas à la GT-R, puisqu’elle comprend différentes berlines et coupés, mais le retour du badge GT-R après seize années d’absence bouleverse son image internationale. Avec son six cylindres RB26DETT biturbo, sa transmission intégrale ATTESA E-TS et ses quatre roues directrices Super HICAS, la GT-R devient une vitrine technologique et une redoutable voiture de compétition.
Ses résultats renforcent cette réputation. La GT-R R32 domine notamment le championnat japonais de voitures de tourisme au début des années 1990, Nissan créditant la voiture de 29 victoires en 29 courses sur quatre saisons. Ce succès sportif explique en partie pourquoi le grand public a progressivement assimilé le nom Skyline à la GT-R, alors que cette dernière ne représente qu’une branche de la gamme.
La Nissan Skyline R33 prend le relais à partir de 1993. Plus grande et plus mature, elle conserve une offre de berlines et de coupés à propulsion tandis que la GT-R poursuit le développement de la transmission intégrale et du RB26DETT. La génération sert également de base à des dérivés particulièrement exclusifs, dont la Nismo 400R.
La Nissan Skyline R34, apparue en 1998, revient à des dimensions plus compactes et à un style plus anguleux. Ses différentes versions utilisent notamment des six cylindres RB, atmosphériques ou turbocompressés selon les modèles. La GT-R R34, lancée séparément en 1999, devient la déclinaison la plus célèbre de cette génération, mais une Skyline R34 n’est donc pas nécessairement une GT-R.
La Skyline après les moteurs RB
La rupture est importante avec la V35 lancée en 2001. Nissan abandonne l’architecture directement héritée des R32, R33 et R34 ainsi que les moteurs RB. La Skyline repose désormais sur une conception à moteur longitudinal et propulsion faisant largement appel aux V6 de la famille VQ. Son positionnement devient plus nettement celui d’une berline et d’un coupé premium. Cette génération possède également un lien étroit avec l’Infiniti G commercialisée sur plusieurs marchés internationaux.
La V36 poursuit cette orientation à partir de 2006, avec des V6 plus puissants et des technologies de châssis évoluées. Cette évolution rappelle que Skyline et GT-R suivent désormais deux chemins différents. La Nissan GT-R R35 dévoilée en 2007 devient un modèle autonome : elle conserve une partie de l’héritage technologique et sportif des anciennes Skyline GT-R, mais son nom officiel ne comporte plus le terme Skyline.
La génération V37 présentée en 2013 approfondit encore le positionnement premium. Elle est initialement proposée au Japon avec une motorisation hybride et connaît ensuite plusieurs évolutions mécaniques et esthétiques. Malgré la notoriété mondiale des anciennes GT-R, le nom Skyline continue donc d’exister indépendamment d’elles sur le marché japonais, principalement sous la forme d’une berline sportive à quatre portes.
Fiche technique de la Nissan Skyline
| Caractéristique | Prince Skyline Deluxe ALSID-1 de 1957 |
|---|---|
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, refroidissement liquide, OHV |
| Code moteur | GA30 |
| Cylindrée | 1 484 cm3 |
| Alésage x course | 75 x 84 mm |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance | 60 ch (PS) à 4 400 tr/min |
| Couple | 105 Nm à 3 200 tr/min |
| Implantation | Moteur avant longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports, commande à la colonne |
| Suspension avant | Doubles triangles, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu De Dion, ressorts à lames |
| Direction | Vis et galet |
| Freins | Tambours à commande hydraulique |
| Pneumatiques | 6.40-14 |
| Longueur | 4 280 mm |
| Largeur | 1 675 mm |
| Hauteur | 1 535 mm |
| Empattement | 2 535 mm |
| Voie avant | 1 340 mm |
| Voie arrière | 1 380 mm |
| Poids | 1 310 kg |
| Vitesse maximale | 125 km/h |
| Capacité du réservoir | 40 litres |
| Nombre de places | 6 |
Une identité façonnée par la technique et la compétition
L’évolution esthétique de la Skyline reflète directement ses changements de rôle. La berline de 1957 affiche des lignes inspirées des automobiles américaines contemporaines, alors que les générations des années 1960 et 1970 adoptent progressivement une allure plus sportive. Les R30 et R31 incarnent le dessin rectiligne des années 1980, avant que les R32 et R33 ne privilégient des formes plus aérodynamiques. La R34 se distingue au contraire par une silhouette tendue, des volumes plus carrés et une face avant immédiatement identifiable.
La continuité se trouve davantage dans la philosophie mécanique que dans le style. Pendant une grande partie de son histoire, la Skyline associe moteur avant, roues arrière motrices et, sur de nombreuses versions importantes, moteur six cylindres. Les GT-R ajoutent des solutions beaucoup plus spécialisées, mais les Skyline ordinaires restent essentielles pour comprendre la gamme : elles ont été des berlines, coupés et grandes routières avant d’être les bases de machines de compétition.
Cette distinction permet aussi de replacer correctement les exploits sportifs dans la chronologie. La réputation ne commence pas avec la R32 : elle remonte à la Skyline GT S54 du Grand Prix du Japon de 1964, puis à la première GT-R de 1969. Les générations R32 à R34 ont amplifié cet héritage jusqu’à rendre la déclinaison GT-R plus célèbre internationalement que la famille dont elle était issue.
De Prince à Nissan, une lignée transformée sans disparaître
La longévité de la Skyline tient précisément à sa capacité à changer de nature. Elle naît comme une berline Prince haut de gamme, devient une sportive crédible grâce aux compétitions des années 1960, passe sous la marque Nissan, accueille la GT-R, traverse l’ère des moteurs turbo puis devient au XXIe siècle une berline premium techniquement apparentée aux modèles Infiniti.
Cette évolution explique également les écarts considérables entre deux voitures portant le même nom. Une Skyline ALSID-1 de 1957, une R32 de 1989 et une V37 du XXIe siècle ne partagent pratiquement aucune caractéristique technique directe. Elles appartiennent pourtant à une même succession historique initiée par Prince et maintenue par Nissan, tandis que le badge GT-R s’est détaché de cette généalogie pour devenir une gamme distincte.




