Présentée en 1998 au British International Motor Show de Birmingham puis produite à partir de 1999, la Jaguar S-type marque une étape importante dans l’élargissement de la gamme britannique sous l’ère Ford. Cette berline à propulsion vient occuper le segment des routières premium sous la Jaguar XJ, avec une identité volontairement inspirée des berlines Jaguar des années 1960. Assemblée à Castle Bromwich, elle restera en production jusqu’en septembre 2007.
La S-type moderne ne doit pas être confondue avec la berline historique apparue en 1963. Jaguar reprend délibérément une appellation ancienne et plusieurs codes stylistiques de cette époque, mais la voiture de 1998 constitue un modèle entièrement nouveau. Elle reçoit au cours de sa carrière des moteurs V6 et V8 essence, un V6 diesel biturbo et, au sommet de la gamme, un spectaculaire V8 4,2 litres à compresseur dans la S-type R.
Une nouvelle berline Jaguar sous l’ère Ford
Lorsque Jaguar développe la S-type, son catalogue repose essentiellement sur la grande XJ et les coupés et cabriolets XK. La marque doit augmenter ses volumes et revenir sur un marché des berlines exécutives où les constructeurs allemands occupent une place dominante. Le projet X200 répond à cette stratégie en proposant une Jaguar plus compacte que la XJ, sans abandonner la propulsion ni le positionnement haut de gamme traditionnel de la marque.
Le développement intervient alors que Jaguar appartient à Ford. La S-type utilise une architecture issue du programme DEW, développée dans le même environnement industriel que celle de la Lincoln LS. Cette parenté ne fait toutefois pas de la Jaguar une simple Lincoln recarrossée. Son style, ses motorisations, ses réglages de châssis et sa présentation répondent à un cahier des charges spécifique.
La présentation publique intervient à Birmingham en 1998. La production est installée à Castle Bromwich plutôt qu’à Browns Lane. Le Jaguar Daimler Heritage Trust conserve le premier exemplaire de production, surnommé « Job One », un 3.0 V6 SE construit le 11 janvier 1999. La S-type devient ainsi l’un des symboles de la transformation industrielle de Jaguar à la fin des années 1990.
L’élargissement du catalogue se poursuit ensuite vers le bas avec la Jaguar X-Type. Jaguar dispose alors de trois familles de berlines couvrant plusieurs niveaux du marché premium, une configuration très différente de celle de la marque quelques années auparavant.
Un style néo-rétro inspiré des Jaguar des années 1960
Le dessin est réalisé sous la direction de Geoff Lawson, alors responsable du design Jaguar. Plutôt que d’adopter les formes géométriques de nombreuses concurrentes de la fin des années 1990, la S-type affiche une silhouette immédiatement reconnaissable. Sa calandre ovale, ses quatre projecteurs séparés, ses ailes galbées, son pavillon arrondi et sa poupe haute font directement référence aux berlines historiques de Coventry.
La parenté visuelle est particulièrement évidente avec la Jaguar Mark 2. La S-type moderne ne constitue pourtant pas une réinterprétation littérale de cette dernière. Ses proportions sont dictées par une architecture contemporaine, tandis que son empattement de 2,91 m lui permet d’offrir l’espace attendu d’une berline exécutive de la fin des années 1990.
Son nom renvoie plus directement encore à la berline Jaguar S-Type des années 1960, étroitement apparentée dans l’histoire de la marque à la Jaguar 3.8S. Cette double référence au nom et au style explique pourquoi la génération moderne est parfois confondue avec son ancêtre dans les recherches consacrées au modèle.
L’habitacle poursuit cette recherche d’identité avec des boiseries, des formes arrondies et une instrumentation évoquant les Jaguar traditionnelles. Les premières voitures possèdent notamment une console centrale en forme de U particulièrement caractéristique. L’évolution de 2002 modifie sensiblement cet intérieur afin de moderniser l’ergonomie et la présentation.
Fiche technique de la Jaguar S-type
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Type | Berline 4 portes, 5 places |
| Période de production | 1999 à 2007 |
| Site de production | Castle Bromwich, Birmingham, Royaume-Uni |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteurs essence | V6 atmosphériques 2,5 et 3,0 litres, V8 atmosphériques 4,0 et 4,2 litres selon période et marché |
| Moteur diesel | V6 2,7 litres biturbo à injection directe common rail, environ 207 à 208 ch, 435 Nm |
| S-type R | V8 4 196 cm3 à compresseur, environ 400 bhp ou 406 ch DIN selon norme |
| Couple S-type R | Environ 540 à 553 Nm à 3 500 tr/min selon norme et source |
| Boîtes de vitesses | Manuelles et automatiques selon moteur et millésime, boîte automatique ZF à 6 rapports sur les versions concernées après l’évolution de 2002 |
| Suspension avant | Double triangulation indépendante |
| Suspension arrière | Double triangulation indépendante |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freinage | Disques aux quatre roues, dispositif renforcé Brembo sur S-type R |
| Longueur | Environ 4,88 m selon version |
| Largeur de carrosserie | Environ 1,82 m selon version |
| Hauteur | Environ 1,42 m selon version |
| Empattement | Environ 2,91 m |
| Voies | Environ 1,534 m à l’avant et 1,542 m à l’arrière sur certaines versions après évolution |
| Poids à vide | Environ 1,7 à 1,9 tonne selon moteur, équipement et méthode de mesure |
| Pneumatiques S-type R | Généralement 245/40 R18 à l’avant et 275/35 R18 à l’arrière |
| Vitesse maximale S-type R | 250 km/h, limitée électroniquement |
| 0 à 100 km/h S-type R | Environ 5,6 s |
| Réservoir | Environ 70 litres selon version |
| Production totale | 291 386 exemplaires |
Des V6 et V8 à la S-type R
La gamme initiale repose notamment sur un V6 AJ-V6 de 2 967 cm3 et un V8 essence de 4,0 litres. Le V6 permet à Jaguar d’aborder le coeur du marché des berlines exécutives, tandis que le V8 entretient le positionnement traditionnel de la marque dans le haut de gamme. Un V6 2,5 litres complète également l’offre sur certains marchés.
La transformation la plus importante intervient en 2002. Jaguar ne se contente pas d’un changement cosmétique : la structure est améliorée, certains composants sont allégés, l’habitacle est revu et la gamme mécanique évolue. Le V8 4,0 litres laisse notamment place au 4,2 litres, tandis qu’une boîte automatique ZF à six rapports apparaît sur les versions concernées.
Cette évolution donne naissance à la S-type R. Son V8 4,2 litres à compresseur développe environ 400 bhp, soit autour de 406 ch DIN. Avec un 0 à 100 km/h annoncé aux environs de 5,6 secondes et une vitesse limitée électroniquement à 250 km/h, cette version transforme profondément le caractère de la berline. Le freinage renforcé, développé avec Brembo, les roues de 18 pouces et les pneumatiques arrière plus larges accompagnent cette augmentation des performances.
La S-type R demeure visuellement relativement discrète. Une calandre grillagée et des détails de carrosserie spécifiques permettent de la reconnaître sans rompre avec l’élégance générale du modèle. Dans la gamme Jaguar de cette période, elle propose une interprétation plus compacte de la berline V8 suralimentée, parallèlement à la Jaguar XJR X350.
Le diesel et les dernières évolutions
Une nouvelle mise à jour intervient en 2004. La S-type reçoit plusieurs modifications extérieures et un capot en aluminium, mais la principale nouveauté commerciale est mécanique. Jaguar adopte un V6 diesel 2,7 litres biturbo développé dans le cadre de la coopération entre Ford et PSA. Avec environ 207 à 208 ch et 435 Nm, il donne à la berline une motorisation mieux adaptée au marché européen du début des années 2000, alors largement dominé par le diesel dans cette catégorie.
Ce moteur utilise une injection directe common rail et deux turbocompresseurs. Son couple maximal disponible à bas régime privilégie les reprises et correspond au caractère de grande routière de la S-type. Son arrivée élargit fortement le champ commercial d’une voiture jusque-là principalement associée aux V6 et V8 essence.
Les évolutions successives rendent également les dernières S-type sensiblement différentes des premiers exemplaires de 1999. Les changements de planche de bord, de structure, de moteurs, de transmissions et de carrosserie expliquent pourquoi certaines caractéristiques techniques ne peuvent pas être appliquées uniformément aux huit années de production. Les dimensions elles-mêmes varient légèrement suivant les phases et les boucliers.
De la S-type à la Jaguar XF
La carrière industrielle s’achève le 18 septembre 2007. La dernière voiture produite est une S-type R aujourd’hui conservée par le Jaguar Daimler Heritage Trust. Au total, 291 386 exemplaires ont été fabriqués, un volume significatif pour Jaguar et révélateur du rôle joué par cette berline dans l’expansion de la marque au tournant du siècle.
Sa remplaçante adopte une philosophie esthétique radicalement différente. La Jaguar XF abandonne largement le langage néo-rétro pour une carrosserie plus contemporaine, annonçant la direction stylistique suivie par Jaguar pendant la décennie suivante. Cette transition est particulièrement visible avec la Jaguar XF X250, première génération chargée de reprendre la place de la S-type sur le marché des berlines exécutives.
La fin de production en 2007 peut ainsi différer de certaines dates de commercialisation ou d’immatriculation indiquant 2008. Pour l’histoire industrielle du modèle, septembre 2007 constitue le repère précis : la dernière S-type quitte alors Castle Bromwich, neuf ans après la présentation publique de la X200 à Birmingham.




