Jaguar Xf

Jaguar Xf

Présentée en 2007, la Jaguar XF ouvre une nouvelle période dans l’histoire de la marque britannique. Cette grande berline abandonne le dessin néo-rétro de la Jaguar S-Type qu’elle remplace au profit d’une silhouette beaucoup plus contemporaine, voulue basse et dynamique. Derrière cette rupture esthétique subsiste pourtant une continuité technique: la première XF reprend une architecture dérivée de celle de sa devancière, profondément développée pour accompagner le repositionnement du modèle.

Le nom XF désigne ensuite une véritable lignée. La première génération X250 reste en production jusqu’en 2015, tandis qu’une seconde génération X260 prend le relais cette même année. Entre-temps, Jaguar multiplie les motorisations, introduit les sportives XFR et XFR-S, modernise profondément le dessin en 2011 et ajoute une carrosserie break Sportbrake. La XF devient ainsi pendant plus de quinze ans l’une des pièces centrales de la gamme Jaguar.

De la S-Type à une Jaguar résolument moderne

Au milieu des années 2000, Jaguar doit renouveler une S-Type dont le style fait largement référence aux berlines historiques de Coventry. Le projet XF répond à un enjeu plus large qu’un simple remplacement de modèle: il doit démontrer que Jaguar peut conserver son identité tout en s’éloignant du registre nostalgique. Sous la direction du designer Ian Callum, la marque choisit donc une rupture franche avec ses productions précédentes.

Le premier signal arrive en janvier 2007 avec le concept C-XF présenté à Detroit. Élaboré sous la responsabilité de l’équipe de design de Jaguar, avec notamment Ian Callum et Julian Thomson, il installe plusieurs thèmes qui vont définir la nouvelle génération de modèles de la marque: surfaces tendues, proportions sportives et traitement intérieur plus technologique. Le C-XF reste cependant un concept et ne doit pas être confondu avec la berline de série.

La XF définitive est dévoilée au Salon de Francfort en septembre 2007. La production commence à Castle Bromwich, en Angleterre, avant la commercialisation sur les principaux marchés en 2008. La Jaguar XF X250 conserve une coque principalement en acier et une architecture à moteur longitudinal avant et propulsion. Jaguar privilégie ainsi une transition technique maîtrisée tout en transformant radicalement la perception du produit.

Un dessin qui change l’image de Jaguar

La première XF adopte une carrosserie quatre portes d’environ 4,96 m de long, mais ses proportions cherchent volontairement à évoquer un coupé. Le pavillon descend progressivement vers une poupe courte, la ligne de caisse est haute et les surfaces sont beaucoup plus épurées que celles de la S-Type. La calandre ovale grillagée demeure l’un des rares éléments immédiatement rattachables aux Jaguar précédentes.

La phase initiale se reconnaît notamment à ses grands blocs optiques avant aux éléments arrondis. À l’arrière, les feux effilés et le jonc chromé transversal participent à donner visuellement davantage de largeur à la voiture. Le restylage présenté en 2011 modifie sensiblement cette identité: les phares deviennent beaucoup plus fins, tandis que le capot, les ailes, les boucliers et les feux arrière sont redessinés. La XF se rapproche alors davantage des intentions du concept C-XF.

L’habitacle constitue une rupture tout aussi importante. Au lieu d’accumuler les références classiques, Jaguar installe une planche de bord horizontale aux commandes épurées. Au démarrage, les aérateurs motorisés pivotent et le JaguarDrive Selector, une commande circulaire de boîte automatique, émerge de la console centrale. Ces effets théâtraux deviennent des signatures de la XF et illustrent la volonté de proposer une interprétation technologique du luxe britannique.

Cette orientation influence rapidement le reste de la gamme. La Jaguar XJ X351 pousse encore plus loin cette transformation stylistique à partir de 2009, confirmant que la XF n’était pas une expérience isolée mais le point de départ d’une nouvelle identité Jaguar.

Fiche technique de la Jaguar Xf

CaractéristiqueJaguar XF X250 au lancement
ArchitectureBerline 4 portes, 5 places, moteur avant longitudinal, propulsion
StructureMonocoque principalement en acier avec certains éléments en aluminium
Moteurs initiaux en EuropeV6 essence 3,0 l, V8 essence 4,2 l, V8 4,2 l compressé SV8, V6 diesel 2,7 l biturbo
PuissanceEnviron 207 à 416 ch selon moteur au lancement européen
2.7D biturboV6, 2 720 cm3, 207 ch à 4 000 tr/min, 435 Nm
3.0 V6 essenceEnviron 238 ch
4.2 V8 essenceEnviron 298 ch
4.2 V8 compressé SV8Environ 416 ch
Boîte initialeAutomatique ZF à 6 rapports
Suspension avantDouble triangulation
Suspension arrièreMultibras
DirectionCrémaillère assistée
FreinageDisques aux quatre roues, dimensions variables selon version
Longueur4 961 mm
Largeur hors rétroviseurs1 877 mm
Largeur avec rétroviseurs2 053 mm
Hauteur1 460 mm
Empattement2 909 mm
Voie avant1 559 mm
Poids à videEnviron 1 679 à 1 771 kg pour les principales versions initiales selon motorisation
Vitesse maximale 2.7D229 km/h
Vitesse maximale 4.2 V8Environ 250 km/h, limitée
0 à 100 km/h 4.2 V8Environ 6,5 s
Consommation mixte 2.7D7,5 l/100 km sur cycle d’homologation d’époque
Consommation mixte 3.0 V610,5 l/100 km sur cycle d’homologation d’époque
Consommation mixte 4.2 V811,1 l/100 km sur cycle d’homologation d’époque
RéservoirEnviron 69 l selon version
Volume de coffreJusqu’à 540 l avec kit anticrevaison
Coefficient aérodynamiqueEnviron 0,29
Site de productionCastle Bromwich, Royaume-Uni

Des V6 et V8 aux sportives XFR et XFR-S

La diversité mécanique constitue l’une des caractéristiques de la carrière de la X250. Au lancement européen, Jaguar propose des V6 essence et diesel ainsi que deux V8 de 4,2 litres, dont le moteur compressé de la SV8. Les puissances publiées peuvent légèrement différer suivant les marchés et les conventions d’arrondi: le V6 essence est par exemple couramment présenté autour de 238 à 240 ch et le V8 atmosphérique autour de 298 à 300 ch.

La gamme évolue rapidement. Pour le millésime 2010, de nouveaux moteurs apparaissent, notamment le V6 diesel 3,0 litres et le V8 essence 5,0 litres. Ce dernier devient particulièrement important dans la XFR: doté d’un compresseur, il développe 510 ch et permet à Jaguar d’opposer une véritable berline haute performance aux modèles sportifs allemands. La XF ne se contente donc plus d’incarner le renouveau esthétique de la marque, elle devient également la base de l’une de ses familles sportives les plus ambitieuses de la période.

Le sommet est atteint avec la XFR-S, dévoilée à la fin de 2012. Son V8 5,0 litres compressé développe 550 ch. Jaguar retravaille parallèlement l’aérodynamique, le châssis et les réglages dynamiques. Cette version reste distincte d’une XF standard: ses performances et ses caractéristiques ne doivent pas être utilisées pour décrire toute la gamme.

À l’autre extrémité, Jaguar élargit son offre vers des mécaniques plus sobres. Le quatre cylindres diesel 2,2 litres introduit au cours de la carrière du modèle reçoit notamment une boîte automatique à huit rapports et un système Stop/Start. Cette évolution traduit l’élargissement de la cible de la XF, désormais capable de couvrir aussi bien les besoins d’une grande routière diesel que ceux d’une berline sportive à V8.

Restylage et arrivée de la XF Sportbrake

Le profond restylage dévoilé en 2011 ne se limite pas à une modification cosmétique. En affinant fortement le regard de la voiture, Jaguar corrige l’un des principaux écarts entre le spectaculaire C-XF et la première version de série. L’ensemble paraît plus bas et plus agressif, tout en conservant la cellule centrale et les proportions fondamentales de la X250.

En 2012, la famille s’élargit avec la Jaguar XF Sportbrake. Cette déclinaison conserve la face avant et l’essentiel de l’architecture de la berline mais adopte une partie arrière spécifique afin d’augmenter les capacités de chargement. Son coffre atteint environ 550 litres avec les sièges en place et jusqu’à 1 675 litres une fois la banquette rabattue. La suspension arrière reçoit une correction automatique d’assiette afin de conserver un comportement cohérent lorsque le véhicule est chargé.

Le Sportbrake ne transforme pas la XF en utilitaire luxueux: Jaguar conserve un pavillon relativement dynamique et une présentation orientée vers le haut de gamme. Une XFR-S Sportbrake de 550 ch poussera même le principe jusqu’à associer cette carrosserie familiale au V8 compressé le plus puissant de la gamme.

La deuxième génération XF X260

En 2015, la première XF quitte la scène après près de huit années de production. La Jaguar XF X260 qui lui succède conserve volontairement une identité visuelle familière, mais la transformation technique est considérable. La nouvelle génération repose sur l’architecture modulaire Jaguar à forte proportion d’aluminium et son empattement atteint environ 2,96 m. Elle est ainsi structurellement différente de la X250, malgré leur ressemblance générale.

Cette deuxième XF s’insère dans une gamme désormais beaucoup plus cohérente. La Jaguar XE, plus compacte, occupe le segment inférieur, tandis que la Jaguar XJ reste la grande berline de prestige. La XF conserve ainsi sa position intermédiaire de routière premium, avec des motorisations quatre et six cylindres et, suivant les marchés et les années, différentes solutions de transmission.

La production de la famille XF se poursuit jusqu’en 2024. Sur l’ensemble de sa carrière, le modèle aura donc accompagné presque toute la transformation de Jaguar au XXIe siècle, depuis la rupture stylistique de 2007 jusqu’à la réorientation de la marque qui entraîne l’arrêt de ses berlines thermiques traditionnelles.

Une berline identifiable par deux générations bien distinctes

Pour identifier correctement une Jaguar XF, la génération constitue le premier critère. Une X250 antérieure au restylage possède les grands phares caractéristiques du dessin de 2007. Les X250 restylées adoptent à partir du millésime 2012 des optiques beaucoup plus minces, sans pour autant devenir des X260. La seconde génération de 2015 possède une structure, des proportions et un habitacle nouveaux malgré un langage esthétique directement dérivé de sa devancière.

La distinction est importante pour les caractéristiques techniques. Une XF de 2007 ne dispose ni de la structure majoritairement en aluminium ni de l’empattement de la X260, tandis que les 510 ch de la XFR ou les 550 ch de la XFR-S ne représentent que les versions sportives de la première génération. De même, le Sportbrake constitue une carrosserie spécifique et non une génération différente.

Deux exemplaires encadrent symboliquement la carrière de la X250 dans la collection patrimoniale Jaguar. Le Jaguar Daimler Heritage Trust conserve une XF SV8 produite le 23 novembre 2007 comme premier exemplaire de production, ainsi que la dernière X250 sortie de Castle Bromwich le 8 juin 2015, une XF 2.2 Diesel R-Sport. Ces deux voitures matérialisent une période durant laquelle la XF est passée du statut de rupture stylistique à celui de modèle central de la gamme Jaguar.