Le Mitsubishi Triton est le nom porté sur de nombreux marchés par la grande lignée de pick-up Mitsubishi également connue sous l’appellation L200. Si cette famille remonte à 1978, le nom Triton apparaît en Australie en 1986 avec la deuxième génération. Cette distinction est essentielle : le Triton n’est pas un modèle indépendant du Mitsubishi L200, mais une appellation commerciale différente d’une même famille dont les noms ont varié selon les pays et les époques.
Du Forte de 1978 au nom Triton en 1986
L’histoire commence en septembre 1978 avec le Mitsubishi Forte. Mitsubishi développe alors un pick-up d’environ une tonne de charge utile capable de répondre aussi bien aux besoins professionnels qu’aux loisirs. Le constructeur vise notamment les marchés d’exportation où les pick-up compacts connaissent une forte demande. Les prototypes sont éprouvés dans des environnements très différents, notamment en Amérique du Nord, en Thaïlande et en Arabie saoudite.
La première génération adopte une architecture classique et robuste : moteur longitudinal avant, châssis séparé, propulsion ou transmission intégrale selon les versions, suspension avant indépendante et pont arrière rigide à ressorts à lames. L’arrivée d’une transmission 4×4 part-time en 1980 constitue une étape importante. Mitsubishi développe ainsi une expérience du tout-terrain qui contribuera également à la mise au point de véhicules comme le Mitsubishi Pajero.
En mars 1986, Mitsubishi renouvelle profondément son pick-up. Cette deuxième génération est proposée en plusieurs carrosseries, avec notamment des cabines simple, approfondie et double. C’est cette famille qui prend le nom Triton en Australie, où son lancement est documenté à partir d’octobre 1986. Sur d’autres marchés, elle reste notamment connue comme Mitsubishi L200 2 ou Strada. L’année 1986 constitue donc le véritable point de départ de l’appellation Mitsubishi Triton.
Un pick-up mondial aux multiples identités
Le Triton de 1986 conserve une conception volontairement simple. Selon les marchés, Mitsubishi propose notamment des quatre-cylindres essence de 2,0 et 2,6 litres ainsi qu’un diesel de 2,5 litres. Les configurations à deux et quatre roues motrices permettent de couvrir des usages allant du véhicule utilitaire au pick-up de loisirs. Cette diversité devient rapidement l’une des caractéristiques de la gamme.
La troisième génération apparaît en 1995 et marque un changement industriel majeur. La production destinée à de nombreux marchés est concentrée à Laem Chabang, en Thaïlande, pays appelé à devenir le centre névralgique du pick-up Mitsubishi. Le Mitsubishi L200 3, correspondant à cette génération sous une autre appellation, développe davantage la dimension internationale du modèle et propose notamment un diesel 2,5 litres turbocompressé avec intercooler.
En 2005, la quatrième génération transforme beaucoup plus nettement la silhouette. Les lignes deviennent arrondies, la cabine double adopte un profil caractéristique et le Triton s’éloigne visuellement des pick-up très anguleux des années 1980 et 1990. Cette génération, également commercialisée comme Mitsubishi L200 4, reçoit selon les marchés des diesels common rail de 2,5 ou 3,2 litres et peut disposer du système Super Select 4WD.
La cinquième génération est lancée en 2014. Elle conserve le principe du châssis séparé mais modernise fortement les motorisations, les équipements et les aides à la conduite. Le diesel 2,4 litres MIVEC devient l’un de ses moteurs emblématiques. Un important restylage intervient en 2018 avec une face avant adoptant plus franchement le langage stylistique Dynamic Shield de Mitsubishi.
La sixième génération change d’échelle
Présenté en juillet 2023 après avoir été annoncé par le concept XRT, le Triton de sixième génération constitue une refonte complète. Mitsubishi développe un nouveau châssis en échelle dont la section augmente de 65 % par rapport à celle de son prédécesseur. Le constructeur annonce également une progression de 40 % de la rigidité torsionnelle et de 60 % de la rigidité en flexion. La carrosserie fait davantage appel aux aciers à haute résistance.
La mécanique principale est le nouveau quatre-cylindres turbodiesel 4N16 de 2 442 cm3. Lors du lancement, Mitsubishi annonce trois niveaux de puissance selon les versions et les marchés : 110 kW avec 330 Nm, 135 kW avec 430 Nm et 150 kW avec 470 Nm. La déclinaison la plus puissante atteint ainsi environ 204 ch et délivre son couple maximal dès environ 1 500 tr/min. Des boîtes manuelle et automatique à six rapports sont proposées.
Le Triton conserve à l’avant une suspension indépendante à doubles triangles et à l’arrière un pont rigide associé à des ressorts à lames, une combinaison cohérente avec sa vocation de pick-up. La direction assistée électrique apparaît sur certaines versions, tandis que les spécifications peuvent varier selon les pays. Dans les configurations australiennes les plus adaptées au remorquage, la capacité freinée peut atteindre 3 500 kg.
La transmission reste un élément déterminant de l’identité du modèle. Selon la finition, Mitsubishi propose Easy Select 4WD ou Super Select 4WD-II. Ce dernier autorise plusieurs configurations, de la propulsion 2H au rapport court 4LLc. En mode 4H, son différentiel central permet une utilisation de la transmission intégrale sur route avec une répartition nominale du couple de 40 % vers l’avant et 60 % vers l’arrière. Sur les versions les plus équipées, plusieurs modes de conduite et l’Active Yaw Control complètent le dispositif.
Fiche technique du Mitsubishi Triton
| Caractéristique | Triton 1986 | Triton sixième génération 2023 |
|---|---|---|
| Type | Pick-up à châssis séparé | Pick-up à châssis séparé |
| Carrosseries | Simple Cab, Club Cab, Double Cab selon marché | Simple Cab, Club Cab, Double Cab selon marché |
| Implantation moteur | Longitudinale avant | Longitudinale avant |
| Moteurs documentés | 4 cylindres essence 2,0 et 2,6 litres, diesel 2,5 litres selon marché | 4 cylindres turbodiesel 4N16, 2 442 cm3 |
| Puissance | Variable selon moteur et marché | 110, 135 ou 150 kW selon version |
| Couple | Variable selon moteur et marché | 330, 430 ou 470 Nm selon version |
| Transmission | 2WD ou 4WD selon version | 2WD ou 4WD, Easy Select 4WD ou Super Select 4WD-II selon version |
| Boîte | Variable selon marché | Manuelle 6 rapports ou automatique 6 rapports selon version |
| Structure | Châssis séparé à longerons | Nouveau châssis séparé à longerons |
| Suspension avant | Indépendante | Doubles triangles |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts à lames | Pont rigide, ressorts à lames |
| Longueur | Variable selon carrosserie | Environ 5 320 mm en Double Cab standard |
| Largeur | Variable selon carrosserie | Environ 1 865 mm en Double Cab standard |
| Hauteur | Variable selon carrosserie | Environ 1 795 mm en Double Cab standard |
| Empattement | Variable selon carrosserie | 3 130 mm |
| Voies | Variables selon version | Environ 1 570 mm avant et 1 565 mm arrière sur certaines configurations |
| Roues et pneus | Variables selon version | 17 x 7,5 J avec 265/65 R17 ou 18 x 7,5 J avec 265/60 R18 sur certaines versions |
| Freins | Variables selon version | Disques ventilés avant de 320 mm et tambours arrière de 11,6 pouces sur certaines versions australiennes |
| Poids | Variable selon carrosserie et transmission | Environ 1 965 à 2 115 kg selon certaines configurations australiennes |
| PTAC | Variable selon marché | Jusqu’à 3 200 kg sur plusieurs Double Cab australiens |
| Remorquage freiné | Variable selon homologation | Jusqu’à 3 500 kg sur certaines versions |
Un design dicté par l’usage
Le Triton de 1986 se reconnaît à une silhouette très géométrique : capot presque horizontal, cabine aux lignes droites, calandre rectangulaire et benne nettement séparée de l’habitacle. Sa présentation traduit directement sa fonction utilitaire. Les carrosseries à simple, Club et double cabine permettent cependant à Mitsubishi de dépasser progressivement le seul marché professionnel.
Cette évolution devient particulièrement visible à partir de 2005, lorsque le dessin plus fluide de la quatrième génération rapproche le pick-up d’un véhicule de loisirs. Le mouvement se poursuit jusqu’au Triton actuel, dont Mitsubishi confie le développement stylistique à ses équipes sous la direction de Seiji Watanabe. Le thème officiel « Beast Mode » privilégie une apparence massive sans abandonner les contraintes fonctionnelles propres à un utilitaire.
La sixième génération possède ainsi une face avant presque verticale, une calandre épaisse et des passages de roues fortement dessinés. Les feux de jour formés de trois éléments en L sont séparés des projecteurs principaux placés plus bas. À l’arrière, les feux en T et les lignes horizontales de la benne accentuent visuellement la largeur. Selon la carrosserie et les équipements extérieurs, la longueur d’un Double Cab se situe autour de 5,32 m et peut dépasser 5,35 m sur certaines finitions.
Du travail quotidien au rallye-raid
La vocation utilitaire n’a pas empêché le Triton de servir de base à des véhicules de compétition. Team Mitsubishi Ralliart l’engage notamment dans l’Asia Cross Country Rally, une épreuve particulièrement exigeante mêlant pistes rapides, boue, chaleur et terrains fortement dégradés. Les Triton engagés appartiennent à la catégorie T1 et sont profondément préparés : leurs caractéristiques ne correspondent donc pas à celles des véhicules de série.
En 2022, Chayapon Yotha remporte l’Asia Cross Country Rally dès la campagne de retour de Team Mitsubishi Ralliart. L’année suivante, l’équipe engage un véhicule développé à partir du nouveau Triton de sixième génération et obtient la troisième place avec Yotha ainsi que le trophée par équipes. Le pilote thaïlandais s’impose de nouveau en 2025, accompagné d’une nouvelle victoire au classement des équipes.
Cette activité sportive prolonge une histoire industrielle devenue considérable. Mitsubishi comptabilisait environ 657 000 exemplaires pour la première génération, 1,146 million pour la deuxième, 1,046 million pour la troisième et 1,423 million pour la quatrième. Au lancement de la sixième génération en 2023, le constructeur indiquait qu’environ 5,6 millions de pick-up des cinq générations précédentes avaient été produits et commercialisés dans quelque 150 pays. La Thaïlande, devenue le principal centre de production à partir de la troisième génération, reste au coeur de cette diffusion mondiale.
Triton, L200 et Pajero Sport : des noms à ne pas confondre
Le nom Triton doit avant tout être compris comme une appellation régionale. Un Triton australien ou thaïlandais peut appartenir à la même génération qu’un L200 européen tout en présentant des différences de moteurs, de finitions, de capacités homologuées ou d’équipements. Il est donc incorrect d’attribuer automatiquement à tous les Triton les caractéristiques d’une fiche technique L200 européenne, et inversement.
Le Mitsubishi Pajero Sport entretient une autre relation avec cette famille. Selon les générations, ce SUV utilise une base technique apparentée au pick-up Triton/L200, avec une architecture à châssis séparé et des composants communs, mais il constitue bien un modèle distinct doté d’une carrosserie fermée et d’un positionnement différent.
Le Triton reste ainsi identifiable par une formule remarquablement constante malgré son évolution : châssis séparé, moteur longitudinal, benne arrière, versions à deux ou quatre roues motrices et plusieurs formats de cabine. Ce sont les technologies qui ont profondément changé, depuis le 4×4 part-time des premiers pick-up jusqu’au Super Select 4WD-II, aux modes de conduite électroniques et au diesel 4N16 de la génération lancée en 2023.




