Bugatti Type 40

Bugatti Type 40

Lancée en 1926, la Bugatti Type 40 occupe une place particulière dans la production de Molsheim. Moins radicale que les voitures de Grand Prix qui bâtissent alors la réputation de la marque, elle transpose une partie de leur technique dans une automobile plus polyvalente, destinée à la route. Son quatre cylindres de 1,5 litre, son faible poids et son châssis simple en font une petite Bugatti sportive capable de recevoir des carrosseries très différentes.

La Type 40 doit surtout être distinguée de la Type 40A apparue à la fin de sa carrière. Cette dernière adopte notamment une cylindrée portée à 1 627 cm3 et un châssis long. Les deux appellations sont parfois regroupées dans les chiffres de production, ce qui explique certaines divergences concernant le nombre exact d’exemplaires construits.

Une petite Bugatti routière née en 1926

Au milieu des années 1920, Bugatti possède déjà une solide expérience des voitures légères à quatre cylindres. La Type 40 prolonge cette tradition et prend la relève, dans l’esprit, des petites Bugatti Brescia issues de la Bugatti Type 13. Elle ne constitue toutefois pas une simple évolution de ces modèles plus anciens. Sa conception bénéficie directement des développements effectués par la marque en compétition.

Cette stratégie permet à Bugatti de proposer une voiture moins exclusive que ses huit cylindres tout en conservant les qualités qui caractérisent la marque: mécanique sophistiquée pour sa catégorie, châssis léger et comportement vif. La Type 40 se trouve ainsi à l’autre extrémité de la gamme sportive par rapport à la prestigieuse Bugatti Type 35, devenue l’une des références de la compétition durant la même période.

La Type 40 est fabriquée à Molsheim à partir de 1926. Sa production principale s’étend jusqu’en 1930, même si certaines sources documentaires prolongent la fabrication ou les livraisons jusqu’en 1931. Cette différence de datation tient notamment aux derniers châssis et à la transition vers la Type 40A.

Elle s’insère dans une gamme qui se diversifie rapidement. La Type 40 représente la proposition légère à quatre cylindres, tandis que la Bugatti Type 44 offre à partir de la même époque une mécanique huit cylindres et un positionnement routier supérieur. Cette hiérarchie aide à comprendre la vocation de la Type 40: conserver le caractère Bugatti dans une automobile plus compacte et moins complexe.

Un moteur dérivé de la compétition

L’élément mécanique le plus caractéristique de la Type 40 est son quatre cylindres en ligne de 1 496 cm3. Avec un alésage de 69 mm et une course de 100 mm, il utilise un arbre à cames en tête et trois soupapes par cylindre. Cette architecture à douze soupapes est directement apparentée à celle de la Bugatti Type 37, mais adaptée aux exigences d’une voiture routière.

La puissance exacte varie suivant les spécifications et les sources historiques. Environ 45 à 50 ch constituent des valeurs fréquemment associées aux Type 40 routières, tandis que certaines Grand Sport sont créditées d’une puissance pouvant atteindre environ 60 ch. Il serait donc trompeur d’appliquer la valeur la plus élevée à l’ensemble de la production.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte mécanique à quatre rapports. La conception reste classique dans son principe, mais le rapport entre cylindrée, masse et sophistication mécanique donne à la Type 40 un caractère sensiblement plus sportif que celui d’une automobile de tourisme ordinaire de la seconde moitié des années 1920.

La proximité technique avec les Bugatti de course est réelle sans faire de la Type 40 une voiture de Grand Prix homologuée pour la route. Sa mécanique est notamment adaptée afin d’améliorer sa souplesse et sa fiabilité. Elle appartient ainsi à la même culture technique que la Bugatti Type 39, autre quatre cylindres de 1,5 litre, mais répond à un usage très différent.

Fiche technique de la Bugatti Type 40

CaractéristiqueBugatti Type 40
PériodeÀ partir de 1926, production principale jusqu’en 1930, derniers exemplaires ou livraisons documentés jusqu’en 1931
Architecture moteur4 cylindres en ligne atmosphérique
Cylindrée1 496 cm3
Alésage x course69 x 100 mm
DistributionArbre à cames en tête, 3 soupapes par cylindre, 12 soupapes
PuissanceEnviron 45 à 50 ch sur de nombreuses versions, jusqu’à environ 60 ch indiqué pour certaines Grand Sport
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
StructureChâssis séparé à longerons
Suspension avantEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts quart-elliptiques
FreinsTambours à commande mécanique aux quatre roues
EmpattementEnviron 2,56 m sur certaines versions, configurations longues autour de 2,71 m
PoidsVariable selon carrosserie, généralement environ 750 à 900 kg
Vitesse maximaleEnviron 120 à 125 km/h pour de nombreuses configurations, jusqu’à environ 135 km/h documentés pour certains exemplaires Grand Sport
ProductionEnviron 780 exemplaires couramment cités, décompte variant suivant l’inclusion de la Type 40A
Site de productionMolsheim, France

Un même châssis pour de nombreuses carrosseries

Parler de la silhouette de la Type 40 impose de tenir compte de la manière dont les automobiles de prestige étaient commercialisées à cette époque. Toutes les voitures ne possèdent pas une carrosserie identique: Bugatti propose différentes configurations et certains châssis sont habillés par des carrossiers indépendants. On rencontre ainsi des Grand Sport, des roadsters, des carrosseries ouvertes de tourisme ainsi que des réalisations fermées.

Les exemplaires sportifs ouverts affichent les signes visuels aujourd’hui les plus associés au modèle: radiateur Bugatti en fer à cheval, capot étroit et relativement long, ailes séparées, habitacle compact et roues à rayons. Certaines Grand Sport possèdent une disposition 2+2 et une unique porte latérale. Ces caractéristiques ne peuvent cependant pas être utilisées comme définition absolue de toutes les Type 40, tant les carrosseries diffèrent.

Cette diversité explique également les variations de dimensions, de poids et de performances. Une carrosserie légère ouverte ne sollicite pas le quatre cylindres de la même façon qu’une berline plus lourde. Il est donc plus pertinent de considérer les quelque 120 à 125 km/h souvent annoncés comme un ordre de grandeur que comme une performance garantie pour chaque Type 40. Certains exemplaires Grand Sport sont documentés avec une vitesse supérieure, pouvant approcher 135 km/h.

La Type 40 conserve néanmoins des proportions sensiblement plus modestes que les Bugatti routières à huit cylindres. Cette compacité, associée à une mécanique issue de la compétition, constitue précisément son identité. Une voiture comme la Bugatti Type 43 poursuit à la même époque une ambition beaucoup plus radicale, avec des performances et une mécanique d’un tout autre niveau.

Type 40 et Type 40A, deux versions à ne pas confondre

La Type 40A apparaît en 1930 comme une évolution de la formule. La différence essentielle se trouve sous le capot: son quatre cylindres atteint 1 627 cm3, contre 1 496 cm3 pour la Type 40. Elle est également associée à un châssis long et sa puissance est donnée autour de 50 PS dans la documentation historique de Bugatti.

La Type 40A est nettement plus rare. Bugatti évoque une production limitée à environ 40 ou 50 exemplaires. Le problème vient du fait que certaines références historiques comptabilisent séparément les Type 40 et 40A, tandis que d’autres regroupent tout ou partie de leur production. Pour la Type 40, environ 780 exemplaires constitue un chiffre fréquemment avancé, mais d’autres décomptes donnent 745 Type 40 auxquels viennent s’ajouter les Type 40A.

La même distinction est nécessaire pour les caractéristiques techniques. Une cylindrée de 1 627 cm3 ne doit pas être attribuée à la Type 40 originelle, pas davantage que toutes les dimensions du châssis long. Pour identifier une voiture survivante, le numéro de châssis, la mécanique et l’historique de la carrosserie sont donc plus fiables qu’une simple comparaison visuelle.

La Type 40 aux 24 Heures du Mans

Bien que conçue avant tout comme automobile routière, la Type 40 possède un épisode important dans l’histoire des 24 Heures du Mans. En 1930, Marguerite Mareuse et Odette Siko prennent le départ de l’épreuve au volant d’une Bugatti Type 40 de 1,5 litre. Elles deviennent les premières femmes à participer à la course mancelle.

Leur performance dépasse la portée symbolique de cette première participation. L’équipage termine septième du classement général, un résultat remarquable pour la petite Bugatti face à des automobiles plus puissantes et qui restera une référence dans l’histoire des équipages féminins au Mans. Mareuse et Siko reviennent avec une Type 40 lors de l’édition 1931, mais leur participation se termine cette fois par une disqualification.

La compétition n’est cependant pas la vocation principale de la Type 40. Son intérêt historique tient davantage à sa capacité à réunir plusieurs facettes du savoir-faire de Molsheim: une mécanique dérivée de la course, un châssis léger, une utilisation routière réaliste et la possibilité de recevoir des carrosseries très diverses. Des Type 40 ont également participé à des voyages au long cours, dont une expédition transsaharienne reliant l’Europe et l’Afrique occidentale, démontrant un registre d’utilisation particulièrement éloigné des circuits.