Lancée en 1927, la Bugatti Type 43 transpose sur route une part remarquable de la technologie développée par Molsheim pour la compétition. Son principe est spectaculaire pour l’époque : associer un châssis routier allongé au huit-cylindres 2,3 litres suralimenté dérivé de la voiture de Grand Prix Type 35B. Avec une vitesse dépassant 160 km/h, elle compte parmi les automobiles de série les plus rapides de la fin des années 1920.
Une Bugatti de Grand Prix adaptée à la route
La Type 43 apparaît au moment où Bugatti bénéficie du formidable succès sportif de la Bugatti Type 35. Plutôt que de développer une grande sportive entièrement indépendante de ses voitures de course, la marque réunit des solutions déjà éprouvées : une mécanique issue de la compétition et un châssis mieux adapté à une utilisation routière.
La parenté mécanique la plus importante concerne la Bugatti Type 35b. La Type 43 reprend le principe de son huit-cylindres en ligne de 2 262 cm3 avec compresseur, tout en l’installant dans une automobile offrant davantage d’espace et un empattement proche de 2,97 m. Cette combinaison permet d’obtenir une voiture utilisable hors circuit sans renoncer aux performances qui font alors la réputation de Bugatti.
Le résultat occupe une place particulière dans la gamme. Les modèles routiers contemporains comme la Bugatti Type 44 privilégient davantage le tourisme, tandis que la Type 43 conserve un caractère beaucoup plus directement inspiré de la compétition. Elle préfigure ainsi une formule que Bugatti reprendra au début des années 1930 : installer une mécanique de course très performante dans une sportive conçue pour circuler sur route.
Un huit-cylindres 2,3 litres à compresseur
Le moteur constitue l’élément déterminant de la Type 43. Ce huit-cylindres en ligne de 2 262 cm3 possède un alésage de 60 mm et une course de 100 mm. Sa distribution repose sur un arbre à cames en tête et trois soupapes par cylindre, soit 24 soupapes au total. La suralimentation est assurée par un compresseur de type Roots.
La puissance généralement documentée pour la Type 43 est d’environ 120 ch à 5 000 tr/min. Des valeurs différentes apparaissent dans certaines publications historiques, notamment en fonction des voitures et des configurations considérées. Les carburateurs ne sont pas non plus uniformes sur tous les exemplaires connus : des Type 43 documentées ont notamment reçu des équipements Solex ou Zenith.
La transmission reste conventionnelle dans son principe, avec moteur longitudinal avant, boîte mécanique à quatre rapports et propulsion. Le châssis séparé conserve des essieux rigides, avec ressorts à lames semi-elliptiques à l’avant et quart-elliptiques inversés à l’arrière. Le freinage repose sur quatre tambours à commande mécanique.
Les roues en aluminium coulé constituent l’un des signes distinctifs les plus immédiatement reconnaissables. Étroitement associées aux Bugatti de Grand Prix de cette période, elles participent aussi à la filiation visuelle entre Type 43 et Type 35. Leur dessin très caractéristique contribue à donner à cette voiture de route une apparence inhabituellement proche de celle des machines de compétition de Molsheim.
Fiche technique de la Bugatti Type 43
| Caractéristique | Bugatti Type 43 |
|---|---|
| Année de lancement | 1927 |
| Architecture moteur | 8 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 2 262 cm3 |
| Alésage x course | 60 x 100 mm |
| Distribution | 1 arbre à cames en tête, 3 soupapes par cylindre, 24 soupapes |
| Suralimentation | Compresseur de type Roots |
| Puissance | Environ 120 ch à 5 000 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Mécanique à 4 rapports |
| Structure | Châssis séparé |
| Suspension avant | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts à lames quart-elliptiques inversés |
| Freins | 4 tambours à commande mécanique |
| Empattement | Environ 2 970 mm |
| Voies | Environ 1 250 mm |
| Longueur | Environ 4 220 mm selon carrosserie |
| Largeur | Environ 1 480 mm selon carrosserie |
| Poids | Environ 1 100 kg selon carrosserie et configuration |
| Vitesse maximale | Plus de 160 km/h, environ 170 km/h selon configuration |
| Carrosserie principale | Grand Sport ouverte |
| Production | Environ 160 exemplaires |
Une Grand Sport capable de dépasser 100 mph
Les performances placent la Type 43 dans une catégorie exceptionnelle pour 1927. Plusieurs références historiques lui attribuent une vitesse maximale supérieure à 100 mph, soit 160,9 km/h, et des estimations proches de 170 km/h sont régulièrement données pour la Grand Sport. Certains exemplaires ou récits d’époque font apparaître des valeurs encore supérieures, mais elles ne peuvent pas être appliquées indistinctement à toute la production.
Cette capacité à franchir le seuil symbolique des 100 mph explique une grande partie de sa réputation. La Type 43 est souvent présentée comme la première voiture de série capable de dépasser cette vitesse, tandis que d’autres sources emploient la formulation plus mesurée d’une des premières automobiles de production à y parvenir. Dans les deux cas, son niveau de performance demeure exceptionnel face aux voitures routières de la seconde moitié des années 1920.
Cette rapidité ne transforme pourtant pas la Type 43 en simple Type 35 munie d’ailes et de phares. Son empattement sensiblement plus long modifie les proportions et permet d’accueillir une carrosserie plus habitable. Bugatti cherche ainsi moins à homologuer une voiture de course pour la route qu’à construire une véritable Grand Sport bénéficiant directement de l’expérience acquise en Grand Prix.
Une silhouette immédiatement identifiable
La carrosserie Grand Sport d’usine associe le radiateur Bugatti en fer à cheval à un long capot étroit, des ailes séparées et une poupe effilée. L’habitacle ouvert et les roues de secours disposées latéralement renforcent l’allure sportive. Sur la carrosserie d’usine connue, l’accès présente également des particularités telles qu’une porte latérale unique et une ouverture permettant d’atteindre l’espace à bagages arrière.
Ces proportions permettent de distinguer assez facilement une Type 43 d’une Type 35 malgré leur forte parenté esthétique. La Type 35 est avant tout une voiture de Grand Prix compacte, alors que la Type 43 possède une silhouette plus longue et une carrosserie pensée pour transporter plusieurs occupants. Elle reste néanmoins beaucoup plus dépouillée et sportive qu’une Bugatti Type 40, plus modeste en performances.
Toutes les Type 43 ne présentent cependant pas exactement cette silhouette. Certains châssis ont reçu des carrosseries particulières ou ont été recarrossés au cours de leur existence. Le roadster réalisé par Lavocat et Marsaud sur le châssis 43233 constitue un exemple documenté de cette diversité. Il faut donc distinguer les caractéristiques du châssis Type 43 de celles de la carrosserie Grand Sport d’usine.
Production, Type 43A et rareté
La production communément admise se situe autour de 160 exemplaires. Les archives et travaux consacrés à Bugatti montrent toutefois une histoire industrielle moins simple qu’une période de production uniforme : les premières fabrications auraient commencé dès la fin de 1926, avant le lancement de 1927, tandis que certains châssis restés disponibles ont été vendus plus tard. C’est pourquoi les dates attribuées à certaines voitures peuvent correspondre à leur construction, à leur livraison ou à leur immatriculation.
La Type 43A complique également la lecture de cette production. Cette appellation est associée à une évolution plus routière et apparaît de façon variable dans les sources historiques. Les décomptes ne séparent donc pas toujours Type 43 et Type 43A de manière identique. Pour la Type 43 traitée ici, 1927 constitue l’année de référence et la Grand Sport la configuration la plus représentative.
Le prix catalogue français rapporté pour la Type 43 atteint 165 000 francs, même si les archives de transactions montrent des montants différents suivant les intermédiaires, les marchés et les conditions de vente. Au Royaume-Uni, un prix de 1 200 livres est documenté en 1927. Son faible volume de fabrication et la valeur historique de sa mécanique expliquent aujourd’hui son statut de Bugatti majeure de l’entre-deux-guerres, mais la valeur d’un exemplaire dépend fortement de son authenticité, de son historique et de sa carrosserie.
De la route à la compétition
Malgré sa vocation routière, la Type 43 a réellement couru. Elle apparaît notamment dans des épreuves disputées au Nürburgring, à Brooklands et lors de la Mille Miglia. En 1928, Gastone Brilli-Peri et Arturo Lumini terminent sixièmes de la Mille Miglia sur une Type 43, devant d’autres équipages engagés avec le même modèle. Ces participations illustrent la proximité inhabituelle entre la voiture commercialisée par Bugatti et les machines destinées à la compétition.
La formule de la Type 43 trouve quelques années plus tard un prolongement encore plus sophistiqué. Après l’apparition en compétition de la Bugatti Type 51, Bugatti développe une nouvelle grande sportive utilisant une mécanique apparentée à cette dernière. La Bugatti Type 55, lancée en 1932, reprend ainsi l’idée fondamentale qui avait fait de la Type 43 une automobile si singulière : mettre sur route, dans une carrosserie utilisable hors des circuits, une part substantielle des performances d’une Bugatti de Grand Prix.




