Présentée en 1927, la Bugatti Type 44 occupe une place particulière dans la production de Molsheim. Avec son huit cylindres en ligne de près de 3 litres, elle transpose une partie du savoir-faire mécanique de la marque dans une automobile destinée avant tout à la route. Plus grande et plus polyvalente que les Bugatti de compétition, elle pouvait recevoir des carrosseries très diverses, du roadster léger à la berline, et devint l’un des modèles Bugatti les plus diffusés de l’entre-deux-guerres.
Une grande routière Bugatti lancée en 1927
La Type 44 apparaît au Salon de Paris d’octobre 1927. Elle s’inscrit dans une lignée de Bugatti routières à huit cylindres dont les origines remontent notamment à la Bugatti Type 30. Son rôle n’est cependant pas de devenir une nouvelle voiture de Grand Prix. Elle doit offrir les qualités d’un huit cylindres Bugatti dans une automobile adaptée aux voyages et à une clientèle recherchant davantage de souplesse et de polyvalence.
Elle succède dans ce rôle à la Type 38, dont le moteur de 2 litres laisse place à une mécanique d’environ 3 litres. La Type 44 prend ainsi position au coeur de la gamme de la fin des années 1920. La Bugatti Type 40, plus compacte, repose sur un quatre cylindres, tandis que les modèles sportifs conservent une philosophie sensiblement différente.
La Type 44 ne constitue pas pour autant une Bugatti conventionnelle au sens d’une automobile produite avec une carrosserie unique. Comme il était courant pour les voitures de prestige de cette période, le châssis pouvait recevoir différentes réalisations, proposées par Bugatti ou exécutées par des carrossiers. Cette diversité explique les importantes différences d’apparence, de dimensions et de masse entre deux Type 44 pourtant mécaniquement apparentées.
La production est généralement située entre 1927 et 1930. Le chiffre de 1 095 exemplaires est couramment retenu et concorde avec l’indication de plus de 1 000 voitures donnée par Bugatti. À l’échelle de la production historique de Molsheim, ce volume fait de la Type 44 une automobile relativement importante, bien loin de la confidentialité de certaines Bugatti aujourd’hui plus célèbres.
Un huit cylindres de 3 litres conçu pour la route
Le coeur de la Type 44 est un huit cylindres en ligne atmosphérique de 2 991 cm3, parfois arrondi à 2 992 cm3. Avec un alésage de 69 mm et une course de 100 mm, il utilise un arbre à cames en tête et trois soupapes par cylindre, soit 24 soupapes. Son vilebrequin repose sur neuf paliers, une disposition destinée notamment à obtenir le fonctionnement régulier attendu d’une grande routière.
La puissance communément documentée est d’environ 80 ch. Elle est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports. Cette mécanique ne cherche donc pas à reproduire la brutalité d’une Bugatti de course suralimentée. Son intérêt réside davantage dans la disponibilité du huit cylindres, son agrément sur route et sa capacité à entraîner des carrosseries sensiblement plus lourdes que celles des voitures de Grand Prix.
Cette distinction permet notamment d’éviter une confusion avec la Bugatti Type 43, contemporaine de la Type 44 mais beaucoup plus sportive. La Type 43 reçoit un moteur 2,3 litres suralimenté étroitement apparenté à celui de la Bugatti Type 35b, alors que la Type 44 reste atmosphérique et privilégie une cylindrée supérieure.
Les performances varient nécessairement avec la carrosserie et la démultiplication. Une vitesse d’environ 145 km/h est documentée pour un roadster Type 44 particulièrement léger, tandis que des valeurs plus modestes sont cohérentes avec les carrosseries fermées. Il serait donc trompeur d’attribuer une vitesse maximale unique à toutes les voitures produites.
Fiche technique de la Bugatti Type 44
| Caractéristique | Bugatti Type 44 |
|---|---|
| Présentation | 1927 |
| Période de production | 1927 à 1930 |
| Moteur | 8 cylindres en ligne atmosphérique |
| Cylindrée | 2 991 cm3, parfois indiquée 2 992 cm3 par arrondi |
| Alésage x course | 69 x 100 mm |
| Distribution | Arbre à cames en tête, 3 soupapes par cylindre, 24 soupapes |
| Vilebrequin | 9 paliers |
| Alimentation | Carburateur |
| Refroidissement | Liquide |
| Puissance | Environ 80 ch |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Structure | Châssis séparé |
| Suspension | Essieux rigides et ressorts à lames |
| Freins | Tambours sur les quatre roues, commande mécanique |
| Empattement | Environ 3 120 ou 3 220 mm selon châssis |
| Poids | Variable selon le châssis et la carrosserie |
| Vitesse maximale | Jusqu’à environ 145 km/h pour certaines carrosseries légères |
| Production | Environ 1 095 exemplaires |
Des carrosseries très différentes sur un même châssis
L’identité visuelle d’une Type 44 ne se résume pas à une silhouette déterminée. Le modèle a existé sous forme de roadsters, torpédos, cabriolets, coupés et berlines, auxquels s’ajoutent différentes réalisations particulières. Certaines voitures étaient habillées dans l’environnement de Bugatti, d’autres par des spécialistes indépendants. Gangloff et Wiederkehr comptent parmi les noms associés à des exemplaires documentés.
Les proportions générales restent celles d’une Bugatti de la fin des années 1920 : long capot, radiateur en fer à cheval, ailes séparées et habitacle nettement rejeté vers l’arrière. Mais le dessin du pare-brise, des portières, du pavillon, des ailes arrière ou de la poupe dépend directement de la carrosserie. Deux empattements, d’environ 3,12 et 3,22 m, renforcent encore cette variété.
Le roadster constitue l’une des interprétations les plus dépouillées de la Type 44. Certaines réalisations ne comportent que deux places et peuvent être dépourvues de portières. À l’opposé, une carrosserie fermée transforme le même principe mécanique en véritable automobile de voyage. Les écarts de masse qui en résultent expliquent pourquoi les chiffres de poids et de performances rencontrés pour la Type 44 ne sont pas toujours directement comparables.
Cette polyvalence permet aussi de comprendre sa position face à la Bugatti Type 35. Malgré des traits stylistiques et une culture technique communes, la Type 44 n’est pas une déclinaison assagie de la célèbre voiture de Grand Prix. Son châssis plus long, sa diversité de carrosseries et son moteur atmosphérique de plus forte cylindrée répondent à une autre utilisation.
Une routière située au centre de la gamme de Molsheim
La Type 44 constitue un échelon intermédiaire dans une gamme Bugatti qui se diversifie fortement à la fin des années 1920. Elle associe une mécanique prestigieuse à huit cylindres à des dimensions encore raisonnables, tandis que la Bugatti Type 46 s’adresse à un registre supérieur avec une cylindrée et un gabarit nettement plus importants.
Cette place explique aussi pourquoi il faut distinguer soigneusement la Type 44 de certaines fiches techniques qui lui attribuent un moteur d’environ 3,25 litres et une puissance dépassant 100 ch. La définition la mieux établie de la Type 44 reste celle du huit cylindres atmosphérique de 2 991 cm3 développant environ 80 ch. Les caractéristiques supérieures parfois associées à son nom proviennent notamment de confusions avec d’autres évolutions de la famille des huit cylindres Bugatti.
À partir de 1930, la gamme évolue rapidement. La Type 49 reprend le rôle de grande routière huit cylindres avec une cylindrée portée à environ 3,2 litres. Parallèlement, des modèles comme la Bugatti Type 50 illustrent l’évolution de Molsheim vers des automobiles de route encore plus puissantes et ambitieuses au début des années 1930.
La Type 44 en compétition et aujourd’hui en collection
Contrairement aux Bugatti conçues spécifiquement pour les Grands Prix, la Type 44 n’a pas bâti sa réputation sur un vaste palmarès sportif. Elle a néanmoins connu quelques engagements en compétition. Le cas le plus notable concerne les 24 Heures du Mans 1934, où une Type 44 modifiée pilotée par Norbert Jean Mahé et Jean Desvignes est documentée à la neuvième place du classement général et à la deuxième place de sa classe.
Ce résultat tardif ne change pas la vocation première du modèle, mais montre les possibilités offertes par son huit cylindres et son châssis. La Type 44 pouvait conjuguer endurance mécanique et performances élevées pour une automobile routière née dans la seconde moitié des années 1920, sans adopter la suralimentation des Bugatti de compétition contemporaines.
Pour les exemplaires survivants, l’authenticité ne s’évalue pas seulement à partir du numéro de modèle. Les numéros de châssis et de moteur, la provenance ainsi que l’origine et l’ancienneté de la carrosserie jouent un rôle essentiel. Certaines voitures disposent d’un historique retraçable jusque dans les registres de Molsheim, avec leur date de fabrication, leur agent distributeur et parfois le carrossier chargé de les habiller. Cette diversité historique explique aujourd’hui les écarts importants entre deux Type 44 apparemment proches.




