Dévoilée en août 2008 à Pebble Beach, la Bugatti Veyron Grand Sport transpose les performances hors normes de la Bugatti Veyron dans une carrosserie découvrable. Son principe paraît simple, retirer le toit du coupé, mais l’exécution impose une profonde révision de la structure. Avec 1 001 ch, quatre roues motrices et une vitesse maximale annoncée de 407 km/h lorsque son toit rigide est installé, elle reste techniquement très proche de la Veyron originelle tout en proposant une expérience différente à ciel ouvert.
De la Veyron 16.4 au roadster Grand Sport
La Grand Sport est directement dérivée de la Bugatti Veyron 16.4. Bugatti conserve son moteur W16 de 7 993 cm3 à quatre turbocompresseurs, sa transmission intégrale et sa boîte à double embrayage à sept rapports. Le défi consiste donc moins à augmenter les performances qu’à préserver celles de la Veyron après la suppression d’une partie essentielle de sa structure supérieure.
Bugatti annonce officiellement la voiture au début du mois d’août 2008 avant sa première présentation publique à Pebble Beach, en Californie, le 16 août. Le premier exemplaire destiné à la production est proposé aux enchères dès le lendemain. Il atteint 2,9 millions de dollars au marteau, soit 3,19 millions avec les frais, alors que le tarif annoncé pour une Grand Sport neuve est de 1,4 million d’euros hors taxes.
La commercialisation débute en 2009 et l’assemblage est effectué à Molsheim, en Alsace, comme pour les autres Veyron. La Grand Sport n’est pas un cabriolet conventionnel doté d’une capote électrique. Son pavillon principal est un panneau rigide transparent amovible. Celui-ci ne peut pas être rangé à bord lorsqu’il est déposé. Bugatti fournit donc un petit toit souple pliable pouvant être conservé dans la voiture et installé en cas de changement soudain de météo.
Une structure profondément renforcée
Retirer le toit fixe d’une automobile conçue pour dépasser 400 km/h pose des contraintes considérables. La monocoque en fibre de carbone est donc renforcée afin de conserver une rigidité compatible avec les performances de la Veyron. Bugatti retravaille notamment les bas de caisse et le tunnel central, auquel est ajoutée une plaque en carbone. Une traverse supplémentaire rigidifie également la structure transversalement.
Les portes spécifiques sont réalisées en fibre de carbone et intègrent une poutre longitudinale destinée à mieux transmettre les efforts entre les zones avant et arrière de la cellule. Derrière les occupants, les deux imposantes prises d’air ne servent pas seulement à alimenter et refroidir la mécanique. Leur structure renforcée participe aussi à la protection des occupants en cas de retournement.
Ces transformations expliquent pourquoi la Grand Sport ne se résume pas à une Veyron dont le pavillon aurait été découpé. Le travail porte simultanément sur la rigidité, la sécurité, l’aérodynamique et le comportement à très haute vitesse. Malgré cette évolution, la silhouette reste immédiatement identifiable, avec son habitacle avancé, ses flancs sculptés par la grande courbe caractéristique de la Veyron et son arrière très large.
Fiche technique de la Bugatti Veyron Grand Sport
| Caractéristique | Bugatti Veyron Grand Sport |
|---|---|
| Présentation | 2008 |
| Commercialisation | À partir de 2009 |
| Carrosserie | Roadster biplace à toit rigide amovible |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone renforcée |
| Implantation moteur | Central arrière longitudinal |
| Moteur | W16 à 72 degrés, quatre turbocompresseurs |
| Cylindrée | 7 993 cm3 |
| Distribution | 64 soupapes, quatre arbres à cames en tête |
| Puissance maximale | 1 001 ch à 6 000 tr/min |
| Puissance | 736 kW |
| Couple maximal | 1 250 Nm |
| Plage de couple maximal | Environ 2 200 à 5 500 tr/min |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Double embrayage à 7 rapports |
| Suspension | Indépendante, doubles triangles, suspension pilotée |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins | Disques carbone-céramique ventilés, ABS, aérofrein actif |
| Diamètre des freins | Environ 400 mm avant et 380 mm arrière |
| Jantes | 20 pouces |
| Pneus | Michelin PAX, monte généralement documentée en 265/35 ZR20 avant et 365/30 ZR20 arrière |
| Longueur | 4 462 mm |
| Largeur | 1 998 mm |
| Hauteur | 1 204 mm |
| Empattement | 2 710 mm |
| Voie avant | Environ 1 715 mm |
| Voie arrière | Environ 1 618 mm |
| Poids | Environ 1 990 kg |
| Réservoir | Environ 100 litres |
| 0 à 100 km/h | Environ 2,5 à 2,7 s suivant protocole |
| Vitesse maximale avec toit rigide | 407 km/h |
| Vitesse maximale toit ouvert | 360 km/h, limitée électroniquement |
| Consommation mixte homologuée | Environ 24,9 l/100 km selon le cycle européen documenté |
| Émissions de CO2 | Environ 596 g/km selon le cycle européen documenté |
| Lieu d’assemblage | Molsheim, France |
1 001 ch à ciel ouvert
Le W16 conserve les caractéristiques qui ont fait de la Veyron une automobile à part. Ses quatre turbocompresseurs permettent d’obtenir 1 001 ch et 1 250 Nm sans modifier la philosophie mécanique du coupé. La puissance est transmise aux quatre roues par une boîte à double embrayage à sept rapports, une architecture indispensable pour exploiter le couple considérable disponible tout en maintenant la motricité.
Avec le panneau de toit rigide installé, la Grand Sport peut atteindre les mêmes 407 km/h annoncés que la Veyron 16.4. Lorsque le toit est retiré, la vitesse est limitée électroniquement à 360 km/h. Cette distinction est importante, car certaines publications ont également mentionné 350 km/h. La documentation Bugatti consacrée au modèle retient bien 360 km/h comme limite à ciel ouvert.
Le petit toit souple de secours répond à une logique différente. Il permet de poursuivre le trajet si la pluie survient après avoir laissé le pavillon rigide au garage. Les documents Bugatti ne sont toutefois pas parfaitement homogènes sur sa limite d’utilisation : la documentation de lancement mentionne 130 km/h, tandis qu’une communication ultérieure évoque 160 km/h. Il ne doit donc pas être assimilé au véritable toit rigide de la Grand Sport.
L’aérodynamique active reste essentielle au fonctionnement de la voiture. L’aileron arrière change de position en fonction des conditions et peut participer au freinage comme aérofrein. La suspension pilotée adapte également la hauteur de caisse aux différents modes de conduite, afin de concilier stabilité à très haute vitesse et utilisation routière.
Une Grand Sport reconnaissable au-delà de son toit
La transformation s’accompagne de détails spécifiques. Les deux prises d’air placées derrière les sièges deviennent des éléments visuels majeurs et donnent à la Grand Sport une silhouette immédiatement différente du coupé. Les portes en carbone et les renforcements restent en grande partie invisibles, mais constituent des différences techniques fondamentales.
Bugatti modifie également certains équipements pour l’usage découvert. L’habitacle reçoit notamment des matériaux adaptés à une exposition accrue à l’humidité. Le système audio est conçu pour rester exploitable à ciel ouvert, tandis qu’une caméra de recul affiche son image sur un petit écran intégré au rétroviseur intérieur. Les jantes et plusieurs détails de finition contribuent aussi à distinguer le modèle.
La Grand Sport a donné lieu à des configurations particulièrement élaborées. L’une des plus connues est L’Or Blanc, présentée en collaboration avec la manufacture de porcelaine berlinoise KPM. Ces réalisations illustrent la personnalisation poussée proposée aux clients, mais ne changent pas la base mécanique de la Grand Sport de 1 001 ch.
58 Grand Sport et l’arrivée de la Vitesse
Le chiffre de 150 exemplaires souvent associé à la Grand Sport demande une précision importante. Bugatti avait prévu 150 Veyron découvrables, mais la production finale de roadsters comprend deux versions distinctes. Elle se répartit entre 58 Grand Sport de 1 001 ch et 92 Grand Sport Vitesse, soit 150 voitures ouvertes au total. Présenter les 150 exemplaires comme autant de Grand Sport originales serait donc incorrect.
À partir de 2012, la Bugatti Veyron Grand Sport Vitesse pousse beaucoup plus loin le concept. Elle reçoit une évolution de 1 200 ch et 1 500 Nm issue de la Bugatti Veyron Super Sport, avec des turbocompresseurs, des échangeurs, une transmission et une aérodynamique adaptés. La Vitesse n’est donc pas une simple finition de la Grand Sport : elle constitue une évolution mécanique majeure et possède une identité technique propre.
Cette distinction permet également d’attribuer correctement les records. La Grand Sport de 1 001 ch est officiellement donnée pour 360 km/h toit retiré, mais le record de 408,84 km/h établi en 2013 par une Veyron découvrable appartient à la Grand Sport Vitesse de 1 200 ch. De même, la dernière Veyron construite en 2015, baptisée La Finale, est une Grand Sport Vitesse et non une Grand Sport originelle.
De Molsheim à la fin de l’ère Veyron
La Grand Sport occupe une place particulière dans la chronologie moderne de Bugatti. Lorsque la production du coupé Veyron arrive à son terme, les versions ouvertes prolongent la carrière du modèle jusqu’en 2015. Sur les 450 Veyron produites toutes versions confondues, 150 sont des roadsters, ce qui fait des 58 Grand Sport de 1 001 ch une variante sensiblement plus rare que ne le laisse penser le chiffre de production initialement annoncé.
La fin de la Veyron ouvre la voie à la Bugatti Chiron, qui reprend le principe du W16 quatre turbos tout en faisant progresser la puissance, les performances et la technologie. La Chiron demeure toutefois un coupé : la continuité directe de l’idée d’une Bugatti W16 à ciel ouvert réapparaît plus tard avec la Bugatti Mistral.
La rareté de la Grand Sport tient ainsi moins aux 150 roadsters Veyron assemblés qu’à la répartition réelle de cette production. Avec seulement 58 exemplaires de la version originale à 1 001 ch, elle représente une étape très précise du programme Veyron : celle où Bugatti réussit pour la première fois à associer la mécanique de son hypersportive de série à une carrosserie ouverte capable de conserver une vitesse supérieure à 400 km/h lorsque son pavillon rigide est remis en place.




