Lancée en 2002, la Maserati Coupe marque une rupture mécanique majeure dans l’histoire récente de la marque tout en conservant une silhouette familière. Elle succède directement à la Maserati 3200 GT, mais abandonne son V8 biturbo pour un nouveau V8 atmosphérique de 4,2 litres. Cette évolution s’accompagne d’une transmission transaxle, avec boîte de vitesses installée sur l’essieu arrière, et d’une orientation internationale renforcée, notamment vers le marché américain.
Produite jusqu’en 2007, cette GT quatre places est officiellement désignée Maserati Coupé, même si l’appellation Maserati 4200 GT s’est largement imposée dans l’usage pour la distinguer de la 3200 GT. Son code interne M138 permet également de l’identifier sans ambiguïté.
Une nouvelle génération sous une carrosserie familière
À première vue, la Coupé semble être une évolution de la 3200 GT plutôt qu’un nouveau modèle. Ce choix est logique : la ligne dessinée par Italdesign reste récente et constitue déjà une identité forte pour Maserati. La transformation est pourtant beaucoup plus profonde qu’un simple restylage. La chaîne cinématique est entièrement revue et traduit le rapprochement technique alors en cours entre Maserati et Ferrari.
Le premier modèle à inaugurer cette nouvelle mécanique est le Maserati Spyder, présenté en 2001. La Coupé suit au salon de Detroit en janvier 2002. Le choix des États-Unis pour sa présentation n’est pas anodin : Maserati prépare alors son retour officiel sur ce marché après plus d’une décennie d’absence.
Le changement le plus important se trouve sous le capot. Le V8 3,2 litres biturbo de la 3200 GT disparaît au profit d’un V8 atmosphérique de 4 244 cm³. À quatre arbres à cames et 32 soupapes, alimenté par injection électronique, il développe 390 ch à 7 000 tr/min et environ 451 Nm à 4 500 tr/min. Son carter sec répond à une architecture plus sportive que celle d’une GT conventionnelle.
La disposition mécanique change elle aussi. Le moteur reste longitudinal à l’avant, mais la boîte de vitesses et le différentiel sont regroupés à l’arrière selon une architecture transaxle. Cette organisation contribue à mieux répartir les masses entre les deux essieux et devient l’une des caractéristiques essentielles de la Coupé.
GT et Cambiocorsa, deux façons d’exploiter le V8
Maserati commercialise deux principales configurations de transmission. La Maserati Coupé GT reçoit une boîte mécanique à six rapports commandée par un levier traditionnel. Elle représente la solution la plus conventionnelle pour une grande GT à propulsion, tout en conservant la disposition transaxle.
La Maserati Coupé Cambiocorsa utilise également une boîte mécanique à six rapports, mais l’embrayage et la sélection des vitesses sont actionnés par un dispositif électrohydraulique. Le conducteur commande les rapports à l’aide de palettes placées derrière le volant. Il ne s’agit donc pas d’une boîte automatique classique à convertisseur, malgré le classement parfois retenu dans les catalogues automobiles.
Le système Cambiocorsa propose plusieurs logiques de fonctionnement, dont des modes Normal, Sport et Auto. Il constitue au début des années 2000 l’un des éléments technologiques les plus visibles du rapprochement entre les univers Maserati et Ferrari. La boîte manuelle reste néanmoins disponible pour les clients préférant une interaction plus traditionnelle.
Le châssis repose sur une coque en acier et des trains roulants indépendants à doubles triangles aux quatre roues. Des disques ventilés assurent le freinage, tandis que des jantes de 18 pouces chaussent des pneus plus larges à l’arrière. Une suspension pilotée Skyhook est également proposée. Elle adapte en permanence l’amortissement afin de concilier contrôle des mouvements de caisse et confort, deux exigences essentielles pour une GT destinée aux longs trajets.
Fiche technique de la Maserati Coupe
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Production | 2002 à 2007 |
| Code modèle | M138 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 4 places |
| Architecture moteur | V8 atmosphérique à 90°, longitudinal avant |
| Cylindrée | 4 244 cm³ |
| Distribution | 32 soupapes, double arbre à cames par banc |
| Alésage x course | 92 x 80 mm |
| Rapport volumétrique | 11,1:1 |
| Alimentation | Injection électronique Bosch ME7.3.2 |
| Lubrification | Carter sec |
| Puissance maximale | 390 ch à 7 000 tr/min |
| Couple maximal | Environ 451 Nm à 4 500 tr/min |
| Transmission | Propulsion, architecture transaxle |
| Boîte GT | Manuelle à 6 rapports |
| Boîte Cambiocorsa | Mécanique robotisée électrohydraulique à 6 rapports |
| Suspension avant | Roues indépendantes, doubles triangles |
| Suspension arrière | Roues indépendantes, doubles triangles |
| Amortissement | Suspension pilotée Skyhook disponible |
| Freins | Disques ventilés aux quatre roues, ABS |
| Roues | 18 pouces |
| Pneus avant | 235/40 R18 |
| Pneus arrière | 265/35 R18 |
| Longueur | 4 523 mm |
| Largeur | 1 822 mm |
| Hauteur | 1 305 mm |
| Empattement | 2 660 mm |
| Voie avant | Environ 1 525 mm |
| Voie arrière | Environ 1 538 mm |
| Poids à sec GT | 1 570 kg |
| Poids à sec Cambiocorsa | 1 580 kg |
| Vitesse maximale | 285 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 4,9 s |
| Capacité du réservoir | 88 litres |
Un dessin Giugiaro subtilement transformé
La carrosserie reste étroitement apparentée à celle de la 3200 GT. Le dessin est attribué à Italdesign, avec Fabrizio Giugiaro crédité pour le projet de la 4200 Coupé. Les proportions restent celles d’une GT classique : long capot, habitacle rejeté vers l’arrière, poupe courte et surfaces relativement sobres. Contrairement à de nombreux coupés sportifs, la Maserati conserve quatre places réellement intégrées à sa conception.
Le moyen le plus simple de différencier la Coupé de la 3200 GT se trouve à l’arrière. Les spectaculaires feux en forme de boomerang de sa devancière disparaissent au profit de blocs plus conventionnels. Ce changement est notamment lié aux contraintes d’homologation du marché américain. La face avant évolue également, mais sans remettre en cause les volumes fondamentaux du dessin original.
Une évolution esthétique intervient à la fin de 2004. La calandre devient plus grande et descend davantage dans le bouclier, avec des barrettes horizontales qui rapprochent visuellement la voiture des nouvelles Maserati de l’époque. Plusieurs détails de finition sont également revus. Ces modifications permettent de distinguer les derniers exemplaires sans transformer la personnalité générale du modèle.
Le Spyder apparenté ne doit pas être considéré comme une simple Coupé décapotable. Son empattement est ramené à 2 440 mm, contre 2 660 mm pour la Coupé, et sa carrosserie est conçue autour de deux places. La différence de 220 mm modifie sensiblement les proportions et le positionnement des deux modèles.
Une GT rapide plutôt qu’une sportive radicale
Avec 390 ch transmis aux roues arrière, la Coupé atteint officiellement 285 km/h et peut passer de 0 à 100 km/h en environ 4,9 secondes. Ces performances la placent au début des années 2000 parmi les GT européennes les plus rapides. Elles ne résument toutefois pas sa conception : Maserati cherche à combiner les performances d’une sportive avec un habitacle quatre places et l’équipement nécessaire aux longs parcours.
La répartition des masses favorisée par le transaxle, les doubles triangles aux quatre roues et la monte pneumatique différenciée participent davantage à son caractère que la seule puissance maximale. Le V8 atmosphérique change aussi profondément l’expérience par rapport à la 3200 GT. La puissance est obtenue à haut régime et la réponse à l’accélérateur n’est plus conditionnée par deux turbocompresseurs.
Le poids varie selon la définition retenue. Maserati communique un poids à sec de 1 570 kg pour la GT et 1 580 kg pour la Cambiocorsa, tandis que certaines fiches d’homologation ou commerciales donnent des valeurs à vide sensiblement supérieures. Ces chiffres ne sont pas directement comparables puisqu’ils reposent sur des conventions de mesure différentes.
Production et place dans la gamme Maserati
La Coupé est assemblée à Modène de 2002 à 2007. Maserati indique une production totale de 5 404 exemplaires. Des publications secondaires avancent parfois un total différent et une répartition précise entre GT et Cambiocorsa, mais le chiffre de 5 404 voitures constitue la donnée constructeur à privilégier pour l’ensemble du modèle.
Sur le marché français, les tarifs d’époque montrent également le positionnement élevé de la voiture. Les données disponibles pour 2002 situent la Coupé GT autour de 90 526 euros et la Cambiocorsa autour de 96 266 euros. Les prix variaient naturellement selon les marchés, les millésimes et les équipements choisis.
À partir de 2004, Maserati développe une interprétation plus sportive de cette base avec la GranSport. Celle-ci ne doit pas être confondue avec une simple évolution de puissance de la Coupé standard : elle dispose d’une définition propre, notamment d’un V8 porté à 400 ch, de réglages spécifiques et d’éléments aérodynamiques distinctifs.
De la Coupé à la GranTurismo
La carrière de la M138 accompagne une période de transformation importante pour Maserati. En quelques années, la marque passe du V8 biturbo de la 3200 GT à une famille de modèles atmosphériques exploitant une architecture transaxle et des technologies étroitement associées aux voitures sportives italiennes du début des années 2000. La Coupé joue aussi un rôle central dans le retour commercial de Maserati en Amérique du Nord.
En 2007, la Maserati GranTurismo prend le relais dans la catégorie des coupés quatre places de la marque. Plus grande et issue d’une nouvelle génération, elle conserve néanmoins le principe d’une GT italienne à moteur V8 avant capable d’associer performances et usage routier. Cette lignée se prolongera rapidement avec des déclinaisons plus puissantes, dont la Maserati GranTurismo S.




