Commercialisée à partir de 1989, la Lancia Dedra est une berline familiale italienne qui associe une présentation élégante, un confort soigné et des équipements généralement réservés aux voitures de catégorie supérieure. Développée sous la désignation interne Type 835, elle succède à la Lancia Prisma et occupe une place importante dans le renouvellement de la gamme Lancia à la fin des années 1980.
Produite jusqu’en 1999, la Dedra connaît plusieurs évolutions mécaniques et esthétiques. D’abord proposée en berline quatre portes, elle accueille une carrosserie break SW en 1994. Sa gamme comprend des moteurs essence et diesel, des versions sportives turbocompressées et une rare déclinaison Integrale à transmission intégrale permanente. Cette diversité en fait une familiale plus polyvalente que ne le laisse supposer son apparence discrète.
Histoire de la Lancia Dedra : une nouvelle berline familiale en 1989
À la fin des années 1980, Lancia doit renouveler son offre sur le marché des berlines familiales européennes. La Prisma, dérivée de la première Lancia Delta, commence à accuser le poids des années. Le constructeur italien souhaite proposer une automobile plus moderne, capable de rivaliser avec les berlines allemandes et françaises tout en conservant les qualités traditionnellement associées à la marque : raffinement, confort et distinction.
La Dedra apparaît au printemps 1989. Elle repose sur une architecture technique commune à plusieurs modèles du groupe Fiat, notamment la Fiat Tempra et, ultérieurement, l’Alfa Romeo 155. Cette stratégie permet de partager les principaux éléments mécaniques et structurels tout en donnant à chaque marque une identité spécifique.
Chez Lancia, la priorité est accordée à la qualité de présentation, à l’insonorisation et aux équipements. La Dedra reçoit une carrosserie aux lignes sobres, un habitacle particulièrement travaillé et des solutions techniques destinées à améliorer le confort de conduite. Elle ne cherche pas à afficher une sportivité systématique, contrairement à certaines de ses proches parentes.
Dans la gamme, elle se situe au-dessus des compactes et en dessous de la Lancia Thema, grande berline du constructeur. Elle s’adresse principalement à une clientèle recherchant une automobile familiale valorisante, sans les dimensions ni le coût d’utilisation d’un modèle supérieur.
La première gamme comprend des motorisations essence 1.6, 1.8 et 2.0 litres, ainsi qu’un diesel 1.9 turbocompressé. Les versions les plus équipées peuvent recevoir une climatisation automatique, une sellerie Alcantara, des sièges électriques ou une instrumentation numérique. Ces équipements contribuent à différencier la Dedra des berlines généralistes utilisant des composants techniques apparentés.
Au début des années 1990, Lancia élargit progressivement l’offre avec des motorisations plus puissantes et des transmissions spécifiques. L’arrivée de la Dedra Turbo puis de la Dedra Integrale donne une dimension sportive à une gamme initialement tournée vers le confort.
La carrière du modèle se poursuit parallèlement à celle de la Lancia Delta 2, lancée en 1993. Les deux automobiles appartiennent à la même génération technique du groupe, mais répondent à des besoins différents : la Delta privilégie une carrosserie compacte à hayon, tandis que la Dedra conserve une vocation de berline familiale.
En 1994, la gamme accueille une carrosserie break et plusieurs évolutions mécaniques. La même année, l’arrivée de la Lancia Kappa renouvelle l’offre supérieure de la marque, sans remplacer la Dedra. Cette dernière poursuit sa carrière jusqu’à l’arrivée de la Lybra en 1999.
Design extérieur et habitacle : l’élégance selon Lancia
Le dessin de la Dedra est généralement attribué à Ercole Spada, au sein du bureau de style italien I.DE.A Institute. La carrosserie privilégie des volumes équilibrés, des surfaces lisses et des lignes horizontales qui soulignent sa longueur. Contrairement à certaines berlines contemporaines aux formes plus démonstratives, la Dedra adopte une élégance volontairement discrète.
La face avant se caractérise par des projecteurs rectangulaires, une calandre centrale portant l’écusson Lancia et un capot relativement bas. Les pare-chocs enveloppants et les raccordements entre les panneaux de carrosserie participent au travail aérodynamique. Le constructeur annonce un coefficient de traînée Cx de 0,29, une valeur favorable pour une berline tricorps de cette génération.
De profil, la Dedra présente une ceinture de caisse rectiligne, des surfaces vitrées généreuses et un coffre bien individualisé. La partie arrière reprend une composition horizontale avec des feux intégrés dans une poupe sobre. Les versions les plus luxueuses se distinguent notamment par leurs jantes, leurs éléments décoratifs et leur équipement extérieur.
L’habitacle constitue l’un des principaux arguments du modèle. La planche de bord est conçue pour offrir une présentation plus chaleureuse que celle des berlines généralistes. Selon les versions, les sièges peuvent recevoir des revêtements en tissu, en Alcantara ou en cuir. Les inserts décoratifs, les commandes de climatisation et la disposition de l’instrumentation participent à cette ambiance haut de gamme.
Certains modèles proposent une instrumentation numérique, des réglages électriques de sièges ou une climatisation automatique. Ces équipements ne sont pas systématiquement présents sur toutes les finitions, mais ils illustrent le positionnement recherché par Lancia.
La Dedra bénéficie également d’un effort particulier sur l’isolation acoustique et le filtrage des vibrations. Les matériaux insonorisants, les réglages de suspension et les sièges privilégient les longs trajets. Cette orientation explique son caractère plus feutré que sportif dans ses motorisations courantes.
Le dessin évolue au fil de la carrière sans rupture majeure. Le restylage final de 1998 apporte notamment des projecteurs à aspect fumé, des feux arrière rouges, des éléments extérieurs peints dans la couleur de la carrosserie et une présentation intérieure modernisée. La planche de bord reçoit de nouveaux habillages, avec notamment une instrumentation à fond bleu fumé.
Motorisations et versions sportives : de la Dedra 1.6 à l’Integrale
La Lancia Dedra utilise principalement des moteurs quatre cylindres en ligne montés transversalement à l’avant. La gamme essence débute avec le 1.6 litre, destiné à privilégier l’économie d’utilisation. Les moteurs 1.8 et 2.0 litres offrent davantage de souplesse et conviennent mieux aux longs parcours, particulièrement avec une voiture chargée.
Les premières motorisations essence disposent d’une injection électronique et, selon leur architecture, d’une distribution à huit soupapes. Les évolutions ultérieures introduisent des culasses à seize soupapes et des systèmes de gestion moteur plus élaborés. Les puissances varient selon les millésimes, les normes antipollution et les marchés.
Le moteur 1.9 Turbo Diesel répond à une demande croissante pour les familiales économiques. Avec une puissance généralement voisine de 90 ch, il privilégie l’autonomie et la consommation plutôt que les accélérations. Sa présence permet à la Dedra de rester compétitive sur les marchés européens où les motorisations diesel prennent une importance grandissante durant les années 1990.
La Dedra 2.0 Turbo apporte une orientation plus dynamique. Son quatre cylindres turbocompressé développe, selon les versions, une puissance d’environ 162 à 177 ch. Associé à une boîte manuelle, il procure des performances sensiblement supérieures à celles des motorisations atmosphériques tout en conservant une carrosserie discrète.
La déclinaison la plus particulière est la Lancia Dedra Turbo Integrale, apparue au début des années 1990. Elle associe le moteur 2.0 turbocompressé à une transmission intégrale permanente. Son architecture présente des liens techniques avec celle de la Lancia Delta HF Integrale, mais les deux modèles possèdent des carrosseries, des réglages et des vocations distincts. La Dedra Integrale reste avant tout une berline routière rapide, et non une version de compétition homologuée pour le rallye.
Les versions Integrale se distinguent notamment par leur transmission à quatre roues motrices et leur comportement plus efficace lorsque l’adhérence diminue. Cette configuration entraîne également une masse supérieure et une complexité mécanique accrue par rapport aux Dedra à traction avant.
Au milieu des années 1990, Lancia modernise les moteurs atmosphériques. Le 2.0 16V développe environ 139 ch, tandis que le 1.8 16V à distribution variable atteint 130 ch dans ses versions tardives. Ce dernier utilise un système de variation du calage des soupapes destiné à améliorer le compromis entre souplesse à bas régime et puissance à haut régime.
La gamme finale de 1998 se concentre notamment sur trois motorisations : le 1.6 Torque 16V de 103 ch, le 1.8 VVT 16V de 130 ch et le 1.9 TD de 90 ch. Cette rationalisation accompagne la dernière phase commerciale du modèle.
La Lancia Dedra SW et les évolutions de gamme
En 1994, Lancia complète la gamme avec la Dedra SW, un break cinq portes développé avec la participation du carrossier français Heuliez. Cette version répond à la demande de voitures familiales capables de transporter davantage de bagages sans renoncer au confort et à la présentation d’une berline traditionnelle.
Le break conserve la partie avant et l’essentiel de l’architecture technique de la berline. Son pavillon prolongé, ses vitres latérales supplémentaires et son hayon permettent d’obtenir un espace de chargement plus accessible. Les dimensions extérieures restent proches de celles de la quatre portes, ce qui facilite son utilisation quotidienne.
La Dedra SW est proposée avec plusieurs motorisations essence et diesel. Certaines versions disposent également d’une transmission intégrale, notamment en association avec un moteur 2.0 16V atmosphérique. Cette configuration doit être distinguée de la berline Turbo Integrale, qui utilise un moteur turbocompressé.
Le lancement du break intervient dans une période de renouvellement plus général de la gamme. Les finitions évoluent, les équipements de sécurité progressent et certaines motorisations anciennes disparaissent au profit de mécaniques plus modernes. Les appellations commerciales LE, LS ou LX peuvent correspondre à des dotations différentes selon les marchés.
La dernière grande évolution apparaît à la fin de 1997 pour le millésime 1998. Lancia révise la présentation extérieure, modernise l’habitacle et adapte les trains roulants. Les documents constructeur mentionnent notamment un élargissement de voie de 40 mm sur les versions concernées, accompagné de modifications destinées à améliorer la stabilité et le confort.
La Dedra ’98 reçoit également des roues redessinées, de nouveaux réglages de direction et une présentation intérieure enrichie. Les motorisations sont adaptées aux exigences antipollution de l’époque, notamment avec l’emploi d’un catalyseur d’oxydation et d’un système de recirculation des gaz d’échappement sur le diesel.
Ces évolutions prolongent la carrière de la Dedra jusqu’à l’arrivée de la Lybra. Elles permettent de conserver une offre familiale relativement moderne malgré une architecture initialement développée dans les années 1980.
Fiche technique de la Lancia Dedra
| Caractéristique | Lancia Dedra (1989-1999) |
|---|---|
| Constructeur | Lancia |
| Désignation interne | Type 835 |
| Année de lancement | 1989 |
| Période de production | 1989 à 1999 |
| Pays de fabrication | Italie |
| Sites de production | Chivasso et Rivalta |
| Segment | Berline familiale, segment D |
| Carrosseries | Berline quatre portes, break SW cinq portes |
| Structure | Monocoque en acier, architecture Fiat Tipo Tre |
| Implantation moteur | Avant transversal |
| Architecture moteur | Quatre cylindres en ligne |
| Motorisations essence | 1.6, 1.8 et 2.0 litres, atmosphériques ou turbocompressées |
| Motorisation diesel | 1.9 Turbo Diesel, 1 929 cm³ |
| Distribution | 8 ou 16 soupapes selon motorisation, distribution variable sur certaines versions |
| Alimentation | Injection électronique essence ; injection diesel avec turbocompresseur |
| Puissance essence | Environ 75 à 177 ch selon version et millésime |
| Puissance diesel | Environ 90 à 92 ch |
| 1.6 Torque 16V (1998) | 103 ch à 5 750 tr/min, 144 Nm à 4 000 tr/min |
| 1.8 VVT 16V (1998) | 130 ch à 6 300 tr/min, 164 Nm à 4 300 tr/min |
| 2.0 16V atmosphérique | Environ 139 ch |
| 2.0 Turbo / Integrale | Environ 162 à 177 ch selon version |
| Transmission | Traction avant ou transmission intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Manuelle à cinq rapports ; automatique à quatre rapports sur certaines versions |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante, à bras tirés |
| Amortissement | Conventionnel ou piloté électroniquement selon version |
| Direction | À crémaillère, assistance hydraulique selon équipement |
| Freinage | Disques avant, configuration arrière variable ; ABS selon version |
| Roues | Jantes en acier ou alliage, notamment en 14 pouces selon version |
| Longueur berline | Environ 4 340 mm |
| Longueur SW | Environ 4 343 mm |
| Largeur | Environ 1 700 mm |
| Hauteur berline | Environ 1 430 mm |
| Hauteur SW | Environ 1 446 mm |
| Empattement | 2 540 mm |
| Voie sur certaines versions 1998 | 1 476 mm |
| Masse à vide | Environ 1 060 à 1 395 kg selon version et équipement |
| Vitesse maximale 1.6 16V berline (1998) | 188 km/h |
| Consommation urbaine 1.6 16V (1998) | 9,9 l/100 km, valeur constructeur |
| Consommation urbaine 1.8 VVT 16V (1998) | 10,3 l/100 km, valeur constructeur |
| Consommation urbaine 1.9 TD (1998) | 7,0 l/100 km, valeur constructeur |
| Coefficient aérodynamique | Cx annoncé de 0,29 |
| Modèle remplacé | Lancia Prisma |
| Modèle successeur | Lancia Lybra |
Production, diffusion et place de la Dedra parmi les voitures de collection
La Lancia Dedra connaît une carrière commerciale d’environ dix ans. Elle est principalement diffusée sur les marchés européens, où elle affronte une concurrence particulièrement importante dans la catégorie des berlines familiales. Son positionnement relativement haut de gamme et son image plus confidentielle que celle des constructeurs généralistes limitent sa diffusion, sans l’empêcher de trouver une clientèle fidèle.
Le volume de production total fait l’objet de divergences entre les références historiques. Le chiffre de 418 084 exemplaires est régulièrement cité, tandis que d’autres compilations avancent 462 638 unités. En l’absence d’un bilan industriel constructeur permettant de trancher, le premier chiffre doit être considéré comme une estimation historique couramment reprise plutôt que comme un total définitivement établi.
La berline représente l’essentiel de la carrière du modèle, tandis que le break SW bénéficie d’une période de commercialisation plus courte. Les variantes Turbo et Integrale sont également moins répandues que les motorisations atmosphériques et diesel destinées au grand public.
Sur le marché de la collection, la Dedra appartient aujourd’hui à la famille des youngtimers italiens. Elle attire notamment les amateurs de berlines des années 1990 recherchant une présentation originale et des équipements caractéristiques de cette époque. Les exemplaires conservant leurs éléments intérieurs d’origine, leur instrumentation et leurs équipements spécifiques présentent un intérêt particulier.
Les versions Turbo Integrale se distinguent par leur mécanique et leur transmission, mais elles nécessitent une attention particulière concernant l’entretien du turbocompresseur, de la transmission intégrale et des organes spécifiques. Sur les versions courantes, l’état de la distribution, du circuit de refroidissement, des trains roulants et des équipements électriques mérite également un examen approfondi.
La disponibilité des pièces varie fortement selon les composants. Les éléments mécaniques partagés avec d’autres modèles du groupe Fiat peuvent être plus accessibles que les garnitures intérieures, certains équipements électroniques ou les pièces de carrosserie propres à la Dedra. Les références spécifiques au break et aux versions Integrale demandent une vérification particulièrement attentive.
Pour identifier correctement un exemplaire, la désignation commerciale ne suffit pas toujours. Le code moteur, la configuration de transmission, la carrosserie et le millésime permettent de distinguer des versions dont l’apparence extérieure peut être très proche. Cette identification est particulièrement importante pour les Dedra de fin de carrière, dont les équipements et les motorisations ont évolué à plusieurs reprises.




