Alpina B7 Turbo

Alpina B7 Turbo

Présentée en 1978, l’Alpina B7 Turbo transforme la BMW Série 5 E12 en une berline capable de rivaliser avec les voitures de sport les plus rapides de son époque. Grâce à son six-cylindres turbocompressé de 300 ch, elle atteint environ 250 km/h, une performance remarquable pour une automobile familiale à quatre portes de la fin des années 1970. Produite à seulement 149 exemplaires jusqu’en 1982, cette première B7 Turbo constitue l’une des réalisations les plus ambitieuses du constructeur allemand Alpina.

Contrairement à une simple préparation esthétique, la B7 Turbo bénéficie d’un développement mécanique approfondi : moteur modifié, suralimentation spécifique, boîte renforcée, suspensions adaptées et freinage amélioré. Elle illustre la philosophie d’Alpina, qui consiste à associer des performances exceptionnelles à la polyvalence et au confort d’une grande routière.

Une berline sportive née en 1978

À la fin des années 1970, Alpina possède déjà une solide expérience dans la préparation des BMW. Fondée par Burkard Bovensiepen et installée à Buchloe, en Bavière, l’entreprise s’est notamment fait connaître par ses interventions sur les moteurs, les châssis et les voitures de compétition. En 1978, Alpina franchit une étape importante en devenant officiellement constructeur automobile en Allemagne.

La B7 Turbo apparaît dans ce contexte. Présentée au Salon de Francfort en 1978 sous l’appellation initiale Alpina 530 Turbo, elle adopte ensuite le nom B7 Turbo. Sa commercialisation débute à la fin de cette même année. Le projet repose sur une BMW 528i de génération E12, dont Alpina conserve l’architecture générale tout en transformant profondément les caractéristiques mécaniques.

Le choix de la Série 5 répond à une ambition précise : proposer une voiture utilisable quotidiennement, suffisamment spacieuse pour transporter quatre ou cinq personnes, mais dotée d’accélérations et d’une vitesse de pointe comparables à celles de modèles sportifs beaucoup plus exclusifs.

La puissance de 300 ch représente alors un niveau exceptionnel pour une berline de cette catégorie. La BMW 528i qui sert de base développe une puissance nettement inférieure, tandis que la majorité des grandes routières européennes restent éloignées de telles performances. La B7 Turbo est ainsi présentée à son lancement comme l’une des berlines quatre portes les plus rapides du monde.

Sa carrière se poursuit jusqu’en février 1982. Entre-temps, Alpina développe d’autres modèles sportifs, notamment l’Alpina B6, qui privilégie une autre approche mécanique. La B7 Turbo se distingue cependant par son utilisation particulièrement poussée de la suralimentation, encore relativement rare sur les automobiles européennes de grand tourisme.

Un six-cylindres turbo de 300 ch particulièrement sophistiqué

Le moteur constitue la principale originalité de l’Alpina B7 Turbo. Il dérive du six-cylindres en ligne BMW M30, dont la cylindrée atteint 2 986 cm³. Alpina conserve cette architecture robuste, mais modifie de nombreux composants afin de supporter les contraintes thermiques et mécaniques engendrées par le turbocompresseur.

Le moteur reçoit notamment des pistons forgés spécifiques, un taux de compression abaissé et des éléments renforcés pour résister aux températures élevées. La suralimentation est assurée par un turbocompresseur KKK K27, associé à un échangeur air-air chargé de refroidir l’air comprimé avant son admission dans les cylindres.

Ce refroidissement joue un rôle essentiel. En abaissant la température de l’air admis, l’échangeur améliore sa densité et contribue à limiter les risques de détonation. Alpina développe également une admission spécifique et adapte l’injection aux exigences de cette motorisation. L’ensemble permet d’obtenir une puissance spécifique légèrement supérieure à 100 ch par litre, un résultat particulièrement élevé pour une voiture de série de 1978.

Le moteur développe 300 ch DIN à 6 000 tr/min et un couple maximal de 462 Nm à 2 500 tr/min. Ce couple disponible relativement tôt favorise les reprises, même si le fonctionnement d’un gros turbocompresseur de cette génération impose un temps de réponse plus perceptible que sur les moteurs suralimentés modernes.

L’une des particularités les plus intéressantes de la B7 Turbo réside dans son système de réglage de la pression de suralimentation. Le conducteur dispose d’une commande permettant de faire varier la pression du turbo, approximativement entre 0,55 et 0,85 bar. Cette solution permet de moduler la réponse et la puissance disponible selon les conditions d’utilisation.

Le dispositif est accompagné d’une instrumentation spécifique destinée à surveiller le fonctionnement mécanique. La B7 Turbo ne cherche donc pas uniquement à offrir une puissance maximale impressionnante : elle propose également au conducteur un certain contrôle sur le comportement de son moteur.

La transmission reste fidèle à l’architecture BMW traditionnelle, avec un moteur installé longitudinalement à l’avant et des roues arrière motrices. Une boîte manuelle Getrag à cinq rapports, adaptée au couple important du six-cylindres turbo, transmet la puissance aux roues arrière.

Fiche technique de l’Alpina B7 Turbo

CaractéristiqueAlpina B7 Turbo E12 (1978-1982)
ConstructeurAlpina Burkard Bovensiepen
Pays d’origineAllemagne
Présentation1978
ProductionDécembre 1978 à février 1982
Base techniqueBMW Série 5 E12, dérivée de la 528i
CarrosserieBerline quatre portes, cinq places
StructureMonocoque en acier
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurSix cylindres en ligne BMW M30 préparé par Alpina
Cylindrée2 986 cm³
Alésage x course89 x 80 mm
DistributionSimple arbre à cames en tête, 12 soupapes
AlimentationInjection spécifique Zenith-Pierburg DL
SuralimentationTurbocompresseur KKK K27
Refroidissement de l’admissionÉchangeur air-air
Pression de suralimentationRéglable, environ 0,55 à 0,85 bar
Taux de compression7,2:1
Puissance maximale300 ch DIN (221 kW) à 6 000 tr/min
Couple maximal462 Nm à 2 500 tr/min
Puissance spécifiqueEnviron 100,5 ch/litre
Boîte de vitessesManuelle Getrag à cinq rapports
TransmissionRoues arrière motrices
Suspension avantJambes de force McPherson, ressorts progressifs, amortisseurs Bilstein
Suspension arrièreBras semi-tirés, ressorts progressifs, amortisseurs Bilstein
DirectionAssistée, à billes
FreinageQuatre disques, ventilés à l’avant et à l’arrière
JantesAlpina multibranches, 16 pouces
Pneumatiques avant205/55 VR16
Pneumatiques arrière225/50 R16
Longueur4 620 mm
Largeur1 690 mm
HauteurEnviron 1 405 mm
Empattement2 636 mm
Poids à videEnviron 1 485 kg
Rapport poids/puissanceEnviron 4,95 kg/ch
0 à 100 km/h6,1 secondes selon un essai d’époque
0 à 200 km/h23,6 secondes selon un essai d’époque
1 000 m départ arrêté25,8 secondes
Vitesse maximaleEnviron 250 km/h
Production totale149 exemplaires

Des performances de voiture de sport dans une berline familiale

Avec ses 300 ch et son couple particulièrement élevé, l’Alpina B7 Turbo offre des performances inhabituelles pour une berline de la fin des années 1970. Son accélération de 0 à 100 km/h en 6,1 secondes, rapportée dans les essais historiques, la place au niveau de nombreuses voitures de sport contemporaines.

La vitesse maximale voisine de 250 km/h est encore plus significative. À cette époque, franchir les 240 km/h reste réservé à un nombre limité d’automobiles de série. Alpina démontre ainsi qu’une carrosserie familiale relativement conventionnelle peut atteindre de telles vitesses grâce à une préparation moteur particulièrement aboutie.

Les performances ne reposent toutefois pas uniquement sur la puissance. Le châssis de la BMW E12 est adapté pour supporter des sollicitations bien supérieures à celles de la berline d’origine. Alpina installe notamment des ressorts progressifs, des amortisseurs Bilstein et des barres stabilisatrices adaptées, tout en abaissant légèrement la hauteur de caisse.

Le freinage reçoit également des améliorations, avec des disques ventilés destinés à mieux résister aux échauffements lors des ralentissements répétés à haute vitesse. Les pneumatiques plus larges, associés aux jantes Alpina de 16 pouces, contribuent à améliorer la motricité et la tenue de route.

La B7 Turbo conserve néanmoins les caractéristiques fondamentales d’une grande routière. Sa carrosserie à quatre portes, son empattement généreux et son habitacle spacieux permettent de l’utiliser dans des conditions proches de celles d’une Série 5 classique. Cette polyvalence fait partie intégrante du projet : Alpina ne cherche pas à fabriquer une voiture de circuit homologuée pour la route, mais une berline capable de parcourir rapidement de longues distances.

La suralimentation impose en revanche un caractère mécanique particulier. À bas régime, le moteur conserve une certaine souplesse, mais l’arrivée de la pression de turbo provoque une augmentation sensible de la poussée. Avec une propulsion et sans les aides électroniques modernes à la motricité, l’exploitation de la pleine puissance demande une conduite attentive, notamment sur chaussée humide.

Un design discret et des équipements spécifiques Alpina

Visuellement, l’Alpina B7 Turbo reste immédiatement reconnaissable comme une BMW Série 5 E12. Elle conserve la silhouette trois volumes dessinée dans les années 1970, avec un long capot, une surface vitrée importante, une calandre à doubles haricots et quatre projecteurs circulaires.

Alpina apporte cependant plusieurs modifications qui permettent de distinguer sa création d’une BMW 528i standard. À l’avant, un spoiler plus profond améliore la présentation sportive et participe au travail aérodynamique. À l’arrière, un becquet discret complète l’ensemble. Ces éléments conservent une esthétique relativement sobre, conforme au positionnement de la voiture.

Les célèbres jantes Alpina multibranches constituent un autre signe distinctif. Leur dessin à nombreux rayons fins est associé à des pneumatiques de dimensions différentes entre l’avant et l’arrière. La voiture peut également recevoir les bandes décoratives Alpina sur les flancs, généralement dans les teintes traditionnelles de la marque. Ces décorations n’étant pas systématiques, leur absence ne signifie pas nécessairement qu’un exemplaire a perdu sa configuration d’origine.

L’habitacle reçoit une préparation plus personnelle que ne le laisse supposer l’extérieur. Alpina propose des sièges sport Scheel, un volant spécifique et des éléments de finition distinctifs. L’instrumentation est complétée par des indications utiles au fonctionnement du moteur turbo, notamment pour surveiller la pression de suralimentation.

La commande de réglage du turbo, installée dans la partie centrale de l’habitacle, représente l’un des détails les plus caractéristiques de cette génération. Elle rappelle que la B7 Turbo possède une mécanique beaucoup plus spécialisée que celle d’une BMW Série 5 conventionnelle.

La présentation varie selon les exemplaires et les équipements commandés. Pour identifier correctement une B7 Turbo authentique, les seuls éléments esthétiques ne suffisent donc pas : les caractéristiques du moteur, les plaques Alpina et les documents historiques du véhicule jouent un rôle essentiel.

Les différentes versions de la famille B7 Turbo

La dénomination B7 Turbo a été employée sur plusieurs automobiles Alpina, ce qui explique certaines confusions dans les fiches techniques et les annonces de collection. La version originale est la berline E12 de 1978, équipée du six-cylindres 3,0 litres de 300 ch. Elle ne doit pas être confondue avec les autres modèles de la famille.

Dès 1978, Alpina propose également une B7 Turbo Coupé basée sur la BMW Série 6 E24. Malgré une motorisation de même cylindrée et une puissance comparable, cette automobile possède une carrosserie deux portes différente, un châssis adapté à la Série 6 et sa propre production limitée, estimée à 153 exemplaires pour la première version.

En 1981 apparaît l’Alpina B7 S Turbo, évolution plus puissante de la berline E12. Son moteur six cylindres de 3,5 litres développe 330 ch. Cette version, produite à seulement 60 exemplaires, représente une déclinaison particulièrement exclusive de la première génération. Une B7 S Turbo Coupé est également proposée sur la base E24.

La génération suivante arrive en 1984 avec la B7 Turbo/1, développée sur la BMW Série 5 E28. Elle conserve une puissance de 300 ch dans sa configuration initiale, mais utilise un moteur de 3,4 litres et une gestion électronique plus moderne. La carrosserie, l’habitacle et plusieurs éléments techniques diffèrent de ceux de la première B7 Turbo.

Le nom B7 réapparaîtra bien plus tard sur des modèles de luxe dérivés de la BMW Série 7. Ces automobiles, notamment l’Alpina B7 moderne, appartiennent à une autre catégorie et ne constituent pas une continuation directe de la berline E12 de 1978.

La B7 Turbo marque également le début d’une longue tradition de grandes berlines Alpina aux performances élevées. L’Alpina B9, apparue au début des années 1980, adopte une philosophie différente avec son six-cylindres atmosphérique, tandis que les générations successives d’Alpina B10 poursuivent le développement de grandes routières sportives sur base BMW Série 5.

En 1989, l’Alpina B10 Bi-Turbo illustre une nouvelle étape dans cette évolution. Avec son six-cylindres de 3,4 litres équipé de deux turbocompresseurs et développant 360 ch, elle exploite à son tour la suralimentation pour atteindre des performances exceptionnelles dans une berline quatre portes.

Production limitée et particularités de collection

La production de la première Alpina B7 Turbo E12 s’établit à 149 exemplaires entre décembre 1978 et février 1982. Ce chiffre concerne uniquement la berline 3,0 litres de 300 ch et ne comprend ni les coupés E24, ni les B7 S Turbo, ni les versions développées ultérieurement sur la Série 5 E28.

Cette diffusion extrêmement limitée s’explique par le positionnement du modèle. La B7 Turbo s’adresse à une clientèle recherchant une automobile particulièrement performante, fabriquée en petite série et bénéficiant d’un niveau de préparation mécanique supérieur à celui des BMW commercialisées dans le réseau traditionnel.

La rareté de la voiture rend aujourd’hui son identification particulièrement importante. Une BMW E12 équipée de jantes Alpina, d’un spoiler et de bandes décoratives ne constitue pas nécessairement une véritable B7 Turbo. L’authenticité repose sur la correspondance entre les éléments mécaniques, l’identification Alpina et les documents retraçant l’origine du véhicule.

La conservation de la mécanique d’origine représente un enjeu essentiel. Le turbocompresseur KKK, l’échangeur, l’admission spécifique, les composants internes du moteur et les dispositifs de réglage de la suralimentation font partie des éléments qui distinguent cette automobile d’une simple BMW préparée. Leur remise en état peut nécessiter des connaissances spécialisées et des pièces difficiles à retrouver.

Comme sur les autres BMW E12, l’état de la carrosserie doit également faire l’objet d’une attention particulière. La corrosion peut affecter les soubassements, les passages de roues, les bas de caisse et certaines zones structurelles. Sur une B7 Turbo, une restauration importante doit en outre préserver les éléments propres à Alpina, dont la disponibilité est limitée par le faible nombre de voitures fabriquées.

Les exemplaires conservant leur configuration mécanique, leur intérieur et une documentation complète présentent un intérêt particulier pour les collectionneurs. Les transformations ultérieures, notamment les changements de moteur ou les modifications de suralimentation, peuvent compliquer l’évaluation de leur conformité historique.

La B7 Turbo n’a pas été développée comme un modèle de compétition homologué en petite série. Sa vocation première demeure celle d’une automobile routière à très hautes performances. Les archives d’entretien, les factures de travaux mécaniques et les documents d’origine constituent donc des éléments déterminants pour retracer la vie d’un exemplaire et vérifier la qualité de sa conservation.

Marque Alpina

Année de sortie 1978

Catégories

Découvrez d'autres modèles Alpina