La Bugatti Chiron Super Sport 300, dont la dénomination officielle complète est Chiron Super Sport 300+, naît d’un objectif aussi simple à formuler que difficile à atteindre : dépasser 300 mph avec une automobile dérivée d’un modèle de série. En 2019, Bugatti franchit cette barrière avec une Chiron profondément optimisée pour la très haute vitesse. Le constructeur transforme ensuite cette démonstration en une série de 30 voitures destinées à ses clients.
La Super Sport 300+ ne se résume donc pas à une Bugatti Chiron plus puissante. Son W16 gagne 100 ch, sa carrosserie adopte un arrière Longtail, son aérodynamique est entièrement orientée vers la réduction de la traînée et plusieurs organes sont adaptés aux contraintes rencontrées à plus de 400 km/h. Cette version occupe ainsi une place particulière dans la famille Chiron, entre voiture de route extrêmement exclusive et dérivée directe d’un programme de record.
Le passage historique au-delà des 300 mph
La quête de vitesse maximale appartient depuis longtemps à l’histoire moderne de Bugatti. Avant la Chiron, la Bugatti Veyron Super Sport avait déjà porté très haut les performances de la marque. Avec la génération suivante, l’objectif devient encore plus symbolique : franchir les 300 miles par heure, soit environ 483 km/h.
Bugatti mène le programme sur la piste d’essais d’Ehra-Lessien, en Allemagne, dont la longue ligne droite permet d’explorer des vitesses impossibles à atteindre sur route. En 2019, le pilote Andy Wallace prend le volant de la voiture développée pour cette tentative. Il atteint 304,773 mph, soit 490,484 km/h. Bugatti devient ainsi le premier constructeur à faire franchir le seuil des 300 mph à une automobile issue d’un modèle de série.
Une nuance est nécessaire pour qualifier cette performance. Les 490,484 km/h correspondent à un passage effectué dans un seul sens. La tentative ne suit donc pas le protocole bidirectionnel traditionnel utilisé pour certains records de vitesse, qui impose deux passages en directions opposées afin d’en calculer la moyenne. La portée historique du franchissement des 300 mph reste néanmoins centrale dans la genèse de la Super Sport 300+.
En septembre 2019, pendant les célébrations du 110e anniversaire de Bugatti à Molsheim, la marque annonce une édition client inspirée directement de cette voiture. La production est limitée à seulement 30 exemplaires. Après environ deux années supplémentaires de développement, les premières voitures sont préparées pour leurs propriétaires en 2021 et le trentième exemplaire est livré en 2022.
Un W16 de 1 600 ch conçu pour la très haute vitesse
Le moteur conserve l’architecture emblématique de la Chiron : un W16 de 7 993 cm3 alimenté par quatre turbocompresseurs. Sa puissance passe toutefois de 1 500 à 1 600 ch, soit 1 177 kW, tandis que le couple maximal atteint 1 600 Nm. Bugatti modifie notamment la gestion du moteur, de la boîte de vitesses, des turbocompresseurs et de l’ensemble du groupe motopropulseur afin de répondre aux contraintes spécifiques de la très haute vitesse.
Cette évolution du W16 de huit litres se retrouve également dans d’autres créations très exclusives de la marque, notamment la Bugatti Centodieci. Sur la Super Sport 300+, elle travaille avec une boîte à double embrayage à sept rapports et une transmission intégrale permanente, indispensable pour transmettre une telle puissance avec efficacité.
La recherche de vitesse ne porte pas uniquement sur la puissance. À l’approche des 500 km/h, la stabilité, la résistance des pneumatiques, le refroidissement et surtout la maîtrise des flux d’air deviennent déterminants. La Super Sport 300+ est donc développée comme un ensemble cohérent plutôt que comme une simple évolution mécanique.
Une carrosserie Longtail immédiatement reconnaissable
La transformation la plus visible se trouve à l’arrière. La carrosserie est prolongée d’environ 25 cm selon Bugatti afin de créer une silhouette Longtail. Cette partie arrière étirée permet à l’air de rester attaché plus longtemps à la carrosserie et de réduire les turbulences, donc la traînée aérodynamique. Le dessin répond directement à la recherche d’efficacité à très haute vitesse.
Le traitement de la face avant évolue également. Des dispositifs aérodynamiques spécifiques guident l’air autour de la voiture tandis que des ouvertures sur les ailes participent à la gestion des pressions générées autour des roues. À l’arrière, le diffuseur prend une importance accrue et l’implantation des échappements est adaptée pour dégager la zone nécessaire au travail aérodynamique.
Dans sa configuration emblématique, la Super Sport 300+ associe une carrosserie en fibre de carbone apparente noire à des bandes Jet Orange. Ces couleurs rappellent plusieurs Bugatti historiques et rendent la voiture immédiatement identifiable. Les jantes légères en magnésium reçoivent une finition sombre, tandis que l’habitacle associe notamment carbone, cuir et Alcantara avec des détails orange.
Cette philosophie diffère sensiblement de celle de la Bugatti Chiron Pur Sport, développée pour favoriser l’agilité, les reprises et le comportement sur routes sinueuses. La Super Sport 300+ privilégie au contraire l’efficacité aérodynamique et la stabilité nécessaires lorsque la vitesse devient extrême.
Fiche technique de la Bugatti Chiron Super Sport 300
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Année de présentation | 2019 |
| Carrosserie | Coupé 2 places, carrosserie Longtail en fibre de carbone |
| Moteur | W16 essence, 4 turbocompresseurs |
| Cylindrée | 7 993 cm3 |
| Puissance maximale | 1 177 kW, 1 600 ch à 7 050-7 100 tr/min |
| Couple maximal | 1 600 Nm de 2 250 à 7 000 tr/min |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Double embrayage à 7 rapports |
| Suspensions | Doubles triangles à l’avant et à l’arrière |
| Freins avant | Disques de 420 mm, étriers 8 pistons |
| Freins arrière | Disques de 400 mm, étriers 6 pistons |
| Jantes avant | 10J x 20 ET55 |
| Jantes arrière | 13,5J x 21 ET71,5 |
| Pneus avant | 285/30 R20 ZR (Y) BG2 |
| Pneus arrière | 355/25 R21 ZR (Y) BG2 |
| Empattement | 2 711 mm |
| Largeur avec rétroviseurs | 2 183 mm |
| Hauteur | 1 212 mm |
| Voie avant | 1 749 mm |
| Voie arrière | 1 662 mm |
| Poids DIN publié | 1 995 kg |
| 0 à 100 km/h | 2,4 s |
| 0 à 200 km/h | 5,8 s |
| 0 à 300 km/h | 12,1 s |
| 0 à 400 km/h | 28,6 s |
| Vitesse maximale des voitures clients | 440 km/h en mode Top Speed |
| Vitesse atteinte par la voiture du record | 490,484 km/h, 304,773 mph |
| Coefficient de traînée en mode Top Speed | 0,35 |
| Réservoir | 100 litres |
| Consommation WLTP combinée | Environ 21,5 l/100 km |
| Émissions de CO2 WLTP | Environ 487 g/km |
| Production | 30 exemplaires clients |
| Prix neuf annoncé | 3,5 millions d’euros hors taxes |
| Assemblage | Molsheim, France |
490 km/h pour le record, 440 km/h pour les voitures clients
La distinction entre la voiture ayant réalisé la performance de 2019 et les exemplaires livrés aux clients est essentielle. Les 490,484 km/h appartiennent à la voiture préparée pour le programme de record. La fiche technique de la Super Sport 300+ destinée aux clients indique pour sa part une vitesse maximale de 440 km/h en mode Top Speed. Présenter 490 km/h comme la vitesse maximale normale des 30 voitures produites serait donc trompeur.
Les performances restent exceptionnelles même dans cette configuration : le 0 à 100 km/h est annoncé en 2,4 secondes et le 0 à 300 km/h en 12,1 secondes. Plus révélateur de la vocation du modèle, le passage de l’arrêt à 400 km/h demande 28,6 secondes. Plusieurs modes de fonctionnement modifient parallèlement le comportement de la voiture, avec notamment les programmes Lift, EB, Autobahn, Handling et Top Speed.
L’aérodynamique active accompagne ces changements. En mode Top Speed, Bugatti annonce un coefficient de traînée de 0,35. L’aileron arrière adopte alors une position très peu inclinée pour limiter la résistance à l’avancement, tandis qu’il peut se relever fortement au freinage afin de fonctionner comme aérofrein. La voiture conjugue ainsi faible traînée en vitesse de pointe et appui supplémentaire lorsque les conditions l’exigent.
Une série de 30 exemplaires au sein de la famille Chiron
Bugatti fixe la production de la Super Sport 300+ à 30 exemplaires, proposés à partir de 3,5 millions d’euros hors taxes. L’assemblage est effectué à Molsheim. Les voitures clients apparaissent après un programme de développement prolongé, nécessaire pour transposer les enseignements de la voiture du record à une automobile pouvant être livrée et utilisée par ses propriétaires.
La Super Sport 300+ ne doit pas être confondue avec la Bugatti Chiron Super Sport présentée en 2021. Cette dernière reprend la philosophie Longtail et le W16 de 1 600 ch, mais constitue une déclinaison distincte. La 300+ reste spécifiquement liée au franchissement des 300 mph et à sa série de 30 exemplaires.
Elle se distingue également de la Bugatti Chiron Sport, davantage orientée vers le dynamisme du châssis. Bugatti a ainsi décliné une même architecture selon plusieurs objectifs : agilité avec la Pur Sport, comportement plus incisif avec la Sport et recherche de vitesse maximale avec la Super Sport 300+.
La tradition Super Sport poussée jusqu’à 300 mph
L’appellation Super Sport possède une histoire antérieure à la Chiron. Dans les années 1990, la Bugatti EB110 Super Sport avait déjà appliqué la recette d’une Bugatti plus légère, plus puissante et plus performante. La Veyron Super Sport poursuivra cette logique avant que la Chiron Super Sport 300+ n’en propose l’expression la plus directement consacrée à la vitesse maximale.
La livraison du dernier des 30 exemplaires en 2022 ferme un programme commencé autour d’un seuil longtemps considéré comme inaccessible à une automobile de série. La Super Sport 300+ conserve surtout une identité très précise dans l’histoire de la Chiron : celle de la version créée pour matérialiser le passage de Bugatti au-delà des 300 mph.




