Présentée en août 2018 à Monterey, la Bugatti Divo est une hypersportive produite à seulement 40 exemplaires. Elle reprend le moteur W16 de 1 500 ch et l’architecture générale de la Bugatti Chiron, mais poursuit un objectif différent : gagner en agilité, en appui aérodynamique et en efficacité sur les routes sinueuses. Cette orientation conduit Bugatti à développer une carrosserie spécifique, à alléger certains composants et à limiter la vitesse maximale à 380 km/h.
Son nom rend hommage au pilote français Albert Divo, notamment vainqueur de la Targa Florio pour Bugatti en 1928 et 1929. Cette référence à une épreuve disputée sur les routes difficiles de Sicile correspond à la philosophie du modèle : plutôt que de rechercher un nouveau record de vitesse de pointe, la Divo doit exploiter les performances du W16 dans les virages.
Une Bugatti conçue pour les virages
Le projet Divo est lancé au début de 2018, peu après l’arrivée de Stephan Winkelmann à la tête de Bugatti. Le constructeur identifie alors chez certains propriétaires de Chiron une demande pour une automobile plus radicale dans son comportement. Le développement est particulièrement rapide : le recours accru aux outils numériques permet notamment de raccourcir la phase de conception de la carrosserie.
La Divo est dévoilée publiquement le 24 août 2018 lors de The Quail, A Motorsports Gathering, en Californie. Elle ne constitue ni une nouvelle génération de Bugatti ni une simple série spéciale décorative. Sa base mécanique provient bien de la Chiron, mais le travail effectué sur l’aérodynamique, le refroidissement, le châssis et la carrosserie lui donne une identité propre.
Cette distinction est également importante face à la Bugatti Chiron Sport. Cette dernière améliore déjà le comportement dynamique de la Chiron, tandis que la Divo pousse beaucoup plus loin la transformation avec une silhouette spécifique et une aérodynamique développée autour de la performance latérale.
Bugatti annonce ainsi jusqu’à 1,6 g d’accélération latérale et affirme que la Divo est huit secondes plus rapide que la Chiron sur son parcours de maniabilité du circuit de Nardò. Le constructeur ne communique toutefois pas de chrono absolu permettant de transformer cette comparaison en temps au tour indépendant.
Un W16 de 1 500 ch conservé
La Divo ne cherche pas ses gains de performances dans une augmentation de puissance. Son W16 de 7 993 cm3 à quatre turbocompresseurs développe 1 500 ch et 1 600 Nm, soit des valeurs comparables à celles de la Chiron dont elle dérive. Le moteur est associé à une boîte à double embrayage à sept rapports et à une transmission intégrale permanente.
Cette mécanique reste capable de performances hors normes, mais la vitesse maximale est limitée électroniquement à 380 km/h. Cette valeur inférieure aux 420 km/h annoncés pour la Chiron originelle illustre directement le changement de priorité. La configuration aérodynamique de la Divo recherche davantage l’appui et la stabilité en courbe que la réduction maximale de la traînée nécessaire à une très haute vitesse de pointe.
Bugatti revendique parallèlement une réduction de masse de 35 kg grâce notamment à des jantes allégées, à certains composants en carbone, à la suppression de matériaux isolants et à l’allègement de plusieurs équipements. La question du poids demande néanmoins une précision : la fiche technique Bugatti mentionne 1 995 kg DIN, valeur conservée du véhicule de base pour des raisons d’homologation, alors que la diminution annoncée de 35 kg conduit parfois à voir apparaître un chiffre d’environ 1 960 kg dans les fiches consacrées à la Divo.
Fiche technique de la Bugatti Divo
| Caractéristique | Bugatti Divo |
|---|---|
| Année de présentation | 2018 |
| Carrosserie | Coupé 2 places |
| Moteur | W16 essence, 4 turbocompresseurs |
| Cylindrée | 7 993 cm3 |
| Puissance maximale | 1 500 ch à 6 700 tr/min |
| Couple maximal | 1 600 Nm de 2 000 à 6 000 tr/min |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Double embrayage à 7 rapports |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone |
| Suspension | Doubles triangles, réglages spécifiques Divo |
| Freins | Carbone-céramique |
| Pneus avant | 285/30 ZR20 |
| Pneus arrière | 355/25 ZR21 |
| Longueur | 4 641 mm |
| Largeur | 2 018 mm |
| Hauteur | 1 212 mm en position normale |
| Empattement | 2 711 mm |
| Voie avant | 1 749 mm |
| Voie arrière | 1 666 mm |
| Poids DIN indiqué par Bugatti | 1 995 kg |
| Allègement revendiqué | 35 kg par rapport à la Chiron |
| 0 à 100 km/h | 2,4 s |
| 0 à 200 km/h | 6,1 s |
| 0 à 300 km/h | 13,1 s |
| Vitesse maximale | 380 km/h, limitée électroniquement |
| Accélération latérale maximale | 1,6 g |
| Appui aérodynamique supplémentaire | 90 kg par rapport à la Chiron |
| Largeur de l’aileron arrière | 1,83 m |
| Réservoir | 100 litres |
| Consommation combinée WLTP | 22,3 l/100 km |
| Émissions de CO2 combinées WLTP | 506 g/km |
| Production | 40 exemplaires |
| Prix neuf annoncé | 5 millions d’euros net, hors taxes et personnalisations |
Une aérodynamique profondément différente de la Chiron
L’aérodynamique constitue le changement technique le plus visible. Bugatti annonce 90 kg d’appui supplémentaire par rapport à la Chiron. À l’arrière, l’aileron atteint 1,83 m de largeur, soit 23 % de plus que celui de la Chiron. Son incidence peut être modifiée et l’élément participe également à la fonction d’aérofrein.
La partie avant reçoit de grandes entrées d’air et des projecteurs particulièrement fins afin de libérer de l’espace pour les conduits de refroidissement. Le toit, les flancs, le soubassement et le diffuseur participent eux aussi à la gestion des flux. À l’arrière, les feux sont intégrés à une grille complexe composée de 44 ailettes lumineuses, tandis que quatre sorties d’échappement occupent le centre du diffuseur.
Le style ne renonce pourtant pas aux signatures historiques de la marque. La calandre en fer à cheval demeure immédiatement identifiable et une arête centrale parcourt la carrosserie. Ce traitement fait référence à la célèbre Bugatti Type 57 Atlantic, dont la ligne dorsale est devenue l’un des motifs historiques les plus reconnaissables de Bugatti.
L’habitacle conserve davantage de liens avec celui de la Chiron. Les changements concernent notamment les sièges offrant un maintien latéral renforcé, l’emploi d’Alcantara et des palettes de changement de rapport agrandies. Les possibilités de personnalisation restent considérables, chaque client pouvant travailler avec Bugatti sur les couleurs, matériaux et détails de finition.
Quarante exemplaires à cinq millions d’euros
Dès sa présentation, la Divo est limitée à 40 unités, proposées au prix net de cinq millions d’euros chacune avant taxes et personnalisations. Les 40 voitures sont déjà attribuées lorsque le modèle est révélé au public, ce qui illustre le fonctionnement très particulier de cette série réservée à une clientèle Bugatti sélectionnée.
La production avait initialement été annoncée à partir de 2019, mais les premières voitures destinées aux clients sont livrées en 2020. La fabrication se déroule à l’Atelier Bugatti de Molsheim, en Alsace, avec un important travail d’individualisation. Le 40e et dernier exemplaire est livré à un client européen en juillet 2021.
Parmi les configurations officiellement documentées figure la Divo surnommée « Lady Bug ». Sa décoration associe des milliers de formes géométriques réparties sur la carrosserie, un travail particulièrement complexe en raison des surfaces tridimensionnelles du véhicule. Elle illustre jusqu’où pouvait aller le programme de personnalisation sans constituer pour autant une variante mécanique distincte.
Le retour du coachbuilding chez Bugatti
La Divo occupe une place particulière dans l’histoire récente de Molsheim parce qu’elle dépasse la logique traditionnelle d’une déclinaison de gamme. Bugatti l’a présentée comme le point de départ du renouveau de sa tradition du coachbuilding : utiliser une architecture mécanique existante pour créer une automobile à la carrosserie et au caractère nettement différenciés.
Cette stratégie donnera ensuite naissance à d’autres projets très exclusifs. La Bugatti La Voiture Noire pousse le principe jusqu’à la pièce unique, tandis que la Bugatti Centodieci adopte elle aussi une carrosserie spécifique et une production extrêmement limitée. La Divo reste toutefois caractérisée par son objectif initial très précis : rendre l’architecture Chiron plus efficace dans les enchaînements de virages.
Cette recherche d’agilité réapparaît sous une autre forme avec la Bugatti Chiron Pur Sport, dévoilée ultérieurement. La Pur Sport demeure une déclinaison de la Chiron, alors que la Divo s’en distingue visuellement beaucoup plus fortement et appartient à une série de seulement 40 voitures.
Le W16 connaîtra encore des développements nettement plus radicaux. Avec la Bugatti Bolide, Bugatti abandonne la recherche du compromis routier pour exploiter le moteur dans une automobile conçue pour le circuit. La Divo reste au contraire homologuée pour la route, malgré son aérodynamique, ses réglages de châssis et sa production directement inspirés par une recherche accrue de performance dynamique.




