Bugatti Type 46

Bugatti Type 46

Présentée en 1929, la Bugatti Type 46 est l’une des plus imposantes voitures de tourisme construites à Molsheim entre les deux guerres. Son huit cylindres de 5,4 litres, son empattement de 3,50 m et sa transmission installée à l’arrière la placent nettement au-dessus des Bugatti routières plus compactes. Moins démesurée que la Royale mais directement apparentée à celle-ci par plusieurs choix techniques et esthétiques, elle gagne rapidement le surnom de « Petite Royale ».

La Type 46 n’est pourtant pas une Royale simplement réduite. Bugatti cherche avec elle à proposer une automobile de grand luxe plus exploitable et susceptible d’être produite en quantités significatives. Elle devient ainsi une proposition singulière dans la gamme, combinant la sophistication mécanique propre à la marque avec la possibilité de recevoir des carrosseries extrêmement diverses.

Une « Petite Royale » dans la gamme Bugatti

À la fin des années 1920, la gamme de Molsheim couvre des usages très différents. Les voitures issues de la compétition ont établi la réputation sportive du constructeur, tandis que la Bugatti Type 44 répond davantage aux besoins d’une clientèle de tourisme. Au sommet se trouve la gigantesque Royale, prestigieuse mais hors de portée de presque tous les acheteurs. La Type 46 vient occuper l’espace entre ces univers.

Sa parenté avec la Bugatti Type 41 Royale dépasse le simple surnom. Elle reprend l’idée d’un huit cylindres de forte cylindrée, une architecture de grande automobile de prestige et plusieurs solutions techniques évoquant son imposante aînée. Certaines Type 46 reçoivent également les grandes roues Bugatti en alliage à ailettes qui renforcent cette ressemblance visuelle.

La différence d’échelle demeure considérable. Avec 5 359 cm3, le moteur de la Type 46 représente moins de la moitié de la cylindrée de celui de la Royale, qui approche 12,7 litres. L’empattement de 3,50 m reste imposant, mais permet de construire une automobile sensiblement moins gigantesque. La Type 46 conserve ainsi la présence d’une grande Bugatti de prestige sans atteindre les dimensions extraordinaires de la Type 41.

Les premières voitures apparaissent à partir de 1929 et les livraisons se développent au début des années 1930. La période exacte de production varie dans la documentation disponible, certaines références arrêtant la série vers 1932 ou 1933 tandis que d’autres la prolongent jusqu’en 1936. L’essentiel de l’activité documentée se concentre néanmoins au début de la décennie.

Un huit cylindres de 5,4 litres et une transmission originale

Le moteur constitue l’un des principaux traits distinctifs de la Type 46. Ce huit cylindres en ligne atmosphérique de 5 359 cm3 possède un alésage de 81 mm et une course de 130 mm. Cette architecture longue course privilégie la souplesse attendue d’une grande voiture de tourisme. Le moteur emploie un simple arbre à cames en tête et trois soupapes par cylindre, soit 24 soupapes au total. Un double allumage, avec deux bougies par cylindre, complète cette mécanique particulièrement élaborée pour son époque.

La puissance communément documentée est d’environ 140 ch à 3 500 tr/min. Elle ne transforme pas la Type 46 en voiture de Grand Prix, mais lui permet d’atteindre environ 140 à 145 km/h malgré son gabarit et les carrosseries souvent volumineuses montées sur son châssis. Sa philosophie diffère ainsi nettement de celle d’une Bugatti Type 43, beaucoup plus directement orientée vers les performances.

L’une des particularités les plus intéressantes se trouve derrière les occupants. La boîte manuelle à trois rapports est réunie au pont arrière plutôt qu’accolée au moteur. Cette disposition de type transaxle participe à la répartition des masses et distingue la Type 46 de nombreuses grandes automobiles contemporaines. Certaines fiches techniques modernes lui attribuent quatre rapports, mais les descriptions historiques spécialisées de la Type 46 documentent une boîte à trois vitesses.

Le châssis reste conventionnel dans son principe, avec une structure séparée et des essieux rigides suspendus par ressorts à lames. Les quatre roues sont freinées par de grands tambours à commande mécanique. Les premières voitures peuvent être équipées de roues à rayons, tandis que les exemplaires ultérieurs adoptent notamment de grandes roues Bugatti en alliage coulé, dont l’apparence rappelle directement celles de la Royale.

Fiche technique de la Bugatti Type 46

CaractéristiqueBugatti Type 46
Année d’apparition1929
Architecture moteur8 cylindres en ligne atmosphérique
Cylindrée5 359 cm3
Alésage x course81 x 130 mm
DistributionSimple arbre à cames en tête, 3 soupapes par cylindre, 24 soupapes
AllumageDouble allumage, 2 bougies par cylindre
PuissanceEnviron 140 ch à 3 500 tr/min
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports, montée avec le pont arrière
StructureChâssis séparé en acier
Suspension avantEssieu rigide, ressorts à lames
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames
FreinsTambours aux 4 roues, commande mécanique
EmpattementEnviron 3 500 à 3 505 mm
LongueurVariable selon la carrosserie, environ 4,6 m pour certaines configurations
PoidsVariable selon le châssis et la carrosserie, environ 1 150 kg pour certaines configurations documentées et davantage pour les carrosseries lourdes
Vitesse maximaleEnviron 140 à 145 km/h selon la carrosserie et les rapports
RouesÀ rayons sur certaines premières voitures, alliage coulé à ailettes sur d’autres exemplaires

Des carrosseries presque toutes différentes

Parler d’une silhouette unique de Type 46 serait trompeur. Comme beaucoup d’automobiles de prestige de cette époque, elle pouvait être livrée sous forme de châssis roulant, puis habillée selon les souhaits du propriétaire. Berlines, conduites intérieures, coupés, cabriolets, roadsters et carrosseries de ville ont ainsi coexisté sur la même base mécanique.

Gangloff, Van Vooren, Million-Guiet, Gaston Grümmer, Vanden Plas, Letourneur et Marchand ou encore de Villars figurent parmi les noms associés à des Type 46 connues. Cette diversité explique les écarts importants rencontrés dans les dimensions et les masses publiées. Une imposante conduite intérieure destinée au voyage ne peut pas être décrite avec les mêmes valeurs qu’un coupé beaucoup plus compact construit sur le même empattement.

Quelques éléments permettent néanmoins de reconnaître la famille. Le très long capot est dominé par la haute calandre Bugatti en fer à cheval, tandis que l’empattement généreux impose des proportions majestueuses. Les ailes séparées, les marchepieds présents sur de nombreuses carrosseries et les grandes roues renforcent cette présence. Sur les voitures dotées de roues en alliage à ailettes, la parenté visuelle avec la Royale devient particulièrement évidente.

Jean Bugatti joue alors un rôle croissant dans le langage esthétique de la marque. Certaines Type 46 sont aujourd’hui particulièrement recherchées pour leurs carrosseries aux lignes basses et profilées, mais il faut distinguer les carrosseries historiques authentiques des créations ou reconstructions postérieures réalisées dans le style de Jean Bugatti. L’histoire individuelle du châssis est donc essentielle pour identifier correctement un exemplaire.

Type 46 et Type 46S, deux configurations à ne pas confondre

La Type 46 décrite ici est la version atmosphérique d’environ 140 ch. Elle ne doit pas être confondue avec la Type 46S, beaucoup plus rare, qui ajoute un compresseur Roots au huit cylindres. Cette dernière est généralement créditée d’environ 160 ch et sa production est couramment estimée à seulement 18 exemplaires. Les performances attribuées à la 46S, notamment une vitesse maximale pouvant approcher 150 km/h, ne doivent donc pas être transposées à la Type 46 standard.

Cette distinction est d’autant plus importante que Bugatti développe rapidement d’autres grandes voitures performantes. La Bugatti Type 50 adopte un huit cylindres d’environ cinq litres, suralimenté et doté d’une distribution à double arbre à cames en tête. Elle représente une approche plus sportive que celle de la Type 46, dont la vocation première reste le grand tourisme luxueux.

La Bugatti Type 55 pousse encore davantage cette orientation sportive avec une automobile plus légère et plus directement tournée vers la performance. Ces modèles coexistent suffisamment pour rendre trop simpliste l’idée d’un remplacement immédiat de la Type 46 par un unique successeur.

Production et rareté de la Type 46

Le nombre exact de Type 46 construites n’est pas établi de manière parfaitement uniforme. Les publications spécialisées avancent des totaux allant d’environ 400 à plus de 460 châssis, avec des chiffres de 450, 462 ou 468 régulièrement cités. Cette divergence tient notamment aux méthodes de comptage, à la période retenue et à la distinction entre Type 46 et Type 46S. « Environ 450 exemplaires » constitue donc un ordre de grandeur plus solide qu’un total présenté comme absolument définitif.

Cette production reste considérable par comparaison avec la Royale et montre que la Type 46 n’était pas pensée comme un simple exercice de prestige. Les châssis portent une numérotation de la série 46xxx, et l’étude de ces numéros permet aujourd’hui de retracer les changements de carrosserie, propriétaires successifs et restaurations de nombreux exemplaires.

La Type 46 est avant tout une automobile routière, mais elle apparaît aussi dans quelques événements sportifs. Les archives photographiques documentent notamment Louis Chiron avec une Type 46 au Rallye Monte-Carlo de 1930. Cela ne lui confère pas le palmarès des Bugatti de Grand Prix : sa place dans l’histoire de la marque repose davantage sur sa mécanique imposante, son raffinement et son rôle dans le développement des grandes routières de Molsheim.

Au cours des années 1930, cette fonction sera progressivement reprise par la Bugatti Type 57, dont les nombreuses variantes formeront le cœur de la gamme routière. La Type 46 demeure liée à une période plus ancienne de la carrosserie sur mesure, lorsque deux châssis mécaniquement proches pouvaient quitter le carrossier sous des formes radicalement différentes.