Dévoilée dans sa forme définitive en 2018, la Jaguar I-PACE est la première automobile 100 % électrique produite en série par Jaguar. Plutôt que d’adapter une plateforme conçue pour un moteur thermique, le constructeur britannique développe une architecture dédiée réunissant une batterie de 90 kWh dans le plancher et deux moteurs électriques, un sur chaque essieu. Cette conception permet à l’I-PACE EV400 de proposer une transmission intégrale, 400 ch et 696 Nm tout en adoptant des proportions très différentes de celles des SUV traditionnels.
L’I-PACE occupe ainsi une position particulière dans la gamme Jaguar. Elle appartient commercialement à la famille des modèles PACE, mais n’est pas une simple déclinaison électrique du Jaguar F-PACE. Son empattement de 2,99 m, son capot court et son habitacle avancé résultent directement de l’absence de moteur thermique à l’avant. Cette architecture en fait l’un des projets les plus importants de la période moderne de la marque.
Du concept de 2016 à la Jaguar I-PACE de série
Jaguar présente l’I-PACE Concept en novembre 2016 à Los Angeles. Le prototype annonce déjà avec une fidélité inhabituelle le véhicule commercialisé deux ans plus tard : deux moteurs électriques, une batterie de 90 kWh, une transmission intégrale et une puissance voisine de 400 ch. Il ne faut toutefois pas reprendre ses caractéristiques comme celles de la voiture de série, notamment ses roues de 23 pouces, ses performances annoncées et son autonomie calculée selon des cycles d’homologation différents.
Le développement est conduit par les équipes de Jaguar Land Rover au Royaume-Uni. Ian Callum, alors directeur du design Jaguar, supervise le style, tandis que le programme technique doit concilier performances, autonomie et comportement dynamique. Avant la commercialisation, Jaguar indique avoir utilisé plus de 200 prototypes, parcouru environ 2,4 millions de kilomètres et accumulé quelque 11 000 heures d’essais sur banc.
La version de série est révélée le 1er mars 2018 avant sa première présentation publique au Salon de Genève. La production est confiée à Magna Steyr à Graz, en Autriche. Ce choix industriel distingue également l’I-PACE de nombreux autres modèles Jaguar de son époque, assemblés au Royaume-Uni.
Son arrivée accompagne une stratégie d’électrification plus large. Jaguar est alors déjà engagé en Formule E avec la Jaguar I-TYPE. Les deux programmes sont différents, l’un concernant une voiture routière et l’autre une monoplace de compétition, mais ils matérialisent simultanément le retour de Jaguar sur la scène sportive internationale et son investissement dans la propulsion électrique.
Une architecture électrique pensée dès l’origine
La batterie lithium-ion de 90 kWh de capacité nominale est installée entre les essieux, sous l’habitacle. Elle comprend 36 modules dans la configuration d’origine et bénéficie d’une gestion thermique liquide. Sa position très basse contribue à abaisser le centre de gravité et à obtenir la répartition des masses de 50:50 annoncée par Jaguar.
L’EV400, configuration emblématique et proposée dès le lancement, reçoit deux machines synchrones à aimants permanents. Chaque essieu possède son propre ensemble moteur et réducteur à rapport unique. La puissance combinée atteint 400 ch pour 696 Nm. L’absence de liaison mécanique conventionnelle entre les deux essieux permet de gérer électroniquement la motricité, tandis que la réponse immédiate des moteurs donne à cette Jaguar de plus de deux tonnes des performances de sportive.
La structure fait largement appel à l’aluminium et exploite la batterie comme élément central de l’architecture. À l’avant, la suspension repose sur une double triangulation, tandis que l’arrière reçoit le système Integral Link. Une suspension pneumatique et un amortissement piloté Adaptive Dynamics ont également été proposés suivant les versions et équipements. L’objectif n’est donc pas seulement de produire un véhicule électrique efficient, mais de préserver le comportement dynamique attendu d’une Jaguar.
Le freinage associe les freins conventionnels à une récupération d’énergie particulièrement importante. Dans son réglage de forte régénération, le système peut atteindre environ 0,4 g de décélération, ce qui autorise dans de nombreuses situations une conduite en utilisant principalement la pédale d’accélérateur.
Fiche technique de la Jaguar I-PACE
| Caractéristique | Jaguar I-PACE EV400 |
|---|---|
| Année de lancement | 2018 |
| Carrosserie | 5 portes, 5 places |
| Architecture | 100 % électrique, batterie dans le plancher |
| Moteurs | 2 machines synchrones à aimants permanents, une par essieu |
| Puissance cumulée | 400 ch |
| Couple maximal | 696 Nm |
| Transmission | Intégrale électrique |
| Boîte | Réducteurs à rapport unique |
| Batterie | Lithium-ion, 90 kWh nominal |
| Modules de batterie | 36 |
| Refroidissement batterie | Liquide |
| Autonomie | Environ 470 km WLTP annoncés au lancement, valeur variable selon millésime et configuration |
| Recharge rapide DC | Jusqu’à 100 kW annoncés |
| Recharge AC | Environ 7 kW à l’origine, puis chargeur triphasé 11 kW |
| 0 à 100 km/h | 4,8 s |
| Vitesse maximale | 200 km/h |
| Structure | Architecture spécifique faisant largement appel à l’aluminium |
| Suspension avant | Double triangulation |
| Suspension arrière | Integral Link |
| Direction | Crémaillère à assistance électromécanique |
| Freinage | Hydraulique avec récupération d’énergie |
| Roues | 18 à 22 pouces selon version et équipement |
| Longueur | 4 682 mm |
| Largeur de carrosserie | Environ 1 895 mm |
| Hauteur | Environ 1 565 mm |
| Empattement | 2 990 mm |
| Poids à vide | Environ 2 133 kg pour l’EV400 de lancement, variable selon définition et équipement |
| Répartition des masses annoncée | 50:50 |
| Coefficient aérodynamique | Cx 0,29 |
| Production | Graz, Autriche, par Magna Steyr |
Un dessin dicté par la plateforme électrique
La silhouette constitue l’une des caractéristiques les plus originales de l’I-PACE. L’empattement représente une part exceptionnellement importante de la longueur totale et les roues sont repoussées vers les extrémités. Le capot court, le pare-brise avancé et le pavillon fuyant donnent à la voiture une allure intermédiaire entre SUV, berline sportive et coupé surélevé. Jaguar revendique notamment l’influence du Jaguar C-X75, concept à moteur central dont certaines proportions et certains principes aérodynamiques ont nourri le travail des designers.
La face avant conserve une calandre immédiatement identifiable comme une Jaguar, bien qu’elle n’ait évidemment plus à alimenter un moteur thermique en air. Des volets actifs participent à la gestion aérodynamique et l’écoulement peut être dirigé à travers une ouverture située dans le capot. Les poignées affleurantes, le soubassement travaillé et l’arrière tronqué contribuent au Cx de 0,29 annoncé par le constructeur.
L’habitacle profite directement de l’empattement de 2,99 m. L’absence de groupe motopropulseur thermique et d’arbre de transmission conventionnel libère davantage d’espace pour les occupants. Les premières voitures utilisent l’interface Touch Pro Duo répartie sur plusieurs écrans. Jaguar adoptera ensuite le système Pivi Pro lors de l’évolution technologique du modèle.
Autonomie, recharge et évolutions de l’I-PACE
Au lancement, Jaguar communique sur une autonomie d’environ 470 km selon le cycle WLTP. On rencontre également des valeurs proches de 480 km dans certaines documentations anciennes, tandis que des homologations ultérieures descendent autour de 448 km selon les roues, la version et le millésime. Ces chiffres ne décrivent donc pas des batteries fondamentalement différentes : ils reflètent principalement des configurations et homologations distinctes. Les 90 kWh correspondent par ailleurs à la capacité nominale de la batterie, et non à l’énergie intégralement disponible pour la conduite.
La recharge rapide en courant continu atteint officiellement 100 kW, Jaguar annonçant environ 40 minutes pour atteindre 80 % dans des conditions adaptées. L’une des évolutions les plus utiles intervient en 2020 avec l’arrivée d’un chargeur embarqué triphasé de 11 kW, plus performant en courant alternatif que le système d’environ 7 kW des premières voitures. Avec une borne triphasée de 11 kW, Jaguar indiquait alors environ 8,6 heures pour une recharge complète.
La gamme est principalement associée à l’EV400, mais une EV320 est également commercialisée sur certains marchés européens. Sa puissance est ramenée à 320 ch et son couple à 500 Nm, avec un 0 à 100 km/h annoncé en 6,4 s et une vitesse limitée à 180 km/h. Elle ne doit donc pas être confondue avec l’EV400 qui définit l’I-PACE depuis son lancement.
Au fil de sa carrière apparaissent aussi de nouvelles présentations et séries, dont l’I-PACE Black. Les dernières évolutions adoptent notamment une identité Jaguar R-Dynamic. Il s’agit d’une présentation et d’un niveau de finition à caractère sportif, et non d’une nouvelle architecture électrique ou d’une motorisation spécifique.
Prix, carrière commerciale et distinctions
À son arrivée en France, l’I-PACE se positionne clairement parmi les modèles premium. La version EV400 AWD S est affichée autour de 78 770 euros avant bonus en 2018, tandis que les finitions SE, HSE et First Edition font progresser sensiblement le tarif. La HSE pouvait ainsi dépasser 95 000 euros selon sa configuration. Ces écarts expliquent pourquoi un prix unique ne peut pas représenter correctement l’ensemble de la gamme.
La carrière de l’I-PACE est rapidement accompagnée de récompenses importantes. En 2019, elle devient la première Jaguar sacrée voiture européenne de l’année. La même année, elle réalise un triplé inédit aux World Car Awards en remportant les titres World Car of the Year, World Green Car et World Car Design of the Year. Jaguar annonçait alors avoir déjà livré plus de 11 000 exemplaires dans le monde.
La voiture donne également naissance à l’I-PACE eTROPHY, version préparée pour une compétition monotype organisée en marge de certaines manches de Formule E. Cette variante de course ne doit pas être assimilée à l’EV400 routière, mais elle illustre la volonté de Jaguar de donner une dimension sportive à son premier modèle électrique de série.
La fin de carrière et le changement de stratégie de Jaguar
L’I-PACE reste un modèle isolé dans l’histoire de Jaguar : aucun prédécesseur direct ne l’avait précédée et aucun successeur de série portant son nom n’a repris immédiatement sa place. Elle cohabite avec les SUV thermiques ou hybrides de la marque, notamment le F-PACE et le Jaguar E-PACE, mais son architecture électrique spécifique ne sera pas déclinée en une famille complète de modèles de série.
La production s’achève en 2024, même si des véhicules et millésimes peuvent continuer à apparaître dans les catalogues ou immatriculations après cette date selon les marchés. Cette fin intervient alors que Jaguar prépare une transformation beaucoup plus profonde de sa gamme et de son positionnement. L’I-PACE appartient ainsi à une première phase de l’électrification de la marque, distincte des projets développés pour la génération suivante.
Cette rupture apparaît notamment avec la Jaguar Type 00, présentée après la carrière de l’I-PACE pour annoncer un nouveau langage stylistique et une nouvelle stratégie électrique. La Type 00 ne constitue pas le remplacement direct de l’I-PACE : elle ouvre un autre chapitre technique et commercial, alors que l’I-PACE demeure le modèle qui avait fait entrer Jaguar dans la production automobile 100 % électrique dès 2018.




