Maserati Ghibli Cup

Maserati Ghibli Cup

Présentée au Motor Show de Bologne en décembre 1995, la Maserati Ghibli Cup représente l’aboutissement sportif de la Ghibli des années 1990. Son V6 2,0 litres biturbo développe 330 ch, une puissance remarquable pour cette cylindrée, tandis que son châssis, son freinage et sa présentation sont adaptés à une utilisation plus radicale. Produite en très petit nombre, elle transpose sur route une partie de l’expérience acquise avec la Ghibli Open Cup de compétition.

De la Ghibli II à la Cup

La Cup appartient à la génération Tipo AM336, commercialisée à partir de 1992 et connue comme la Maserati Ghibli II. Cette voiture prolonge l’architecture mécanique développée par Maserati depuis les années 1980, tout en adoptant une carrosserie profondément remaniée dont le dessin est attribué à Marcello Gandini. Elle reste une propulsion à moteur avant et conserve le V6 biturbo caractéristique de cette période de l’histoire de la marque.

Cette filiation remonte directement à la Maserati Biturbo, qui avait installé le principe d’un V6 compact suralimenté par deux turbocompresseurs au coeur de la gamme. Maserati avait ensuite multiplié les évolutions mécaniques, augmentant progressivement puissance et sophistication. La Cup pousse cette logique particulièrement loin avec seulement 1 996 cm³ de cylindrée.

Son apparition est également liée à la Ghibli Open Cup, développée pour un championnat monotype. La Cup de route et l’Open Cup ne doivent toutefois pas être confondues. La seconde est une véritable voiture de compétition, alors que la première conserve son homologation routière, un habitacle équipé et les attributs d’un coupé de grand tourisme. Le programme de course sert néanmoins de référence au développement de cette version de série.

La Cup s’inscrit ainsi dans une succession de Maserati particulièrement performantes. Quelques années auparavant, la Maserati Racing avait déjà démontré jusqu’où le constructeur pouvait pousser son V6 2 litres biturbo. La Ghibli Cup franchit une nouvelle étape avec 330 ch, soit environ 165 ch par litre.

Un V6 2 litres biturbo de 330 ch

Le moteur est un V6 à 90 degrés de 1 996 cm³, doté de 24 soupapes, de deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres et de deux turbocompresseurs IHI associés à des échangeurs. L’alimentation repose sur une gestion électronique Weber-Magneti Marelli. Maserati annonce 330 ch à 6 500 tr/min et indique que le couple reste supérieur à 350 Nm sur une large plage comprise entre 3 250 et 6 700 tr/min.

Avec environ 165 ch par litre, la puissance spécifique constituait l’un des principaux arguments de la Cup. Maserati la présentait à son lancement comme la voiture de série à moteur 2 litres la plus puissante au monde. Cette valeur est d’autant plus significative qu’elle est obtenue au milieu des années 1990 sur un moteur destiné à une automobile homologuée pour la circulation routière.

La transmission aux roues arrière passe par une boîte manuelle Getrag à six rapports. Avec 1 365 kg à sec annoncés par Maserati, le rapport poids-puissance est particulièrement favorable pour un coupé conservant un véritable habitacle routier. La vitesse maximale officielle atteint 270 km/h. Le 0 à 100 km/h est généralement donné autour de 5,6 secondes dans les documentations consacrées au modèle.

Un châssis adapté aux performances

L’évolution ne se limite pas au moteur. La Cup reçoit une suspension abaissée et raffermie, destinée à réduire les mouvements de caisse et à exploiter plus efficacement ses performances. Elle conserve une structure monocoque en acier et des trains indépendants, avec une architecture MacPherson à l’avant. Cette mise au point la distingue d’une Ghibli destinée avant tout à conjuguer performances et grand tourisme.

Le freinage est lui aussi renforcé. Maserati équipe notamment la voiture de composants Brembo à l’avant et de disques avant percés. L’ABS est conservé. Les roues Speedline de 17 pouces à cinq branches constituent simultanément une évolution fonctionnelle et l’un des moyens les plus simples de reconnaître une Cup authentique.

Cette démarche, consistant à partir d’un coupé routier pour lui donner des réglages plus incisifs sans le transformer en voiture de course, réapparaîtra plus tard chez Maserati. La Maserati 3200 GT Assetto Corsa appliquera à son tour une philosophie comparable, même si elle appartient à une génération technique entièrement différente.

Fiche technique de la Maserati Ghibli Cup

CaractéristiqueMaserati Ghibli Cup 2.0
TypeCoupé 2 portes, propulsion
Code usineTipo AM336
Production1995-1997 selon Maserati
Architecture moteurV6 à 90 degrés, longitudinal avant
Cylindrée1 996 cm³
Alésage x course82 x 63 mm
Distribution24 soupapes, double arbre à cames en tête par rangée
SuralimentationDeux turbocompresseurs IHI avec échangeurs
AlimentationInjection et gestion électronique Weber-Magneti Marelli
Puissance330 ch à 6 500 tr/min
CoupleEnviron 371 à 373 Nm à 4 000 tr/min selon les données publiées
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle Getrag à 6 rapports
StructureMonocoque en acier
Suspension avantIndépendante de type MacPherson
SuspensionRéglage spécifique abaissé et raffermi
DirectionÀ crémaillère assistée
Freinage4 disques, système renforcé, Brembo à l’avant, ABS
RouesSpeedline 17 pouces à cinq branches
Pneus avant215/45 ZR17
Pneus arrière245/40 ZR17 couramment documentés
Longueur4 223 mm
Largeur1 775 mm
HauteurEnviron 1 300 à 1 310 mm selon les données publiées
EmpattementEnviron 2 514 à 2 540 mm selon les données publiées
Poids1 365 kg à sec
Vitesse maximale270 km/h
0 à 100 km/hEnviron 5,6 s selon les données publiées

Une Ghibli discrètement transformée

La Cup conserve les proportions anguleuses de la Ghibli AM336 et ne cherche pas à afficher ses performances par une transformation spectaculaire de la carrosserie. Ses détails spécifiques deviennent donc essentiels pour l’identifier. Les jantes Speedline à cinq branches accompagnent une assiette abaissée, tandis que de petits emblèmes Ghibli Cup apparaissent sur les portes.

Un autre détail caractéristique se trouve à la base du montant arrière avec un bouchon de remplissage de carburant en aluminium inspiré de la compétition. La voiture pouvait notamment être commandée en rouge, blanc, jaune ou Bleu France dans les configurations mentionnées par Maserati. Des exemplaires noirs sont également documentés, ce qui invite à ne pas réduire toute la production aux seules quatre teintes généralement citées.

L’ambiance change davantage dans l’habitacle. Les éléments décoratifs traditionnels en bois cèdent la place à des inserts d’apparence plus sportive, tandis que le conducteur dispose d’un volant Momo Corsa et de pédales perforées en aluminium. Les sièges en cuir noir Connolly maintiennent toutefois une dimension luxueuse. La Cup reste ainsi une Maserati routière plutôt qu’une Open Cup simplement munie de plaques d’immatriculation.

60 exemplaires 2 litres et une production discutée en 2,8 litres

La rareté de la Ghibli Cup est incontestable, mais son volume de production demande une distinction entre motorisations. Maserati recense officiellement 60 exemplaires de la Cup 2.0. Ces voitures disposent d’une plaque numérotée sur le tableau de bord. Ce chiffre constitue la référence la plus solide pour la version 2 litres de 330 ch.

La situation est moins claire pour les Cup équipées du V6 2,8 litres. Maserati mentionne 15 exemplaires supplémentaires réalisés sur demande avec une version modifiée de ce moteur. Certains inventaires spécialisés avancent cependant des nombres supérieurs, notamment pour des voitures destinées au Japon et au Royaume-Uni. Il est donc préférable de distinguer le total officiel des 60 Cup 2.0 du cas particulier des 2.8 plutôt que d’attribuer à l’ensemble de la production un chiffre unique contestable.

Sur le marché français, le prix neuf de la Ghibli Cup est documenté à environ 382 000 francs. Cette position tarifaire correspondait à son statut de déclinaison très spéciale plutôt qu’à celui d’une simple finition sportive. Sa production confidentielle et ses spécificités mécaniques la placent aujourd’hui à part au sein de la vaste famille Biturbo.

La fin extrême de la lignée Biturbo

La Cup arrive tard dans l’histoire technique commencée avec la Biturbo. Elle partage cette période avec d’autres Maserati particulièrement ambitieuses, dont la Maserati Shamal, mais choisit une voie singulière : extraire 330 ch d’un V6 de seulement deux litres tout en conservant la silhouette relativement sobre de la Ghibli.

La carrière de la Ghibli AM336 s’achève à la fin des années 1990, au moment où Maserati entre dans une nouvelle phase de son histoire. La Maserati 3200 GT, dévoilée en 1998, inaugure alors une génération de coupés entièrement renouvelée. La Ghibli Cup demeure attachée à l’époque précédente, celle où l’architecture issue de la famille Biturbo fut poussée jusqu’à une puissance spécifique de 165 ch par litre dans une automobile homologuée pour la route.