La Renault Kwid apparaît en 2015 comme une petite citadine destinée en priorité à l’Inde et aux marchés émergents. Longue de moins de 3,70 m, légère et proposée à un tarif particulièrement bas, elle adopte pourtant une présentation inspirée des SUV, avec une garde au sol élevée, des protections de carrosserie et une face avant massive. Ce positionnement la distingue d’une citadine européenne classique comme la Renault Twingo, même si les deux modèles appartiennent au segment des petites voitures urbaines.
La Kwid constitue surtout un projet industriel majeur pour Renault. Elle est la première voiture de grande diffusion développée sur la plateforme CMF-A de l’Alliance Renault-Nissan, architecture conçue pour réduire fortement les coûts et le poids tout en permettant une production très localisée. Le modèle est dévoilé sous sa forme de série à Chennai en mai 2015 puis lancé commercialement en Inde le 24 septembre de la même année.
Une Renault conçue autour des besoins du marché indien
Le programme prend forme au début des années 2010, lorsque l’Alliance Renault-Nissan cherche à développer une automobile d’entrée de gamme capable de concurrencer les modèles les moins chers des grands marchés émergents. Les plateformes existantes du groupe sont jugées trop lourdes et coûteuses pour atteindre les objectifs fixés. Une nouvelle architecture est donc développée spécifiquement pour les petites voitures, avec une recherche systématique de simplicité industrielle.
Gérard Detourbet joue un rôle central dans ce programme. Déjà associé au développement de la gamme à bas coût de Renault, il prend en charge le projet destiné à aboutir à la Kwid et à la plateforme CMF-A. Le développement mobilise des équipes internationales, mais l’Inde occupe une place essentielle dans la conception, l’industrialisation et le choix des fournisseurs. Au lancement, Renault annonce un taux de localisation de 98 %, particulièrement élevé pour un nouveau modèle.
La voiture est produite à Oragadam, près de Chennai, dans l’usine de l’Alliance Renault-Nissan. Cette forte intégration locale permet à Renault d’afficher en septembre 2015 un prix de départ de 256 968 roupies hors taxes locales et frais d’immatriculation à Delhi. La Kwid devient ainsi l’un des produits les plus accessibles du constructeur, sans être commercialisée en France métropolitaine.
Le succès commercial est rapide. Renault annonce plusieurs dizaines de milliers de commandes quelques semaines après le lancement, puis plus de 130 000 ventes cumulées en Inde au début de 2017. La stratégie indienne sera ensuite élargie avec d’autres modèles spécifiques aux marchés émergents, dont le Renault Triber et, plus tard, le Renault Kiger.
Un style de petit crossover plutôt que de citadine classique
La silhouette de la Kwid repose sur une idée simple : donner à une voiture de segment A des attributs visuels habituellement associés aux SUV. La carrosserie cinq portes reçoit une calandre large, des passages de roues marqués, des protections en plastique noir et une garde au sol de 180 mm. Les porte-à-faux courts et les flancs sculptés accentuent encore cette impression de petit crossover.
Cette présentation ne transforme pas la Kwid en tout-terrain. Elle reste une traction à moteur avant, conçue essentiellement pour un usage routier et urbain. Son style permet néanmoins à Renault de la positionner visuellement sous des modèles comme le Renault Captur, avec des codes esthétiques proches du monde des SUV malgré un gabarit et une mécanique beaucoup plus modestes.
L’habitacle privilégie également la simplicité. L’instrumentation numérique et, sur les finitions supérieures, l’écran tactile MediaNav de 7 pouces donnent à la Kwid une présentation relativement moderne pour son niveau de prix. Le volume de coffre de 300 litres annoncé au lancement est important pour une voiture de cette longueur, et peut atteindre 1 115 litres une fois la banquette rabattue.
Il ne faut pas confondre cette voiture de série avec le Kwid Concept présenté au salon Auto Expo de New Delhi en 2014. Ce prototype spectaculaire disposait notamment d’un moteur 1.2 turbo, d’une boîte EDC, d’une position de conduite centrale et d’un petit drone embarqué baptisé Flying Companion. La voiture commercialisée en 2015 reprend essentiellement le nom et certains thèmes stylistiques du concept.
Fiche technique de la Renault Kwid
| Caractéristique | Renault Kwid 0.8 de lancement |
|---|---|
| Année de lancement | 2015 |
| Carrosserie | Citadine 5 portes, 5 places |
| Segment | A |
| Plateforme | CMF-A |
| Architecture moteur | 3 cylindres en ligne atmosphérique |
| Cylindrée | 799 cm³ |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 12 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique essence |
| Puissance | 54 ch à 5 678 tr/min |
| Couple | 72 Nm à 4 386 tr/min |
| Implantation | Moteur transversal avant |
| Transmission | Traction |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Suspension avant | MacPherson avec bras transversal inférieur |
| Suspension arrière | Essieu déformable avec ressorts hélicoïdaux |
| Direction | À crémaillère, assistance électrique selon finition |
| Freins | Disques avant, tambours arrière |
| Pneumatiques | 155/80 R13 |
| Longueur | 3 679 mm |
| Largeur | 1 579 mm |
| Hauteur | 1 478 mm |
| Empattement | 2 422 mm |
| Garde au sol | 180 mm |
| Poids | Environ 660 à 678 kg selon version et source |
| Réservoir | 28 litres |
| Consommation homologuée ARAI | 25,17 km/l, soit environ 3,97 l/100 km |
| Volume de coffre | 300 litres |
| Volume maximal avec banquette rabattue | 1 115 litres |
Du moteur 0.8 au 1.0 SCe
La Kwid est lancée avec un trois-cylindres essence atmosphérique de 799 cm³ développant 54 ch et 72 Nm. Cette mécanique est associée à une boîte manuelle à cinq rapports. Le faible poids de la voiture constitue une partie essentielle de sa conception : suivant les versions et les sources techniques, la masse tourne autour de 660 à 678 kg.
En août 2016, Renault complète l’offre avec un trois-cylindres 1.0 SCe de 999 cm³. Il développe environ 68 ch et 91 Nm, ce qui améliore les performances tout en conservant une architecture très simple. Une transmission Easy-R apparaît ensuite : il s’agit d’une boîte manuelle robotisée à cinq rapports, commandée par une molette sur la planche de bord.
La Kwid est également pensée pour afficher une consommation homologuée très basse. Avec le 0.8, Renault annonce 25,17 km/l sur le cycle indien ARAI, soit un peu moins de 4 l/100 km par simple conversion. Cette valeur correspond à une mesure d’homologation et non à une consommation garantie en circulation réelle.
Sécurité et adaptations selon les marchés
La sécurité constitue l’un des points les plus sensibles de l’histoire de la première Kwid indienne. Lors des essais publiés en 2016, Global NCAP attribue zéro étoile pour la protection des adultes à plusieurs configurations du modèle. L’organisme documente aussi plusieurs modifications successives de la structure réalisées par Renault durant les premiers mois de production.
Ces évolutions expliquent pourquoi toutes les Kwid de première phase ne sont pas strictement identiques. Global NCAP distingue plusieurs états structurels successifs à l’aide des numéros de châssis, preuve que Renault a renforcé progressivement certains éléments de la caisse. Les équipements de sécurité varient eux aussi fortement selon les années et les marchés : l’airbag conducteur n’était pas systématiquement monté sur toutes les versions indiennes de 2015.
La variante lancée au Brésil à partir de 2017 ne doit donc pas être considérée comme une copie exacte de la Kwid indienne originelle. Elle bénéficie d’adaptations spécifiques aux normes et conditions locales, notamment d’une structure renforcée, de quatre airbags et de roues de 14 pouces. Ces modifications augmentent aussi sa masse et rendent plusieurs chiffres techniques incompatibles avec ceux du modèle indien de lancement.
Restylage de 2019 et dérivés électriques
En 2019, la Kwid reçoit en Inde un restylage important. La face avant est profondément redessinée avec des feux de jour placés en partie haute et les projecteurs principaux intégrés plus bas dans le bouclier. Les roues passent à 14 pouces et la garde au sol augmente à 184 mm. Cette évolution reste une Kwid de la même lignée, mais ses dimensions d’équipement et certains chiffres techniques ne doivent pas être appliqués rétroactivement à la version de 2015.
L’architecture de la Kwid sert également de base à plusieurs véhicules électriques. La Renault City K-ZE, dévoilée pour le marché chinois, reprend directement cette filiation technique tout en adoptant une chaîne de traction entièrement électrique. Elle ne constitue donc pas une simple motorisation supplémentaire de la Kwid essence de 2015.
Cette branche électrique donnera ensuite naissance à la Dacia Spring, adaptée notamment aux exigences du marché européen. La parenté de structure et de proportions est évidente, mais la Spring possède sa propre définition technique, ses équipements de sécurité et son positionnement commercial. Elle illustre surtout la longévité de l’idée industrielle lancée avec la Kwid : concevoir une petite voiture très simple, légère et économique autour d’une plateforme capable d’être profondément adaptée à différents marchés.





