Simca Sport

Simca Sport

Présentée au Salon de Paris en 1948, la Simca Sport naît comme une automobile de prestige destinée à donner une image plus sportive à la marque française. Derrière cette appellation se cache toutefois une lignée qui évoluera pendant plusieurs années. La voiture qui en constitue le point de départ est la Simca 8 Sport, un élégant cabriolet bientôt rejoint par un coupé, dont la fabrication fait intervenir Facel-Métallon.

Cette première Simca Sport occupe une position particulière dans l’histoire de la marque. Sa mécanique reste relativement modeste, avec un quatre cylindres de 1 221 cm3 développant environ 50 ch SAE, mais sa carrosserie basse et soigneusement réalisée la distingue radicalement des berlines populaires dont elle dérive. Elle associe ainsi une base éprouvée à une présentation beaucoup plus exclusive.

Une sportive française aux origines italiennes

À la fin des années 1940, Henri-Théodore Pigozzi souhaite disposer d’un modèle capable de valoriser l’image de Simca. Le constructeur possède alors des liens techniques et industriels étroits avec Fiat. La future Sport repose ainsi sur une architecture issue de la Simca 8, elle-même apparentée à la Fiat 1100. Le projet permet à Simca de proposer une automobile nettement plus séduisante sans développer entièrement une nouvelle mécanique.

Le dessin de la carrosserie constitue l’un des aspects les plus intéressants de sa genèse. Il est souvent attribué de manière simplifiée à Pinin Farina, mais les sources consacrées à l’histoire de Facel retiennent plutôt une création des Stabilimenti Farina, avec l’intervention de Giovanni Michelotti. La silhouette témoigne dans tous les cas de l’influence du style italien de l’immédiat après-guerre, caractérisé par des volumes plus fluides et des ailes progressivement intégrées à la carrosserie.

Un cabriolet est dévoilé au Salon de l’Automobile de Paris en octobre 1948. L’accueil encourage Simca à poursuivre le projet. La transformation de cette automobile de salon en modèle fabriqué en série est confiée à Facel-Métallon, entreprise dirigée par Jean Daninos. La collaboration revêt une importance particulière puisque Facel acquiert ainsi une expérience dans la construction de voitures complètes avant de développer quelques années plus tard ses propres automobiles de prestige.

La chronologie demande de distinguer présentation et production. La Simca 8 Sport apparaît publiquement en 1948, tandis que 1949 correspond à la mise au point industrielle et aux premiers exemplaires. Les premières livraisons sont signalées à l’automne 1949, alors que la production régulière est généralement située au printemps 1950. C’est donc bien 1948 qui marque la naissance du modèle, et non 1950.

Une carrosserie Facel très éloignée de la Simca 8

La Simca Sport conserve un châssis séparé dérivé de celui de la berline, avec un empattement de 2,42 m, mais son apparence ne laisse guère deviner cette parenté. Son capot allongé, sa ligne de caisse basse et ses ailes avant fondues dans la silhouette lui donnent des proportions beaucoup plus sportives. La carrosserie fait largement appel à l’aluminium, associé à des éléments en acier.

Facel-Métallon assure l’industrialisation de cette carrosserie en France. Plusieurs établissements de l’entreprise participent aux opérations, notamment Colombes, Amboise et Dreux selon les étapes de fabrication. Cette organisation explique pourquoi la Simca Sport ne doit pas être considérée comme une simple Simca de grande série habillée différemment sur les chaînes ordinaires du constructeur.

Le cabriolet est complété par un coupé. Les voitures évoluent rapidement au fil des millésimes, ce qui permet de distinguer plusieurs configurations. Les premiers modèles possèdent notamment un pare-brise en deux parties, tandis que le coupé reçoit ensuite un pare-brise bombé d’une seule pièce. Pour le millésime 1952, la face avant évolue à son tour et adopte une calandre reconnaissable à ses trois larges éléments horizontaux.

Cette fabrication élaborée explique aussi le positionnement élevé de la voiture. Un prix de 920 000 francs est documenté pour les premiers exemplaires, soit plus du double du tarif d’une Simca 8 berline de l’époque. La Sport n’est donc pas pensée comme une déclinaison sportive accessible, mais comme une automobile distinctive placée au sommet de l’offre Simca.

Fiche technique de la Simca Sport

CaractéristiqueSimca 8 Sport
Architecture moteur4 cylindres en ligne essence
Cylindrée1 221 cm3
Alésage x course72 x 75 mm
DistributionSoupapes en tête, tiges et culbuteurs
AlimentationCarburateur Solex 32 PBiC
PuissanceEnviron 50 ch SAE à 4 800 tr/min, 51 ch mentionnés pour certaines versions
Taux de compression7,8:1
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
EmbrayageMonodisque à sec
StructureChâssis séparé à longerons avec entretoisement central
Suspension avantRoues indépendantes, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques longitudinaux
AmortisseursHydrauliques
DirectionMécanique à vis et galet ou système apparenté selon version
FreinsTambours hydrauliques sur les quatre roues
Pneumatiques5,25 x 15 couramment documentés
LongueurEnviron 4,09 à 4,10 m
LargeurEnviron 1,55 m
HauteurEnviron 1,30 m
Empattement2,42 m
Voie avantEnviron 1,231 m
Voie arrièreEnviron 1,226 m
PoidsEnviron 920 kg en cabriolet, environ 950 kg en coupé
Vitesse maximaleEnviron 135 km/h
Frein de stationnementCommande mécanique

Un petit moteur dans une véritable voiture de sport

Le quatre cylindres de 1 221 cm3 constitue une évolution de la mécanique employée par la berline. Avec environ 50 ch SAE, la Simca Sport ne cherche pas à rivaliser par la puissance avec les grandes GT. Son poids contenu et sa carrosserie basse lui permettent néanmoins d’atteindre environ 135 km/h, une vitesse respectable pour une automobile française de cette cylindrée au tournant des années 1950.

La conception reste classique avec un moteur avant longitudinal, une boîte manuelle à quatre rapports et les roues arrière motrices. À l’avant, les roues sont indépendantes et associées à des ressorts hélicoïdaux. L’arrière conserve un essieu rigide suspendu par des ressorts à lames. Quatre tambours à commande hydraulique assurent le freinage. La Simca Sport repose donc sur des solutions éprouvées plutôt que sur une architecture techniquement révolutionnaire.

La mécanique évolue à la fin de la carrière. L’arrivée de la Simca 9 Aronde fournit à Simca un nouveau groupe mécanique, monté sur certaines Sport avant l’apparition de leur véritable remplaçante. Ces automobiles de transition sont couramment désignées comme des « Simca 8½ Sport ». Cette appellation permet de les distinguer, mais elle ne doit pas conduire à confondre leurs caractéristiques avec celles de la Simca 8 Sport originelle.

Certaines voitures reçoivent également une préparation à double tubulure associée à Abarth, pour une puissance donnée autour de 59 à 60 ch. Cette configuration concerne une évolution particulière et ne correspond pas à la spécification standard des Simca Sport produites depuis le début de la série.

La Simca Sport en compétition

La carrière sportive commence très tôt, au point de précéder la pleine montée en cadence commerciale. Au Rallye Monte-Carlo 1950, José Scaron et R. Pascal terminent quatrièmes du classement général et remportent leur catégorie 1 100 à 1 500 cm3. Une autre Simca 8 Sport pilotée par Angelvin et Chaboud se classe cinquième au général et deuxième de la même catégorie. Pour une voiture issue d’une mécanique de petite cylindrée, ce résultat contribue efficacement à sa réputation.

Les engagements se poursuivent au Monte-Carlo. En 1951, Scaron et Pascal terminent seizièmes au général et troisièmes de la classe 1 100 à 1 300 cm3. Des Simca Sport participent également au Rallye de l’Atlas et au Tour de France automobile. Ces participations illustrent bien le rôle du modèle : plus qu’une voiture de compétition spécialisée, il s’agit d’une sportive routière que Simca utilise pour renforcer son image.

De la Simca 8 Sport aux dernières Simca carrossées par Facel

La première génération disparaît en 1952 au profit de la Simca 9 Sport, construite autour de la nouvelle base technique de l’Aronde et habillée d’une carrosserie plus moderne. La dénomination « Simca Sport » peut ainsi prêter à confusion dans les documents historiques, puisqu’elle sert fréquemment à regrouper plusieurs générations. Une Simca Sport de 1948 et une Sport du milieu des années 1950 ne possèdent donc ni exactement la même plateforme, ni la même carrosserie.

La collaboration avec Facel se poursuit après la Simca 8 Sport. Les évolutions successives conduisent notamment au Simca Week-End, puis à des modèles dont les noms s’émancipent progressivement de l’appellation Sport. Le coupé Simca Plein Ciel et le cabriolet Simca Océane constituent les représentants les plus connus de cette dernière phase de la collaboration entre Simca et Facel.

Le nombre exact de Simca 8 Sport fabriquées reste discuté. Le total d’environ 5 165 exemplaires est le plus fréquemment cité, tandis que certaines sources spécialisées retiennent 3 726 voitures. Cette différence peut notamment provenir du périmètre retenu entre prototypes, préséries et évolutions de transition. En l’absence d’un décompte d’usine permettant de résoudre définitivement cet écart, 5 165 doit être compris comme le chiffre historique le plus couramment retenu plutôt que comme un total incontestable.

La disparition de cette première Sport ne met pas fin à l’intérêt de Simca pour le coupé. Bien plus tard, la marque reviendra à une formule sportive avec la Simca 1200 S. Cette dernière appartient à une tout autre époque et ne constitue pas le successeur direct de la voiture de 1948, mais elle prolongera à sa manière l’association du nom Simca avec un coupé compact à vocation sportive.