Simca 9 Aronde

Simca 9 Aronde

Lancée en 1951, la Simca 9 Aronde marque une rupture dans l’histoire du constructeur de Nanterre. Elle est la première Simca de grande série dont la carrosserie n’est plus simplement dérivée d’une Fiat existante et adopte une structure monocoque moderne. Son quatre cylindres de 1 221 cm3 conserve cependant un lien direct avec la mécanique de la Simca 8. Cette première génération constitue le point de départ de la Simca Aronde, une famille qui connaîtra plusieurs transformations au cours des années 1950 et 1960.

Une Simca conçue pour prendre son indépendance

À la fin des années 1940, Simca doit renouveler une gamme encore étroitement liée à Fiat. Les Simca 5, Simca 6 et Simca 8 illustrent cette première période de l’entreprise française. Sous l’impulsion d’Henri-Théodore Pigozzi, le constructeur engage vers 1948 le développement d’une nouvelle familiale, généralement associé au projet interne 1200X.

La Simca 9 Aronde est officiellement présentée le 31 mai 1951, avant une commercialisation à plus grande échelle à l’automne. Elle succède à la Simca 8, dont elle conserve le moteur quatre cylindres de 1 221 cm3 dans une automobile profondément différente. La carrosserie ponton intègre désormais les ailes au volume général et la caisse autoporteuse remplace la construction séparant traditionnellement châssis et carrosserie.

Cette évolution est stratégique pour Simca. L’Aronde donne à la marque une identité beaucoup plus autonome, même si son héritage mécanique reste lié à Fiat. La conception de sa carrosserie a fait l’objet de plusieurs attributions. Mario Revelli di Beaumont est régulièrement associé au dessin initial, tandis que le bureau d’études Simca et Roger Dumas sont crédités d’un rôle important dans son développement et sa finalisation. Les documents disponibles ne permettent pas de réduire cette genèse à l’intervention certaine d’un unique designer.

Sur le marché français du début des années 1950, l’Aronde se positionne comme une familiale de catégorie moyenne. Elle évolue dans un paysage dominé par des voitures françaises aux philosophies très différentes, de la Renault 4CV aux modèles plus imposants comme la Renault Frégate, cette dernière appartenant toutefois à une catégorie supérieure.

Une berline moderne pour le début des années 1950

La première Simca 9 se reconnaît à ses formes arrondies et à sa carrosserie ponton quatre portes. Les ailes avant et arrière ne constituent plus des volumes nettement séparés, ce qui lui donne une silhouette sensiblement plus moderne que celle de la Simca 8. Les voitures de la première série, produites jusqu’au millésime 1953, sont notamment identifiables à leur calandre dont la partie supérieure forme deux décrochements, couramment surnommée calandre « podium ».

Les premières voitures de 1951 possèdent plusieurs particularités qui disparaissent rapidement. La batterie est initialement installée sous la banquette avant avant d’être déplacée sous le capot en 1952. Le dispositif donnant accès au remplissage du réservoir derrière le feu arrière gauche constitue également l’un des détails caractéristiques de la conception de l’Aronde.

La mécanique reste conventionnelle mais cohérente avec la vocation familiale de l’auto. Le quatre cylindres longitudinal entraîne les roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports commandée au volant. Les trois rapports supérieurs sont synchronisés. À l’avant, les roues sont indépendantes avec ressorts hélicoïdaux, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide associé à des ressorts à lames. Le freinage est assuré par quatre tambours hydrauliques.

Fiche technique de la Simca 9 Aronde

CaractéristiqueSimca 9 Aronde
Production1951 à 1955
Architecture moteur4 cylindres en ligne essence
ImplantationMoteur avant longitudinal
Cylindrée1 221 cm3
Alésage x course72 x 75 mm
DistributionSoupapes en tête, poussoirs et culbuteurs
AlimentationCarburateur Solex 32
PuissanceEnviron 45 ch SAE
Régime de puissanceEnviron 4 400 à 4 500 tr/min suivant documentation
CoupleEnviron 8,5 mkg, soit environ 83 Nm, à 2 600 tr/min
Puissance fiscale7 CV
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports, commande au volant
StructureCaisse autoporteuse en acier
Suspension avantRoues indépendantes, ressorts hélicoïdaux, barre stabilisatrice
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames longitudinaux
AmortisseursHydrauliques télescopiques à double effet
FreinsTambours hydrauliques aux quatre roues
Pneumatiques des premières versions5.50 x 15
EmpattementEnviron 2 440 mm
LongueurEnviron 4 070 mm selon version et méthode de mesure
LargeurEnviron 1 560 mm
HauteurEnviron 1 510 mm selon version
Voie avantEnviron 1 213 mm
Voie arrièreEnviron 1 250 mm
Poids à videEnviron 870 kg pour une première berline
Vitesse maximaleEnviron 117 à 120 km/h
0 à 60 mph30,2 s lors d’un essai d’époque, soit 0 à 97 km/h
Consommation mesuréeEnviron 8,3 l/100 km lors d’un essai d’époque
Réservoir40 litres
Circuit électrique12 V

De la première série aux Aronde suivantes

La Simca 9 évolue rapidement après son lancement. Les corrections apportées dès 1952 montrent que les premières voitures constituent encore une phase de mise au point industrielle. La gamme s’élargit parallèlement au-delà de la berline avec des versions destinées à différents usages, notamment Commerciale et Messagère. Une Quotidienne plus dépouillée apparaît à la fin de 1952 afin de proposer une Aronde moins coûteuse.

La famille accueille également des carrosseries plus valorisantes. Le coach Grand Large accompagne cette diversification, tandis que les automobiles à carrosseries spéciales liées à la Simca Sport occupent une place distincte. Il faut donc éviter d’assimiler automatiquement tous les coupés et cabriolets utilisant une mécanique apparentée à la berline Simca 9 standard.

Pour le millésime 1954, l’Aronde reçoit une évolution esthétique facilement visible à l’avant. La calandre « podium » des premières séries laisse place à un dessin en arc de cercle, accompagné de modifications de présentation. Ces changements expliquent pourquoi les dimensions, le poids et certains détails techniques publiés pour une « Simca 9 Aronde » ne sont pas toujours identiques d’une documentation à l’autre.

La génération à moteur 1 221 cm3 s’efface à la fin de 1955 devant l’Aronde 1300, équipée du moteur Flash de 1 290 cm3. La lignée poursuivra ensuite son évolution jusqu’à la Simca Aronde P60, dont le style profondément remanié ne doit pas être confondu avec celui de la Simca 9 apparue en 1951.

Une production qui change l’échelle de Simca

L’Aronde devient rapidement un modèle essentiel pour le constructeur. Le cap des 100 000 Simca 9 produites est atteint dès le 17 mars 1953, moins de deux ans après la présentation. Ce rythme témoigne de la transformation industrielle de Simca et du succès rencontré par une voiture désormais capable de porter une identité propre sur le marché français.

Le prix constitue un autre repère intéressant pour situer le modèle. Au Salon de Paris d’octobre 1951, la berline quatre portes est annoncée à 634 000 anciens francs. Les tarifs rencontrés dans la documentation varient ensuite en fonction de la date et de la version, de sorte que ce montant correspond précisément au début de la carrière commerciale plutôt qu’à l’ensemble de la période 1951-1955.

Les totaux de production demandent la même distinction. Certains chiffres publiés concernent une série particulière, tandis que les volumes dépassant le million d’exemplaires englobent la famille Aronde sur une période beaucoup plus longue. Ils ne correspondent donc pas à la seule Simca 9 à moteur 1 221 cm3.

Rallyes et records d’endurance

Simca utilise très tôt la compétition et les records pour démontrer la robustesse de sa nouvelle voiture. En 1952, Robert Amic et son équipier Mareschi remportent le Rallye du Maroc sur une Simca 9 Aronde. Cette victoire intervient alors que le modèle est encore récent et contribue à construire sa réputation au-delà de son statut de berline familiale.

L’autodrome de Linas-Montlhéry devient surtout le théâtre d’une importante campagne d’endurance. En août 1952, une Aronde parcourt de très longues distances à une moyenne proche de 117 km/h. Parmi les performances homologuées figurent notamment 15 000 miles à 117,59 km/h et 20 000 miles à 117,47 km/h. Les 50 000 km sont couverts à une moyenne d’environ 117,3 km/h.

Une nouvelle opération menée en 1953 porte l’effort jusqu’à 100 000 km et s’accompagne de nombreux records internationaux. Ces performances doivent être séparées d’une autre campagne célèbre organisée à Montlhéry en 1957. Cette dernière utilise une Aronde de 1 290,2 cm3, donc une Aronde 1300 plus récente, et non la Simca 9 de 1 221 cm3 apparue en 1951.

Comment reconnaître une véritable Simca 9 Aronde

L’appellation Aronde ayant survécu aux transformations techniques et stylistiques du modèle, l’identification par le seul nom est insuffisante. Une Simca 9 de première série associe le moteur de 1 221 cm3, la carrosserie ponton originelle et la calandre « podium ». Les exemplaires 1954 et 1955 conservent la même génération mécanique tout en adoptant une face avant différente, dominée par la nouvelle calandre en arc de cercle.

Le moteur constitue un critère décisif pour distinguer cette génération de celle qui lui succède. À partir du millésime 1956, l’Aronde 1300 adopte le quatre cylindres Flash de 1 290 cm3 et bénéficie de modifications de carrosserie. La P60, apparue plus tard, pousse encore davantage le renouvellement esthétique. Employer « Simca 9 Aronde » pour une P60 revient donc à réunir sous une même désignation deux étapes distinctes de la carrière de l’Aronde.

Les exemplaires du tout début de production présentent enfin des détails particulièrement révélateurs, comme la batterie initialement placée sous la banquette avant, le dessin spécifique des garnitures et certains éléments de pare-chocs et d’enjoliveurs. Leur disparition rapide dès les premières évolutions de 1952 permet de différencier une authentique voiture des débuts d’une Simca 9 produite quelques années plus tard.