Apparue en 1955, la Simca Week-End est un rare cabriolet français issu de la famille sportive de l’Aronde. Sa carrière ne dure qu’un peu plus d’un an, mais elle occupe une place particulière dans l’histoire de Simca : elle réintroduit une carrosserie ouverte dans la gamme sportive et constitue l’une des dernières Simca dessinées et fabriquées avec le concours de Facel-Métallon avant l’arrivée de l’Océane.
La Week-End ne doit pas être confondue avec une simple Aronde décapotable. Sa carrosserie spécifique, sa fabrication chez Facel et les renforcements nécessaires à sa structure en font un modèle distinct. Son évolution mécanique est également importante : les premières voitures utilisent le moteur de 1 221 cm3, tandis que le millésime 1956 bénéficie du nouveau Flash Spécial de 1 290 cm3 et 57 ch SAE.
Du coupé Simca Sport au cabriolet Week-End
L’origine de la Week-End remonte aux voitures sportives développées par Simca avec des carrossiers spécialisés. La filiation commence avant l’Aronde avec la Simca 8 et sa déclinaison Sport. Cette première génération bénéficie d’une influence stylistique italienne, avant que Facel-Métallon ne prenne une importance croissante dans la conception et la fabrication des carrosseries sportives de la marque.
L’arrivée de la Simca 9 Aronde change cependant la donne. Sa structure monocoque est moins facile à transformer en cabriolet qu’un châssis séparé. Supprimer le toit impose de restituer à la caisse une rigidité suffisante. La Simca 9 Sport qui apparaît en 1952 est donc essentiellement commercialisée sous la forme d’un coupé, malgré l’existence de cabriolets présentés auparavant.
Facel-Métallon travaille précisément sur ce problème. La caisse ouverte reçoit notamment un renforcement inférieur en X destiné à compenser la disparition du pavillon. Cette évolution permet à Simca de proposer au printemps 1955 un véritable cabriolet de série, baptisé Week-End. Il rejoint le Coupé de Ville et s’inscrit pleinement dans la lignée Simca Sport.
Le rôle de Facel est déterminant. L’entreprise de Jean Daninos ne se contente pas de fabriquer la carrosserie : elle participe à son développement et à son style. Si l’attribution personnelle de chaque trait de la Week-End à Daninos est difficile à établir, le modèle appartient bien aux créations développées chez Facel, contrairement aux premières Simca 8 Sport dont la généalogie stylistique remontait aux carrossiers italiens.
Une carrière concentrée sur 1955 et 1956
La première Week-End apparaît en 1955 avec le quatre cylindres de 1 221 cm3 utilisé dans la génération sportive contemporaine. Cette configuration initiale a parfois disparu des fiches modernes, qui décrivent la Week-End uniquement avec le moteur de 1 290 cm3. Il existe pourtant bien deux états mécaniques successifs au cours de sa courte carrière.
À partir de septembre 1955, pour le millésime 1956, le cabriolet profite de l’évolution générale de l’Simca Aronde. Le nouveau moteur Flash Spécial porte la cylindrée à 1 290 cm3 et développe 57 ch SAE. Associé à une boîte manuelle à quatre rapports et à une transmission aux roues arrière, il permet d’annoncer une vitesse maximale de l’ordre de 140 km/h. Pour un cabriolet français de petite cylindrée du milieu des années 1950, le positionnement est clairement plus élégant et sportif que populaire.
La carrière de la Week-End s’achève dès 1956. Simca et Facel renouvellent alors profondément leurs modèles spéciaux avec deux carrosseries au dessin plus moderne. La Simca Océane succède directement au cabriolet Week-End, tandis que la Simca Plein Ciel prend la relève du coupé. Leur pare-brise panoramique et leur présentation plus spectaculaire marquent immédiatement la différence avec la génération précédente.
Un cabriolet Facel sobre et reconnaissable
La Week-End conserve les proportions basses et élancées des Simca Sport, mais sa présentation est plus sobre que celle de certaines réalisations antérieures. Elle possède deux portes, un pare-brise conventionnel et une capote qui dégage entièrement la partie supérieure de l’habitacle. La face avant reprend l’esprit du Coupé de Ville, avec une calandre simplifiée et des indicateurs de direction ronds placés sous les projecteurs.
Les roues de 14 pouces à voile plein et les enjoliveurs relativement simples participent à cette évolution esthétique. Les ornements chromés sont moins envahissants que sur les premières Simca Sport. Le cabriolet présente également des détails qui lui sont propres, notamment des ouvertures d’aération à l’avant et son monogramme Week-End.
Cette sobriété permet aussi de distinguer facilement une véritable Week-End de l’Océane qui la remplace. Cette dernière adopte une carrosserie largement remaniée, un pare-brise panoramique et une face avant à calandre grillagée. L’appellation « Aronde Week-End », souvent employée aujourd’hui, souligne la parenté mécanique mais peut prêter à confusion : Week-End est bien le nom spécifique du cabriolet sportif produit en 1955 et 1956.
Fiche technique de la Simca Week-End
| Caractéristique | Simca Week-End |
|---|---|
| Années | 1955-1956 |
| Carrosserie | Cabriolet 2 portes |
| Structure | Monocoque dérivée de l’Aronde, renforcée pour la carrosserie ouverte |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Moteur 1955 | 4 cylindres en ligne essence, 1 221 cm3 |
| Moteur millésime 1956 | Flash Spécial, 4 cylindres en ligne essence à soupapes en tête |
| Cylindrée Flash Spécial | 1 290 cm3 |
| Alésage x course | 74 x 75 mm |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance Flash Spécial | 57 ch SAE vers 5 200 à 5 300 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Freins | Tambours hydrauliques aux 4 roues |
| Roues | 14 pouces |
| Longueur | Environ 4 262 mm |
| Largeur | Environ 1 570 mm |
| Hauteur | Environ 1 400 mm |
| Empattement | Environ 2 443 mm |
| Poids | Environ 920 kg à sec, jusqu’à environ 955 kg selon la convention de mesure |
| Puissance fiscale documentée en 1956 | 7 CV |
| Vitesse maximale avec le Flash Spécial | Environ 140 km/h |
Une production limitée et aujourd’hui difficile à chiffrer
La brièveté de la carrière explique en partie la rareté actuelle de la Week-End, mais son volume de production exact reste mal établi. Un total de 678 exemplaires est régulièrement repris, sans qu’une source industrielle suffisamment solide permette de le considérer comme un chiffre officiel. D’autres données réunissent le Coupé de Ville et la Week-End, ce qui empêche d’en déduire la production du seul cabriolet.
Des archives de numéros de série permettent néanmoins d’observer concrètement la production. Des Week-End Aronde 1300 apparaissent notamment dans la tranche 705239 à 705315 en décembre 1955 et dans la tranche 705526 à 705635 en mars 1956. Ces intervalles correspondent à des périodes documentées et ne constituent pas les bornes de fabrication de l’ensemble du modèle. Un exemplaire connu portant le numéro 705548 s’inscrit ainsi dans la seconde tranche.
La Week-End ne doit pas davantage être associée aux records d’endurance accomplis par les berlines Aronde. Aucun programme de compétition majeur propre à ce cabriolet n’est établi. Sa vocation était celle d’une automobile de loisir valorisant l’image de Simca par sa ligne, sa fabrication spécialisée et ses performances, plutôt que celle d’une voiture destinée à la compétition.
Brigitte Bardot, Facel et l’image de la Week-End
La communication entourant la Week-End contribue fortement à son identité. Brigitte Bardot est associée à l’iconographie du modèle et devient l’une de ses figures promotionnelles les plus reconnaissables. Cette association est suffisamment documentée pour parler d’une égérie de la Week-End, mais elle ne permet pas à elle seule d’affirmer qu’elle en fut personnellement propriétaire.
La voiture connaît aussi une postérité cinématographique : une Simca Week-End apparaît dans Bande à part, le film de Jean-Luc Godard sorti en 1964. Sa présence à l’écran illustre la manière dont ce petit cabriolet français pouvait encore incarner, près d’une décennie après son lancement, une automobile élégante et singulière.
La Week-End reste surtout liée à une période très précise de l’histoire de Simca et de Facel-Métallon. En transformant la base monocoque de l’Aronde en cabriolet renforcé, Facel avait résolu le problème qui avait limité le développement d’une Simca 9 Sport ouverte. Dès 1956, l’Océane reprend cette formule dans une carrosserie entièrement modernisée, mettant fin à la brève carrière de la Week-End.




