Lancée en 1991, la Subaru SVX occupe une place singulière dans l’histoire du constructeur japonais. Grand coupé GT dessiné par Giorgetto Giugiaro, elle associe un six-cylindres boxer atmosphérique de 3,3 litres, une boîte automatique et, sur la majorité des versions, une transmission intégrale. Subaru cherchait alors moins à produire une sportive radicale qu’une grande routière rapide, sophistiquée et utilisable par tous les temps. Avec sa spectaculaire verrière et ses vitres latérales à ouverture partielle, la SVX reste immédiatement identifiable plus de trois décennies après son lancement.
De l’Alcyone XT à une GT beaucoup plus ambitieuse
À la fin des années 1980, Subaru possède déjà un coupé original avec la Subaru XT, appelée Alcyone au Japon. Très anguleuse, basse et inspirée par l’aéronautique, celle-ci représente une première tentative de proposer autre chose que les berlines, breaks et véhicules à transmission intégrale qui constituent le coeur de gamme de la marque. Pour sa remplaçante, Subaru choisit cependant de changer d’échelle.
Le projet SVX apparaît publiquement sous la forme d’un concept présenté au Tokyo Motor Show de 1989. Contrairement à beaucoup de voitures de salon, il annonce très directement le modèle commercialisé deux ans plus tard. Subaru conserve notamment ses proportions, ses vastes surfaces vitrées et son traitement inhabituel des fenêtres latérales.
La voiture de série est lancée au Japon en septembre 1991 sous le nom Subaru Alcyone SVX. Sur les marchés d’exportation, elle est généralement désignée simplement Subaru SVX. Elle devient le modèle porte-drapeau de la marque, avec un positionnement nettement plus haut de gamme que celui de son prédécesseur.
Cette montée en gamme intervient à un moment important pour Subaru. La Subaru Legacy, apparue peu auparavant, modernise déjà l’offre familiale du constructeur. La SVX pousse cette transformation plus loin en adoptant un moteur inédit, une présentation luxueuse et une carrosserie conçue par l’un des grands noms du design italien.
Le dessin spectaculaire de Giorgetto Giugiaro
La silhouette est signée Italdesign sous la direction de Giorgetto Giugiaro. Plutôt que de reprendre les lignes en coins caractéristiques du Subaru XT Turbo, la SVX adopte des formes beaucoup plus fluides. Le capot plongeant, les optiques horizontales, les ailes galbées et le pavillon arrondi composent un ensemble particulièrement moderne pour 1991.
Sa caractéristique la plus spectaculaire reste son vitrage. Pare-brise, surfaces latérales et lunette donnent visuellement l’impression de former une grande verrière enveloppant l’habitacle. Les montants sont intégrés au dessin de façon à interrompre le moins possible cette continuité. Les portes utilisent surtout un système de fenêtre dans la fenêtre : seule une partie relativement petite de la vitre latérale peut descendre, le reste demeurant fixe.
Ce dispositif n’est donc ni une fantaisie ajoutée à une version spéciale ni une modification ultérieure. Il appartient au dessin même de la SVX et constitue l’un des moyens les plus sûrs de reconnaître le modèle. Malgré cette apparence proche d’un concept-car, Subaru conserve une carrosserie fonctionnelle de grande GT et un habitacle conçu pour les longs trajets.
Le travail aérodynamique est également poussé. Un coefficient de traînée voisin de 0,29 est généralement associé au modèle, avec quelques variations dans la documentation selon les versions. Pour une GT de 4,63 m environ, large et relativement lourde, cette recherche d’efficacité participe directement à sa vocation de voiture rapide sur autoroute.
Un six-cylindres boxer exclusivement associé à l’automatique
Sous le capot se trouve l’EG33, moteur qui contribue fortement à l’identité de la SVX. Ce six-cylindres opposés à plat de 3 318 cm3 possède deux arbres à cames en tête par banc, 24 soupapes et une injection électronique. Dans sa spécification japonaise, il développe 240 PS à 6 000 tr/min et environ 309 Nm à 4 800 tr/min. Les versions européennes sont couramment données pour 230 ch, tandis que certaines documentations françaises indiquent 220 ch. Ces valeurs correspondent à des spécifications et normes différentes et ne doivent pas être présentées comme une puissance mondiale unique.
Le choix du six-cylindres atmosphérique marque une rupture avec les quatre-cylindres utilisés par les coupés Subaru précédents. Il correspond au positionnement recherché : souplesse, agrément et performances de GT plutôt que comportement brutal d’un moteur fortement suralimenté.
Une particularité importante concerne la transmission. La SVX de série n’a pas reçu de boîte manuelle : l’EG33 est associé à une boîte automatique électronique à quatre rapports. La majorité des voitures utilisent également une transmission intégrale, avec notamment le système VTD sur certaines spécifications. Celui-ci privilégie nominalement l’essieu arrière, autour de 36 % du couple à l’avant et 64 % à l’arrière, tout en faisant varier la distribution lorsque les conditions l’exigent.
Toutes les SVX produites ne sont toutefois pas des quatre roues motrices. Pour réduire le prix du modèle, Subaru a commercialisé en Amérique du Nord certaines versions à traction avant au milieu des années 1990. De même, les quatre roues directrices présentes sur certaines versions japonaises ne doivent pas être attribuées à l’ensemble de la production mondiale.
Fiche technique de la Subaru Svx
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Période | 1991 à fin 1996 pour la production, commercialisation prolongée sur certains marchés en 1997 |
| Carrosserie | Coupé GT 2 portes |
| Moteur | Subaru EG33, 6 cylindres boxer atmosphérique |
| Cylindrée | 3 318 cm3 |
| Distribution | DOHC, 24 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique multipoint |
| Alésage x course | 96,9 x 75,0 mm |
| Rapport volumétrique | 10,0:1 |
| Puissance | 240 PS à 6 000 tr/min au Japon, environ 220 à 230 ch selon spécification européenne |
| Couple | Environ 309 Nm à 4 800 tr/min en spécification japonaise |
| Implantation | Moteur avant longitudinal |
| Boîte de vitesses | Automatique électronique à 4 rapports |
| Transmission | Intégrale sur la majorité des versions, traction sur certaines versions nord-américaines |
| Structure | Coque autoporteuse |
| Suspension | Quatre roues indépendantes |
| Direction | Assistée, quatre roues directrices sur certaines versions japonaises |
| Freinage | Disques, ABS selon spécification |
| Longueur | 4 625 mm |
| Largeur | 1 770 mm |
| Hauteur | Environ 1 300 à 1 310 mm selon spécification |
| Empattement | 2 610 mm |
| Voies | 1 500 mm avant, 1 480 mm arrière sur la version japonaise documentée |
| Poids | À partir d’environ 1 580 kg, variable selon version et marché |
| Vitesse maximale | Environ 235 km/h pour certaines spécifications européennes |
| 0 à 100 km/h | Environ 8,6 s dans certaines données européennes |
| Réservoir | Environ 70 litres selon spécification |
| Coefficient aérodynamique | Environ 0,29 |
Une grande routière plus qu’une sportive radicale
Les caractéristiques de la SVX expliquent son positionnement particulier. Avec environ 1,6 tonne, une boîte automatique à quatre rapports et un équipement généreux, elle n’a pas été conçue comme une sportive légère. Subaru privilégie la stabilité à haute vitesse, le confort et la capacité à exploiter les performances du six-cylindres quelles que soient les conditions météorologiques.
Cette philosophie la distingue nettement de la Subaru Impreza, dont les variantes sportives vont bientôt associer le nom Subaru au rallye et aux quatre-cylindres turbo. La SVX appartient à une autre catégorie : celle des coupés GT destinés à parcourir rapidement de longues distances.
Les performances publiées varient sensiblement selon le marché et le protocole de mesure. Une vitesse maximale voisine de 235 km/h et un 0 à 100 km/h autour de 8,6 secondes apparaissent dans certaines données européennes, tandis que d’autres publications donnent des résultats plus favorables. L’intérêt du modèle ne repose de toute façon pas sur un record d’accélération : le couple du boxer, l’aérodynamique et la transmission privilégient davantage la vitesse de croisière et la motricité.
Versions et carrière commerciale
La gamme n’est pas parfaitement identique d’un pays à l’autre. Au Japon, Subaru propose notamment des Version E et Version L, puis des déclinaisons tardives dont la S4, associée à des équipements spécifiques et à des jantes BBS forgées. En Amérique du Nord, plusieurs niveaux de finition sont commercialisés et les versions à traction avant constituent l’une des principales particularités locales.
Cette diversité explique plusieurs contradictions entre les fiches techniques consacrées à la SVX. Puissance, poids, équipements, transmission et même certaines caractéristiques du châssis peuvent dépendre du millésime et du pays. Les 240 PS japonais ne doivent donc pas être automatiquement appliqués à une voiture française, pas davantage que les caractéristiques d’une version américaine à traction.
Le prix constitue également un obstacle commercial. Au Japon, les tarifs de lancement de septembre 1991 s’étendent notamment de 3 333 000 yens pour la Version E à 3 995 000 yens pour la Version L. En France, la SVX se situe elle aussi à un niveau inhabituellement élevé pour une Subaru de l’époque. Le constructeur doit convaincre une clientèle de GT premium avec une marque encore principalement connue pour ses voitures pratiques à transmission intégrale.
La fabrication s’arrête à la fin de 1996, même si des voitures restent commercialisées ou immatriculées en 1997 selon les marchés. Fuji Heavy Industries a recensé 24 379 SVX produites. Ce total relativement faible explique sa rareté actuelle, particulièrement en Europe.
Une place à part parmi les coupés Subaru
La disparition de la SVX ne débouche pas sur une seconde génération. Subaru continue à fabriquer des voitures performantes, mais abandonne ce format de grande GT six cylindres. L’Subaru Impreza Coupé propose bien une carrosserie deux portes durant les années 1990, mais avec des dimensions, des motorisations et une philosophie radicalement différentes : il ne constitue pas un successeur de la SVX.
Le constructeur attendra beaucoup plus longtemps avant de remettre un coupé sportif au centre de sa gamme. Apparue deux décennies après la SVX, la Subaru BRZ suit presque la démarche inverse : format compact, masse contenue, propulsion et possibilité d’une boîte manuelle. Elle ne succède donc pas directement à la SVX, mais illustre une autre interprétation du coupé chez Subaru.
La SVX demeure ainsi isolée dans la production de la marque. Aucun autre modèle Subaru de série n’a repris exactement sa combinaison d’un grand coupé dessiné par Giugiaro, d’un six-cylindres boxer de 3,3 litres, d’une transmission automatique et d’une carrosserie à verrière dotée de vitrages latéraux aussi caractéristiques.




