Lancée en 1990, l’Alpine V6 Turbo Le Mans représente l’une des dernières évolutions de la GTA avant son remplacement par l’A610. Sa carrosserie spectaculaire, beaucoup plus large que celle de la GTA ordinaire, lui donne une identité immédiatement reconnaissable. Derrière cette transformation se trouve pourtant une évolution paradoxale : le V6 PRV turbocompressé développe 185 ch dans sa configuration catalysée, contre 200 ch pour l’Alpine V6 Turbo non catalysée qui lui sert de référence mécanique.
Produite à seulement 325 exemplaires, cette version est aussi connue sous l’appellation Alpine GTA Le Mans. Les deux noms renvoient à la même déclinaison de la famille GTA, et non à une Alpine de compétition destinée aux 24 Heures du Mans. La Le Mans est avant tout une GT routière conçue pour donner un dernier élan commercial et stylistique au coupé de Dieppe.
Une GTA profondément transformée en fin de carrière
La Le Mans apparaît alors que la Alpine GTA approche de la fin de sa carrière. Cette génération avait elle-même pris la relève de l’Alpine A310 au milieu des années 1980, en conservant plusieurs principes chers à la marque : moteur arrière, propulsion, recherche de légèreté et carrosserie en matériaux composites associée à un châssis-poutre.
En 1989, Alpine avait déjà cherché à valoriser son coupé avec l’Alpine Mille Miles, une série limitée qui demeurait visuellement proche de la GTA classique. La Le Mans va beaucoup plus loin. Elle ne se contente pas d’une présentation ou d’un équipement spécifiques : ses modifications de carrosserie changent véritablement les proportions de la voiture.
Le principe de cette transformation est généralement rattaché à un kit développé par le spécialiste allemand d’Alpine Heinz Christian Kleinemeier, avant son adaptation à une fabrication de série par Alpine. La voiture reçoit notamment des ailes très élargies, de nouvelles parties avant et arrière et des bas de caisse spécifiques. Avec une largeur portée à environ 1,81 m, elle possède une présence visuelle sensiblement plus imposante que la GTA normale.
Cette transformation intervient peu avant l’arrivée de l’Alpine A610 en 1991. La Le Mans reste techniquement une GTA, mais son élargissement et plusieurs détails de présentation annoncent la recherche d’une apparence plus musclée qui caractérisera le modèle suivant.
Un V6 PRV turbo catalysé de 185 ch
Sous la carrosserie se trouve le V6 PRV à 90 degrés de 2 458 cm3, installé longitudinalement derrière l’essieu arrière. Alimenté par injection électronique et associé à un turbocompresseur Garrett T3 ainsi qu’à un échangeur air-air, ce moteur appartient à la même famille que celui des GTA Turbo précédentes. La principale différence vient de son adaptation aux normes antipollution avec l’installation d’un catalyseur.
La puissance atteint ainsi 185 ch DIN à 5 750 tr/min, avec environ 290 Nm de couple à 2 200 tr/min. La GTA V6 Turbo non catalysée disposait de 200 ch. La Le Mans offre donc une présentation plus agressive tout en affichant, dans sa définition d’origine, une puissance légèrement inférieure. Alpine adapte notamment les rapports supérieurs de la boîte manuelle à cinq vitesses afin de limiter les conséquences de cette évolution sur les performances.
Avec environ 1 235 kg, la voiture conserve néanmoins un rapport poids-puissance favorable pour une GT de son époque. Sa vitesse maximale se situe autour de 240 km/h et le 0 à 100 km/h demande environ huit secondes. Ces valeurs sont moins spectaculaires que son imposante carrosserie pourrait le laisser penser, mais restent cohérentes avec sa vocation de coupé rapide destiné à la route.
Une préparation Danielson permettait de répondre aux propriétaires recherchant davantage de performances. Homologuée et proposée par l’intermédiaire du réseau, elle portait la puissance à environ 210 ch et le couple à quelque 350 Nm grâce notamment à des modifications de gestion moteur et de suralimentation. Il ne s’agit cependant pas d’une motorisation de série distincte assemblée normalement à Dieppe : une Le Mans d’origine reste une 185 ch.
Fiche technique de l’Alpine V6 Turbo Le Mans
| Caractéristique | Alpine V6 Turbo Le Mans |
|---|---|
| Année de lancement | 1990 |
| Production | 1990-1991 |
| Carrosserie | Coupé GT 2 portes, 4 places |
| Architecture moteur | V6 PRV à 90 degrés, 12 soupapes |
| Cylindrée | 2 458 cm3 |
| Alésage x course | 91 x 63 mm |
| Alimentation | Injection électronique Renix |
| Suralimentation | Turbocompresseur Garrett T3, échangeur air-air |
| Dépollution | Catalyseur |
| Puissance | 185 ch DIN à 5 750 tr/min |
| Couple | Environ 290 Nm à 2 200 tr/min |
| Implantation | Longitudinale, moteur arrière en porte-à-faux |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Châssis-poutre en acier, carrosserie en matériaux composites |
| Suspension | Roues indépendantes, triangles superposés |
| Direction | À crémaillère |
| Freinage | 4 disques ventilés, ABS |
| Jantes avant | 8 x 16 pouces |
| Jantes arrière | 10 x 17 pouces |
| Pneus avant | 205/45 ZR16 |
| Pneus arrière | 255/40 ZR17 |
| Longueur | Environ 4 310 mm |
| Largeur | Environ 1 812 mm |
| Hauteur | Environ 1 197 mm |
| Empattement | Environ 2 340 mm |
| Poids | Environ 1 235 kg |
| Vitesse maximale | Environ 238 à 240 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 8 s |
| Production totale | 325 exemplaires |
Une carrosserie élargie immédiatement identifiable
L’intérêt de la Le Mans tient largement à son traitement extérieur. Les ailes avant et arrière fortement élargies enveloppent des voies accrues et des roues beaucoup plus généreuses. Les jantes démontables ACT, au dessin évoquant les roues BBS et dotées d’un faux écrou central, figurent parmi ses signatures les plus caractéristiques. Elles atteignent 16 pouces à l’avant et 17 pouces à l’arrière, avec des pneumatiques arrière de 255 mm de large.
La face avant évolue elle aussi. Les clignotants quittent notamment les extrémités des ailes pour être intégrés plus bas dans le bouclier, tandis que les bas de caisse accompagnent visuellement l’élargissement général de la carrosserie. À l’arrière, la double sortie d’échappement et les éléments d’identification propres à la série complètent la présentation.
Ces modifications ne doivent pas conduire à assimiler la Le Mans à une simple GTA équipée d’accessoires. Sa largeur, ses voies, ses éléments de carrosserie et ses roues en font une variante clairement individualisée. Cette distinction est particulièrement importante aujourd’hui, car l’apparence d’une GTA standard peut être modifiée avec des éléments inspirés de la Le Mans. L’identification d’un exemplaire authentique doit donc reposer sur ses références de fabrication et son historique, pas uniquement sur son aspect extérieur.
Une série de 325 exemplaires
La production totale communément retenue est de 325 voitures, assemblées à Dieppe entre 1990 et 1991. La répartition généralement publiée fait état de 299 exemplaires à conduite à gauche et de 26 voitures à conduite à droite. Ce faible volume place la Le Mans parmi les déclinaisons routières les plus rares de la génération GTA.
Son prix neuf illustrait également son positionnement particulier. Les documents et sources d’époque repris aujourd’hui ne donnent pas tous exactement le même montant : des tarifs compris autour de 350 000 à 375 000 francs sont mentionnés suivant la période et la référence considérée. La préparation Danielson représentait en outre un supplément d’environ 16 000 francs lorsqu’elle était choisie.
La rareté ne tient donc pas seulement à une appellation spéciale. Contrairement à une série reposant essentiellement sur une couleur ou une sellerie particulière, la Le Mans associe faible diffusion, carrosserie spécifique, trains roulants adaptés à ses grandes roues et dernière évolution catalysée du V6 turbo de la GTA. Cette combinaison explique sa place singulière dans la production Alpine du début des années 1990.
Le nom Le Mans sans vocation de voiture de course
L’appellation peut prêter à confusion compte tenu de l’histoire d’Alpine en endurance. La marque possède un véritable passé aux 24 Heures du Mans, mais cette GTA n’est pas une voiture de compétition homologuée pour l’épreuve. Aucun palmarès aux 24 Heures ne doit donc être attribué à la V6 Turbo Le Mans de série sur la seule base de son nom.
Cette distinction est d’autant plus importante que la gamme Alpine comprend de véritables prototypes d’endurance. La V6 Turbo Le Mans reste, elle, une automobile routière à quatre places conçue pour achever la carrière commerciale de la GTA avec une identité plus spectaculaire. Son intérêt réside précisément dans ce contraste entre une silhouette devenue beaucoup plus démonstrative et une mécanique catalysée pensée pour répondre aux nouvelles contraintes du début des années 1990.
Une Le Mans de 185 ch ou une Danielson de 210 ch
La présence d’exemplaires préparés par Danielson explique une autre confusion fréquente. Les 210 ch parfois attribués directement à l’Alpine V6 Turbo Le Mans ne correspondent pas à sa définition standard. La voiture sortie dans sa configuration normale dispose de 185 ch. Danielson intervenait ensuite sur la mécanique pour porter le V6 à environ 210 ch, avec une hausse sensible du couple.
Cette préparation est historiquement intéressante parce qu’elle corrige en partie le paradoxe de la Le Mans : une carrosserie plus impressionnante accompagnée d’une puissance inférieure à celle de la précédente Turbo non catalysée. Pour un exemplaire aujourd’hui présenté comme une Danielson, l’origine de la transformation et sa documentation sont donc essentielles afin de distinguer une préparation d’époque authentique d’une modification ultérieure.
Quelques mois après la Le Mans, Alpine renouvelle profondément son grand coupé avec l’A610. Celle-ci conserve le principe du V6 turbo en position arrière mais adopte un PRV porté à 2 975 cm3 et 250 ch, ainsi qu’une carrosserie largement remaniée reconnaissable notamment à ses phares escamotables. La production de la V6 Turbo Le Mans s’arrête alors après cette courte série de 325 voitures, refermant la période GTA sur sa déclinaison visuellement la plus radicale.




