Apparue au Japon en 1969, la Nissan Fairlady Z S30 inaugure une nouvelle formule pour la sportive de Nissan. Elle abandonne le principe du petit roadster Fairlady au profit d’un coupé fastback fermé, doté d’un long capot, d’un six cylindres en ligne et d’une transmission aux roues arrière. Cette première génération pose les bases de la lignée Nissan Fairlady Z, tout en donnant naissance aux célèbres Z commercialisées sous la marque Datsun sur de nombreux marchés d’exportation.
Le nom S30 demande toutefois une distinction importante. Au Japon, la Fairlady Z de lancement utilise un moteur L20 de 1 998 cm³, alors que la 240Z exportée notamment vers l’Amérique du Nord reçoit un L24 de plus forte cylindrée. La famille S30 englobe ensuite plusieurs motorisations, carrosseries et codes de type. Parler de toutes les premières Z comme de modèles techniquement identiques masque donc des différences importantes.
Une nouvelle génération de sportive Nissan en 1969
Avant la Z, Nissan dispose déjà d’une expérience significative avec les roadsters Fairlady, notamment la Fairlady 2000 SR311. Pour son nouveau projet, le constructeur change d’échelle et de philosophie. Le marché américain prend une importance croissante et réclame une sportive capable d’associer performances, confort, présentation valorisante et prix accessible. Yutaka Katayama, responsable des activités américaines de Nissan et figure majeure de l’histoire de la Z, joue un rôle déterminant dans cette orientation.
Le développement est mené au Japon. Yoshihiko Matsuo dirige le Sports Car Styling Studio chargé du projet, entouré d’une équipe interne comprenant plusieurs stylistes et ingénieurs. Cette origine est importante car l’attribution du dessin de la Z à Albrecht von Goertz a longtemps circulé. Celui-ci avait travaillé avec Nissan sur des projets antérieurs, mais la S30 définitive est bien le fruit de l’équipe de design du constructeur japonais menée par Matsuo.
Nissan annonce la nouvelle Fairlady Z en octobre 1969 et sa commercialisation débute dans la foulée au Japon, tandis que Nissan Shatai lance sa production à Hiratsuka. Le passage du roadster au coupé est radical. La carrosserie fermée améliore l’utilisation quotidienne et donne à Nissan une véritable GT susceptible de séduire une clientèle internationale sans abandonner une architecture mécanique relativement conventionnelle.
Un dessin devenu indissociable de la lignée Z
La S30 repose sur des proportions immédiatement reconnaissables. Son capot particulièrement long précède un habitacle rejeté vers l’arrière, tandis que le pavillon descend progressivement vers un hayon fortement incliné. Les phares ronds sont installés dans des logements creusés aux extrémités des ailes et la face avant conserve une ouverture centrale simple, encadrée sur les premiers modèles par de fins pare-chocs chromés.
Cette silhouette n’est pas seulement un exercice de style. Le moteur longitudinal trouve naturellement sa place derrière le long capot et l’habitacle biplace peut être positionné très en arrière. À bord, deux grands cadrans font face au conducteur et trois instruments supplémentaires prennent place au sommet de la partie centrale de la planche de bord. L’ensemble participe à l’identité de la voiture autant que sa carrosserie fastback.
La configuration initiale est strictement biplace. Une version 2by2 apparaît en 1974 avec un empattement porté de 2 305 à 2 605 mm afin d’aménager deux places supplémentaires. Cette carrosserie allongée reçoit notamment le code GS30 dans sa définition japonaise à moteur L20 et se distingue assez nettement du profil plus ramassé de la S30 originelle.
Le six cylindres L20 de la Fairlady Z japonaise
La principale source de confusion autour de la Fairlady Z S30 vient de sa mécanique. La voiture japonaise lancée en 1969 n’est pas une 240Z rebadgée. Elle utilise le L20, un six cylindres en ligne de 1 998 cm³ alimenté par deux carburateurs à venturi variable. Nissan annonce 130 PS à 6 000 tr/min et 172 Nm à 4 400 tr/min. Le moteur est monté longitudinalement et entraîne les roues arrière.
La gamme comprend notamment une Fairlady Z relativement dépouillée et une Z-L mieux équipée. La première est associée à une boîte manuelle à quatre rapports, tandis que la Z-L dispose d’une boîte à cinq rapports. Une transmission automatique à trois rapports rejoint ensuite certaines versions. Cette diversité explique pourquoi une boîte à cinq vitesses ne peut pas être présentée comme une caractéristique universelle de toutes les S30.
L’architecture du châssis contribue également à la modernité du modèle pour son époque. La coque autoporteuse reçoit quatre roues indépendantes avec jambes de force à l’avant et à l’arrière, une direction à crémaillère, des freins à disque avant et des tambours arrière. Le poids contenu sous la tonne pour la Z-L à moteur L20 favorise les performances sans exiger une mécanique particulièrement volumineuse.
Fiche technique de la Nissan Fairlady Z S30
| Caractéristique | Nissan Fairlady Z-L S30 de lancement |
|---|---|
| Période | À partir de 1969 |
| Carrosserie | Coupé fastback 2 places à hayon |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | L20, 6 cylindres en ligne, simple arbre à cames en tête |
| Cylindrée | 1 998 cm³ |
| Alésage x course | 78 x 69,8 mm |
| Rapport volumétrique | 9,5:1 |
| Alimentation | Deux carburateurs à venturi variable |
| Puissance | 130 PS à 6 000 tr/min |
| Couple | 172 Nm à 4 400 tr/min |
| Boîte | Manuelle à 5 rapports sur Z-L |
| Structure | Coque autoporteuse |
| Suspension avant | Indépendante, jambes de force |
| Suspension arrière | Indépendante, jambes de force |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques avant, tambours arrière |
| Pneus | 6.45H 14-4PR |
| Longueur | 4 115 mm |
| Largeur | 1 630 mm |
| Hauteur | 1 285 mm |
| Empattement | 2 305 mm |
| Voie avant | 1 355 mm |
| Voie arrière | 1 345 mm |
| Poids | 995 kg |
| Vitesse maximale | 195 km/h |
De la Z432 à la 240ZG, une famille beaucoup plus vaste
Dès ses débuts, la Fairlady Z ne se limite pas au L20 de 130 PS. La Z432, identifiée par le code PS30, adopte le moteur S20 de 1 989 cm³ provenant de la famille mécanique utilisée sur les Skyline GT-R de l’époque. Avec sa culasse à double arbre à cames en tête, ses 24 soupapes et ses trois carburateurs, ce six cylindres développe 160 PS à 7 000 tr/min. Le nom 432 résume trois éléments techniques marquants : quatre soupapes par cylindre, trois carburateurs et deux arbres à cames.
La Z432 constitue donc une version bien distincte de la S30 L20 ordinaire. Une Z432R encore plus spécialisée est développée pour la compétition et figure aujourd’hui parmi les variantes les plus rares de cette génération. Ces modèles ne doivent pas servir de référence pour décrire les performances ou l’équipement d’une Fairlady Z standard.
Une autre évolution majeure intervient en novembre 1971 avec l’introduction au Japon de la Nissan 240Z. Son six cylindres L24 porte la cylindrée à 2,4 litres. Jusqu’alors, cette motorisation était surtout associée aux voitures destinées à l’exportation. La gamme japonaise accueille parallèlement la 240ZG, reconnaissable à son long nez aérodynamique, à ses couvre-phares et à ses élargisseurs d’ailes. Elle donne à la S30 une physionomie sensiblement différente sans constituer une nouvelle génération.
Sur les marchés étrangers, l’évolution suit une nomenclature différente. La Nissan 260Z succède à la 240Z avec une cylindrée accrue, puis la Nissan 280Z poursuit le développement de cette première génération sur certains marchés. Ces appellations expliquent pourquoi l’histoire internationale de la S30 ne se superpose pas exactement à celle de la Fairlady Z vendue au Japon.
Une carrière en compétition à l’échelle internationale
La première Z acquiert rapidement une réputation qui dépasse ses ventes en concession. Les versions de compétition issues de la famille S30 s’illustrent notamment en rallye, où la robustesse du coupé et son architecture simple se prêtent aux épreuves de longue distance. Les grands résultats internationaux sont principalement obtenus avec des 240Z préparées plutôt qu’avec la Fairlady Z L20 de série.
Au Safari Rally 1971, Edgar Herrmann et Hans Schüller remportent l’épreuve avec une Datsun 240Z. Deux ans plus tard, Shekhar Mehta et Lofty Drews offrent une nouvelle victoire à la Z lors de l’édition 1973. Entre ces deux succès africains, Rauno Aaltonen et Jean Todt terminent troisièmes du Rallye Monte-Carlo 1972. Ces résultats installent la Z parmi les sportives japonaises capables de s’imposer dans les grandes compétitions internationales.
La diffusion commerciale est tout aussi significative. La première génération dépasse le demi-million d’exemplaires produits à l’échelle mondiale, un volume remarquable pour une voiture de sport de cette période. Ce chiffre couvre cependant l’ensemble de la famille internationale et ne correspond pas à la seule Fairlady Z S30 japonaise à moteur L20.
Du S30 au S31 et à la suite de la famille Z
Les contraintes antipollution transforment progressivement la gamme japonaise au cours des années 1970. L’injection remplace notamment les carburateurs sur certaines évolutions du L20. En juillet 1976, l’adaptation aux nouvelles normes s’accompagne du passage au code S31. Ces voitures restent rattachées à la première génération de Fairlady Z, mais ne sont plus, au sens strict, des S30.
La première génération quitte finalement la scène en 1978 au profit de la S130. La lignée poursuit ensuite sa transformation jusqu’aux générations portant notamment l’appellation Nissan 300ZX. Après une interruption de la commercialisation des Z à la fin des années 1990, la Nissan 350Z réintroduit en 2002 la formule du coupé à moteur avant et propulsion.
La filiation stylistique avec la S30 redevient particulièrement visible plusieurs décennies plus tard. La Nissan Z moderne reprend volontairement plusieurs références aux premières générations, notamment la silhouette à long capot et habitacle reculé ainsi que des détails inspirés de la face avant de la S30. Ces références témoignent de la persistance du dessin établi en 1969, bien au-delà de la carrière commerciale de la première Fairlady Z.




