Produite à partir de 1974, la Lamborghini Countach LP400 est la première version de série de la Lamborghini Countach. Avec son V12 de 3 929 cm³ installé en position centrale arrière, ses portes en élytre et sa silhouette dessinée par Marcello Gandini, elle transforme le spectaculaire projet présenté trois ans auparavant en une automobile commercialisable. Cette première Countach se distingue surtout par la pureté de sa carrosserie, encore dépourvue des élargisseurs d’ailes et des pneumatiques démesurés qui caractériseront les versions ultérieures.
Du prototype LP500 à la Countach de série
Au tournant des années 1970, Lamborghini doit préparer l’après-Lamborghini Miura. La marque ne cherche pas simplement à moderniser sa berlinette V12 : elle veut créer une automobile capable de provoquer une rupture esthétique aussi forte que celle de la Miura quelques années auparavant. Marcello Gandini, alors chez Bertone, abandonne les formes courbes de cette dernière au profit d’une carrosserie basse, anguleuse et spectaculaire.
Le premier résultat public est la Lamborghini Countach LP500, prototype présenté au Salon de Genève en 1971. Malgré une apparence déjà très proche du principe définitif, cette voiture n’est pas une LP400 de série. Le projet doit encore être profondément remanié pour répondre aux contraintes de refroidissement, de rigidité, de fiabilité et de production.
Paolo Stanzani dirige cette transformation technique. Le projet de moteur de cinq litres du prototype est abandonné au profit du V12 Lamborghini éprouvé de 3 929 cm³. La structure évolue elle aussi vers un complexe treillis spatial en tubes d’acier, associé à une carrosserie principalement constituée de panneaux d’aluminium. Après plusieurs années de développement et d’essais, la LP400 définitive apparaît en 1974.
La transition intervient alors que la Lamborghini Miura SV représente l’aboutissement de la génération précédente. La Countach impose une philosophie très différente : lignes géométriques, habitacle avancé, mécanique longitudinale et architecture de transmission particulièrement originale. Elle fixe ainsi les grandes proportions des Lamborghini V12 à moteur central pour plusieurs décennies.
Un dessin de Marcello Gandini presque intact
La LP400 est généralement considérée comme l’une des Countach les plus proches de l’intention stylistique initiale de Gandini. Sa carrosserie mesure seulement 1,07 m de haut. Le pare-brise très incliné, les phares escamotables et les surfaces tendues accentuent une silhouette en coin radicale, tandis que les portes en élytre répondent autant aux contraintes d’accès qu’à la largeur de la voiture.
Les flancs sont marqués par les prises d’air nécessaires au refroidissement du V12. Les passages de roue restent cependant intégrés aux volumes de la carrosserie et accueillent des roues de 14 pouces relativement étroites. La LP400 ne possède donc pas l’aspect hypertrophié des Countach plus tardives. Dans sa configuration originale, elle ne reçoit ni les extensions d’ailes massives ni les très larges pneumatiques arrière devenus ensuite indissociables de l’image populaire du modèle.
Les premières LP400 sont également connues sous le surnom de Periscopica. Leur pavillon présente un canal longitudinal associé au projet d’un système de visibilité arrière de type périscope. Cette particularité permet d’identifier facilement les premières carrosseries, mais l’appellation ne signifie pas que chaque voiture disposait effectivement d’un périscope fonctionnel.
L’habitacle est à l’image de l’extérieur : très bas et étroitement intégré à la structure. La visibilité arrière est limitée et la position de conduite découle directement des proportions extrêmes de la carrosserie. La Countach privilégie ainsi une architecture sans compromis, dans laquelle l’apparence spectaculaire résulte en grande partie des choix mécaniques et aérodynamiques.
Un V12 de 3,9 litres et une transmission singulière
La LP400 utilise le V12 Lamborghini à 60 degrés de 3 929 cm³, alimenté par six carburateurs Weber double corps. Avec quatre arbres à cames en tête, deux par rangée de cylindres, il développe 375 CV à 8 000 tr/min dans sa définition européenne couramment documentée. Le moteur est installé longitudinalement derrière les occupants, contrairement au V12 transversal de la Miura.
L’implantation de la transmission constitue l’une des particularités techniques majeures de la Countach. La boîte manuelle à cinq rapports est placée devant le moteur, à proximité de l’habitacle. Un arbre transmet ensuite le mouvement vers le différentiel arrière. Cette disposition contribue à concentrer les masses tout en offrant au conducteur une commande de boîte directement reliée à un ensemble mécanique placé très près de lui.
Le châssis est un treillis spatial constitué de nombreux tubes d’acier de faible diamètre. Les quatre roues sont indépendantes et les freins utilisent des disques ventilés. La direction à crémaillère est dépourvue d’assistance. Les Michelin XWX montés sur les jantes Campagnolo restent modestes au regard des standards qui s’imposeront quelques années plus tard, avec des dimensions généralement données pour 205/70 VR14 à l’avant et 215/70 VR14 à l’arrière.
Fiche technique de la Lamborghini Countach Lp400
| Caractéristique | Lamborghini Countach LP400 |
|---|---|
| Production | 1974 à 1978 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 2 places |
| Architecture | Moteur central arrière longitudinal, propulsion |
| Moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 3 929 cm³ |
| Alésage x course | 82 x 62 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par rangée, 2 soupapes par cylindre |
| Alimentation | 6 carburateurs Weber 45 DCOE double corps |
| Taux de compression | 10,5:1 |
| Puissance | 375 CV à 8 000 tr/min |
| Couple | Environ 360 Nm |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Treillis spatial en tubes d’acier, panneaux de carrosserie principalement en aluminium |
| Suspension avant | Indépendante, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Indépendante, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs |
| Direction | À crémaillère, sans assistance |
| Freins | Disques ventilés aux quatre roues |
| Pneus avant | Michelin XWX 205/70 VR14 |
| Pneus arrière | Michelin XWX 215/70 VR14 |
| Longueur | 4 140 mm |
| Largeur | 1 890 mm |
| Hauteur | 1 070 mm |
| Empattement | 2 450 mm |
| Voie avant | Environ 1 500 mm |
| Voie arrière | Environ 1 520 mm |
| Poids | 1 065 kg à sec couramment annoncé, mesures et définitions variables selon les sources |
| Réservoir | Environ 120 litres |
| 0 à 100 km/h | Environ 5,4 à 5,7 s selon les mesures publiées |
| Vitesse maximale | Environ 270 à 290 km/h selon les essais et sources |
Performances et chiffres à distinguer des annonces d’époque
La puissance de 375 CV place la LP400 parmi les voitures routières les plus ambitieuses de son époque, mais sa vitesse maximale a donné lieu à des chiffres très différents. Des valeurs dépassant 300 km/h ont été publiées, parfois jusqu’à environ 315 km/h, alors que les essais et références historiques conduisent plus généralement à retenir une plage proche de 270 à 290 km/h. Cette différence explique pourquoi une valeur unique présentée sans contexte peut être trompeuse.
Le poids appelle une distinction comparable. Environ 1 065 kg est régulièrement indiqué comme poids à sec, tandis que certaines mesures ou fiches donnent des valeurs nettement supérieures, parfois proches de 1 300 kg. L’écart tient notamment à la définition retenue et aux conditions de mesure. La donnée à sec permet surtout de comprendre l’effort accompli sur la structure et les panneaux d’aluminium, plutôt que d’établir le poids réel d’une voiture prête à rouler.
Au-delà des chiffres, la LP400 se caractérise par une mécanique qui réclame du régime, une direction non assistée et des pneumatiques beaucoup moins larges que ceux des Countach ultérieures. Son comportement et son apparence correspondent ainsi à une phase particulière du développement de la supercar, avant que Lamborghini ne privilégie des voies élargies et une empreinte visuelle encore plus agressive.
Une production extrêmement limitée
Le nombre exact de LP400 produites varie dans la documentation historique. Lamborghini a notamment communiqué sur seulement 150 Countach Periscopica, tandis que plusieurs registres et ouvrages spécialisés avancent des totaux allant jusqu’à 157 LP400. La formulation la plus solide consiste donc à retenir environ 150 exemplaires, avec une fourchette documentée de 150 à 157 voitures selon la méthode de comptage.
Les châssis appartiennent à la série 112xxxx. Cette numérotation ne doit pas être convertie directement en volume de production, car la progression des numéros ne correspond pas à une voiture pour chaque entier. Le châssis 0001 est identifié par Lamborghini comme la première LP400 construite en 1974.
La rareté de la première série est renforcée par les transformations qu’ont subies certaines voitures au fil du temps. Les évolutions esthétiques ultérieures de la Countach ont incité à modifier des LP400 avec des roues plus larges, des extensions d’ailes ou d’autres éléments apparus après 1974. Un exemplaire conservant sa configuration étroite et ses caractéristiques d’origine représente donc aujourd’hui un témoignage particulièrement fidèle du projet initial.
De la LP400 aux Countach plus spectaculaires
À partir de 1978, la Countach change progressivement de caractère. La LP400 S introduit notamment des extensions d’ailes et des pneumatiques beaucoup plus imposants, donnant naissance à la silhouette que le grand public associe souvent à toutes les Countach. La première LP400 reste au contraire immédiatement reconnaissable à ses flancs plus sobres, ses roues étroites et son dessin moins chargé.
Cette évolution se poursuit pendant les années 1980 avec des cylindrées supérieures et des carrosseries de plus en plus démonstratives, dont la Lamborghini Countach LP500S. Malgré ces transformations, l’architecture fondamentale mise au point pour la LP400 demeure : V12 longitudinal central arrière, boîte manuelle placée devant le moteur et portes en élytre.
La carrière de la famille s’achève avec la Lamborghini Countach 25th Anniversary, dont le traitement aérodynamique est très éloigné de la simplicité de la LP400 originelle. La production de la Countach prend fin en 1990, lorsque la Lamborghini Diablo reprend le rôle de supercar V12 de Sant’Agata Bolognese.




