Aston Martin Db10

Aston Martin Db10

L’Aston Martin DB10 est une sportive conçue spécialement pour le film Spectre, vingt-quatrième aventure cinématographique de James Bond. Révélée en décembre 2014 et construite à seulement dix exemplaires, elle n’a jamais constitué un modèle de série commercialisé. Sous sa carrosserie entièrement spécifique se cache une base technique issue de la Vantage contemporaine, profondément adaptée aux besoins du tournage.

La DB10 occupe ainsi une position inhabituelle dans l’histoire d’Aston Martin. Son nom semble l’inscrire entre les DB9 et DB11, mais cette numérotation ne traduit aucune succession commerciale. Elle est avant tout une automobile fonctionnelle créée pour le cinéma, tout en ayant servi de manifeste stylistique à un moment important du renouvellement de la marque.

Une Aston Martin créée spécialement pour Spectre

La DB10 est dévoilée le 4 décembre 2014 aux Pinewood Studios, lors de la présentation officielle de Spectre. Le réalisateur Sam Mendes révèle alors une Aston Martin que le public n’avait encore jamais vue. Plutôt que d’adapter simplement une voiture existante, le constructeur britannique et l’équipe du film ont choisi de développer une carrosserie exclusive pour James Bond.

Cette démarche prolonge une relation devenue indissociable de l’univers de 007. Cinquante ans auparavant, l’Aston Martin DB5 était apparue dans Goldfinger en 1964. Avec la DB10, Aston Martin franchit une étape supplémentaire: la voiture n’est plus un modèle de catalogue transformé pour les besoins du scénario, mais une création développée dès l’origine pour le film.

Le projet est mené dans des délais exceptionnellement courts. Le dessin initial est attribué à Sam Holgate, alors membre de l’équipe de design dirigée par Marek Reichman. Certaines de ses recherches portaient sur la prochaine génération de Vantage lorsqu’une proposition retient l’attention dans le cadre du projet James Bond. Le développement aboutit en quelques mois à dix automobiles fonctionnelles.

Sam Mendes intervient également dans la définition du caractère de la voiture. Le choix d’une boîte manuelle participe notamment à la volonté de conserver une sportive relativement analogique, adaptée au personnage de Bond et aux contraintes des séquences de conduite. La DB10 ne doit donc pas être comprise comme un simple exercice de style statique: plusieurs exemplaires ont réellement été construits pour rouler à grande vitesse devant les caméras.

Un design qui annonce la future Vantage

La silhouette de la DB10 tranche nettement avec celle de l’Aston Martin V8 Vantage dont elle reprend pourtant l’architecture générale. Le capot est très long, l’habitacle rejeté vers l’arrière et les ailes fortement sculptées. La faible hauteur et la largeur importante renforcent l’impression d’une voiture posée au ras du sol.

À l’avant, la calandre Aston Martin est étirée et placée très bas, tandis que les projecteurs deviennent beaucoup plus fins que sur les modèles de série contemporains. Les surfaces sont volontairement fluides, avec peu de ruptures visuelles. La poupe courte, les épaules arrière massives et le diffuseur accentuent le caractère sportif sans recourir à un grand aileron.

La carrosserie utilise largement la fibre de carbone. De grandes pièces permettent de limiter les raccords visibles et donnent à la DB10 une apparence presque monolithique. Ses proportions très larges peuvent également rappeler certaines créations exclusives comme l’Aston Martin One-77, même si les deux voitures reposent sur des architectures et des programmes distincts.

La véritable parenté stylistique se trouve surtout du côté de la Vantage apparue quelques années plus tard. La DB10 a donné un aperçu particulièrement clair du nouveau vocabulaire esthétique d’Aston Martin: regard aminci, calandre basse, surfaces tendues et arrière musclé. Elle n’est pas un prototype de série de cette Vantage au sens strict, mais son dessin provient des mêmes recherches et a contribué à matérialiser cette nouvelle orientation.

Une base de V8 Vantage S profondément transformée

Sous cette carrosserie inédite, Aston Martin s’appuie sur une technologie déjà éprouvée. La DB10 dérive de l’Aston Martin V8 Vantage S et conserve son V8 atmosphérique de 4,7 litres. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La boîte manuelle comporte six rapports.

Le châssis reprend l’architecture VH en aluminium de la Vantage, mais les proportions sont modifiées. L’empattement est allongé d’environ 70 mm et les voies sont élargies afin d’obtenir la posture beaucoup plus basse et large voulue par les designers. La direction à assistance hydraulique contribue à conserver le caractère mécanique recherché pour la voiture.

Les DB10 ne constituent toutefois pas une petite série parfaitement standardisée. Les voitures destinées aux prises de vues pouvaient recevoir des adaptations différentes selon leur mission, qu’il s’agisse de plans rapprochés, de cascades ou d’effets spéciaux. Cette particularité explique pourquoi il est trompeur d’attribuer à l’ensemble des dix exemplaires un poids ou des performances parfaitement identiques.

Fiche technique de l’Aston Martin Db10

CaractéristiqueAston Martin DB10
Première présentation2014
TypeCoupé 2 portes, 2 places
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
Base techniqueArchitecture VH dérivée de la V8 Vantage S
MoteurV8 atmosphérique essence
CylindréeEnviron 4,7 litres
Puissance de la mécanique Vantage S dont elle dérive436 PS, environ 430 bhp
Couple de la mécanique Vantage S dont elle dériveEnviron 490 Nm
Boîte de vitessesManuelle à 6 rapports
TransmissionRoues arrière
StructureArchitecture en aluminium dérivée de la plate-forme VH
CarrosserieFibre de carbone
DirectionAssistance hydraulique
FreinsCarbone-céramique sur la voiture documentée en essai
AmortissementAmortisseurs à tarage fixe sur la voiture documentée en essai
LongueurEnviron 4 410 mm
LargeurEnviron 1 934 mm
HauteurEnviron 1 250 mm
EmpattementEnviron 2 670 mm
Poids1 542 kg pour un exemplaire documenté en essai
Production10 exemplaires

Pourquoi la DB10 n’est pas la remplaçante de la DB9

L’appellation DB10 entretient naturellement une ambiguïté. Elle donne l’impression que la voiture constitue le dixième maillon d’une succession directe et qu’elle prend place après l’Aston Martin DB9. Ce n’est pas le cas. La DB10 n’a jamais intégré la gamme commerciale et n’a pas été développée pour remplacer la DB9 dans les concessions.

Ce rôle revient à l’Aston Martin DB11, présentée en 2016 comme la nouvelle grande GT de série de la marque. La DB10 appartient à une autre logique: sa base est beaucoup plus proche de celle de la V8 Vantage et son existence est directement liée à Spectre. Son numéro constitue donc une appellation particulière dans la généalogie DB plutôt qu’un chaînon commercial entre DB9 et DB11.

Elle se distingue également des GT Aston Martin alors au catalogue. La Aston Martin Vanquish occupe à cette époque le sommet de la gamme régulière, avec une vocation de grand tourisme et une mécanique V12. La DB10, plus compacte dans son architecture et animée par un V8, poursuit avant tout un objectif cinématographique et stylistique.

Dix exemplaires, dont huit destinés au tournage

Aston Martin a construit seulement dix DB10. Huit sont destinées au tournage de Spectre, tandis que deux servent de voitures d’exposition. Cette production minuscule ne doit pas être assimilée à une série limitée traditionnelle: aucune DB10 n’a été proposée neuve au catalogue Aston Martin et aucune homologation routière de série n’a été réalisée.

Les voitures de tournage sont utilisées selon des fonctions différentes. Certaines doivent présenter un niveau de finition adapté aux gros plans, d’autres supporter les contraintes des cascades. La poursuite nocturne tournée à Rome, dans laquelle la DB10 de James Bond affronte la Jaguar C-X75 conduite par Mr Hinx, constitue la séquence la plus célèbre du modèle. Les équipements spectaculaires montrés à l’écran, dont les dispositifs offensifs et le système d’éjection, appartiennent évidemment à la fiction et ne définissent pas l’équipement mécanique commun des dix voitures.

Un des deux exemplaires d’exposition prend ensuite une dimension particulière. Présenté notamment lors de la première mondiale de Spectre au Royal Albert Hall, il est proposé par Christie’s en février 2016 dans le cadre d’une vente caritative. Estimée entre un et 1,5 million de livres, la voiture atteint finalement 2 434 500 livres sterling.

Cette vente illustre aussi le statut très particulier de la DB10. L’exemplaire était cédé comme objet de collection destiné à l’exposition et non comme automobile homologuée pour la circulation routière. Les DB10 n’avaient pas suivi l’ensemble des procédures imposées à une voiture de production, notamment les programmes ordinaires de certification, de sécurité, de durabilité et d’émissions. Cette singularité explique pourquoi les performances parfois attribuées au modèle ne doivent pas être interprétées comme des chiffres d’homologation constructeur.

Une voiture de cinéma devenue laboratoire de design

L’habitacle montre lui aussi la nature expérimentale du projet. La présentation associe cuir, carbone et instrumentation à dominante analogique, avec un grand compteur central et un volant spécifique. Sur les voitures destinées au tournage, certaines commandes visibles n’ont aucune fonction réelle et plusieurs équipements habituels d’une voiture de série peuvent être absents ou simplifiés.

Cette liberté de conception a permis à Aston Martin d’explorer des solutions qu’un programme commercial aurait nécessairement contraintes par l’homologation, l’industrialisation et les exigences d’utilisation quotidienne. La DB10 associe ainsi un groupe motopropulseur déjà connu à une carrosserie et à des proportions annonçant une nouvelle période du design Aston Martin.

Son intérêt dépasse donc son apparition dans Spectre. Contrairement à de nombreuses voitures de cinéma transformées à partir d’un modèle existant, la DB10 possède une identité visuelle propre et une carrosserie conçue par Aston Martin. Les dix exemplaires fonctionnels matérialisent le passage entre le langage stylistique des Aston Martin des années 2000 et celui adopté par la génération suivante de sportives de Gaydon.