Présentée au Salon de Francfort en 2003, la Maserati Quattroporte V marque le retour de la marque italienne au premier plan parmi les grandes berlines de prestige. Connue sous le code M139, cette cinquième génération associe une carrosserie dessinée par Pininfarina, un V8 atmosphérique développé dans le cadre de la collaboration avec Ferrari et une architecture privilégiant le comportement dynamique. Produite jusqu’en 2012, elle connaîtra une évolution majeure avec l’arrivée d’une boîte automatique conventionnelle, puis un restylage et un V8 porté à 4,7 litres.
Le retour de Maserati à la grande berline de prestige
La Quattroporte V rompt nettement avec la Maserati Quattroporte IV. Cette dernière appartenait encore à l’univers des Maserati biturbo compactes des années 1990. La M139 revient au contraire aux dimensions et au statut d’une véritable limousine sportive : elle dépasse cinq mètres de long et repose sur un empattement de 3,064 m.
Cette orientation renoue davantage avec l’esprit historique de la Maserati Quattroporte, née dans les années 1960 autour de l’idée alors inhabituelle d’installer les performances d’une GT dans une grande berline quatre portes. La cinquième génération retrouve également, par son gabarit et son positionnement, une certaine proximité avec la Maserati Quattroporte III, tout en adoptant une conception beaucoup plus sportive.
Le dessin est confié à Pininfarina, dans une période où Ken Okuyama dirige le design du carrossier italien et où Lorenzo Ramaciotti joue un rôle majeur dans sa direction stylistique. La silhouette privilégie un long capot, un habitacle visuellement reculé et une ligne de toit fluide. À l’avant, la grande calandre ovale accueille le Trident tandis que les trois ouïes disposées sur chaque aile avant deviennent l’une des signatures immédiatement reconnaissables de la voiture.
Un V8 atmosphérique et une architecture transaxle
Au lancement, la Quattroporte reçoit un V8 atmosphérique de 4 244 cm3 appartenant à la famille de moteurs Ferrari-Maserati F136. Ce huit-cylindres à 90 degrés, doté de quatre arbres à cames en tête et de 32 soupapes, développe 400 ch à 7 000 tr/min. Placé longitudinalement à l’avant mais fortement reculé dans le châssis, il participe à une conception cherchant à rapprocher le comportement de la grande berline de celui d’une GT.
La première Quattroporte V se distingue surtout par son architecture transaxle. La boîte à six rapports n’est pas accolée au moteur : elle est installée à l’arrière avec le différentiel afin de favoriser la répartition des masses. Baptisée DuoSelect, cette transmission est une boîte mécanique commandée par un système électrohydraulique et non une boîte automatique conventionnelle. Son principe prolonge la technologie déjà rencontrée sur la Maserati Coupé Cambiocorsa.
Cette solution donne à la Quattroporte un caractère très particulier dans sa catégorie. Les passages de rapports répondent à une logique de boîte robotisée à embrayage plutôt qu’à la douceur continue d’une transmission à convertisseur. Le châssis repose de son côté sur des suspensions indépendantes à doubles triangles aux quatre roues, avec des réglages adaptés aux différentes versions et, selon l’équipement, le système d’amortissement piloté Skyhook.
Fiche technique de la Maserati Quattroporte V
| Caractéristique | Quattroporte V |
|---|---|
| Code de génération | M139 |
| Production | 2003 à 2012 |
| Carrosserie | Berline 4 portes, 5 places |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur initial | V8 atmosphérique à 90 degrés, famille F136 |
| Cylindrée initiale | 4 244 cm3 |
| Alésage x course | 92,0 x 79,8 mm |
| Distribution | 32 soupapes, 4 arbres à cames en tête |
| Puissance 4.2 | 400 ch à 7 000 tr/min |
| Couple 4.2 | Environ 451 à 460 Nm selon version et spécification |
| Moteur 4.7 | V8 atmosphérique, 4 691 cm3 |
| Puissance Quattroporte S | 430 ch à 7 000 tr/min |
| Puissance Sport GT S restylée | 440 ch à 7 000 tr/min |
| Couple Sport GT S restylée | 490 Nm à 4 750 tr/min |
| Boîte initiale | DuoSelect robotisée à 6 rapports, architecture transaxle |
| Boîte Automatica | ZF automatique à 6 rapports avec convertisseur |
| Structure | Coque monocoque en acier |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles |
| Suspension arrière | Indépendante à doubles triangles |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freinage | 4 disques, ABS et contrôle de stabilité MSP |
| Pneus 4.2, configuration 18 pouces | 245/45 ZR18 avant, 285/40 ZR18 arrière |
| Longueur | 5 052 mm environ sur la première carrosserie |
| Largeur | 1 895 mm |
| Hauteur | 1 438 mm environ |
| Empattement | 3 064 mm |
| Voies | Environ 1 587 mm avant, 1 560 mm arrière |
| Poids | Environ 1 930 à 1 990 kg selon version et définition de mesure |
| Vitesse maximale 4.2 | Environ 270 à 275 km/h selon transmission |
| 0 à 100 km/h 4.2 | Environ 5,2 à 5,6 s selon version |
| Vitesse maximale Quattroporte S 4.7 | Environ 280 km/h |
| Vitesse maximale Sport GT S 4.7 | Environ 285 km/h |
| 0 à 100 km/h Sport GT S 4.7 | Environ 5,1 s |
| Réservoir | Environ 90 litres |
De la DuoSelect à la Quattroporte Automatica
L’évolution déterminante intervient avec la Quattroporte Automatica, présentée en 2007. Maserati répond alors à une attente essentielle du marché des grandes berlines : disposer d’une transmission automatique à convertisseur capable de conjuguer souplesse à basse vitesse et rapidité suffisante lorsque le rythme augmente. La marque choisit une boîte ZF à six rapports.
La transformation ne consiste pas simplement à remplacer la DuoSelect. La boîte quitte l’arrière pour rejoindre le moteur, tandis que la chaîne cinématique est réorganisée avec un arbre de transmission et un différentiel arrière autobloquant. Le V8 4.2 évolue également vers une configuration à carter humide. Maserati indiquait que plusieurs milliers de composants avaient été modifiés lors de cette adaptation.
La gamme s’enrichit parallèlement de déclinaisons plus typées. Les Executive GT mettent davantage l’accent sur le luxe, tandis que Sport GT puis Sport GT S renforcent le caractère dynamique grâce à leurs réglages de châssis, leur présentation et leurs équipements spécifiques. Cette multiplication des versions explique pourquoi les performances, le poids ou encore les dimensions de roues ne peuvent pas être réduits à une valeur unique pour toute la carrière de la M139.
Le restylage de 2008 et l’arrivée du V8 4.7
En 2008, Pininfarina fait évoluer la carrosserie sans bouleverser ses proportions. La nouvelle calandre adopte des barrettes verticales et rapproche visuellement la berline de la Maserati GranTurismo. Les blocs optiques sont redessinés, des éléments à LED apparaissent, les rétroviseurs changent et l’habitacle reçoit notamment une console centrale modernisée et un nouveau système multimédia.
La gamme mécanique évolue plus profondément. Le V8 4.2 de 400 ch demeure disponible, mais la Quattroporte S reçoit un V8 porté à 4 691 cm3 et 430 ch. Cette mécanique s’inscrit dans la même évolution du huit-cylindres atmosphérique que celle employée à cette époque par la Maserati GranTurismo S. Après le restylage, la boîte automatique ZF à six rapports devient la solution de transmission de la Quattroporte.
Au sommet apparaît la Quattroporte Sport GT S restylée. Son V8 4.7 développe 440 ch et 490 Nm, pour une vitesse maximale annoncée autour de 285 km/h. Le travail ne porte pas uniquement sur le moteur : ressorts plus fermes, amortisseurs à tarage fixe, assiette abaissée, gestion de boîte plus agressive et échappement à valves pneumatiques cherchent à donner à cette grande berline un comportement encore plus directement orienté vers la conduite sportive.
La Sport GT S se distingue aussi extérieurement par une calandre noire spécifique, des détails sombres, des optiques à finition titane et des sorties d’échappement ovales noires. Une Awards Edition apparaît ensuite pour célébrer les nombreuses distinctions internationales accumulées par la Quattroporte depuis son lancement.
Production et carrière de la M139
La Quattroporte V connaît une carrière inhabituellement longue pour une grande berline de luxe. Maserati documente 10 639 exemplaires de la première Quattroporte V DuoSelect et 6 050 Quattroporte Automatica pour la période précédant le restylage, auxquels s’ajoutent différentes déclinaisons sportives et les versions produites après 2008. Les catégories publiées par le constructeur se chevauchant ou ne couvrant pas toujours la génération selon les mêmes critères, elles ne permettent pas d’établir simplement un total définitif à partir de leur addition.
Son prix neuf variait fortement selon le millésime, la motorisation et la finition. En France, la génération s’est située globalement au-delà de 100 000 euros, les versions les plus élaborées dépassant largement ce seuil. À cette tarification s’ajoutait un vaste choix de couleurs, cuirs, boiseries et équipements permettant une personnalisation poussée, élément important du positionnement de Maserati face aux grandes berlines allemandes et britanniques.
La M139 ne reste pas cantonnée à la route. Une Quattroporte EVO profondément transformée par le Swiss Team participe à l’International Superstars Series. Andrea Bertolini remporte le championnat 2011 avec cette voiture, offrant à une Quattroporte un titre en compétition. Il s’agit toutefois d’une machine de course spécialement développée et non d’une Sport GT S de série engagée sans modification.
Une identité différente des Quattroporte qui l’encadrent
La cinquième génération occupe une place singulière dans la lignée. Par rapport à la Quattroporte IV, elle abandonne les proportions compactes et les moteurs turbocompressés pour une architecture de grande berline à V8 atmosphérique. Sa silhouette Pininfarina, son moteur très reculé et, dans sa configuration initiale, sa boîte transaxle lui donnent une personnalité technique éloignée des berlines de représentation conventionnelles.
La production de la M139 s’achève en 2012. La Maserati Quattroporte VI prend alors le relais pour le millésime 2013 avec une nouvelle architecture, des moteurs turbocompressés et une gamme pensée pour des volumes de diffusion supérieurs. La Quattroporte V reste ainsi la génération qui aura accompagné Maserati pendant près d’une décennie, depuis le retour de la marque dans le segment des grandes berlines de prestige jusqu’à son changement d’échelle au début des années 2010.




