Aston Martin Cygnet

Aston Martin Cygnet

Lancée en 2011, l’Aston Martin Cygnet occupe une place à part dans l’histoire de la marque britannique. Longue d’à peine 3,08 m, dotée d’un quatre cylindres de 1,33 litre et d’une traction avant, cette citadine tranche radicalement avec les GT et voitures de sport habituellement produites à Gaydon. Elle repose sur la Toyota iQ, mais Aston Martin ne s’est pas contenté d’en remplacer les emblèmes : carrosserie, présentation intérieure, matériaux et possibilités de personnalisation ont été largement retravaillés.

Cette singularité est encore plus frappante lorsqu’on replace la Cygnet dans la gamme de 2011. Elle côtoie alors la grande Aston Martin Rapide, tandis que les coupés sportifs et GT constituent toujours l’essentiel de l’identité du constructeur. La Cygnet répond donc à une logique différente : proposer une Aston Martin extrêmement compacte pour les déplacements urbains.

De la Toyota iQ à une citadine Aston Martin

Le projet est rendu public en juin 2009 lorsque Toyota confirme qu’Aston Martin a choisi l’iQ comme point de départ d’une petite voiture de prestige. L’idée consiste à exploiter l’architecture particulièrement compacte de la Toyota tout en lui donnant une identité et une finition conformes aux standards d’Aston Martin. À l’origine, le constructeur britannique envisage notamment cette automobile comme une solution urbaine complémentaire pour ses clients.

Après les premières études et la présentation du Cygnet Concept, le programme aboutit à une version de série en 2011. La démarche est inhabituelle pour Aston Martin : au lieu de concevoir une plateforme et une mécanique spécifiques, la marque reçoit une base technique Toyota puis réalise sa propre transformation. L’assemblage et la finition de la Cygnet sont effectués à Gaydon, en Angleterre.

Cette stratégie explique pourquoi la voiture conserve les caractéristiques fondamentales de l’iQ. Son moteur quatre cylindres atmosphérique de 1 329 cm3 entraîne les roues avant et peut être associé à une boîte manuelle à six rapports ou à une transmission à variation continue CVT. Avec 98 ch et 125 Nm, la Cygnet n’a aucune prétention de rivaliser avec l’Aston Martin V8 Vantage. Sa priorité reste l’usage urbain, avec un encombrement minimal et un rayon de braquage très réduit.

Un design profondément retravaillé

Les proportions générales révèlent immédiatement la parenté avec la Toyota iQ : empattement de 2 m, porte-à-faux très courts, silhouette haute et roues repoussées vers les extrémités. Aston Martin modifie cependant fortement son apparence. La face avant reçoit la grande calandre caractéristique de la marque, accompagnée d’une prise d’air inférieure spécifique et d’éléments de carrosserie redessinés. Des grilles prennent place sur le capot tandis que les ailes adoptent des détails latéraux propres à la Cygnet.

L’arrière bénéficie lui aussi d’un traitement spécifique, avec des feux à LED, un habillage retravaillé et des éléments destinés à mieux intégrer la petite carrosserie au langage esthétique Aston Martin. Des jantes en alliage de 16 pouces complètent l’ensemble. Le résultat ne masque pas l’architecture de l’iQ, mais donne à la voiture une identité visuelle nettement différente d’un simple modèle rebadgé.

C’est dans l’habitacle que la transformation prend une dimension particulièrement luxueuse. Aston Martin fait largement appel au cuir pleine fleur et à l’Alcantara, avec des éléments cousus et finis selon les méthodes employées sur ses modèles traditionnels. La console centrale et de nombreux détails de présentation sont également adaptés. Le programme de personnalisation permet de multiplier les associations de couleurs et de matières, ce qui pouvait considérablement éloigner deux Cygnet l’une de l’autre en matière de présentation.

La voiture conserve néanmoins l’un des principaux atouts de l’iQ : quatre places dans une longueur exceptionnellement réduite. La disposition intérieure est plus convaincante pour les occupants avant que pour quatre adultes sur un long trajet, mais elle répond à la vocation de la Cygnet, pensée avant tout pour des déplacements courts dans un environnement dense.

Fiche technique de l’Aston Martin Cygnet

CaractéristiqueAston Martin Cygnet
Production2011 à 2013
CarrosserieCitadine 3 portes, 4 places
ArchitectureMoteur avant transversal, traction avant
Moteur4 cylindres en ligne essence atmosphérique, 16 soupapes, Dual VVT-i
Cylindrée1 329 cm3
DistributionDouble arbre à cames en tête, chaîne
Taux de compression11,5:1
Puissance maximale98 ch (72 kW) à 6 000 tr/min
Couple maximal125 Nm à 4 400 tr/min
Boîtes de vitessesManuelle 6 rapports ou CVT
Suspension avantType MacPherson
Suspension arrièreTraverse de torsion
Freins avantDisques ventilés de 255 mm
Freins arrièreDisques de 259 mm
Pneumatiques175/60 R16
Longueur3 078 mm
Largeur1 680 mm hors rétroviseurs
Hauteur1 500 mm
Empattement2 000 mm
Voies avant / arrière1 480 / 1 480 mm
Poids à vide en ordre de marche988 kg selon Aston Martin
Vitesse maximale170 km/h
0 à 100 km/h11,8 s en boîte manuelle, 11,6 s en CVT
Consommation combinée UE5,0 l/100 km en boîte manuelle, 5,2 l/100 km en CVT
Émissions de CO2116 g/km en boîte manuelle, 120 g/km en CVT
Réservoir32 litres

Une Aston Martin pensée pour la ville

Les performances modestes sont cohérentes avec la vocation du modèle. La Cygnet privilégie la maniabilité et la facilité de stationnement plutôt que l’accélération. Son rayon de braquage d’environ quatre mètres illustre particulièrement bien cette orientation. La consommation normalisée reste également très éloignée de celle des grandes motorisations Aston Martin contemporaines.

Cette philosophie prend tout son sens face au reste du catalogue. La Aston Martin DB9 représente alors la grande GT à moteur V12, tandis que la Cygnet propose presque l’exact opposé en termes de dimensions, de puissance et d’utilisation. Les deux voitures partagent surtout une volonté de finition haut de gamme et une forte capacité de personnalisation.

La présence d’une petite voiture à faibles émissions dans la gamme a souvent été résumée à une volonté d’améliorer les émissions moyennes du constructeur dans le contexte des réglementations européennes. Cette dimension réglementaire fait partie du contexte dans lequel le projet est apparu, mais elle ne résume pas entièrement le discours d’Aston Martin, qui présentait aussi la Cygnet comme une solution de mobilité urbaine luxueuse destinée à compléter ses modèles traditionnels.

Un prix sans rapport avec celui d’une Toyota iQ

La transformation réalisée à Gaydon entraîne un positionnement tarifaire extrêmement élevé pour une citadine de cette taille. En France, le tarif neuf documenté au lancement atteint environ 38 250 euros pour la version à boîte manuelle et 39 705 euros avec CVT. Les choix de personnalisation pouvaient encore augmenter sensiblement le prix. Au Royaume-Uni, le tarif débutait autour de 31 000 livres.

Cette stratégie plaçait la Cygnet dans une situation commerciale inhabituelle. Ses prestations mécaniques demeuraient celles d’une petite voiture de 98 ch issue d’une Toyota, tandis que son tarif relevait d’une automobile premium beaucoup plus grande. L’acheteur payait principalement la transformation esthétique, le travail de finition, les matériaux, la personnalisation et l’appartenance à l’univers Aston Martin.

Le contraste était d’autant plus spectaculaire que la Cygnet partageait les années de commercialisation de modèles autrement plus ambitieux. En 2011, Aston Martin proposait également la Aston Martin Virage, tandis que l’exclusive Aston Martin One-77 se situait à l’autre extrémité absolue du catalogue. Peu de gammes automobiles ont ainsi réuni simultanément une micro-citadine de 98 ch et une supercar à V12 en série très limitée.

Une carrière courte et une production très limitée

Aston Martin produit la Cygnet de 2011 à 2013. Les ventes restent très inférieures aux ambitions initiales et la voiture disparaît rapidement du catalogue. Son volume exact constitue toutefois un point sur lequel les sources secondaires ne concordent pas : différents décomptes avancent des valeurs allant d’environ 600 à un peu moins de 800 exemplaires. En l’absence d’un total définitif publié par Aston Martin, il est plus rigoureux de retenir que la production est restée inférieure à 800 unités environ plutôt que d’attribuer au modèle un chiffre précis non confirmé.

La faible diffusion, associée à l’étrangeté du concept, a changé la perception de la Cygnet sur le marché de l’occasion. Longtemps considérée principalement comme une curiosité commerciale, elle est aujourd’hui recherchée pour sa rareté et son statut d’exception dans la gamme Aston Martin. Les prix affichés ne constituent cependant pas à eux seuls une cote de collection fiable, notamment en raison du faible nombre d’exemplaires proposés à la vente.

La Cygnet a aussi existé sous différentes présentations spéciales. Les Launch Edition Black et White accompagnaient notamment son arrivée sur le marché, tandis que certaines collaborations et commandes personnalisées ont produit des configurations particulièrement rares. Elles ne constituent pas des générations différentes : la mécanique et l’architecture fondamentale restent celles de la Cygnet 1.33.

Le cas à part de la V8 Cygnet de 2018

La Cygnet de série ne doit pas être confondue avec la spectaculaire V8 Cygnet dévoilée en 2018. Cette dernière est un exemplaire unique réalisé par Q by Aston Martin à la demande d’un client. Il ne s’agit ni d’une version sportive commercialisée entre 2011 et 2013, ni d’une évolution de série tardive.

Pour cette réalisation, Aston Martin a profondément modifié la voiture afin d’y installer le V8 atmosphérique de 4,7 litres développant environ 430 ch ainsi que de nombreux organes provenant de l’Aston Martin V8 Vantage S. L’architecture n’a donc pratiquement plus rien à voir avec celle de la Cygnet 1.33 à traction avant. Avec cette mécanique, l’exemplaire unique pouvait atteindre environ 274 km/h et passer de 0 à 60 mph en 4,2 secondes.

Cette transformation extrême souligne rétrospectivement ce qui rend la Cygnet originelle si particulière. Le modèle commercialisé en 2011 n’avait pas vocation à devenir une petite sportive : il cherchait au contraire à transposer les codes de présentation et de personnalisation d’Aston Martin sur l’une des architectures urbaines les plus compactes de son époque. C’est précisément cette association entre une base Toyota iQ, une mécanique de 98 ch et une finition réalisée par Aston Martin qui distingue la Cygnet de tous les autres modèles de série de la marque.