Présentée en juin 2022, la Bugatti Chiron L’Ébé est l’une des déclinaisons les plus exclusives créées à la fin de la carrière de la Chiron. Son nom rend hommage à L’Ébé Bugatti, fille aînée d’Ettore Bugatti, tandis que sa décoration mêle fibre de carbone bleu foncé, détails dorés et références à l’histoire de la marque. Cette série marque également un jalon industriel précis puisqu’elle accompagne les dernières livraisons européennes des Chiron et Chiron Sport.
La production demande toutefois une précision importante. La série L’Ébé comprend seulement trois voitures, mais il ne s’agit pas de trois Chiron identiques. Une seule repose sur la Bugatti Chiron classique, tandis que les deux autres sont basées sur la Chiron Sport. La Chiron L’Ébé au sens strict constitue donc un exemplaire unique au sein d’une série de trois automobiles partageant la même identité esthétique.
Une série créée en hommage à L’Ébé Bugatti
L’Ébé Bugatti, née en 1903, était la fille aînée d’Ettore et Barbara Bugatti. Son prénom possède lui-même une relation particulière avec le fondateur de la marque. Ettore aurait choisi une construction intégrant ses initiales, EB, afin que celles-ci restent symboliquement liées au nom de sa fille après son mariage. L’Ébé jouera aussi un rôle dans la conservation de la mémoire familiale, notamment à travers son ouvrage consacré à son père, nourri de souvenirs, de lettres et de documents personnels.
Bugatti transpose cet héritage dans une automobile inspirée de l’Art déco et de l’univers historique de la marque. La L’Ébé n’est donc pas une nouvelle évolution mécanique de la Chiron. Le projet repose avant tout sur un travail de personnalisation particulièrement poussé, appliqué à une architecture déjà arrivée à maturité.
Bugatti révèle officiellement cette édition le 20 juin 2022. À cette date, la Chiron L’Ébé et l’une des deux Bugatti Chiron Sport L’Ébé ont déjà été livrées. La livraison du troisième exemplaire est annoncée avant la fin du même mois. Ces voitures correspondent aux dernières Chiron et Chiron Sport destinées à l’Europe, ce qui donne à la série une place particulière dans la chronologie du modèle.
Carbone Blue Royal et détails en or
La Chiron L’Ébé conserve les proportions et les éléments fondamentaux de la Chiron, notamment sa silhouette très basse, son arc latéral caractéristique et sa calandre en fer à cheval. Sa personnalité provient de son traitement décoratif. La carrosserie laisse apparaître la fibre de carbone sous une teinte Blue Royal, complétée par des éléments dorés qui contrastent fortement avec le bleu profond.
Trois fines lignes dorées parcourent la carrosserie. Elles mettent en valeur les lignes de la Chiron tout en participant à l’inspiration Art déco recherchée par Bugatti. La calandre reçoit elle aussi un entourage doré, tandis que les roues comportent des détails assortis. Les emblèmes EB, certaines pièces visibles autour du moteur et la signature L’Ébé placée sous l’aileron arrière rétractable complètent cette identité.
Le détail le plus remarquable est le macaron Bugatti à finition en or 24 carats. Son développement avec le spécialiste Poellath a nécessité plusieurs années. La pièce repose sur le macaron en argent massif utilisé par Bugatti, auquel sont appliqués différents traitements avant le dépôt d’une couche d’or de quelques micromètres et son polissage. Bugatti a choisi de ne pas recouvrir cette finition d’un vernis, afin de conserver l’aspect naturel du métal précieux. La L’Ébé inaugure cette utilisation de l’or 24 carats sur une Chiron.
Un habitacle qui raconte l’histoire de Bugatti
L’intérieur poursuit le contraste entre bleu et tons clairs avec des cuirs Lake Blue et Silk, associés à du carbone bleu apparent et à plusieurs signatures L’Ébé. Bugatti adopte une composition volontairement asymétrique. Le côté conducteur privilégie le cuir clair avec des touches bleues, tandis que le côté passager inverse cette combinaison. Les appuie-têtes portent également le nom L’Ébé.
Les panneaux de portes constituent l’élément narratif majeur de l’habitacle. Ils présentent des silhouettes de modèles emblématiques retraçant plusieurs périodes de l’histoire Bugatti. La Bugatti Type 35 rappelle l’âge des grands succès sportifs des années 1920, tandis que la Type 57 SC Atlantic évoque les créations les plus célèbres de la période précédant la Seconde Guerre mondiale.
La fresque poursuit cette chronologie avec la Bugatti EB110, représentative de la renaissance italienne de la marque dans les années 1990. Elle intègre ensuite la Veyron 16.4 et la Chiron, réunissant ainsi sur un même décor les différentes époques auxquelles Bugatti rattache son identité moderne.
Le choix de ces références évite de limiter la L’Ébé à une simple combinaison de couleurs. L’habitacle fonctionne comme une évocation de l’histoire de la marque, cohérente avec l’hommage rendu à une membre de la famille Bugatti qui a elle-même contribué à transmettre la mémoire d’Ettore.
Le W16 de 1 500 ch reste inchangé
Sous cette personnalisation, la Chiron L’Ébé conserve la mécanique de la Chiron qui lui sert de base. Son W16 de 7 993 cm3 utilise quatre turbocompresseurs et développe 1 500 ch pour un couple maximal de 1 600 Nm. La puissance est transmise aux quatre roues par une boîte à double embrayage à sept rapports. Bugatti n’a annoncé aucune augmentation de puissance ni modification mécanique spécifique à cette édition.
Cette absence d’évolution technique distingue la L’Ébé de certaines déclinaisons de la famille Chiron développées autour d’objectifs dynamiques particuliers. Son intérêt réside dans son niveau de personnalisation, sa production extrêmement restreinte et sa position dans la chronologie du modèle, plutôt que dans la recherche d’un nouveau record de vitesse ou d’une modification radicale du comportement.
Fiche technique de la Bugatti Chiron L’Ébé
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Année de présentation | 2022 |
| Carrosserie | Coupé 2 places |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone |
| Moteur | W16 essence, 64 soupapes, 4 turbocompresseurs |
| Cylindrée | 7 993 cm3 |
| Puissance maximale | 1 500 ch à 6 700 tr/min |
| Couple maximal | 1 600 Nm de 2 000 à 6 000 tr/min |
| Implantation | Centrale arrière longitudinale |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Double embrayage à 7 rapports |
| Suspension avant | Doubles triangles |
| Suspension arrière | Doubles triangles |
| Freins avant | Disques de 420 mm, étriers 8 pistons |
| Freins arrière | Disques de 400 mm, étriers 6 pistons |
| Pneus avant | 285/30 R20 ZR (Y) |
| Pneus arrière | 355/25 R21 ZR (Y) |
| Longueur | 4 544 mm |
| Largeur | 2 038 mm |
| Hauteur | 1 212 mm |
| Empattement | 2 711 mm |
| Voie avant | 1 749 mm |
| Voie arrière | 1 661 mm |
| Poids de référence de la Chiron | 1 995 kg DIN à vide |
| 0 à 100 km/h | 2,4 s, valeur de référence de la Chiron |
| Vitesse maximale | 420 km/h, limitée électroniquement |
| Consommation WLTP combinée | 25,2 l/100 km |
| Émissions de CO2 WLTP | 572 g/km |
| Réservoir | 100 litres |
| Production L’Ébé | 3 voitures au total, dont 1 Chiron et 2 Chiron Sport |
| Site d’assemblage | Molsheim, France |
Une Chiron unique au sein d’une série de trois voitures
Le nombre d’exemplaires constitue la principale source de confusion autour de cette version. Bugatti a bien créé trois voitures portant le nom L’Ébé, mais une seule est une Chiron L’Ébé au sens strict. Les deux autres reposent sur la Chiron Sport. Présenter le modèle comme une Chiron produite à trois exemplaires effacerait donc une distinction technique explicitement établie par le constructeur.
Bugatti n’a pas publié de tarif spécifique pour ces trois configurations. Leur rareté peut en revanche être établie sans ambiguïté par leur volume de production. Elle est renforcée par la nature de leur fabrication, chaque voiture ayant bénéficié d’un travail de personnalisation très poussé dans l’atelier de Molsheim.
La L’Ébé ne constitue pas davantage une remplaçante de la Chiron. Elle appartient à la phase finale du programme et célèbre la fin des livraisons européennes de certaines versions du modèle. D’autres déclinaisons de la famille Chiron ont suivi leur propre calendrier de production avant l’arrivée d’une nouvelle génération d’hypercars Bugatti.
La L’Ébé dans la fin de carrière de la Chiron
Lorsque la série est dévoilée en 2022, les exemplaires prévus dans le programme Chiron ont déjà trouvé leurs acquéreurs. La L’Ébé intervient ainsi dans une période où Bugatti termine progressivement la fabrication des nombreuses variantes issues de l’hypercar présentée en 2016. Elle n’a ni vocation à augmenter les performances du W16 ni à ouvrir une nouvelle branche de la gamme.
Sa fonction est différente : associer la fin d’une étape industrielle à l’histoire familiale de Bugatti. Le recours à l’Art déco, à l’or, au carbone Blue Royal et aux silhouettes historiques de l’habitacle donne une identité propre à une voiture techniquement très proche de la Chiron d’origine.
Cette position prend davantage de relief avec le renouvellement ultérieur de la marque. La Bugatti Tourbillon ouvre une nouvelle génération reposant sur une architecture profondément différente. La Chiron L’Ébé reste, elle, attachée à la période du W16 quadriturbo et à l’un des derniers chapitres européens des Chiron et Chiron Sport assemblées à Molsheim.




